Conférence Olivaint

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Conférence Olivaint de Belgique.
Conférence Olivaint
Logo de l’association

Logo officiel de la Conférence Olivaint

Cadre
Forme juridique Association loi 1901[1]
But Former à la vie publique
Zone d’influence Grandes Écoles & Universités
Fondation
Fondation 1874
Fondateur Pierre Olivaint
Identité
Président Matthieu Deglas
Affiliation européenne Réseau international Politeia
Slogan Eloquente, audacieuse, indépendante.
Site web conferenceolivaint.fr

La Conférence Olivaint est la plus ancienne association étudiante de France, fondée à l'automne 1874[2]. Se voulant un centre de réflexion politique indépendant de tout parti, sa « branche Jeunes » fournit à ses membres une éducation à la vie publique, avant que les plus prometteurs d'entre eux accèdent à la « branche Anciens », qui comprend ministres, chefs d'entreprises, journalistes et autres personnalités reconnues.

Comme son nom l'indique, l'activité principale de la Conférence Olivaint tient dans la réalisation de conférences hebdomadaires avec des hommes politiques et, depuis 2003, des personnalités de la vie civile[3].

Le modèle de la Conférence Olivaint a été repris en Belgique où il existe une « Conférence Olivaint de Belgique » (COB) depuis 1954.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Conférence Olivaint trouve ses racines au sein des congrégations (des associations pieuses nées au XVIe siècle sous l’impulsion des pères Jésuites). L'idée était alors de réunir après les cours dans les collèges les élèves les plus brillants pour leur faire entendre des lectures sérieuses et leur donner des conseils de direction spirituelle. Au fil du temps, ces associations sont devenues des lieux de réflexion. Les jeunes gens sérieux pouvaient ainsi discuter en commun et à armes courtoises de questions de philosophie, de littérature et d’histoire. De nombreux avocats et étudiants participaient à ces joutes oratoires comme les avocats Hennequin et Berryer.

La Conférence Olivaint est créée à l'automne 1874 par les pères Jésuites. Elle tient son nom du Père Olivaint, dirigeant de la congrégation Rue de Sèvres. Le Père Olivaint a été arrêté puis tué par les communards, son patronyme (« Olivaint ») en est devenu un symbole militant. Jean Lacouture écrit de lui « Pierre Olivaint fut l’un des hommes les plus estimables de son temps ».

La volonté du père Olivaint était en effet de former les jeunes à la vie publique et à la vie politique : « Si vous êtes poussé vers la carrière politique, il importe que vous y teniez un des premiers rangs. Dans un temps de révolution, il faut, par le savoir, le caractère, l’indépendance, s’élever au-dessus de tous les partis, pour ne voir que les intérêts du pays et se dévouer à son salut », disait-il. À ceux qui étaient éloignés de la politique, il conseillait d’exercer une autre influence, l’influence sociale, dont nul n’est dispensé, à quelque parti politique qu’il appartienne, influence qui s’exerce en dehors de la politique et même d’autant mieux qu’on en est plus dégagé.

Les objectifs de la Conférence Olivaint étaient d’unir plus étroitement les jeunes gens issus de la congrégation Rue de Sèvres et de les préparer, par le travail et l’exercice de la parole, à devenir les défenseurs des intérêts de l’Église et du pays. L’expression orale a pris rapidement une place importante dans la formation des Olivaints. Selon Gustave de Lamarzelle, « La parole est et sera toujours l’arme la plus forte que Dieu ait donnée à l’Homme pour défendre une cause ». L’entrée à la Conférence Olivaint coïncidait avec le début des études supérieures. Elle permettait aux étudiants venant de province d’avoir un point d’attache. Henri de Gaulle y exerça une certaine influence.

La séance du mercredi est une tradition de la Conférence Olivaint depuis sa création. L’invité prenait la parole pour un discours de portée générale, souvent à forte connotation politique ou morale. Au fil du temps, la Conférence Olivaint s’est adapté et les sujets abordés se sont diversifiés. De l’histoire à l’économie en passant par la littérature, l’actualité (une manière détournée d’aborder le fruit défendu, la politique), les débats au sein de la Conférence Olivaint convergeaient vers les problématiques de société.

La Conférence Olivaint a bénéficié de l’ultramontanisme. En effet, le pape Pie IX ensuite le Pape Léon XIII accordaient à la Conférence Olivaint leur bénédiction apostolique en insistant sur le rôle spécifique que remplissait à leurs yeux cette organisation. Ils la qualifiaient « d’intérêt général pour la société».

Au lendemain de la Première Guerre mondiale et jusqu’à la suivante, la Conférence Olivaint souhaite orienter ses débats à l’international. La Conférence Olivaint s'ouvre et devient un lieu de rencontre pour des hommes de presque tout bord politique, tels que Georges Bidault, Pierre Mendès France, René Pleven ou encore Robert Schuman. La diffusion d’un esprit pacifiste et internationaliste dans les années 1920 était de mise. Aux yeux des Olivaints, la coopération internationale est également rendue nécessaire par le sentiment, largement partagé, d’un déclin de l’Europe. . En 1946, la Conférence Olivaint invite des étudiants italiens à venir échanger avec les Olivaints sur le thème « Démocratie et fascisme ». L’année suivante a lieu la première d’une longue série de sessions franco-allemandes, qui a pour thème « Responsabilité et nazisme ». Ces sessions franco-allemandes sont l’occasion d’établir une confiance réciproque entre les élites des deux pays et, parfois, des liens durables.

Après-guerre, la Conférence Olivaint est de sensibilité plutôt démocrate-chrétienne et surtout pro-européenne. En 1968, la laïcité est communément acceptée, sous la présidence de Laurent Fabius (branche Jeunes) et de Hervé de Charette (branche Anciens). Dans les années 1980, de nombreux jeunes collaborateurs de François Mitterrand seront recrutés au sein de la Conférence Olivaint par des Anciens comme Jacques Attali ou Hubert Védrine. En 2013, sous l'impulsion de la présidence des jeunes, la laïcité est inscrite en tant que principe fondateur dans les statuts et le règlement de l'association.

Depuis quelques années, la Conférence Olivaint sort progressivement de sa traditionnelle confidentialité, acceptant de plus en plus de communiquer autour de ses activités. La Conférence Olivaint occupe une place singulière dans le paysage des conférences d’étudiants en France en raison de sa longévité, de ses origines jésuites et, surtout, de la vocation qu’elle affiche depuis sa fondation jusqu’à nos jours : former une élite à la vie publique.

Recrutement[modifier | modifier le code]

Le recrutement des nouveaux membres de la Conférence Olivaint s’effectue au cours d’un processus de cooptation fondé sur l’étude préalable d’un dossier (comportant une lettre de motivation et un curriculum vitæ) et, par la suite, d’un entretien individuel devant les responsables des cooptations de la Conférence Olivaint. Curiosité intellectuelle, richesse du parcours et motivation sont particulièrement recherchées[4].

Membres[modifier | modifier le code]

Au bout de trois ans, les membres de la branche Jeunes reconnus pour leur implication dans la vie de l'association peuvent accéder à la branche Anciens.

La branche Jeunes comprend une forte majorité d'étudiants et une minorité d'actifs. Parmi les étudiants, environ un tiers sont étudiants de Sciences Po Paris ou des universités de Sciences politiques, le reste se partageant principalement entre les autres grandes écoles (ENS, écoles de commerce ou d'ingénieur), différentes disciplines universitaires (lettres, histoire, économie, physique, etc.) et les facultés de droit.

Activités[modifier | modifier le code]

L'activité principale de la Conférence Olivaint est l'organisation de conférences hebdomadaires avec des personnalités marquantes du monde politique et de la société civile. Bien que ces conférences soient ouvertes au public, la tradition veut que la confidentialité soit maintenue sur les propos tenus lors de ces conférences.

Son autre tradition séculaire est la formation à l'art oratoire. Des joutes oratoires et un portrait de l'invité précèdent ainsi chaque conférence hebdomadaire. Une véritable "école des tribuns" propose un parcours progressif exigent et complet : des cours théoriques de formation à l'art oratoire et des séances pratiques d'entraînement avec des avocats et intervenants de renom, à l'instar d'Olivier Schnerb, de François Martineau et d'Antoine Vey. Tout membre doit « jouter » au moins une fois, et la joute oratoire fait partie d'une des grandes traditions de la Conférence Olivaint, une expérience que tous les membres partagent.

La Conférence Olivaint anime de nombreux et prestigieux concours d'éloquence : la Joute des conférences, le concours d'éloquence de Sciences-Po Paris, et le Prix Olivier Schnerb.

Depuis 2008, la Conférence Olivaint organise, en collaboration avec la Conférence du stage du Barreau de Paris, la « Joute des Conférences » , concours annuel d'art oratoire opposant les meilleurs orateurs des deux conférences. Les joutes de ce concours se sont tenues en 2012 à Sciences Po Paris, en 2013 dans la salle de criées du palais de Justice, en 2014 au Conseil d'État, en 2015 dans la Bibliothèque de l'Ordre du Barreau de Paris au palais de Justice sous la présidence du Bâtonnier Christian Charrière-Bournazel en 2016 à l'Assemblée nationale sous la présidence de la ministre Marylise Lebranchu.

La Conférence Olivaint a co-organisé avec le BDE de Sciences-Po plusieurs éditions du concours d'éloquence de cette institution.

Depuis 2017, la Conférence Olivaint a créé un prix annuel d'éloquence en hommage à son conseiller oratoire brutalement disparu. C'est le Prix Olivier Schnerb dont la première édition s'est tenue à l'Hôtel de l'Industrie autour d'un jury constitué de Maître Olivier Cousi, Maître François Martineau, Maître Stéphane Lataste, et Maître Solange R. Doumic.

Parallèlement, la Conférence Olivaint a initié en 2014 un partenariat avec la Société universitaire canadienne de débat inter-collégial en vue de participer à différents tournois ; ce projet permet ainsi chaque année l'envoi d'une délégation Olivaint à Montréal pour le championnat national canadien de débat et à la réception d'une délégation canadienne à Paris.

La Conférence Olivaint organise également chaque année :

  • Un colloque, ouvert au public
    • en 2006 à l'Institut du monde arabe sur le thème de l'intégration.
    • en 2007 à l'Assemblée nationale sur le thème de l'enseignement supérieur.
    • en 2008 à l'Institut d'études politiques de Paris sur le thème de l'immigration.
    • en 2009 à l'Assemblée nationale sur le sujet « Décision et pouvoir dans la société française ».
    • en 2010 à l'Assemblée nationale sur le sujet « La France face aux réformes politiques ».
    • en 2011 au Sénat sur le sujet « Ressusciter l'Europe ».
    • en 2012 à la Mairie du 5e arrondissement de Paris sur le sujet « La jeunesse française en 2012 ».
    • en 2013 à Science Po sur le sujet : «Stimuler la créativité de la jeunesse ».
    • en 2014 à l'Assemblée nationale sur le sujet : « Repenser la gouvernance mondiale, pourquoi? Avec qui? Comment? » en partenariat avec l'Assemblée des Jeunes Francophones pour les Organisations Internationales (AJFOI).
    • en 2015 à l'Assemblée nationale sur le sujet : « Réformer la France ».
    • en 2016 à l'ENS sur le sujet : « Portrait d'une France en guerre »
    • en 2017 au Sénat sur le sujet : « Les femmes et le pouvoir ».
  • Un voyage d'étude à l'étranger (la Turquie en 2007, les États-Unis en 2010, le Kosovo en 2011, la Chine en 2012, la Tunisie en 2013, l'Iran en 2014, la Grèce en 2016), où les membres de la Conférence rencontrent des personnalités politiques du pays visité. Ces voyages sont souvent source d'enrichissement culturel pour les membres. Ainsi, sous la présidence de Jean-Louis Bourlanges, la Conférence Olivaint fut la première association française à se rendre dans l'Algérie nouvellement indépendante.
  • Un concours de nouvelles politiques. Les derniers sujets étaient : «Courage fuyons!» (2011), «Sans culottes» (2012), «Baisers voilés» (2013), «Vivre Debout» (2014) et «Utopia » (2017).


Enfin, la Conférence Olivaint organise également des sorties culturelles, des déplacements en région, des débats, des commissions de réflexion et d'action sur des sujets d'intérêt général.

Anciens[modifier | modifier le code]

Bien que les Anciens aient eux aussi un bureau élu, contrairement à la branche Jeunes ils n'ont pas d'activités régulières, mais constituent plus un réseau informel.

Parmi les Anciens de la Conférence Olivaint, on compte notamment Jacques Attali, Mounir Mahjoubi, Éric Woerth, Jean-Pierre Chevènement, Christine Ockrent, Erik Orsenna, Laurent Fabius, Michel Barnier, Henri de Gaulle, Raphaël Enthoven, Jean-Michel Belorgey, Jean-Louis Bourlanges, Michel Charasse, Hervé de Charette, Arnaud Montebourg, Michel Bon, Jean-François Deniau, François d'Aubert, François Heisbourg, Alain Poher, Jean-Noël Jeanneney, Pierre Gerlier, Frédéric Mitterrand, Dominique Perben, Jean-Michel Belorgey, Jean-Claude Casanova, Michel Vauzelle, Raphaël Hadas-Lebel, Étienne Pflimlin, Antoine Jeancourt-Galignani, François Zimeray, Pierre Larrouturou, Jérôme Jaffré, Didier Maus, Guillaume Larrivé, Stéphane Gompertz, Karine Berger, René Pleven, Robert Schuman, Pierre Mendès France, Georges Bidault, Jacques Chapsal, Paul Michaux, Jacqueline de Guillenchmidt, Jacques Barrot, Philippe Levillain, Pierre de Boisdeffre, etc.

En Belgique (Conférence Olivaint de Belgique) : Jacques van Ypersele de Strihou, Jean-Luc Dehaene, François-Xavier de Donnea, etc.

Derniers bureaux de la « Branche Jeune »[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • David Colon, « Les conférences d’éloquence : l’exemple de la Conférence Olivaint », dans Fabrice d’Almeida (direction), L’Éloquence politique en France et en Italie de 1870 à nos jours, École française de Rome, Rome, 2001
  • Vincent Soulages, « 50 ans d'effort pour former une élite de jeunes à la politique : la Conférence Olivaint, 1947-1997 », Université Paris 10, 1997
  • Emmanuelle Bastide, « La Conférence Olivaint : 1947-1987 : un lieu de formation des élites à la vie civique », Institut d'études politiques, 1990
  • Tribouille (de la) E., 2011 : « La conférence Olivaint : à débattre ! », Contrepoint, l'autre point de vue de l'actualité du monde étudiant (ISSN 2102-0582) no 23 (février 2011) - p. 18

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Conférence Olivaint », sur infogreffe.fr
  2. « La Conférence Olivaint - 1875-1940 » (consulté le 6 septembre 2015).
  3. « Archives Sciences Po », sur Sciences Po.
  4. Voir également la note à l'attention des candidats à l'entrée de l'Olivaint : « Processus de Cooptation ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]