Marcel Demonque

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Marcel Demonque, né le et mort le , est un ingénieur civil des Mines français et fut le P-DG des Ciments Lafarge.

P-DG des Ciments Lafarge[modifier | modifier le code]

Né à Alger, d'un père petit fonctionnaire, Marcel Demonque étudie comme boursier à l'Ecole des mines de Nancy. Il est ensuite ingénieur dans diverses sociétés jusqu'à la guerre, notamment aux Mines de potasse d'Alsace. Il a entrepris un voyage d'études de quelques mois aux Etats-Unis en 1938[1]. Durant l'Occupation, il est à la fois secrétaire général de la Fédération des fabricants de chaux et ciments et du Comité d'organisation (C.O.) institué par Vichy de cette branche, puis directeur en 1943/1944 de ce C.O..

Marcel Demonque devient directeur général et administrateur en 1947 de la SA des Chaux et Ciments de Lafarge et du Teil, qui devient par la suite les ciments Lafarge, vice-président en 1955, et P-DG de 1959 à 1974. Il travailla en tandem avec Jean Charles L'officier, vice-président des Ciments Lafarge entre 1969 et 1971 qui devait devenir son sucesseur, et aussi P-DG de la Nord-africaine des Ciments Lafarge.

Il est aussi administrateur de Merlin Gerin, de la chambre de commerce France-Canada[2]. Il est commandeur de la Légion d'honneur.

Un animateur d'organisations patronales[modifier | modifier le code]

Avec Georges Villiers, président du Conseil national du patronat français, et un ancien président du Centre des jeunes patrons, Jacques Warnier, il est en 1953 l'un des 21 fondateurs du Centre de recherches et d'études des chefs d'entreprises (CRC), qui a deux objectifs complémentaires : proposer des sessions d’études aux patrons et aux cadres voulant recevoir un enseignement pratique des techniques managériales d’une part, et d’autre part organiser un « lieu de réflexion en commun sur des grands problèmes d’intérêt général »[3]. Il préside l'un des trois puis des quatre groupes d’études mis en place par ce club de pensée patronal lié au CNPF.

En 1954, il est l'un des vice-présidents fondateurs du Centre d'études politiques et civiques, plus tourné vers la réflexion politique, aux côtés d'intellectuels de droite et de patrons pétainistes. Il y donne deux conférences, sur l'Afrique du Nord en 1955 et sur le Comité Rueff-Armand en 1960. Il souligna dans sa conférence de 1955 « l’implacable loi du nombre et de l’égalité » concernant le nombre croissant des musulmans en Algérie et les conséquences que cela pourrait avoir dans l’hypothèse où ils obtiendraient la citoyenneté pleine et entière : « L’Algérie, c’est la France. Hélas, il ne suffit pas de le dire pour que ce soit vrai. Car en Algérie il y a 8 millions d’hommes qui pratiquent la religion musulmane et qui parlent l’Arabe. Or l’Islam ignore la distinction du spirituel et du temporel qui est un des axiomes de notre vie publique occidentale et républicaine. (…) La France deviendrait alors un pays de 70 millions d’habitants. Elle aurait un sixième de la population qui serait soudé dans une religion, (…) une morale, (…) un mode de vie parfaitement distinct du mode de vie sociale et du mode de vie spirituelle (…) des cinq sixième restants. Il y aurait 50 députés musulmans à la Chambre ( ...) qui se constituerait peut-être (…) en arbitres de la politique nationale ». Bref, il n’est pas question de l’assimilation que les partisans de l’Algérie française mettront en avant[4]. Demonque déplore en 1959 qu’il n’y ait pas eu « une longue incubation de l’Algérie où nous aurions apporté autre chose que le vieil esprit colonisateur »[5]. Il s'éloigne semble-t-il du CEPEC après 1961.

Il est aussi l'un des dirigeants et l'un des animateurs du Centre international de prospective de Gaston Berger (philosophe et directeur de l'enseignement supérieur au ministère de l'éducation nationale), fondé le 10 mai 1957 ; réseau de chefs d'entreprise, de hauts-fonctionnaires et d'universitaires, qui publie la revue « Prospective » à laquelle il collabore.

Marcel Demonque préside la commission de coopération technique du CNPF et est vice-président de ce syndicat des patrons jusqu'en 1965.

Il préside à partir de 1958 une association fondée par des grandes entreprises françaises, aussi bien privées (Lafarge, Saint-Gobain, Babcock et Wilcox, Schneider, etc.) que publiques (Renault, Charbonnages de France, EDF, SNCF, etc.) avec le soutien du CNPF de Villiers et sous l’égide des ministères des affaires étrangères et des finances et des affaires économiques : l’ASTEF (Association pour organisation des stages de techniciens étrangers dans l’industrie française). Demonque et Villiers y accueillirent le Premier ministre. Fin 1958 encore, il est l’un des membres fondateurs avec François Bloch-Lainé, d’une association fondée avec le soutien de l’Etat, le BIPE[6].

Marcel Demonque donne de nombreuses conférences, multiplie les participations à des colloques, écrit des ouvrages, préface des livres[7]. Ami de Louis Armand, il est membre du second Comité Rueff-Armand, institué le 13 novembre 1959, qui a livré en 1960 un rapport sur « les obstacles à l'expansion économique ». EN 1962, il est membre du « groupe 85 » présidé par Pierre Guillaumat, qui publia un rapport intitulé Réflexions pour 85[8].

Un patron chrétien social[modifier | modifier le code]

Demonque a adhéré à l’Association catholique de la jeunesse française, et on le trouve au premier congrès de l’ACJF en Algérie en 1920, à Blida. Président du groupe Jeanne d’Arc, âgé de 20 ans, il y vitupère « la Révolution qui menace », « l’horreur du drapeau rouge » et « l’action néfaste de la CGT », enjoint de mener une action qui soit « une digue vivante où viendra se briser le raz-de-marée du bolchevisme » et valorise « les saines idées d’apaisement et de concorde », celles des « hommes d’ordre qui poursuivent un but de restauration »[9].

Catholique pratiquant, Marcel Demonque est un patron libéral-social, favorable à l'économie de marché et au profit mais inspiré par le christianisme social. Il est intervenu dans les débats du Centre français du patronat chrétien (CFPC). Demonque a été l’un des conférenciers des Assises nationales du Centre en mars 1956. Son discours, sur le thème « les chefs d’entreprise ont-ils conscience de leurs responsabilités politiques ? » y fit « sensation » ; il critiqua le « sentiment d’impuissance politique des chefs d’entreprise », les « béatitudes de l’angoisse passive », stigmatisa « l’impuissance des programmes des partis » et invita « les chefs d’entreprise à réfléchir sur les institutions politiques »[10].

À la suite de la publication par le CNPF d'une charte libérale le 19 janvier 1965, il démissionne du bureau et du comité directeur du CNPF. Il justifie son geste dans une déclaration donnée au Monde : « Cette plongée dans le passé à laquelle s'évertue le CNPF me consterne »[11]. Il rejette le libéralisme traditionnel au profit d'un libéralisme pragmatique soucieux de l'homme. En effet, en 1960, venu présenter les conclusions du comité Armand-Rueff à un dîner du CEPEC, il soulignait que « le problème du dirigisme et du libéralisme (…) est un problème qui me parait dépassé ». Selon lui, il était plus important d’apporter des solutions concrètes aux blocages de l’économie que de savoir si les conclusions du comité répondaient à une logique libérale ou à une logique dirigiste[12]. En 1956, lors des Assises du CFPC, il affirmait bien haut que les « fondements et caractères de la civilisation sont structurellement incompatibles avec la civilisation libérale et capitaliste à l’état pur ». De même, dans sa préface à l’ouvrage de l'économiste catholique et animateur du CEPEC Louis Salleron Le fondement du pouvoir dans l’entreprise, paru en 1965, il souligne qu’il est « moins porté que Louis Salleron à s’attacher fortement au problème de la propriété des moyens de production ». Car sa préoccupation est « la place réelle de l’homme à l’intérieur d’une cellule économique ». Et s’il reconnaît que « l’apport d’argent représente l’unique fondement légitime de la propriété », (sa) « raison s’insurge contre le fait que l’apport intellectuel n’engendre pas également un droit légitime de propriété ». En 1965, il déclare : « Je ne suis ni planiste, ni interventionniste, mais j’ai une conception moderne du chef d’entreprise. Je suis opposé au laisser-faire total. Je suis partisan de la coexistence pacifique entre l’Etat et l’entreprise »[13]. Demonque entretient des rapports de coopération avec les services de la rue de Martignac (siège du Commissariat général au plan). Un directeur d’un hebdomadaire économique, portraiturant les grands patrons de l’époque, souligne « l’acceptation par le manager des ciments Lafarge d’une coopération active avec les grands commis qui couvrent le secteur nationalisé ou qui exercent le pouvoir de tutelle sur l’ensemble de notre système économique »[14].

Marcel Demonque a donné des contributions aux revues « Christus », revue jésuite fondée en 1954 ("L'autorité: témoignage d'un chef d'entreprise", n° 36, octobre 1962), et « Recherches et débats », cahiers du Centre catholique des intellectuels français (n° 20, septembre 1957). Il est intervenu à cinq reprises dans les débats du CCIF entre 1958 et 1965 et fait partie du comité des Amis du CCIF[15].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La Participation, Éditions France-Empire, 1968, (avec Jean Yves Eichenberger)
  • Textes et propos, Revue 2000, 1969, 267 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Durance, Stéphane Cordobes, Attitudes prospectives: éléments d'une histoire de la prospective en France après 1945, Éditions L’Harmattan, 2007
  • Philippe Durance, De la prospective: textes fondamentaux de la prospective française, 1955-1966, Éditions L’Harmattan, 2007
  • Georges Lefranc, Les organisations patronales en France du passé au présent, Payot, 1976
  • Georges Dumas, La dérive de l'économie française: 1958-1981, Editions L'Harmattan, 2003
  • Collectif, Dictionnaire historique du patronat français, Flammarion, 2010, p. 233-235[16]
  • Léon Dubois, Lafarge-Coppée, 150 ans d'industrie : une mémoire pour demain, Belfond, 1988

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Express de Mulhouse, 10 décembre 1938
  2. Gaston Cholette, "La coopération économique franco-québécoise, de 1961 à 1997", Presses Université Laval, 1998
  3. Régis Boulat, « Du Centre de recherche des chefs d’entreprise à l’Institut de l’entreprise ou « comment gagner la guerre des idées » dans la seconde moitié du XXe siècle » in Olivier Dard, Gilles Richard ( dir. ), Les droites et l’économie en France au XXe siècle, Riveneuve éditions, 2011, Armand Draun, Le CRC, sur le site de l’Institut de l’entreprise
  4. Marcel Demonque, Textes et propos, 1976, p. 259-260
  5. Ibid.: bulletin de l’ACADI, p. 261
  6. Catalogue des instituts et programmes de formation en matière de développement économique et social, OCDE, 1965, p. 73-74, J.O., 1964, débats de l’A.N., vol. 8, p. 4502-4503, Patronat français, 30e AG du CNPF, 17-1-1961, p. 73 : « Cette année encore, la commission du commerce extérieur a organisé, en collaboration avec les services de la coopération technique du secrétariat aux affaires économiques et l’ASTF, des stages de deux mois (…) ».
  7. Ceux de Louis Salleron par exemple.
  8. Réalités industrielles, septembre 1992
  9. BNF/gallica : Le Semeur algérien, 21-3-1920 : Peut-il s’agir d’un homonyme alors qu’il est de la promotion de 1920 de l’Ecole des mines de Nancy ? Comme il est né en Algérie en 1900 et qu’il s’y marie en 1923, il semble qu’il s’agit bien de lui.
  10. BNF/gallica: Etudes, avril 1956, compte-rendu des Assises par André Aumonier.
  11. Georges Lefranc, "Les organisations patronales en France du passé au présent", Payot, 1976, p. 183
  12. Les Cahiers du CEPEC, 1960, n° 15
  13. Finance, 28-1-1965. L’article souligne à raison que Demonque n’est pas un héritier, mais un ingénieur qui s’est élevé dans la hiérarchie de Lafarge, et que son entreprise s’accommode du plan
  14. Jean Baumier, Les grandes affaires françaises: des 200 familles aux 200 managers, Julliard, 1967, p. 149-154
  15. Claire Toupin-Guyot, Modernité et christianisme. Le Centre catholique des intellectuels français ( 1941-1976 ). Itinéraire collectif d’un engagement, thèse de doctorat, Université Lumière- Lyon-II, 2000,, p. 28, 88. , op. cit., p. 28, 88.
  16. Une erreur dans la notice: il n'a pas été président du CRC.