Ugo La Malfa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Ugo La Malfa, né à Palerme le 16 mai 1903, décédé le 26 mars 1979, est un homme politique italien qui de 1946 à 1979 a représenté le mouvement républicain (le Parti républicain italien, PRI). Ce parti est un petit parti laïc, de gauche progressiste, non marxiste, selon la définition même donnée par Ugo La Malfa.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les études secondaires terminés, il déménage en 1922 à Venise où il s'inscrit à l'université « Ca' Foscari » de Venise à la faculté des Sciences diplomatiques et consulaires. Parmi ses enseignants figurent Silvio Trentin et Gino Luzzatto. Dès ces années universitaires, il entre en contact avec le mouvement républicain de Trévise et avec d'autres groupes antifascistes (l'Italie est alors un Royaume et Mussolini dirige le gouvernement). En 1924, il s'installe à Rome où il participe à l'Unione goliardica per la libertà. Le 14 juin 1925, il intervient au 1er congrès de l'Union nationale démocratique, fondée par Giovanni Amendola. Le mouvement d'Amendola est rapidement déclaré hors-la-loi. Le jeune La Malfa fait partie de la « Pentarchia » (Les 5 dirigeants) chargée de liquider le mouvement. Il obtient son doctorat en 1926 avec une thèse intitulée Di alcune caratteristiche giuridiche del contratto della giurisdizione, dell'arbitrato, della conciliazione nei diritti intersindacale, interindividuale ed internazionale, sous la direction de thèse de Francesco Carnelutti. En 1926, durant le service militaire, il est muté en Sardaigne pour avoir diffusé la revue antifasciste Pietre (Pierres). En 1928, il est arrêté dans le cadre des contrôles qui ont suivi l'attentat à la foire de Milan. En 1929, il travaille à la prestigieuse Enciclopedia Treccani comme rédacteur où il travaille sous la direction du philosophe Ugo Spirito. En 1933, il est embauché par Raffaele Mattioli à Milan, dans le bureau études de la Banca Commerciale Italiana dont il devient le directeur en 1938. Pendant toutes ces années, il travaille intensément notamment dans les milieux antifascistes — il est l'un des fondateurs du mouvement Giustizia e Libertà et du Parti d'action.

La Résistance et l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Le 1er janvier 1943, La Malfa et l'avocat Adolfo Tino arrivent à publier le premier numéro clandestin de L'Italia Libera. Il quitte l'Italie puis revient à Rome pour représenter le PdA au sein du CNL. Le 21 juin 1945 il devient ministre des Transports dans le gouvernement de Ferruccio Parri. Dans le gouvernement suivant d'Alcide De Gasperi (10 octobre 1945 -1er juillet 1946), il est nommé ministre de la Reconstruction et ensuite ministre pour le Commerce extérieur. En février 1946, lors du premier congrès du PdA, le courant proche des socialistes, dirigé par Emilio Lussu domine : La Malfa et Parri quittent alors le PdA. En mars, il participe à la constitution de la Concentrazione democratica repubblicana qui se présente aux élections de juin 1946. La Malfa et Parri sont élus. En septembre de la même année, La Malfa, poussé par Pacciardi, adhère au Parti républicain italien. Il s'oppose assez vite à la vieille garde du parti, représentée par Giovanni Conti. En juin 1947, il déclare que le PRI aurait dû substituer à un Giuseppe Mazzini mystique, un Mazzini concret. En avril 1947, il représente l'Italie au Fonds monétaire international, où il est nommé vice-président du FMI en 1948. Secrétaire provisoire du PRI en 1947, il est réélu parlementaire en 1948 (sans discontinuer jusqu'en 1978). Le 27 janvier 1950, il est nommé ministre sans portefeuille dans le sixième gouvernement De Gasperi, avec pour mission de réorganiser l'IRI. Lors du remaniement du 5 avril 1951, il obtient le Commerce extérieur, portefeuille qu'il garde dans le septième gouvernement De Gasperi (26 juillet 1951 - 7 juillet 1953). Fondamentale pour la politique italienne, son action au Commerce extérieur pour la libéralisation des échanges et la suppression des contingents aux importations qui facilitèrent l'adhésion italienne au Marché commun en 1957. Le décret sur la libéralisation accompagne le boom économique italien. En 1952, il cherche vainement à fédérer les partis laïcs. Il prône une réunion avec les socialistes. En 1957, les Républicains retirent leur soutien au gouvernement Segni. Randolfo Pacciardi quitte la direction du parti. En 1959, il prend la direction de La Voce Repubblicana.

Le Centre-gauche italien[modifier | modifier le code]

Le 21 février 1962, Ugo La Malfa est nommé ministre du Budget dans le gouvernement dirigé par Amintore Fanfani avec les votes des socialistes, qui a été le premier gouvernement de centre-gauche de l'histoire de la République italienne. Au mois de mai, il présente la Nota aggiuntiva (la Note additionnelle), qui fournit une vision générale de l'économie italienne et des déséquilibres qui la caractérisent. Il affronte l'hostilité des syndicats et de la Confindustria (le syndicat patronal italien). Il prône et obtient la nationalisation de l'industrie électrique. En mars 1965, il est élu secrétaire du PRI lors du 29e congrès. En 1966, La Malfa avec son ami de vieille date, Giorgio Amendola[1], chef de file de l'aile modérée du PCI, ouvrent un débat public qui aura un écho important : le leader républicain invite la gauche à abandonner son ancienne orthodoxie. En août 1970, il refuse de devenir ministre du Budget du gouvernement de Emilio Colombo. Le 7 juillet 1973, dans le 4e gouvernement Mariano Rumor, il devient ministre du Trésor. En tant que responsable des caisses de l'État, il se refuse de voler au secours des banques de Michele Sindona[2], qui feront faillite.

En mars 1974, il démissionne du gouvernement à cause des perplexités manifestées par le ministre du Budget et du Plan, Antonio Giolitti, au plan de redressement économique draconien négocié avec le FMI par le Trésor et la Banque d'Italie pour l'octroi d'un prêt de 1235 milliards de dollars au pays[3]. En effet, La Malfa était un partisan d'une gestion rigoureuse des finances publiques, fondée sur des choix qui privilégient les investissements plutôt que les dépenses. Du 23 novembre 1974 au 12 février 1976, il est vice-président du conseil dans le 4e gouvernement de Aldo Moro (le "gouvernement Moro-La Malfa"). Il s'agissait d'un cabinet de centre-gauche formé par des ministres issus de la Démocratie chrétienne et du parti républicain. Parmi ces derniers, le très respecté Bruno Visentini (Finances), l'ancien directeur du Corriere della sera Giovanni Spadolini (Biens Culturels) et l'ancien maire social-democrate de Milan Pietro Bucalossi qui en tant que ministre des Travaux publics entamera une réforme partielle de la loi d'urbanisme (la « loi Bucalossi »). Grâce à ses connaissances dans le domaine économique et à sa très grande personnalité, La Malfa devient le coordinateur de facto de la politique économique du gouvernement, et en août 1975 impose la nomination du très rigoureux Paolo Baffi à gouverneur de la Banque d'Italie.

La « solidarité nationale »[modifier | modifier le code]

Même si très diminué à cause d'une maladie aux yeux, il garde un rôle essentiel dans la politique italienne des années 1970. En 1976, en gagnant les résistances de la gauche républicaine, il porte le parti dans la Fédération des partis libéraux et démocrates européens. En 1978, son action est déterminante dans la décision italienne d'adhérer au Système monétaire européen (SME). En juillet 1978, avec l'accord du Parti communiste italien et la complaisance de la Démocratie chrétienne Ugo La Malfa favorise l'élection du socialiste Sandro Pertini à la présidence de la République. En fait, pour le secrétaire du Parti socialiste italien Bettino Craxi c'est un échec, car il aurait préféré faire élire au Quirinal Antonio Giolitti. Dans les premiers mois de 1979, le Président de la République confie à Ugo La Malfa la charge de former un nouveau gouvernement. Cette mission n'aboutit pas, en revanche La Malfa devient vice-président du Conseil et ministre du budget et du plan dans le 5e gouvernement Giulio Andreotti le 21 mars 1979. Mais il ne s'agit que d'un gouvernement mort-né, car il ne peut pas être investi par le Parlement faute de majorité. Cinq jours après, Ugo La Malfa décède subitement après une commotion cérébrale.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Fils de Giovanni Amendola (1882-1926), député de l'aile progressiste du parti libéral qui fut aussi ministre des Colonies dans le gouvernement Facta qui précéda l'avènement de Benito Mussolini.
  2. Avocat et banquier sicilien proche de la mafia, assassiné pendant de sa détention en 1986.
  3. Témoignage de l'économiste Luigi Spaventa à l'occasion du colloque sur Antonio Giolitti à l'Istituto Treccani à Rome du 4 mai 2011.

Références[modifier | modifier le code]

  • Paolo Soddu, Ugo La Malfa. Il riformista moderno, Carocci, Roma 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]