Taxus

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If commun poussant sur du granite dans les Pyrénées ariégeoises.
En raison de sa toxicité naturelle, l'if a peu de prédateurs.

Taxus est un genre de conifères de la famille des Taxacées qui comprend une dizaine d'espèces généralement nommées ifs.

Il fait partie des rares gymnospermes non résineux. Les botanistes le classent dans l'ordre des taxales, alors que les résineux ou conifères correspondent à celui des pinales. En outre, ce genre se distingue de la plupart des conifères par le fait que la graine n'est pas contenue dans un cône ligneux mais dans une arille.

Étymologie et toponymie[modifier | modifier le code]

Illustration d'un Taxus extraite d’Icones Stirpium (1591) de Mathias de l'Obel.

De taxus en latin, apparenté au grec ταξος par l'indo-européen qui désignent dans ces deux langues l'espèce Taxus baccata[1]. La racine indo-européenne tecs signifie « travailler habilement » en référence au bois de l'if facile à sculpter et dont les qualités d'élasticité en faisaient le bois utilisé dans la confection d'armes de trait ou de jet[2]. Une fausse étymologie savante, basée sur la ressemblance sonore entre taxus et toxon et la toxicité de cet arbre (une décoction de ses feuilles et de ses graines donnait un poison de flèche), tente de faire dériver le latin taxus du grec toxon désignant un arc puis une flèche empoisonnée, Dioscoride réservant au Ier siècle le radical « tox » (qui a donné le terme toxique) aux seuls poisons[3].

Le mot if remonte à un mot gaulois *ivos ou *īvos, d'un étymon celtique qui donne aussi ivin en breton, ywen en gallois, éo en irlandais. Une racine semblable existe en germanique *īwaz qui a donné īw en vieil anglais (yew en anglais moderne) et īwa en vieil haut allemand (Eibe en allemand moderne), dont semble dériver le prénom français Yves et peut-être également, dans une hypothèse alternative, le français if. Une origine plus ancienne fait remonter l'if à l'indo-européen el, lointain ancêtre de l'orme, l'alisier et l'aulne, au sens de bois rouge[4].

Même s'il est attesté dans l'anthroponymie gauloise (cf. Ivorigi, Ivomari, Ivanius, Ivonus, etc.), le terme *ivos fait place à un autre terme celtique, beaucoup mieux représenté, dans la toponymie : eburos (cf. *Eburiacum > Évry, Ivry, Yvrac, Ivrey, Everly ; *Eburoialo- > Ébreuil, Avreuil; Envermeu; Évreux, "Eburodunum" ancien nom d'Embrun, etc.). Le celtique insulaire conserve aussi cette racine : irlandais ibar, breton evor.

Les autres langues romanes ont quant à elles un terme issu du latin taxus : italien tasso (corse tassu); occitan teis (dialectalement toish, gascon taish/teish); catalan teix; espagnol tejo; portugais teixo (galicien teixu) et roumain tisā.

C'est pourquoi on trouve dans la toponymie occitane des noms de lieux du type Teissières, Teyssières, Teyssieu, Teyssode signifiant « ivaie », lieu planté d'ifs ou bois d'ifs défriché pour laisser place à des champs et à un village de cultivateurs. Il est parfois difficile de déterminer si ces toponymes viennent de l'occitan teis ou du latin taxo (occitan taïs/taïch) signifiant « blaireau », ce qui évoque un terrain où ce mammifère a l'habitude de creuser son terrier[5]. Il existe quelques exemples isolés au nord de ce toponyme dérivé d'un dendronyme : Tauxières-Mutry (Taxeriae 1228).

Les toponymes du type Ivoy, Livoye, Livaye, Livet « ivaie » sont rares et constituent des formations romanes très localisées (dont la plupart sont situées en Normandie). La distribution du terme « if », uniquement au nord de la France, ainsi que le caractère tardif de son apparition dans la toponymie ont conduit certains chercheurs à le considérer comme un emprunt au germanique.

Liste des espèces[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Les ifs sont de grands arbustes ou petits arbres dont la croissance est relativement lente. Leur durée de vie peut être très longue, de plusieurs siècles, voire des millénaires. Ces arbustes mesurent de 5 à 8 m et peuvent atteindre jusqu'à 20 m de haut. Le tronc dressé est recouvert d'une écorce rouge, les feuilles en forme d'aiguilles plates sont d'un vert foncé avec lequel tranchent les arilles rouges.

Les ifs coupés rejettent, au contraire de la plupart des conifères.

Arille et graine[modifier | modifier le code]

L'arille de l'if, est formée par l'hypertrophie du funicule, qui vient couvrir la graine. Elle est d'un rouge vif, attirant de nombreux oiseaux qui avalent indifféremment arille et graine. La pulpe très mucilagineuse des arilles est sucrée, mais la graine est hautement toxique. Toutefois, n'étant pas dégradée par le système digestif des oiseaux, la dissémination s'effectue sans porter atteinte à la santé de ces derniers. L'utilisation du terme "fruit" pour désigner l'arille est erronée de par l'absence d'ovaire comme pour tout gymnosperme (l'ovule est nu).

Toxicité[modifier | modifier le code]

Toute la plante est toxique pour de nombreuses espèces dont l'homme, sauf l'arille qui entoure l'ovule. La substance toxique est un mélange complexe d'alcaloïdes, de taxoïdes, diterpènes et d'acides β-aminés de la famille des taxanes (dont on extrait le taxol (ou taxine)).

Utilisation[modifier | modifier le code]

Sculptures en bois d'if

L'utilisation de l'if depuis la préhistoire est attestée : confection d'armes de trait et de jet (pointe de javelot ou d'épieu sur le site de Clacton-on-Sea, plus vieil objet en bois connu datant de 400 000 ans, trouvé au milieu d'ossements d'éléphant antique et de rhinocéros de forêt[6]) d'objets ménagers (seaux, gobelets, sabot) d'élément de tuyauterie, conjointement au bois d'orme. Il est très appréciée dans la confection des arcs, notamment le célèbre longbow anglais. Il a fait ses preuves en matière de souplesse et de robustesse.

Il est également recherché en tournage et en sculpture pour le contraste entre le cœur et l'aubier de son bois.

Coupe d'une branche d'if

Horticulture[modifier | modifier le code]

Ifs en topiaire dans les jardins du château de Villandry

En jardinage, l'if est souvent utilisé dans les parcs en art topiaire pour être taillé en diverses formes décoratives. On le taille facilement grâce à sa grande facilité de bourgeonnement.

Ébénisterie[modifier | modifier le code]

Son bois, d'une belle teinte orangée-rougeâtre, est très prisé des ébénistes et luthiers. Ses qualités acoustiques sont en effet exceptionnelles. Il est également très recherché en marqueterie et son prix est très élevé.

Il est considéré comme le meilleur pour la construction des arcs. En effet, il est imputrescible (comme le bois de teck notamment), et très stable en plus d'être à la fois robuste et d'une certaine souplesse — deux qualités essentielles pour un arc. Les Gallois, puis les Anglais en firent le longbow (arc long anglais), dont l'utilisation se révéla décisive lors de la bataille de Crécy au XIVe siècle.

Alimentation[modifier | modifier le code]

L'arille qui entoure la graine est comestible, quoiqu'assez insipide. Il faut bien sûr prendre garde à ne pas mordre la graine qui est très toxique, mais se contenter de la sucer. Son ingestion intacte ne présente par contre pas de danger.

Thérapeutique[modifier | modifier le code]

En 1971, les chimistes Wani, Wall et Taylor isolent une molécule, le paclitaxel ou Taxol extraite de l'écorce de Taxus brevifolia (if du Pacifique) - que l'on trouve en Amérique du Nord et surnommé le « médecin des forêts » - et qui a été utilisée pour ses propriétés anticancéreuses. On trouve dans les jeunes pousses des taxanes (molécules toxiques) qui contiennent des substances anticancéreuses. Seul inconvénient : sa rareté. 10 kg d'écorce d'If du Pacifique donnent à peine 1 gramme de produit actif[7]. Sachant qu'enlever l'écorce de ces arbres les tue. On a ensuite produit par hémisynthèse, à partir de la DAB-III une molécule présente dans les aiguilles de Taxus baccata, le taxotère, une substance voisine du taxol, mais deux fois plus efficace. Cette molécule est un des fleurons de la lutte anticancer, très efficace contre les cancers du sein, de l'ovaire, du poumon.

Symbolique[modifier | modifier le code]

L'if est le symbole de vie et de mort. Les anciens Celtes et une partie des Germains l'associaient à la mort. Jules César rapporte dans De bello gallico[8]que le chef éburon[9] Catuvolcos se donna la mort en ingérant de l'if. Sa longévité (il peut dépasser 2 000 ans), son bois imputrescible et son caractère sempervirens dans des régions tempérées où les conifères étaient rares peuvent expliquer pourquoi cet arbre est lié à l'immortalité.

En outre, la langue d'oïl va conserver le terme celtique, plutôt que d'adopter le terme latin taxus comme la langue d'oc teis (gascon teish, catalan teix). Cela constitue peut-être l'indice d'une permanence, comme pour le chêne, de la perception celtique de l'arbre, renforcée par des apports germaniques postérieurs et notamment anglo-scandinave en Normandie. Lors de la christianisation, ce symbole païen va être récupéré par l'église dans les contrées où il était vénéré. Ainsi, il était systématiquement planté dans les cimetières d'Écosse, d'Irlande, d'Angleterre, de Normandie (cf. arbres remarquables de France#Normandie) et, dans une moindre mesure, de Bretagne et du Maine, ailleurs en France cette coutume était rare, voire inexistante[10]. La plantation dans les cimetières normands est notée par certains historiens locaux comme une habitude d'origine viking[réf. nécessaire] permettant de trouver facilement le bois pour fabriquer des arcs en cas d'urgence, sans avoir à battre la campagne pour trouver l'if nécessaire. On le trouve également au milieu de certains cloîtres, son centre symbolisant le paradis, en Irlande à l'abbaye de Muckross ou en Normandie à l'abbaye de Jumièges. Au contraire, en Provence par exemple, cet arbre était planté à l'entrée de la maison comme symbole de bienvenue.

Divers[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « La traite des plantes », dans La Recherche, numéro 411, septembre 2007, page 50
  • Robert Bourdu et Yves Larvor, L'If, collection Le nom de l'arbre, Éditions Actes Sud
  • Henri Gadeau de Kerville, Les Vieux Arbres de la Normandie : étude botanico-historique Rouen, Société des amis des sciences naturelles de Rouen, 2 volumes, J.B. Baillière, Paris, 1890-1932.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Dictionnaire étymologique de botanique : Comprendre facilement les noms scientifiques, Lausanne, , 238 p. (ISBN 2-603-01182-0, notice BnF no FRBNF37118402), p. 216
  2. François Couplan, Les plantes et leurs noms : Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 73
  3. Jean-Marie Pelt, Franck Steffan, Les Langages secrets de la nature, Fayard, , p. 89.
  4. Roger Brunet, Trésor du terroir. Les noms de lieux de la France, CNRS Éditions, , p. 47.
  5. Jean-Maire Cassagne, Villes et Villages en pays lotois, Tertium éditions, , p. 280
  6. (en) L. Allington-Jones, « The Clacton Spear – The Last One Hundred Years », Archaeological Journal, vol. 172, no 2,‎ , p. 273–296.
  7. CHU ROUEN :Taxol
  8. Commentaires sur la Guerre des Gaules, VI, 31.
  9. Peuple dont le nom provient lui-même du mot signifiant « if ».
  10. Florence Collette, Denise Péricard-Méa, Le Temps des jardins, Conseil général de Seine-et-Marne, , p. 36.