Taupin (classes préparatoires)

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En France, un taupin ou taupine est un ou une élève de classe préparatoire scientifique. Ces élèves préparent pendant deux ou trois ans les concours aux grandes écoles d'ingénieurs. La filière scientifique est ainsi dite taupe en argot scolaire : c'est la réunion des taupins.

Origine[modifier | modifier le code]

Les mineurs-sapeurs (minant la base des murs d'une ville pour les saper) étaient déjà appelés taupins au XVe siècle à cause de l'aspect souterrain de leur travail. À la suite de l'incorporation des sapeurs et mineurs au génie sous la Révolution, taupin (ou taupe) prend en argot militaire (attesté en 1886) le sens plus général de "soldat du génie". Comme beaucoup d'officiers du génie sortent de Polytechnique, les élèves préparant ce concours se voient attribuer le même nom (1841). Taupin a redonné taupe en 1888.

On peut dire aussi que c'est avec un acharnement semblable à celui des taupes sous terre que le taupin travaille. En revanche, le rapprochement avec la myopie de la taupe est une pure fantaisie : l'admission à l'École polytechnique était (et reste) conditionnée à des critères physiques ; au XIXe siècle, un élève myope comme une taupe ne pouvait y être admis.

Jargon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Argot scolaire.

Le jargon des élèves de classes préparatoires scientifique est très développé. Citons ici quelques exemples de mots ou d'expression issus de celui-ci :

  • MSKOH : Le taupin aime, souffre et potasse. La lettre "M" fait référence à "aime". Les symboles chimiques du soufre (S) et de la potasse (KOH) complètent cette boutade d'étudiant.
  • d' = r : Littéralement déprime et galère, résumé des deux années (voire plus) de prépa
  • L'« X » fait référence à l'École Polytechnique : école accessible à la fin du cursus des classes préparatoires.
L'École est surnommée l'« X » depuis le milieu du XIXe siècle. Deux explications se font bataille : la présence de deux canons croisés sur l'insigne de l'École, et la prééminence des mathématiques dans la formation des polytechniciens. De cette notation vient le nom "HX" (hypopolytechnique) couramment donnée aux classes de Maths Sup, usuellement suivi d'un nombre pour distinguer les différentes classes d'un même lycée.
  • 3/2 et 5/2 : On appelle 3/2 (trois-demis) ou parfois kharré un élève qui est pour la première fois en deuxième année de classe préparatoire scientifique et 5/2 (cinq-demis) ou khûbe un élève qui redouble cette classe.
Avant 1935, les appellations étaient respectivement carré et cube, ce qui a été conservé dans les classes littéraires et économiques ainsi qu'en taupe dans certains lycées. Au début des années 1930, professeurs et examinateurs ont observé un accroissement de la différence de niveau entre la classe de première année (qui était la classe de mathématiques spéciales préparatoires dite hypotaupe) et la classe de seconde année (la vraie classe de mathématiques spéciales dite taupe). Peu à peu, une distinction s'est opérée entre élèves de première année (hypotaupins ou hypos) et de seconde année (taupins).
Le moment décisif a été l'année 1936 quand l'École polytechnique décida de modifier le calcul de la puissance moyenne des candidats admis. Elle affecta la valeur 1/2 aux élèves de mathématiques spéciales préparatoires, 3/2 aux carrés et ainsi de suite : en quelque sorte, une dévaluation de l'hypotaupe ! À partir de cette date, les élèves de mathématiques spéciales préparatoires, puis de mathématiques supérieures à partir des années 1940, furent appelés demis (au sens demi-taupins). Comme ce sont des puissances 1/2, on les appelle racines dans certains lycées. Dans cette logique, les 3/2 sont les élèves qui ont fait une hypotaupe puis une taupe, tandis que les 5/2 sont ceux qui ont fait une hypotaupe puis deux taupes. Sur leur calot, les élèves indiquaient leur puissance : une barrette argentée pour une hypotaupe, et une barrette dorée par année de taupe.
Il pouvait y avoir des cas particuliers: un élève qui entrait directement en taupe et redoublait recevait l'ancienne appellation de carré ; un élève qui redoublait son hypotaupe était un deux-demis ; quand il entrait ensuite en taupe, il devenait quatre-demis.
On ignore quand et par qui fut inventée l’explication suivante de cette terminologie (astucieuse, mais erronée, comme on vient de le voir) : le surnom de l’École polytechnique est l’« X ». Or, l’objectif d’un (hypo-)taupin étant d’intégrer cette école, en calculant l’intégrale de la fonction entre 0 et 1 (avant la première année), 1 et 2 (entre première et seconde année) puis 2 et 3 (entre seconde et troisième année) nous obtenons respectivement qui vaut 1/2 (demi), qui vaut 3/2 (trois demis) puis qui vaut 5/2 (cinq demis)[1]. Dans une inspiration mathématique similaire, l’hypotaupin avant son initiation, qui le fait devenir demi, est appelé épsilon, épsilon étant la plus petite valeur qui puisse être définie numériquement en analyse numérique.
  • Le Bural, organisation étudiante, au rôle variable suivant les lycées. Ce mot est évidemment un faux singulier de "bureaux".
  • Le Z (prononcer grand zed) est le chef de classe. C'est l'initiale de Zident, forme réduite de Président (sur le modèle de l'argot de l'X, missaire, binet, ou Marine, Bohut).
  • La pougne : Nom féminin, dérivé de "pogne". Ce mot d'argot désigne notamment un élève (trop) travailleur en taupe. Jamais avare de mauvais coups pour disqualifier les autres dans la course au classement, la pougne a tendance à gratter à l'abri des regards et à enfouir les informations en sa possession susceptibles d'aider les autres. Consciencieux et appliqué voire animé d'un naturel névrotico-obsessionnel, la pougne n'a que peu de loisirs si ce n'est l’arithmomanie, les joutes logorrhéiques avec ses pairs et le jeu Othello. Pour reprendre une métaphore des sciences naturelles, la pougne est la chrysalide du graton qui érodera après éclosion aux concours les tables des écoles d'ingénieur. La prépa protectrice et nourricière pour l'esprit avide de savoir de la pougne est un tremplin pour les grandes écoles d'ingénieur malgré une mise à distance des réalités qui plongeront nombre de pougnes dans une détresse anxieuse lors des premiers entretiens d'embauches, bien éloignés de leurs considérations sur l'inconsistance fondamentale des ensembles Hilbertiens.
Synonyme : Pogne, Polard, Gratton (qui gratte du papier, rien à voir avec les morceaux de lard), Mutos ("mutant" car le stylo-plume est intégré aux doigts, ou encore "mute", sourdine en anglais: le mutos ne parle pas, il n'a pas le temps car il est en train de résoudre, par exemple, une comparaison série-intégrale particulièrement intéressante)…
  • « Le sup' est rieur, mais le spé chiale »: Phrase prononcée par les spé (3/2 et 5/2) quand les sup se vantent de leurs bons résultats, pour leur signifier que l'année la plus dure en prépa n'est pas la première.
  • Le Σ (Sigma), ou collomètre ou parfois BDK (Bureau Des Khôlles) est l'élève chargé d'organiser le planning des khôlles (interrogations orales) appelé aussi colloscope (ou khôlloscope).

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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