Jeu de la bobine

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Le jeu de la bobine est une activité ludique observée par Sigmund Freud en 1920, ainsi que sa théorisation qui ouvre celle de la seconde topique[1] et ce qui servira de prémices à l'utilisation de la technique du jeu en psychanalyse d'enfants[2]. Ce jeu est aussi désigné comme l'expérience du fort-da.

Introduction[modifier | modifier le code]

Freud observe un jeu de son petit-fils W. Ernest Freud, un enfant d'un an et demi qui est muni d'une bobine, attachée par une ficelle — un yoyo. L'enfant joue à faire tomber la bobine puis à la ramener à lui. En même temps, il prononce « Fort – Da » (« là-bas – là », dans l'idée : « loin – près » ou « pas là – là » ) et continue selon ce schème.

Interprétation au niveau symbolique[modifier | modifier le code]

Au niveau symbolique — et il faut remarquer que l'enfant commence à maîtriser le langage —, Freud constate que l'enfant répète un traumatisme, malgré le déplaisir que cette répétition occasionne.

Le jeu symbolise la répétition de l'alternance de présence et absence de la mère. L'enfant revit ainsi l'arrivée de sa mère, mais également son départ. La scène vise en fait la tétée du lait maternel, première expérience de satisfaction de l'enfant, que l'enfant revivra d'abord dans le fantasme, ou plutôt dans l'hallucination, avant que cette satisfaction hallucinatoire ne suffise plus, ce qui permet à l'enfant de prendre en compte la réalité et d'ajourner la satisfaction pulsionnelle : c'est le principe de réalité, qui formait jusque-là, avec le principe de plaisir, la théorisation freudienne de la satisfaction pulsionnelle.

La répétition d'une activité génératrice de déplaisir oblige Freud à modifier sa théorie de la pulsion. L'enfant répète un traumatisme déplaisant, volontairement : c'est donc qu'il y est contraint (d'une contrainte intérieure), contrainte qui se nomme compulsion de répétition. Cette compulsion ne va pas complètement à l'encontre de la recherche de plaisir : en fait, il s'agit de maîtriser ce traumatisme, de se l'approprier, de le symboliser.

Niveau présymbolique[modifier | modifier le code]

La contrainte immédiate renvoie à un type de pulsion particulier, la pulsion de mort, qui ne tend pas simplement à la satisfaction sexuelle mais plutôt à l'anéantissement de tout éprouvé.

La pulsion de mort (voir Thanatos) pourra être redirigée vers autrui, ou intégrée à la pulsion sexuelle (formant de l'agressivité), mais elle vise initialement le sujet lui-même.

Débats[modifier | modifier le code]

Cette interprétation renvoie donc à un niveau pré-symbolique. La pulsion de mort cause de nombreux débats entre psychanalystes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sigmund Freud : Principe du Plaisir et Névrose traumatique. Principe du Plaisir et Jeux d'enfants, in "Au-delà du principe de plaisir" (1920), chap. 2, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2010 (ISBN 2-228-90553-4)
  2. Dominique J. Arnoux: La psychanalyse des enfants

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Delplanche, « Le jeu du "Fort-Da" ou l’incidence du symbolique sur le sujet », Les Feuillets psychanalytiques du Courtil, no 2,‎ (ISSN 0776-6335, lire en ligne)