Paul Loubradou

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Paul Loubradou
Naissance
Décès
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Nationalité
Activités

Paul Loubradou (Cahors, , Toulon, ), artiste-peintre, militant communiste et député.

Enfance et carrière militaire[modifier | modifier le code]

Né dans une famille nombreuse du Lot, son père, Jean-Pierre qui fut tour à tour exploitant agricole, gendarme et militaire, fit engager son fils Paul comme enfant de troupe. « Signe qu’on avait décelé chez lui des moyens intellectuels » confirme son biographe l'historien Guillaume Bourgeois[1]. Après l'obtention de son bac, il poursuit ses études en théologie au séminaire Saint-Vincent-de-Paul de Dax. Une vocation religieuse qui fut toutefois interrompue après un désaccord avec le directeur du séminaire. En 1903, il décida donc de s'engager en tant que volontaire dans l'armée coloniale. Après plusieurs séjours en Afrique, sa carrière militaire allait subitement s'interrompre, car il fut atteint du paludisme.

Un artiste autodidacte[modifier | modifier le code]

De retour en Dordogne où il a passé une partie de son enfance, il se marie avec Antonia Barret. Peintre autodidacte de talent, il « n’a certes pas fait les Beaux-Arts ; il a appris par lui-même, sans aucun professeur. Il peint depuis toujours… Tableaux, peintures murales, décorations d’intérieur. Il a bien sûr un style propre mais il excelle dans les compositions à la manière de Boucher, Hubert-Robert, Rembrandt, Poussin, Watteau et Pater… »[2] Et ajoute: « Des tableaux, il en produira et en vendra beaucoup, à travers ses réseaux : marchands à la grosse clientèle, en Hollande et aux États-Unis d’abord puis, beaucoup plus tard, en Israël… » Après quelques années passées dans la région toulonnaise, le couple part à l'aventure pour l'Amérique du Sud. Une époque heureuse où l'artiste gagne aisément sa vie en faisant des toiles pour les riches propriétaires chiliens. Mais en septembre 1914, la guerre l'oblige à regagner l'Europe. Caporal au 308e de ligne, il est gazé et son paludisme le fait atrocement souffrir. Démobilisé, son état de santé est très préoccupant.

Un orateur né[modifier | modifier le code]

Si on ne sait pas précisément quand Loubradou décida de s'engager en politique, il est sûr que, comme beaucoup de poilus affectés par le sacrifice inutile de milliers de conscrits dans la guerre de tranchées, ses positions politiques se sont radicalisées à son retour du front. Militant syndical, il organise la structure du syndicat CGT à la Poudrerie nationale de Bergerac (Dordogne) où il travaille depuis son retour du feu. Un établissement où 12 000 ouvriers travaillent pour "l'effort de guerre". Son choix n'est pas fait au hasard. Comme l'atteste son biographe : « Paul Loubradou étant favorable aux bolchéviks russes et à la conclusion d’une paix négociée, son second engagement viserait à ralentir, voire à paralyser une place forte de l’industrie de guerre. »[2] Une action syndicale qui le conduit à rejoindre les rangs de la SFIO locale dont il devient en 1918, le secrétaire départemental. Le peintre s'est mué en révolutionnaire professionnel. Évincé de la Poudrerie où son activité politique au grand jour est devenu inacceptable pour la direction, il lance un journal, Justice, dont le sous-titre sera : "organe hebdomadaire de la classe ouvrière et paysanne", puis : "journal socialiste et syndicaliste mensuel sous le contrôle des organisations ouvrières et paysannes de Bergerac". Le journal deviendra plus tard l'organe officiel du parti communiste de la Dordogne. Il brigue sans succès un mandat législatif sous les couleurs de la SFIO en 1919. Très engagé dans la CGT, il s'implique fortement dans la grève de 1920. Un engagement qui lui doit d'être poursuivi par la police. Il quitte alors pour un temps la France pour l'Espagne. Pour subsister, il reprend son travail d'artiste. Et de quelle manière ! Candidat à un projet de décoration du casino de Saint-Sébastien, son projet est retenu. Un travail que le roi Alphonse XIII de Bourbon appréciera particulièrement au point qu'il offre « un talavera de sa collection personnelle (un vase décoré en grès). »[2]

De retour en France, en 1923, la SFIO de Dordogne a basculé à la SFIC. Loubradou redevient l'homme pivot du nouveau parti et fonde une société coopérative qui aide les nécessiteux. « Paul Loubradou n’est donc pas un communiste ordinaire et demeure symboliquement chrétien dans certaines attitudes »[2]. Un engagement qui ne sera pas du goût de la direction du PCF durant la période de bolchevisation du parti communiste français où la ligne politique dite "classe contre classe", n'est guère en phase avec l'idéal de Loubradou. Élu conseiller municipal de Bergerac, en 1928, il en démissionne quelques semaines après. Son journal Justice disparaît en 1933, « sans doute à cause de son orientation politique trop large. »[2] Las des querelles idéologiques, l'artiste reprend le large en voyageant en Allemagne, au Danemark et en Suède. Il s'installe finalement à nouveau sur la Côte d'Azur où son engagement politique semble définitivement derrière lui. Et pourtant, le changement de ligne au sein du PCF, avec le Front populaire, change la donne. Le PCF, en Dordogne, a besoin d'une figure de proue capable d'emporter les élections. Il accepte et est donc candidat aux législatives de Bergerac. Il est finalement élu avec son camarade Gustave Saussot. Le parlementaire communiste n'a toutefois que peu de temps pour vivre sa vie d'homme politique. La guerre qui menace et finalement éclate en septembre 1939, le fera définitivement rompre avec le PCF.

Contre le pacte germano-soviétique[modifier | modifier le code]

Hostile au pacte germano-soviétique, il démissionne du PCF, le 28 août 1939. Il fonde dès lors avec d'autres élus communistes en rupture l’Union populaire française. Profondément aigri par son départ du parti auquel il estimait avoir sacrifié son existence, il écrit en août 1944 : « Si, en 1939, le PCF avait affiché sur les murs de France un manifeste inspiré de l’esprit qui a dicté celui que nous lisons aujourd’hui, je n’aurai jamais quitté le parti. Et pour cause !" »»[2]

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Paul Loubradou », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Jean-Jacques Gillot, Les communistes en Périgord (thèse et Pilote 24 éditions, 2007)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guillaume Bourgeois, « Paul Loubradou, communiste rebelle », Montauban, Arkheia, 2008.
  2. a b c d e et f G. Bourgeois, Ibid.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Cahier de Jean Lascar – 1914-1918, Éditions Victor Thomas, Paris, 1934, 299 p.

Lien externe[modifier | modifier le code]