RMS Lancastria

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47° 10′ 26″ N 2° 19′ 15″ O / 47.17389, -2.32083

Lancastria
Image illustrative de l'article RMS Lancastria

Autres noms RMS Tyrrhenia
Type Paquebot transatlantique
Histoire
Quille posée
Lancement
Mise en service
Statut Coulé le
Caractéristiques techniques
Longueur 168 m
Maître-bau 21,25 m
Tirant d'eau 11,90 m
Tonnage 16 243 t
Propulsion Turbines à vapeur Brunes-Curtiss
Puissance 13 500 cv (9,9 MW)
Vitesse 17 nœuds
Autres caractéristiques
Passagers 2 151
Équipage 320
Chantier naval William Beardmore, Glasgow
Armateur Cunard Line
Pavillon Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Coût 1 359 907 £

Le RMS Lancastria est un paquebot transatlantique britannique coulé par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale.

Il est associé à l'une des plus grandes catastrophes maritimes du XXè siècle[1].

Paquebot transatlantique et bateau de croisière[modifier | modifier le code]

RMS Lancastria

Le paquebot est long de 168 mètres. Sa construction coûte 1 359 907 £ et prend beaucoup de retard suite à une grève des ouvriers du chantier naval William Beardmore de Glasgow.

Il est lancé en 1922 et baptisé RMS Tyrrhenia. Il appartient à la compagnie britannique Cunard Line[2].

Changement de nom[modifier | modifier le code]

Le 5 février 1924, le paquebot est renommé Lancastria, car son nom originel semble difficile à prononcer pour les passagers américains[3]. De 1926 à 1932, le Royal Mail Ship Lancastria assure la liaison hebdomadaire Londres - New York.

Il transporte vacanciers comme immigrants vers une nouvelle vie, dans l'espoir d'une prospérité meilleure. Plus tard, il est transformé en paquebot de luxe pour croisières en Méditerranée et dans les fjords norvégiens, avant d'être réquisitionné pour le transport de troupes à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale[4]

Bateau de repli[modifier | modifier le code]

Le 12 juin 1940, le front militaire allié est enfoncé par les troupes de la Wehrmacht. L'avancée des Allemands est fulgurante. Les troupes allemandes se rapprochent de la côte atlantique. A partir du 15 juin 1940, près de 40 000 soldats britanniques ont reflué vers le port de Saint-Nazaire pour tenter de s'échapper vers la Grande-Bretagne.

Ils sont une partie des 136 000 officiers et soldats du Corps Expéditionnaire Britannique, rapatriés depuis des ports français[4]. L'évacuation du port de Dunkerque vient d'avoir lieu deux semaines auparavant[3].

Dans la nuit du 14 juin 1940, le Lancastria quitte le port de Liverpool pour une destination tenue secrète de l'équipage. Il fait escale à Plymouth le 15 juin, puis se dirige vers Brest, la baie de Quiberon et enfin l'embouchure de la Loire près de Saint-Nazaire[3]. Le , le Lancastria participe à l’opération d'évacuation Ariel.

Naufrage[modifier | modifier le code]

Le naufrage du Lancastria au large de Saint Nazaire

Près de 80 bâtiments de commerce sont réquisitionnés et attendent en rade de Saint-Nazaire[4].

Le 17 juin 1940, vers 6h00 du matin, le Lancastria jette l'ancre à 4 km de la côte. En mouillant à bonne distance du port de Saint-Nazaire, il réduit les risques d'être pris pour cible par des attaques aériennes ou des U-boot.

Les troupes allemandes sont alors à 40 km du port de Saint-Nazaire[3]. Durant les derniers mois, les unités de la Cinquième Colonne ont été actives dans la région.

La capacité normale du paquebot est de 3 000 personnes, et les bateaux et gilets de survie sont seulement prévus pour 2 200 passagers[3]. Deux officiers de la Marine Royale montent à bord du Lancastria et donne l'instruction au capitaine Sharp de charger autant de passagers que possible « sans tenir compte des limites fixées par la loi internationale »[3]. Dans la précipitation de la débâcle, c'est environ 9 000 soldats qui monteront à bord d'après les notes des officiers britanniques[4]. Les premiers bateaux arrivent au Lancastria dès 7 à 8h00 du matin. En fin d'opération, les soldats du Corps expéditionnaire britannique et autres réfugiés sont tassés au point de ne plus pouvoir se déplacer sur les ponts du navire[4].

Comme il est le plus gros navire de la flotte de repli du port, le Lancastria représente une cible idéale pour la Luftwaffe ennemie[4].

Alors qu'il s'apprête à quitter l'estuaire de la Loire, il est attaqué par une flotte de bombardiers allemands Junkers Ju 88[Note 1], peu avant 16h00. L'un des avions fond au ras de l'eau et se dirige vers la poupe du Lancastria. Il largue quatre bombes de 500 kg, qui toutes percutent ou endommagent les flancs du navire[3]. Une des bombes semble tomber dans l'unique cheminée du paquebot (mais ce n'est pas le cas). Le fioul des tanks perforés du Lancastria se répand alors autour du navire.

Incertains d'avoir définitivement coulé le paquebot, les bombardiers Junkers amorcent une seconde salve d'attaques avec des bombes incendiaires pour enflammer le fioul. Le Lancastria en contient 1 400 t au moment du naufrage. Mais heureusement, très peu s'amorcent, du fait de la faible altitude de survol et du mauvais synchronisme d'explosion des bombes pour cette approche basse.

Dans l'intervalle, le Lancastria s'incline brusquement. Les bateaux de survie et les gilets de sauvetage sont pris d'assaut et le navire coule en 24 minutes[3].

Le naufrage du Lancastria fait probablement plus de 4 000 victimes (l'estimation basse est de 2 500 victimes, jusqu'à plus de 6 000 victimes), en grande majorité des soldats britanniques [3][5] . C'est plus que le total de victimes des naufrages du Titanic (environ 1 500) et du Lusitania (environ 1 400) réunis[3]. Le naufrage est le plus grand désastre maritime unique de l'histoire britannique.

Des chalutiers, des navires de servitude portuaires, une vedette de la SNSM, des destroyers britanniques, se portent au secours des naufragés du Lancastria. Ils sont couverts de brûlures et de fioul au milieu des cadavres flottants. Les rescapés sont débarqués à Saint-Nazaire, puis acheminés vers l’hôpital ou des écoles afin d’être soignés et nettoyés de leurs gangues noires.

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RMS Lancastria
RMS Lancastria
Voir l’image vierge
Localisation de l'épave

De nombreux habitants nazairiens s’associent au travail des sauveteurs et des infirmiers débordés jusqu’à très tard dans la nuit[1].

Après le naufrage, ce sont 2 477 rescapés de la catastrophe longtemps occultée qui regagnent l'Angleterre après avoir échappé à la mort[1].

Le capitaine Sharp, commandant du Lancastria, survit au naufrage. Il meurt à bord d'un autre navire le RMS Laconia, torpillé par un U-boot allemand le 12 septembre 1942. Alors que Sharp réalise que son bateau est en train de couler, et peut-être ne supporte-t-il plus la perte d'un nouveau navire, les témoins relatent que le capitaine s'enferme dans sa cabine et coule avec les 1600 autres victimes du RMS Laconia[3].

Tragédie confidentielle[modifier | modifier le code]

Le nombre exact de ceux qui se sont trouvés à bord du Lancastria est inconnu. Les documents de bord sont sous secret militaire pour 100 ans, c'est-à-dire jusqu'en 2040. A l'annonce du naufrage, Churchill place sous secret la nouvelle du désastre, par la Defence Notice (D-Notice), afin de ne pas démoraliser davantage les citoyens britanniques[3]. Le même jour, l'armée française est complètement anéantie par l'armée allemande et l'annonce officielle de la capitulation de la France devant l'Allemagne d'Hitler est diffusée au même moment. L'information du naufrage, ne sera connue que cinq semaines plus tard, quand elle sera publiée, par le New York Times et par The Scotsman du . Churchill ne décrira ce naufrage, que dans ses mémoires, en avançant un chiffre de 4 000 victimes[4].

C'est un des naufrages les plus meurtriers de l'histoire, avec ceux du Cap Arcona, du Wilhelm Gustloff, du Goya en 1945 en mer Baltique, et ceux du Jun'yō Maru, du Toyama Maru et du Ukishima Maru en 1944 dans le Pacifique.

Certaines sources avancent que le classement secret défense du désastre du Lancastria par l'exécutif anglais pourrait être une reconnaissance implicite d'une part de responsabilité dans le nombre très élevé de victimes occasionnées : le risque d'attaque élevé, auquel le navire était alors exposé, aurait dû conduire à l'inverse au strict respect des règles de chargement humain comme des capacités de sauvetage[3].

Le gouvernement britannique refuse cependant, de qualifier le site du naufrage, comme cimetière militaire britannique, par le biais de la loi de 1986, sur la protection des souvenirs militaires (Protection of Military Remains Act 1986 (en))[6],[7], et d'autre part, de commémorer la catastrophe, par la frappe d'une médaille, malgré les demandes pressantes[8].

Postérité[modifier | modifier le code]

Désormais, une bouée au large de l’estuaire de la Loire signale l’emplacement de l’épave. Celle-ci, est considérée, depuis 2006, comme un cimetière marin, avec une zone de protection et d'exclusion de 200 mètres, autour de la zone du naufrage. L'épave se trouve à 15 km du port de Saint-Nazaire[3], à une profondeur de 26 mètres et culmine à 12 mètres sous la surface. Elle se trouve dans une zone, soumise à de fortes marées et courants. Une grande partie de l'épave est encore intacte.

Le 17 juin de chaque année, à l'initiative de l'association écossaise The HMT Lancastria Association[9], une délégation de survivants et de membres des familles de victimes, vient s’y recueillir à bord de navires en déposant des gerbes de fleurs, sur l’eau.

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En France, seize cimetières, en Loire-Atlantique et en Vendée, abritent les sépultures des victimes. Un mémorial commémoratif a été érigé à Saint-Nazaire[10].

Au Royaume-Uni, un mémorial a été inauguré le [11], sur le site de l'hôpital Golden Jubilee National Hospital (en), à Clydebank, près de Glasgow, ainsi qu'une maquette du navire le [12], (site occupé en 1922, par le Chantier naval William Beardmore (en), où le navire a été construit)[13]. Un autre mémorial se trouve au National Memorial Arboretum (en)[14], à Alrewas (en), près de Lichfield, Staffordshire. Un vitrail commémoratif, se trouve dans l'église St Katharine Cree (en), à Londres[15].

En 2007, le gouvernement écossais avait annoncé que les victimes écossaises, de la catastrophe du Lancastria seraient officiellement reconnues par des médailles commémoratives, ce qui a été fait en 2008, pour 375 d'entre elles. Les survivants et descendants, devaient formuler leur demande de médaille, avant la date limite du . Le 75e anniversaire du naufrage du Lancastria entérine ainsi, la clôture du processus de demande de médaille[16].

Une chanson de l'album Abysses (2007) de Tri Yann est consacrée à la tragédie du Lancastria[17].

Un reportage de l'émission mystères maritimes affaires classées est consacrée au naufrage du Lancastria[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le groupe / escadre de combat N°30 (Gruppe / Kampfgeschwader 30), en provenance de la base aérienne de Chièvres, en Belgique

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « La tragédie du Lancastria | Tourisme & patrimoine - Saint Nazaire », sur www.saint-nazaire-tourisme.com (consulté le 8 juin 2015)
  2. (en) Shipwrecks of the Cunard Line, « Lancastria », sur www.cunardshipwrecks.com (consulté le 18 juin 2015).
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n « Lancastria Archive », sur www.lancastria.org.uk (consulté le 10 juin 2015)
  4. a, b, c, d, e, f et g Frédéric Coulon, « Le Lancastria (16 juin 1940) », Naufrage en estuaire de Loire,‎ , p. 20 et 21
  5. (en) Liste d'environ 4 000 victimes
  6. (en) Sir Nicholas Soames, MP, « Lancastria war grave campaign », sur www.nicholassoames.org.uk (consulté le 19 juin 2015).
  7. (en) Anthony Caroll - 25 March 2015, « Invasion of France is remembered thanks to south Norfolk woman », sur www.dissmercury.co.uk (consulté le 19 juin 2015).
  8. (en) The Scotsman - 30 December 2007, « Browne rejects plea for medals to mark 1940 sinking of Lancastria », sur www.scotsman.com (consulté le 19 juin 2015).
  9. (en) « The HMT Lancastria Association », sur www.lancastria-association.org.uk (consulté le 18 juin 2015).
  10. (en) « Memorial at St. Nazaire, for those who died on the Lancastria », sur gallery.commandoveterans.org (consulté le 19 juin 2015).
  11. (en) BBC - Glasgow and West Scotland, « Statue marks Clyde site where Lancastria was built », sur www.bbc.com (consulté le 18 juin 2015).
  12. (en) Golden Jubilee National Hospital - June 22nd, 2013, « Lancastria model unveiled at national hospital », sur www.nhsgoldenjubilee.co.uk (consulté le 19 juin 2015).
  13. (en) « Sinking of the RMS Lancastria », sur worldhistoryproject.org (consulté le 18 juin 2015).
  14. (en) « Memorial to the Troop ship HMT Lancastria at the National Memorial Arboretum, Alrewas, UK », sur www.alamy.com (consulté le 19 juin 2015).
  15. (en) John Thompson, « Stained glass window, commemorating the sinking of HMT Lancastria », sur www.warmemorialsonline.org.uk (consulté le 19 juin 2015).
  16. (en) BBC - 5 April 2015, « Lancastria : Families urged to claim WWII medals », sur www.bbc.com (consulté le 19 juin 2015).
  17. Lancastria - Tri Yann.wmv (lire en ligne)
  18. Mystères maritimes Bateaux martyrs 02 Le Lancastria (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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