RMS Laconia (1921)

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Laconia
Image illustrative de l'article RMS Laconia (1921)

Type Paquebot
Histoire
Chantier naval Swan, Hunter & Wigham Richardson Ltd, Wallsend
Lancement
Mise en service
Statut torpillé le 12 septembre 1942
Équipage
Équipage 300
Caractéristiques techniques
Longueur 183 mètres
Maître-bau 22,5 mètres
Tirant d'eau 9,96 mètres
Déplacement 19 695 tonnes
Propulsion Moteurs à vapeur à action directe (Wallsend Slipway) actionnant 2 hélices[1]
Puissance 18 000 ihp
Vitesse 17 nœuds
Caractéristiques commerciales
Passagers 2 200
Carrière
Armateur Cunard Line
Pavillon Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni

Le RMS Laconia, paquebot commandé par la compagnie Cunard Line et construit par l’entreprise Swan, Hunter & Wigham Richardson Ltd, Wallsend, est lancé le . Il réalise son premier voyage le en partance de Southampton jusqu’à New York. Ce paquebot est surtout connu pour son destin tragique (en) survenu le 12 septembre 1942 en pleine bataille de l'Atlantique lorsqu'il est torpillé par un U-boot allemand avec à bord des passagers civils et 1 800 prisonniers italiens.

Histoire[modifier | modifier le code]

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Le Laconia commence sa première croisière en janvier 1923, pour un tour du monde qui durera un peu plus de quatre mois. Le par temps de brouillard, le Laconia entre en collision avec le Pan Royal sur la côte américaine, sur la ligne BostonNew York. Le Laconia retourne par ses propres moyens à New York pour effectuer des réparations, et reprend ses croisières dès 1935.

Le , le Laconia est réquisitionné par l'Amirauté britannique pour être transformé en croiseur marchand armé. En janvier 1940, équipé de mitrailleuses, il est utilisé pour escorter des convois aux Bermudes et dans l’océan Atlantique (dont les convois HX 25 et HX 35).

À partir du , le Laconia est utilisé après quelques transformations pour le transport de troupes, ou le transport de prisonniers de guerre.

Tragédie du Laconia[modifier | modifier le code]

Le , à 130 milles au nord-nord-est de l'île de l’Ascension, le Laconia avec 136 hommes d'équipage, 80 civils femmes et enfants, 268 militaires britanniques, 103 soldats polonais et approximativement 1 800 prisonniers de guerre italiens capturés en Libye, est touché par une torpille sur le flanc droit, qui incendie immédiatement la salle des machines. Cette première explosion fera plus de 450 morts, la plupart parmi les prisonniers italiens, puis une seconde torpille achève le bateau qui s'enfonce alors très vite dans l’océan.

Le capitaine Sharp commandant du navire ordonne l’évacuation des femmes, enfants et des blessés dans les 32 canots de sauvetage encore en état. Des gardes polonais présents dans le bâtiment aident le commandant pour organiser l’évacuation des survivants, ce qui permettra de sauver beaucoup de vies humaines pour les passagers. Certains exécutent ou blessent ainsi à la baïonnette de nombreux prisonniers de guerre italiens souhaitant utiliser les canots de sauvetage du navire, afin que ces derniers restent disponibles uniquement pour les passagers britanniques.

Les sous-marins U-156 et U-507 au secours des rescapés du Laconia

L’U-156 cherchait à intercepter un convoi ennemi anglais quand le veilleur de bord annonce à 11h37 fumée à tribord arrière. Le capitaine de corvette Werner Hartenstein de l'U-156 attend la nuit pour s'approcher du paquebot et le torpille à 22h07 . Quand le capitaine se rend compte que des civils et des prisonniers de guerre italiens étaient à bord, il entreprend de sauver les survivants qui se débattaient dans l’océan.

Il rend compte (par message crypté sous code Enigma) à son chef d' Etat-Major l'Amiral Dönitz en suggérant une "neutralisation diplomatique" de la zone du torpillage, mais Dönitz estime cette solution impossible, par contre, il prévient l'amirauté de Vichy, estimant que les navires de guerre français réfugiés à Dakar sont en mesure d'intervenir, et autorise les sous-marins allemands capables d'intervenir sur zone de le faire (ou pas).

Ne voyant rien venir, Hartenstein prend sur lui d'émettre en clair un appel à l'aide à tous les navires qu'ils soient neutres, alliés ou hostiles puis essaie de récupérer le plus possible de rescapés. Il en embarque plus de deux cents, et prend en remorque plusieurs chaloupes de sauvetage.

Au bout de quarante-huit heures, deux bateaux allemands, l’U-506 et l’U-507 se présentent et embarquent en priorité les civils, et affichent sur le ponton le pavillon « croix rouge ».

Le message est reçu à l'île Ascension, en plein milieu de l'Atlantique (où l'US Air Force a établi une base-escale secrète destinée à faciliter le convoyage d'avions neufs vers les théâtres d'opérations européens et africains). Le colonel Ronin en charge de la base dépêche en reconnaissance un B24 Liberator dont ses mécaniciens viennent d'achever les réparations après un feu de moteur, c'est le seul avion dont le rayon d'action est suffisant.

L'équipage repère aisément le sous-marin et rend compte à son commandement, en mentionnant les croix rouges et la présence de civils, en demandant des ordres....ceux-ci sont très vite donnés et tiennent en deux mots: "sink sub" (coulez le sous -marin)[2].

À contrecœur l'équipage du B24 s'exécute, commencent à bombarder les passerelles des navires allemands où les survivants avaient pris place. Une bombe retourne une chaloupe. Averti par le commandant, l’amiral Karl Dönitz donne l’ordre d’abandonner les passagers rescapés du Laconia et de plonger le plus rapidement possible (l’U-156 sera obligé de rentrer à sa base pour réparer la coque).

Les ordres non suivis par l’U-507 permettent de récupérer 161 personnes, et le commandant du submersible ordonne de remorquer sept canots de sauvetage remplis de blessés. Il expliquera à sa hiérarchie qu’en cas de danger imminent, il lui aurait suffi de couper les amarres et de plonger.

Le lendemain le U-156 rassemblait 156 rescapés dans sa cale et 60 hommes d’équipage, ce qui représente la limite de surcharge d’un sous-marin. L’U-506 et l’U-507 continuent de récupérer des hommes et des femmes transis qui flottaient encore grâce à leurs gilets de sauvetage.

Par le SOS de l’U-156, le drame est connu dans toute la zone, les secours s’organisent pour retrouver les rescapés récupérés par les sous-marins allemands et un sous-marin italien, l'Alfredo Capellini. Trois bâtiments français partent de Dakar (Sénégal), le Dumont d’Urville, la Gloire, et l’Annamite, embarquent 980 rescapés sur le lieu de rendez-vous.

Témoignage d'un prisonnier italien publié par Jean Noli en 1970 :

« Dès que le navire a commencé à s'incliner, nous avons essayé de sortir de nos prisons. Les Polonais ou les Anglais, je n'en sais rien, avaient tout verrouillé. Dans le compartiment où je me trouvais, nous avons réussi à enfoncer la porte. Nous étions quelques centaines à nous précipiter vers l'ouverture étroite, à nous entasser les uns contre les autres. Celui d'entre nous qui tombait, les autres le piétinaient. Quand nous avons pu nous retrouver à l'air libre, nous nous sommes heurtés aux Polonais, baïonnette au canon. Ils ont essayé de nous refouler et de nous empêcher d'approcher des canots de sauvetage. C'est à ce moment-là que j'ai été blessé. À bord il n'y avait que bruit et confusion. Pourtant ce vacarme était couvert par les cris de nos camarades, toujours emprisonnés et qui suppliaient qu'on les délivre. Nous qui étions libres, nous n'avions qu'une solution : nous jeter à l'eau sans gilet de sauvetage, car il n'y en avait pas pour nous ! »

— Jean Noli, Les Loups de l'Amiral, 1970, p.253.

Tribunal de Nuremberg[modifier | modifier le code]

L’amiral Karl Dönitz se retrouve avec vingt autres responsables nazis dans le box des accusés devant le tribunal militaire international de Nuremberg, et est accusé de guerre totale sous-marine, contraire aux lois de la guerre. Il sera reproché à Dönitz qu’une fois l’opération de sauvetage terminée il a établi l’ordre Triton Null, (connu en anglais comme Laconia orders) qui précisera qu’aucune tentative ne doit être faite pour sauver les passagers des navires coulés.

L'avocat de Dönitz fera habilement valoir que des ordres similaires avaient été donnés par l'amiral américain Chester Nimitz pour les sous-marins US opérant au Pacifique, ce que l'Amiral Nimitz confirmera officiellement.

Le colonel Phillimore, substitut du procureur fait état des mêmes consignes chez les sous-mariniers américains[3], ce qui évitera à l’amiral d’avoir une peine plus sévère. Le 1er octobre 1946, Karl Dönitz sera condamné à dix ans de réclusion, reconnu coupable de crime contre la paix et de crimes de guerre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « RMS Laconia », sur u-boote.fr
  2. Léonce Peillard, L' affaire du Laconia, Paris, Robert Lafont,
  3. Le 2 juillet 1946, la défense utilisa une déclaration en ce sens faite par l'amiral américain Chester W. Nimitz. Dans l'édition anglaise des volumes du procès (International Military Nuremberg, Trial of the Major War Criminals, consultable en ligne), voir vol. XVII, Nuremberg, 1948, p. 377-382.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire pour tous : no 137 de septembre 1971 – Article signé Marialys Bertault.
  • Léonce Peillard, L’Affaire du « Laconia », Laffont, 1961.
  • Jean Noli, Les Loups de l'Amiral. Les sous-marins allemands dans la bataille de l'Atlantique, Fayard, 1970, chapitres 25 et 26.
  • Historia : « Deuxième Guerre mondiale » : no 53.

Filmographie[modifier | modifier le code]