Notre-Dame de Paris (statue)

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Vierge à l'Enfant
dite Notre Dame de Paris
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Objet classé monument historique (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

La Vierge à l'Enfant dite Notre Dame de Paris est une statue de pierre d'une taille de 1,8 mètre, représentant la Vierge à l'Enfant, créée au début du XIVe siècle. C'est un exemple du style de la sculpture gothique tardive. Elle est retrouvée intacte à la suite de l'incendie d' à la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Origine et lieu de conservation[modifier | modifier le code]

La statue et son chapiteau proviennent de la chapelle Saint-Aignan du cloître Notre-Dame. Elle a été placée en 1818 sur le pilier-trumeau du portail de la Vierge de la grande façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame de Paris, après la destruction pendant la Révolution, en 1793, de la statue de la Vierge qui s'y trouvait antérieurement. Elle y reste de 1818 à 1855[1], jusqu'à la restauration de Notre-Dame par d'Eugène Viollet-le-Duc[2], qui l'a déplacée à l'intérieur de l'église, contre le pilier sud-est de la croisée du transept, où elle est demeurée jusqu'à l'incendie d'[3].

Description[modifier | modifier le code]

Le style de la statue en l'honneur de la Sainte Vierge, mère de Jésus, se distingue du contrapposto traditionnel sur ce genre. Elle est parfois considérée comme étant l'une des statues les plus décoratives du catholicisme.

Détails[modifier | modifier le code]

Marie est debout, tenant son fils, Jésus-Christ, contre son corps. Contrairement aux versions précédentes du couple saint, les deux personnages adoptent une position naturelle, avec des traits faciaux particuliers. Dans la plupart des représentations religieuses de la Vierge et l'Enfant de l'époque, Jésus n'est pas représenté comme un nourrisson, mais comme un adulte en miniature. Ici, cependant, l’artiste a tenté de lui inculquer les manières d’un enfant jouant avec le voile de sa mère[4]. Cette œuvre s'inscrit ainsi dans une humanisation de la représentation des figures religieuses dans la sculpture gothique, qui a commencé à Chartres et s'est particulièrement développée en Allemagne[5].

Marie, comme une reine, est vêtue d'une robe royale et porte une couronne sur la tête. Le déhanchement figure l'élégance aristocratique. Dans sa main droite, elle tient le « lys » du royaume des lys, la France de l'époque ; il s'agit, en fait, d'un iris. Jésus tient la sphère du Monde. La boule qu'il tient est une allusion à la royauté et à leur sainteté. La boule ou l'orbe dans les mains du Christ est une référence au Christ en tant que Salvator Mundi (Sauveur du Monde). L'orbe symbolise la Terre et le Christ est le roi du monde entier.

Style[modifier | modifier le code]

L'une des principales caractéristiques de la sculpture gothique est son élégance. Cependant, la sculpture a subi des modifications de l’architecture d'arrière-plan, le contraste lumière/obscurité et la courbe en S de « style praxitélien ». Par simplification, le style gothique s'est éloigné du style roman. Le plus grand changement se situe cependant dans la séparation des sculptures de l'architecture. Au lieu de créer des figures en haut-relief, inscrites dans les murs ou les colonnes, les sculptures sont extraites de leurs supports. Le contraste entre ombre et lumière est mis en évidence par les profonds plis du tissu du vêtement.

Le sculpteur de Marie a exagéré la courbe en « S » de son corps, élément caractéristique du style gothique. Cependant cette posture ne provient pas de la période gothique en Europe, mais du IVe siècle av. J.-C. quand les sculpteurs grecs, fascinés par les mouvements et les muscles du corps ont essayé de représenter par la courbe en « S » un naturalisme abouti. Pour les sculpteurs gothiques, l'effet recherché n'est pas le mouvement du corps, mais l'élégance et l'élongation[6].

Protection du patrimoine[modifier | modifier le code]

La statue a été classée monument historique au titre objet par arrêté du [2]. Retrouvée intacte à proximité des gravats de la voûte du transept, simplement mouillée par l'eau projetée par le drone terrestre utilisé à l'intérieur de la cathédrale pour combattre l'incendie qui a détruit dans la nuit du au la charpente et la flèche [7], la statue est déposée le pour être mise en sécurité[8]. Par la suite, une réplique est installée à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, puis la statue originale prend la place de la réplique, laquelle sera déplacée dans l'installation éphémère qui doit être déployée sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame[9],[10].

Postérité[modifier | modifier le code]

Joris-Karl Huysmans en fait la description suivante en 1898 dans son roman La Cathédrale[11] :

« Elle est à peine jolie, mais si bizarre avec son sourire joyeux éclos sur de mélancoliques lèvres ! Aperçue d’un certain côté, Elle sourit à Jésus, attentive, presque railleuse. Il semble qu’Elle attende un mot drôle de l’Enfant pour se décider à rire ; Elle est une nouvelle mère pas encore habituée aux premières caresses de son fils. Regardée d’un autre point, sous un autre angle, ce sourire, si prêt à s’épanouir, s’efface. La bouche se contracte en une apparence de moue et prédit des pleurs. Peut-être qu’en parvenant à empreindre en même temps sur la face de Notre-Dame ces deux sentiments opposés, la quiétude et la crainte, le sculpteur a voulu lui faire traduire à la fois l’allégresse de la Nativité et la douleur prévue du Calvaire. Il aurait alors portraituré, en une seule image, la Mère des Douleurs et la Mère des Joies, devancé, sans le savoir, les Vierges de La Salette et de Lourdes. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Aubert, « Une statue de Vierge provenant de Notre-Dame », Bulletin de la société nationale des antiquaires de France,‎ , p. 106 (DOI 10.3406/bsnaf.1948.3706), citant pour la date de 1818 : Antoine-Pierre-Marie Gilbert, Description historique de la basilique métropolitaine de Paris, A. Le Clère, , p. 84 [lire en ligne].
  2. a et b « Vierge à l'Enfant dite Notre-Dame de Paris », notice no PM75000686, base Palissy, ministère français de la Culture.
  3. « Notre Dame de Paris », sur Notre-Dame de Paris.
  4. (en) « The End of Europe's Middle Ages: Visual Arts », Applied History Research Group, University of Calgary, .
  5. (en) Fred S. Kleiner, Gardner’s Art Through the Ages : A Global History, vol. 1, Boston, Cengage Learning, , 15e éd., 624 p. (ISBN 978-1-285-83784-0), p. 390–391 [lire en ligne].
  6. (en) Gothic Art & Architecture. Katy School. Web. 3 mars 2012. [1].
  7. Gauthier Vaillant, « Cinq trésors sortis indemnes du brasier de Notre-Dame », La Croix, .
  8. Romain Lescurieux, « Incendie à Notre-Dame de Paris: Reliques, grands «Mays»... 1.300 œuvres ont été mises à l’abri », Le Parisien, .
  9. Marc Fourny, « Notre-Dame : la Vierge du pilier, enfin dépolluée, retrouve les fidèles », Le Point, .
  10. Éric Le Mitouard, « Paris : Notre-Dame se délocalise dans le Ier arrondissement », Le Parisien, .
  11. André Trintignac et Marie-Jeanne Coloni, Découvrir Notre-Dame de Paris, Paris, Cerf, , 286 p. (ISBN 2-204-02087-7), p. 109–110.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]