Cirque Flaminius

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Cirque Flaminius
Image illustrative de l'article Cirque Flaminius
Le cirque Flamine sur une gravure de Giacomo Lauro, 1641.

Lieu de construction Sud du Champ de Mars
Date de construction Entre 223 et 220 av. J.-C.
Ordonné par Caius Flaminius Nepos
Type de bâtiment Cirque romain puis macellum
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Cirque Flaminius
Localisation du cirque dans la Rome antique (en rouge)

Coordonnées 41° 53′ 33″ N 12° 28′ 37″ E / 41.892598, 12.47697141° 53′ 33″ Nord 12° 28′ 37″ Est / 41.892598, 12.476971
Liste des monuments de la Rome antique
Le Circus Flaminius, en haut à gauche, sur la maquette d'Italo Gismondi.

Le cirque Flaminius ou cirque Flamine (en latin : Circus Flaminius) est une vaste esplanade qui a pu servir de cirque, située à Rome au sud du Champ de Mars. À partir de la deuxième moitié du IIe siècle av. J.-C., cette zone du Champ de Mars, qualifiée de in Circo par les auteurs antiques, est progressivement urbanisée de manière monumentale et tout autour de l'esplanade sont construits de nombreux sanctuaires et portiques qui conservent la même orientation.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le terme Circus Flaminius se prête à plusieurs interprétations selon le contexte dans lequel il est utilisé dans les textes antiques. Il peut désigner le cirque romain à proprement parler qui aurait été construit par Caius Flaminius Nepos à la fin du IIIe siècle av. J.-C., mais il est aussi utilisé pour désigner une zone plus vaste comprenant plusieurs monuments et correspondant à la partie méridionale du Champ de Mars (Campus Martius). Par conséquent, la précision in Circo accompagnant la localisation de certains monuments par les auteurs antiques, principalement depuis l'époque augustéenne[m 1], ne signifie pas que le monument est intégré dans le cirque romain ou construit à son emplacement, mais qu'il est situé dans les alentours[1], le cirque servant de repère topographique[2],[3]. Au IVe siècle, c'est toute la Regio IX qui est baptisée Circus Flaminius dans les Régionnaires de Rome, mais il n'est pas certain que cette région portait déjà ce nom lors de sa création sous Auguste[4].

Jusqu'en 1960, le Circus Flaminius est confondu avec les vestiges du théâtre de Balbus et de son portique. Cette localisation a été remise en question depuis par une étude des fragments de la Forma Urbis, plan en marbre de la Rome sévérienne[5]. Il apparaît alors que le fragment portant la mention CIR[CUS] FLAMI[NIUS], placé jusqu'à présent juste au sud-est de l'aire sacrée du Largo Argentina, correspond aux fragments où apparaissent les portiques de Philippe et d'Octavie, ne laissant plus aucun doute sur la localisation précise du cirque. Ce dernier se situe dans la zone méridionale du Champ de Mars comprise entre le théâtre de Marcellus à l'ouest, la piazza Cairolli et la Via Arenula à l'est, la Via del Portico di Ottavia au nord et le Tibre au sud (voir le plan)[6],[7]. Cette nouvelle localisation remet en cause celle de tous les autres temples et portiques qualifiés de in Circo ou in Campo[4],[8].

Histoire[modifier | modifier le code]

Prata Flaminia[modifier | modifier le code]

Le Circus Flaminius pourrait être à l'origine une simple enceinte circulaire délimitant l'étendue du Champ de Mars archaïque, c'est-à-dire la partie de la plaine située à l'ouest du cours d'eau Petronia Amnis[3], connue sous le nom de Prata Flaminia[a 1]. L'origine de ce nom est obscure et sujette à débats. Il est possible que ces terres aient appartenu aux flamines qui les auraient ensuite revendu et fait passer dans l'ager publicus[9]. Selon une autre hypothèse, une petite portion du Champ de Mars méridional a pu être cédée à un membre de la gens Flaminia comme cela a pu être le cas pour les prata Mucia donnés à Caius Mucius Scaevola et les prata Quinctia donnés à Lucius Quinctius Cincinnatus, tous deux prélevés sur les terres publiques de la plaine vaticane (ager vaticanus)[10].

Le cirque sous la République[modifier | modifier le code]

Entre 223 et 220 av. J.-C., Caius Flaminius Nepos, bâtisseur de la Via Flaminia, plusieurs fois consul et censeur en 220 av. J.-C., fait construire dans la partie méridionale du Champ de Mars, sur des terres de l'ager publicus qui portent le nom de sa famille (Prata Flaminia)[7], un cirque dans lequel il organise des course de chars et qu'il associe très tôt avec les activités de la plèbe[11]. Caius Flaminius a pu construire le monument à l'occasion de son triomphe pour ses victoires sur les Insubres qu'il célèbre en 223 av. J.-C. en mettant à profit le butin amassé (ex manubisis)[a 2] ou durant sa censure (ex pecunia censoria)[12].

Le cirque tient alors une grande place dans la vie publique, même s'il est de dimensions plus modestes que le Circus Maximus. Il accueille les conciles plébéiens et devient le point de départ des cortèges triomphaux. Les jeux plébéiens qui deviennent officiels et annuels à partir de 216 av. J.-C. (Ludi Plebeii) mais qui ont pu être célébrés depuis 449 av. J.-C. (voire 491 av. J.-C. selon Valère Maxime[a 3]) sur les prata Flaminia, s'y déroulent aussi[6],[13]. Le cirque Flaminius n'est peut-être que la reconstruction monumentale d'un cirque temporaire aménagé pour la célébration des Ludi Plebeii depuis leur création[14].

Le cirque sous l'Empire[modifier | modifier le code]

Vers le début de l'Empire romain, le cirque Flaminius semble perdre son rôle exclusif de cirque et devient également une place, puis un marché (macellum). Cependant, jusqu'au milieu du IIe siècle, le cirque est régulièrement mentionné. En 9 av. J.-C., c'est dans le cirque que sont prononcées les oraisons funèbres du défunt Drusus[15], Auguste étant en attente de célébrer un triomphe avec interdiction de pénétrer dans la ville tant qu'il n'a pas accompli la pompa Triumphalis[a 4]. Quelques années plus tard, à l'occasion de la consécration du temple de Mars Ultor en 2 av. J.-C., Auguste fait mettre partiellement en eau le cirque pour un spectacle où 36 crocodiles sont massacrés[a 5]. Durant son règne, Vespasien semble se servir du cirque lors d'une procession triomphale. Puis en 145 ap. J.-C., le cirque est de nouveau mentionné comme étant le lieu où se déroulent les ludi Taurei[15], des jeux quinquennaux qui ne peuvent se dérouler qu'en-dehors des murs de la ville étant donné qu'ils sont dédiés aux divinités infernales[m 2]. Au cours du IVe siècle, Polemius Silvius indique toujours l'existence de deux cirques à Rome, le Maximus et le Flaminius (circi duo, Maximus et Flaminius)[15].

Description[modifier | modifier le code]

Le Circus Flaminius et les monuments associés sur la maquette d'I. Gismondi.

Sur la Forma Urbis, le Circus Flaminius correspond à une zone rectangulaire libre de construction de 70 mètres de large qui s'étend du temple de Mars jusqu'à la zone où est plus tard construit le théâtre de Marcellus, soit environ 250 mètres de long, deux fois moins que le Circus Maximus avec ses 580 mètres de long. Aucun élément spécifique à l'architecture des cirques romains n'est identifiable[16], ce qui amène à penser que l'édifice a été démoli, partiellement ou totalement, entre la fin de la République et l'époque sévérienne. Mais la démolition d'un tel édifice aurait certainement laissé des traces dans les sources littéraires et épigraphiques étant donné son ampleur[15]. Selon une autre hypothèse, le cirque n'est pas construit de façon permanente, mais selon les besoins. Ainsi, même s'il est encore utilisé pour les ludi Taurei de 145 ap. J.-C., il pourrait avoir été démonté et ne pas apparaître sur le plan de marbre moins de cinquante ans plus tard[1]. Selon cette hypothèse, il s'agirait d'une structure en bois, à l'image de l'amphithéâtre de Néron[15]. Les structures démontées, le cirque prendrait alors la forme d'une large place aux contours vaguement arrondis conservée libre de construction afin de pouvoir construire un édifice qui pourrait alors s'adapter à toutes formes de spectacles[15] comme des courses de chars. L'esplanade serait utilisée comme espace pour des activités commerciales, rappelant la fonction d'un forum[17]. D'ailleurs, entre deux évènements périodiques, l'espace est investi par des marchands et des banquiers[7],[a 6]. Selon Vitruve, le cirque est également pourvu d'un cadran solaire[a 7], accessoire qu'on trouve davantage dans les zones commerciales romaines que dans les édifices dédiés aux loisirs[18].

Orientation[modifier | modifier le code]

L'orientation du cirque et des monuments proches, construits sur un axe nord-ouest sud-est, s'écarte d'environ 30 degrés par rapport aux autres monuments du Champ de Mars[19]. Tous les temples dont la construction est antérieure à celle du cirque, comme le temple de Neptune et les temples d'Apollon Medicus et de Bellone, sont construits sur un axe nord-sud. Selon l'archéologue italien Filippo Coarelli, cette différence s'explique par le fait que le cirque est construit le long d'une ancienne via triumphalis bordée de colonnades qui relie le Tarentum, extrémité occidentale du Champ de Mars, au Forum Boarium via la porta Triumphalis[20]. Selon une autre hypothèse, le cirque est construit sur le même axe que les édifices des Navalia, le port militaire de Rome[21]. Il semble établi que les carceres se trouvaient du côté du temple de Mars tandis que l'extrémité courbe (summus circus) se trouvait à l'emplacement du théâtre de Marcellus, à l'extrémité sud-est, comme c'est le cas pour le Circus Maximus ou le cirque de Varus[22].

Monuments in Circo[modifier | modifier le code]

À partir du Ier siècle av. J.-C. et durant tout l'Empire, toute une série d'édifices, portiques, théâtres et onze temples, sont élevés aux alentours à l'occasion d'une victoire militaire, renforçant le lien entre le cirque et la célébration des triomphes[23]. Par ceux-ci, les plus remarquables sont le portique d'Octavie, le portique de Philippe, le théâtre de Marcellus ou encore le temple de Castor et Pollux. La place devient l'élément central de l'ensemble et détermine l'orientation de toute cette zone, parallèle au Tibre. Certains monuments ont empiété partiellement sur l'espace du Circus Flaminius, comme le temple des Dioscures in Circo, mais il est possible qu'ils aient été intégrés aux gradins, à l'image des sanctuaires présents dans le Circus Maximus[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes :
  1. a et b Zevi 1976, p. 1047.
  2. Petruccioli 2000, p. 1.
  3. a et b Wiseman 1974, p. 3.
  4. a et b Petruccioli 2000, p. 2.
  5. Gatti 1960, p. 3.
  6. a et b Coarelli 1998, p. 187, 190-191.
  7. a, b et c Claridge 2010, p. 250.
  8. Coarelli 1997, p. 11-17.
  9. Coarelli 1997, p. 137.
  10. Petruccioli 2000, p. 4-5.
  11. Coarelli 1998, p. 187-191.
  12. Petruccioli 2000, p. 5.
  13. Coarelli 2007, p. 267.
  14. Petruccioli 2000, p. 6.
  15. a, b, c, d, e et f Zevi 1976, p. 1049.
  16. Zevi 1976, p. 1048.
  17. Wiseman 1976, p. 45.
  18. Wiseman 1976.
  19. Rodriguez Almeida 1992, p. 5.
  20. Coarelli 1997, p. 118-135.
  21. Petruccioli 2000, p. 7.
  22. Petruccioli 2000, p. 8.
  23. Claridge 2010, p. 250-251.
  24. Zevi 1976, p. 1049-1050.
  • Autres sources modernes :
  1. B. Olinder, « Porticus Octavia in circo Flaminio », Acta Inst. Rom. Suec., vol. 8, no XI,‎ , p. 17
  2. Attilio Degrassi, Fasti anni Numani et Iuliani : accedunt ferialia, menologia rustica, parapegmata, Rome, Istituto poligrafico dello stato, 1963, p. 205
  • Sources antiques :
  1. Tite-Live, Histoire romaine, III, 54, 15
  2. Tite-Live, Histoire romaine, XXI, 63
  3. Valère Maxime, Faits et dits mémorables, I, 7, 4
  4. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 2, 2
  5. Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVIII, 10
  6. CIL VI, 9713
  7. Vitruve, De Architectura, IX, 8, 1

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, Hachette,‎ (ISBN 2012354289)
  • (en) Filippo Coarelli, Rome and environs : an archaeological guide, University of California Press,‎ , 555 p. (ISBN 978-0-520-07961-8)
  • (it) Filippo Coarelli, Il Campo Marzio : dalle origini alla fine della Repubblica, Rome, Quasar,‎
  • (en) Amanda Claridge, Rome : an Oxford Archaeological Guide, Oxford University Press,‎ (ISBN 9780199546831)

Ouvrages sur le cirque et les alentours[modifier | modifier le code]

  • (it) G. Gatti, « Dove erano situati il teatro di Balbo e il circo Flaminio », Capitolium, vol. XXXV, no 7,‎
  • (it) F. Zevi, « L’identificazione del tempio di Marte in circo e altre osservazioni », L’Italie préromaine et la Rome républicaine. Mélanges offerts à J. Heurgon, Rome, vol. 2,‎ , p. 387-410 (lire en ligne)
  • (en) T. P. Wiseman, « Circus Flaminius », PBSR, vol. XLII,‎
  • (en) T. P. Wiseman, « Two questions on the Circus Flaminius », PBSR,‎ , p. 44-47
  • (en) Guido Petruccioli, « The Circus Flaminius in Rome (MPhil Thesis) », British School at Rome,‎
  • (en) Guido Petruccioli, « Circus Flaminius », Digital Augustan Rome,‎ (lire en ligne)
  • (it) Emilio Rodriguez Almeida, « Diversi problemi connessi con la lastra n. 37 della Forma Vrbis Marmorea e con la topografia in Circo e in Campo », RPAA, no 64,‎ , p. 3-26

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Plan intemporel du Champ de Mars méridional