Vestale

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Sculpture d'une vestale, au musée du palais Braschi, à Rome.

Une vestale (en latin virgo vestalis) est une prêtresse de la Rome antique dédiée à Vesta. Le collège des vestales et son bien-être sont considérés comme essentiels au maintien et à la sécurité de Rome. Elles doivent entretenir le foyer public du temple de Vesta situé dans le Forum romain. Les vestales sont libérées des obligations sociales habituelles de se marier et de donner naissance à des enfants, et font vœu de chasteté pendant 30 ans afin de se consacrer à l'étude et au respect des rituels de l'État interdits aux collèges de prêtres masculins.

Histoire[modifier | modifier le code]

Sous la la Royauté et la République[modifier | modifier le code]

Tarpéia, une des premières vestales, qui après avoir livré le Capitole aux soldats sabins et ensevelie sous les boucliers et les bracelets des Sabins.
Denier de 89 av. J.-C. où l'on peut voir sur l'avers Tarpéia, une des premières vestales nommées, ensevelie sous les boucliers sabins.

Tite-Live, Plutarque et Aulu-Gelle attribuent la création des vestales comme une prêtrise soutenue par le roi Numa Pompilius, qui règne entre 717 et 673 av. J.-C.. Selon Tite-Live, Numa Pompilius présente les vestales et leur attribue des salaires provenant du trésor public. Tite-Live mentionne également que la prêtrise de Vesta tient ses origines d'Albe la Longue[1]. Aulu-Gelle, un érudit du IIe siècle, écrit que la première vestale prise à ses parents est emmenée par la main par Numa Pompilius.

Plutarque attribue la fondation du temple de Vesta à Numa Pompilius, qui nomme d'abord deux prêtresses; Servius Tullius augmente le nombre à quatre[2],[3]. Ambroise de Milan fait allusion à une septième vestale durant l'Antiquité tardive[4]. Numa Pompilius fait également désigner le pontifex maximus pour surveiller les vestales. Pour Denys d'Halicarnasse, elles sont d'abord quatre, puis Tarquin l'Ancien ajoute deux vierges sacrées supplémentaires[5]. Il est difficile de savoir quel crédit accorder à ces mentions, mais une augmentation progressive du nombre de vestales reflète la tendance plus générale à l'extension de la prêtrise pendant la Rome républicaine[6]. En tout état de cause, les vestales sont au nombre de six à l'époque historique[7],[8].

Les premières vestales, selon Varron, s'appellent Gegania, Veneneia, Canuleia et Tarpeia. Tarpeia, fille de Spurius Tarpeius, est décrite comme une traîtresse dans la légende.

En 390 av. J.-C., lors de l'incursion des Gaulois contre Rome, les vestales sont mises en sécurité à Caere, ville étrusque voisine et amie de Rome, et sont ainsi épargnées lors du sac de Rome[9].

En 273 av. J.-C., la vestale Sextilia, convaincue d'adultère, est enterrée vive près de la porte Capène[10],[11].

Vers 204 av. J.-C., la vestale Claudia Quinta accueille miraculeusement la statue de la déesse Cybèle[12].

En 114 av. J.-C., l'inconduite des vestales Aemilia, Marcia et Licinia qui multiplient les amants est dénoncée par un esclave. Le grand pontife Lucius Caecilius Metellus Dalmaticus ne condamne qu'Aemilia et acquitte les deux autres. L'affaire est rejugée l'année suivante par Lucius Cassius Longinus Ravilla à la demande du peuple indigné par le premier jugement, et les trois vestales sont exécutées[13]

Au Ier siècle av. J.-C., les vestales deviennent une force puissante et influente dans l'état romain. Lorsque Sylla mentionne le jeune Jules César dans ses proscriptions, les vestales intercèdent en faveur de Jules César et lui accordent leur pardon[14].

En 73 av. J.-C., Catilina, accusé d'avoir eu une relation criminelle avec la vestale Fabia (demi-sœur de Terentia, l'épouse de Cicéron), est finalement acquitté.

Sous l'Empire[modifier | modifier le code]

Statue d'une Vestalis Maxima datant du IIe siècle.

Auguste inclut les vestales dans toutes les grandes dédicaces et cérémonies. Elles sont craintes et on leur attribut certains pouvoirs magiques. Pline l'Ancien, par exemple, dans le livre 28 de son Histoire naturelle, discutant de l'efficacité de la magie, choisit de ne pas la réfuter mais plutôt de l'accepter tacitement comme vérité[15].

L'historien Suétone témoigne d’une certaine désaffection des Romains pour cette institution au début de l’Empire :

« comme le décès de l'une d’entre elles imposait le choix d’une remplaçante, voyant beaucoup de citoyens faire des démarches pour ne point soumettre leurs filles au tirage, il (Auguste) jura que si l’une ou l'autre de ses petites-filles avait eu l’âge requis, lui-même l’aurait offerte. »

— Suétone, Vie des douze Césars, Auguste, XXXI

Néanmoins, Tacite témoigne sous Tibère du zèle de deux familles patriciennes à proposer leur fille pour remplacer une défunte vestale. Tibère choisit celle dont les parents n’avaient jamais divorcé, et consola l’autre candidate d’une dot d’un million de sesterces[16].

Le respect accordé aux vestales reste grand. Personnes sacrées, elles sont intouchables, et nul ne peut leur interdire d'aller où bon leur semble, ce qui permet de leur confier des missions d'intermédiaires de dernier recours :

  • en 48, Messaline, devinant que Claude va la condamner pour son inconduite, fait intervenir la Grande vestale Vibidia en sa faveur, pour solliciter une rencontre avec Claude : « [Narcisse] ne put éloigner Vibidia, ni l'empêcher de demander que l'on ne fît point périr une épouse sans entendre sa défense »[17].

Suétone signale un scandale qui eut lieu sous Domitien (81-96) :

« quant aux débordements sacrilèges des vestales, sur lesquels son père et son frère avaient fermé les yeux, il (Domitien) les punit avec sévérité, de différentes manières, d'abord de la peine capitale, ensuite selon la coutume des ancêtres. Il permit aux sœurs Oculata ainsi qu'à Varonilla de choisir leur supplice et relégua leurs séducteurs, mais plus tard Cornelia, la grande Vestale, autrefois acquittée, ayant après un long intervalle été accusée de nouveau et convaincue, il ordonna de l'enterrer vive et de flageller ses complices jusqu'à la mort, exception faite pour un ancien préteur qu'il condamna simplement à l'exil parce qu'il avait avoué son crime alors que l'affaire était encore mal éclaircie et que ni les enquêtes ni la torture ne permettaient de conclure. »

— Suétone, Vie des douze Césars, Domitien, VIII

L'affaire témoigne d’une dissolution des mœurs des vestales, du moins si les accusations sont exactes car l'instruction du procès de Cornelia est douteuse, et repose sur un témoignage extorqué. Il est toutefois difficile d'en tirer une conclusion générale sur un relâchement des mœurs des vestales, car c'est le seul scandale rapporté par Suétone pour toute la période du Ier siècle, en dehors de l'insinuation d'un viol de vestale commis par Néron.

Après l'incendie qui ravage une partie du centre de Rome à la fin du règne de Commode, la Maison des vestales est reconstruite durant le règne de Septime Sévère. Au cours du IIIe siècle, plusieurs statues et inscriptions honorifiques y sont élevées en l'honneur des grandes vestales, ces monuments et leurs textes témoignent du prestige maintenu de la fonction, de la vitalité du culte, du recrutement social élevé des vestales et de l'étendue de leurs relations sociales.

Après onze siècles d'existence, le collège des vestales est aboli et le feu sacré est éteint en 394 par l'édit de l’empereur chrétien Théodose Ier qui interdit le culte païen. Zosime raconte comment une femme noble chrétienne dénommée Serena, nièce de Théodose, entre dans le temple et prend un collier de la statue de la déesse et le place à son propre cou[19]. Une vieille femme apparaît, la dernière des vestales, qui reprend Serena et la condamne à une juste punition pour son impiété[20]. Toujours d'après Zosime, Serena est alors soumise à de terribles rêves lui laissant présager une mort prématurée. Augustin d'Hippone se serait inspiré de cet événement pour écrire La Cité de Dieu en réponse aux rumeurs selon lesquelles la capture de Rome et la désintégration de son empire sont dues à l'avènement de l'ère chrétienne et à son intolérance des anciens dieux qui défendent la ville depuis plus de mille ans.

La Vestalis Maxima ou Vestalium Maxima, est la plus importante des grandes prêtresses de Rome, supervise les efforts des vestales et est présente au collège des pontifes. La Vestalis Maxima Occia préside les vestales pendant 57 ans, selon Tacite. Coelia Concordia, la dernière vestale et virgo vestalis maxima de l’histoire, démissionne de son poste en 394 après la dissolution du collège des vestales et finit, sur le tard, par se convertir au christianisme.

Vestiges sur le Forum Romain à Rome
Fronton du temple des vestales 
Reconstitution du temple de Vesta en 3D. 
Maison des vestales 
Détail de la cour intérieure de la maison des vestales. 
Reconstitution possible de la maison des vestales. 

Statut[modifier | modifier le code]

Sélection[modifier | modifier le code]

Les critères de sélection des Vestales sont décrits par Aulu-Gelle, citant Antistitius Labeo, auteur d'un traité de droit pontifical et Ateius Capito[21], tous deux juristes de l'époque d'Auguste. Elles étaient choisies parmi les fillettes âgées de 6 à 10 ans ayant encore leurs deux parents, sans défaut physique et non émancipées par leur père, ce qui les aurait rendues orphelines aux yeux de la loi[22]. Elles devaient également être nées de parents libres et n'exerçant pas de professions déshonorantes (negotia sordida)[23],[22]. Leurs deux parents devaient également résider en Italie, une dispense étant possible à partir de 18 apr. J.-C. Des exemptions sont également possibles, par exemple pour la sœur d'une Vestale ou la fille d'un flamine. Elles n'étaient pas toujours exercées, comme le montre le cas des sœurs Oculutae[24].

Service[modifier | modifier le code]

Vue des ruines de la maison des Vestales depuis le Palatin. On distingue en haut à gauche les restes du temple circulaire de Vesta. Dans la cour les statues et les inscriptions honorant les vestales ont été replacées après les fouilles archéologiques et ne sont pas nécessairement à leur place originelle.

Les petites filles sélectionnées étaient « prises » (captae) par le pontifex maximus au cours d'une cérémonie proche du mariage romain. Leur père, c'est-à-dire leur tuteur légal, les présentait au grand pontife, qui prenait leur main et prononçait les paroles suivantes « afin de pratiquer les rites sacrés que la règle prescrit à une Vestale de célébrer, dans l'intérêt du peuple romain et des Quirites, en tant que candidate choisie selon la plus pure des lois, c'est toi qu'à ce titre je prends, Amata (« bien-aimée ? »), comme prêtresse Vestale[25]. » La nouvelle Vestale était ensuite conduite dans l’atrium Vestae et confiée au collège pontifical.

Le service des Vestales durait trente ans. Leur costume consistait en une tunique (stola) et des bandelettes pour retenir la chevelure (vittae), typiques des matrones romaines[26]. Elles portaient également une coiffe rouge (flammeum) et la coiffure à six tresses (sex crines)[27] typique d'une mariée[28]. Elles résidaient dans le temple de Vesta, au sud-ouest du Forum romain.

Leur collège s'organisait en trois groupes d'âges différents, sous l'autorité de la grande vierge Vestale (virgo Vestalis maxima) : les plus jeunes étaient instruites par les plus anciennes pendant dix ans, celles de la classe d'âge intermédiaire entretenaient le feu civique en permanence[29]. À l'issue de son temps de sacerdoce, la Vestale pouvait, si elle le souhaitait, revenir à la vie civile et se marier. La plupart choisissaient néanmoins de continuer leur sacerdoce[30] : Tacite mentionne par exemple une certaine Occia qui officia jusqu'à la fin de sa vie[31].

Statut et privilèges[modifier | modifier le code]

Vestale, par Jean Raoux.

Les vestales possédaient un statut juridique très particulier. Alors qu'une femme romaine était mineure toute sa vie, elle était affranchie de l'autorité paternelle (patria potestas)[32] et exemptées de la tutelle[33]. Elles avaient le droit de rédiger leur testament du vivant de leur père[34],[32].

Elles bénéficiaient également d'honneurs importants[35] (amplissimi honores). Elles témoignaient sans prêter serment à un procès[36]. À la fin de la République romaine, elles étaient précédées d'un licteur pendant leurs déplacements ; les consuls et les préteurs leur cédaient le pas et faisaient abaisser leurs faisceaux devant elles en signe de respect[37],[38]. Même le veto d’un tribun de la plèbe, pourtant également sacro-saint, ne pouvait faire opposition aux déplacements d’une vestale. Ainsi la vestale Claudia permit à son frère à qui le Sénat refusait les honneurs du triomphe d’aller quand même au Capitole : elle monta à bord du char de son frère, et personne ne put les empêcher de parcourir la Via Sacra et d’atteindre le Capitole[38]. Lorsqu'une vestale rencontrait un condamné qu'on menait au supplice, elle avait le droit de demander qu'il fût gracié, à la condition toutefois de jurer que la rencontre était fortuite[37]. L'inviolabilité du temple de Vesta et de la personne de ses prêtresses faisait qu'on déposait entre les mains de celles-ci les testaments qu'on voulait mettre en sûreté, et parfois même certains traités solennels. Enfin, leurs cendres étaient inhumées à l'intérieur même du pomœrium, en dérogation aux prescriptions de la loi des Douze Tables sur les inhumations[39].

Obligation de virginité[modifier | modifier le code]

Supplice d'une vestale d'Henri-Pierre Danloux, musée du Louvre, 1790.

Les Vestales sont, de leur nom complet, des « vierges Vestales » (virgines Vestales) : elles étaient tenues à la virginité durant tout leur service. Toute relation sacrilège était qualifiée d'« inceste » (incestus) au sens originel d’« impureté » : « in-castus », atteinte à la chasteté qui constitue un tabou[40]. Le crime est puni de mort : la Vestale coupable est tout d'abord fouettée nue[41] puis enterrée vive (viva defossa), emmurée, ou condamnée au bûcher[42], tandis que son amant est flagellé à mort par le grand pontife[43], de même que les esclaves au courant de l'affaire[44],[45]. L'enfant né éventuellement de leur union, est considéré comme impur et jeté dans le Tibre[46],[47]. En comparaison, l'inceste ordinaire (stuprum) était puni de précipitation du haut de la roche Tarpéienne[48] et, à l'époque républicaine, relevait de la compétence des comices[49].

Après avoir été fouettée de verges, elle était habillée comme une défunte et transportée dans une litière fermée selon l'usage lors des funérailles jusqu'au campus sceleratus, qui était situé dans l'enceinte de la cité, tout près de la porte Colline. Le fait que son exécution ait lieu à l'intérieur du pomerium est là aussi révélateur du caractère particulier des Vestales, puisque la mort était bannie de cette enceinte sacrée : les armes et les légionnaires n'y entraient pas, le champ de Mars était à l'extérieur, les exécutions capitales aussi. La coupable était descendue dans une petite pièce sans ouverture avec une lampe et une petite provision des choses nécessaires à la vie, du pain, de l'eau dans un vase, du lait et un peu d'huile[50],[51].

Le crime pouvait être découvert par dénonciation, par un comportement et une toilette jugés trop légers, par des événements prodigieux (prodigia) ou des épidémies (pestilentia), mais le plus souvent par l'extinction du foyer public[52]. Quand survenaient de grandes catastrophes pour la cité, on soupçonnait rapidement les Vestales. Ce fut le cas à l'occasion du sac de Rome par Brennos, de la défaite de Cannes dans la guerre contre Hannibal ou encore à la suite des troubles liés aux Gracques[53]. L'exécution qui suivait servait à rétablir la pax deorum rompue par cette souillure[54].

Obligations cultuelles[modifier | modifier le code]

Intérieur du temple de Vesta.

Les relations de la Vestale étaient bien définies vis-à-vis du feu, de l’eau et de la terre, trois éléments primordiaux de pureté qu’elle devait garder toute sa vie et tout ce qui l’approchait. Une de leurs charges consistait à maintenir le temple dans un état de propreté scrupuleuse. Pour cela, elles devaient le laver entièrement chaque jour avec une eau puisée à la fontaine des Carmentes[Où ?]. Plus tard[Quand ?], l'eau fut recueillie dans des conditions spéciales : de l’eau de source, de fleuve ou de pluie, mais n'étant pas passé par des conduits. Cette eau était recueillie pour les besoins du culte dans des vases de terre qui, ne devant pas reposer sur le sol, étaient pour ce faire terminés en pointe.[réf. nécessaire]

Le culte de Vesta[modifier | modifier le code]

Les vestales devaient veiller sur le feu sacré, symbole de la déesse Vesta. Une négligence de leur part, notamment l'extinction du feu, était punie par le fouet, infligé par un envoyé du grand pontife[55], voire ce dernier en personne[56]. Le culte de Vesta était intimement lié aux origines de la ville de Rome. La légende indique que les frères jumeaux Romulus et Remus sont les fils de Rhéa Silvia fille du roi d'Albe, une vestale d'Albe la Longue et du dieu Mars. Fruits d'un amour interdit, ils ont été exposés et leur mère condamnée. Selon Tite-Live[57], c'est le Sabin Numa Pompilius, deuxième roi de la Ville, qui transfère le culte de Vesta à Rome.

Autres cultes[modifier | modifier le code]

Outre le culte de Vesta, les Vestales étaient les auxiliaires indispensables pour d'autres activités cultuelles. Auprès du feu sacré qui représente l’âme même de la cité, sur le Palladium auquel est attachée la fortune de Rome, elles montent une garde perpétuelle dont dépend la prospérité dans la paix, le sort des armes dans la guerre, de la patrie au service de laquelle elles sont vouées par la médiation du culte de Vesta[58].

Des rites minutieux étaient prévus pour la préparation de la mola salsa , qui était faite de deux substances d’une intégrité parfaite. Les trois vestales les plus anciennes étaient chargées – un jour sur deux, dans la période allant du 7 au 14 mai – de récolter dans un champ spécial, griller et piler des épis d'amidonnier (Triticum turgidum subsp. dicoccon, une très ancienne céréale apparentée au blé)[59] de la qualité la plus fine. Trois fois par an (aux Lupercales, aux Vestalia et aux Ides de septembre), la farine ainsi obtenue et conservée dans de petits tonneaux était additionnée d'une saumure (muries), principe purificateur par excellence, également fabriquée par des Vestales à partir de sel brut pilé au mortier puis cuit au four puis dissous dans de l'eau puisée dans un cours d'eau[60]. Le mélange, la farine rituelle (mola salsa) dont l'invention était censée remonter à Numa[61], était répandue sur la tête des animaux destinés au sacrifice et de manière générale, sur toute offrande faite aux dieux[62]. Cette pratique a donné le français « immoler », de in-molare, « saupoudrer de mola[63] ». Le moulin et le four destinés à ces usages ont été retrouvés dans la Maison des Vestales, au Forum. L’offrande de la mola salsa était présentée trois fois l’an à la déesse[58].

Deux vestales de Johann Baptist von Lampi.

Ce rituel revêt une importance d'autant plus grande que, depuis le traité passé entre Romains et Sabins après l'enlèvement des Sabines, les matrones romaines se voyaient interdire de moudre les céréales, tout comme d'apprêter les viandes[64]. Les femmes étaient donc écartées du sacrifice, à l'exception des Vestales qui, elles, étaient présentes dans tous, par l'intermédiaire de la mola[63]. Un auteur affirme même que les Vestales prenaient elles-mêmes part à des sacrifices sanglants[65]. On sait qu'elles avaient droit à un couteau spécial, la secespita[66], mais on ignore s'il servait à couper autre chose que des gâteaux et des vêtements[67].

Les autres cérémonies du culte auxquelles les Vestales prenaient part étaient les Fordicidia et les Parilia en avril, la course et le sacrifice du cheval au Champ de Mars, en octobre, les Lupercales en février, la cérémonie des Argées et, naturellement, les Vestalia du 7 au 15 juin[58].

Aux Fordicidia, la Grande Vestale assumait le rôle d’un sacrificateur en arrachant le veau des entrailles d’une vache pleine et en l’immolant ; puis le veau était brûlé et sa cendre conservée chez les Vestales. Cette cendre était humectée avec le sang du cheval vainqueur de la course et sacrifié au Champ de Mars aux Ides d’octobre et que l’on conservait également dans le « penus Vestae » ; l’on y adjoignait des tiges de paille de fèves et ce mélange servait pour les purifications des Parilia où l’on célébrait Paies, la déesse des troupeaux et des bergers, le 26 avril. À cette date, les paysans se rendaient en foule au temple de Vesta et la prêtresse les aspergeait d’eau lustrale avec une branche de laurier. Puis, ils emportaient dans leurs maisons et dans leurs champs un peu de mélange de cendres, de sang et de fèves en quoi consistaient les trois substances purifiantes gardées par les Vestales et ils les répandaient sur des bûchers de branches dont on faisait de grands feux comme on devait faire, plus tard, les feux de la Saint-Jean. Les gens bondissaient à grande joie par-dessus ces buissons enflammés dont la fumée passait pour communiquer une vertu lustrale et fertilisante à la terre, aux bêtes et aux gens. Ainsi, c’est toujours la même idée à laquelle la fonction des Vestales est intimement liée : la fécondité par la purification[58].

Les Vestales jouaient également un rôle dans les Lupercales, où elles préparaient, pour les Luperci, une bouillie de grains de blé, spécialement rôtis et salés pour eux, qu’ils prenaient au repas sacré après leur course échevelée, du Forum au Palatin, leurs lanières de cuir flagellantes à la main. Ces rites de fécondation perdus dans la nuit des temps s’adressaient à Lupercus, dieu de l’Italie ancienne, protecteur des troupeaux. Selon une autre tradition, ce culte aurait été institué en l’honneur de la Louve qui, sous le figuier sacré, le Ruminai, avait allaité les jumeaux Rémus et Romulus. Lors de la fête des Lémuries aux ides de mai, elles jetaient dans le Tibre trente mannequins d’osier, symbolisant les vieillards. Pour la cérémonie des Argées, elles jetaient dans le Tibre, du haut du pont Sublicius, douze mannequins en souvenir des sacrifices humains qu’on disait avoir été abolis par Hercule[58].

Article détaillé : Vestalia.

Leur principale fête était les Vestalia, célébrées pendant plusieurs jours, du 7 au 15 juin. Les Fastes d’Ovide nous apprennent, en effet, que les matrones avaient un rôle spécial à jouer dans ces cérémonies puisqu’elles devaient porter leurs offrandes à la déesse en marchant pieds nus en souvenir des temps anciens où le temple de Vesta était encore entouré de marais[58].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

  • La Vestale est le titre de plusieurs œuvres, tableaux et opéras.
  • Floronia est une nouvelle qui raconte le châtiment de deux sœurs Vestales (cf. Tite-Live, 22, 57) in Scènes d'esprit et autres nouvelles de Céline Maltère (Les Deux Crânes)
  • Dans le jeu "Bravely Default" édité par squareenix et Nintendo, ainsi que dans le jeu "Darkest Dungeon", quant à lui édité par Red Hook Studios Inc., apparaissent aussi des Vestales.
  • Le livre "Titus Flaminius. Tome 1. La fontaine aux vestales" de Jean-François Nahmias est un roman historique décrivant bien les rites et le rôle des vestales dans la Rome Antique.
Les vestales dans la peinture
Offrandes à la déesse Vesta de Sebastiano Ricci (1723), Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde 
Vestale, vierges antiques par Jean Raoux 
Les vestales dans les autres arts
Gravure d'une vestale par Sir Frederic Leighton vers 1880. 
Bas-relief en marbre de l'époque de l'empereur Hadrien représentant une vestale. 
Statue d’une vestale datant de 1839. 

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tite-Live, I, 20.
  2. Denys d'Halicarnasse, I, 9, 10.
  3. Plutarque, 3, 10.
  4. Ambroise de Milan, Lettre 18. Lettre à l'Empereur Valentinien.
  5. Denys d'Halicarnasse, III, 20, 2.
  6. Mossé et Pailleret Sablaurolles, p. 174.
  7. Scheid 1990, p. 410.
  8. Cato, p. 22.
  9. Tite-Live, V.
  10. Tite-Live, XIV.
  11. Paul Orose, 4, 2.
  12. Aurelius Victor, 46.
  13. Dion Cassius, XXVI, 87.
  14. Suétone, 1, 2.
  15. Pline l'Ancien, XXVIII.
  16. Tacite, II, 6.
  17. Tacite, IX, 34.
  18. Tacite, III, 81.
  19. Zosime, 5, 38.
  20. Barden Dowling.
  21. Aulu-Gelle, Nuits attiques [détail des éditions] (lire en ligne), I, 12.
  22. a et b Mekacher et Van Haeperen 2003, p. 66.
  23. Voir Cicéron, De Officiis, I, 150 et la Tabula Heracleensis, 1.94, 113, 123.
  24. Suétone, Vie de Domitien, VIII, 4.
  25. Aulu-Gelle citant « le premier livre de Fabius Pictor » (probablement Quintus Fabius Maximus Servilianus), Nuits attiques, I, 12, 14. Traduction de René Marache pour la Collection des Universités de France.
  26. Beard 1980, p. 16.
  27. Festus Grammaticus, p. 454L.
  28. Scheid 1990, p. 410.
  29. Plutarque, Vie de Numa, X, 2.
  30. Plutarque, Vie de Numa, X, 10.
  31. Tacite, Annales [lire en ligne], II, 86.
  32. a et b Aulu-Gelle, Nuits attiques, I, 12, 9.
  33. Loi des Douze Tables, citée par Gaius, I, 130.
  34. Plutarque, Vie de Numa, X, 5.
  35. (en-US) « The Vestal Virgins: Rome’s Most Independent Women », Made From History,‎ (lire en ligne)
  36. Aulu-Gelle, Nuits attiques, VII, 7, 12 et X, 15, 31.
  37. a et b Plutarque, Vie de Numa, X, 6.
  38. a et b Suétone, Vie des douze Césars, Tibère, II.
  39. Servius, Commentaire à l'Énéide de Virgile, XI, 206.
  40. Lovisi 1998, p. 702-703.
  41. Michel Jeanneret, « Éros rebelle: littérature et dissidence à l'âge classique », Seuil, 2003 - 325 pages.
  42. Dharam Subhash, « Unions sexuelles et unions sacrées pour tous », le plein des sens, 2006, p. 118.
  43. Tite-Live, XXII, 57, 3.
  44. Orose, IV, 5, 9.
  45. Lovisi 1998, p. 723.
  46. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 78.
  47. Lovisi 1998, p. 705.
  48. Tacite, Annales, VI, 19 ; Sénèque le Rhéteur, Controverses, I, 3, 3-5 ; Quintilien, Institution oratoire, VII, 8, 3 et suivantes.
  49. Plutarque, Questions romaines, 6.
  50. Plutarque, Vie de Numa, X, 8-13.
  51. Denys d'Halicarnasse, Antiquités de Rome, II, 67, 3-5.
  52. Lovisi 1998, p. 699-700.
  53. Lovisi 1998, p. 703-704.
  54. Lovisi 1998, p. 709.
  55. Denys d'Halicarnasse, II, 67, 3.
  56. Plutarque, Vie de Numa, X, 7.
  57. Tite-Live, Histoire romaine [détail des éditions] [lire en ligne], I, 20.
  58. a b c d e et f Marcelle Heymann, « La Vestale au nom oublié », Études, année 91, t. 297, avril-mai-juin 1958, p. 186.
  59. Servius augmenté, Commentaire aux Églogues de Virgile, VII, 82.
  60. Festus Grammaticus p. 152 L, citant Veranius.
  61. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, 7.
  62. Festus Grammaticus p. 97 L.
  63. a et b Scheid 1990, p. 411.
  64. Plutarque, Questions romaines, 85.
  65. Prudence, II, 1107-1108.
  66. Festus Grammaticus p. 473 L.
  67. Cazanove 1987, p. 170.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Anastasie Catsanou, Le Statut juridique des vestales, .
  • Paul Dupays, Vestales, feu sacré de la résistance, chronique historique, Londres, Éditions de la critique, , 176 p..
  • Corinne Leveleux, Les Vierges folles : l'image des vestales chez les auteurs chrétiens latins (fin IIe - début Ve siècles), Paris, , 174 p..
  • Claude Mossé, Jean-Marie Pailleret et Robert Sablayrolles, Vies de Plutarque, Gallimard. .
  • Danielle Porte, Le prêtre à Rome, Les Belles Lettres, , 264 p. (ISBN 978-2-251-33806-4, DOI 10.14375/NP.9782251338064).
  • Marie Thérèse Raepsaet-Charlier, L'origine sociale des vestales sous le Haut-Empire, Athènes, Ed. Ant. N. Sakkoulas, .
Ouvrages en langue étrangère[modifier | modifier le code]
  • (it) Andrea Carandini (ill. Mattia Ippoliti), Il fuoco sacro di Roma : Vesta, romolo, Enea, Rome, GLF editori Laterza, , 153 p. (ISBN 978-88-581-2065-1).
  • (en) Worsfold Cato, History of the Vestal Virgins of Rome. .
  • (it) Maria Cristina Martini, Le vestali : un sacerdozio funzionale al « cosmo » romano, Bruxelles, Éd. Latomus, , 263 p. (ISBN 2-87031-223-7).
  • (de) Nina Mekacher, Die vestalischen Jungfrauen in der römischen Kaiserzeit, Wiesbaden, L. Reichert, , 272 p. (ISBN 3-89500-499-5 et 978-3-89500-499-5).
  • (en) Sissel Undheim, Borderline virginities : sacred and secular virgins in late antiquity, Londres / New York, Routledge, Taylor & Francis group, , 224 p. (ISBN 978-1-4724-8017-0, EAN 9781472480170).
  • (en) Robin Lorsch Wildfang, Rome's vestal virgins : a study of Rome's vestal priestesses in the late Republic and early Empire, Londres / New York, Routledge, Taylor and Francis, , 158 p. (ISBN 978-0-415-39795-7, 0-415-39795-2 et 0-415-39796-0, EAN 9780415397964).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Olivier de Cazanove, « Exesto : L'incapacité sacrificielle des femmes à Rome (à propos de Plutarque Quaest. Rom. 85) », Phoenix, vol. 41, no 2,‎ , p. 159-173 (ISSN 0031-8299).
  • Charles Diehl, « Découverte à Rome de la maison des Vestales », Revue archéologique, Paris, E. Leroux, t. 3,‎ , p. 82-87.
  • Claire Lovisi, « Vestale, incestus et juridiction pontificale sous la République romaine », Mélanges de l'École française de Rome, vol. 110, no 2,‎ , p. 699-735 (DOI 10.3406/mefr.1998.2050).
  • Nina Mekacher et Françoise Van Haeperen, « Le choix des Vestales, miroir d'une société en évolution (IIIe siècle av. J.-C.-Ier siècle apr. J.-C.) », Revue de l'histoire des religions, vol. 220, no 1,‎ , p. 63-80 (ISSN 0035-1423, DOI 10.3406/rhr.2003.943).
Articles en langue étrangère[modifier | modifier le code]
  • (en) Melissa Barden Dowling, « The Curse of the Last Vestal », Archaeology Odyssey, vol. 4, no 1,‎ 2001. .
  • (en) Mary Beard, « The Sexual Status of Vestal Virgins », The Journal of Roman Studies, vol. 70,‎ , p. 12-27 (ISSN 0075-4358, lire en ligne).

Chapitres[modifier | modifier le code]

  • John Scheid, « Le flamine de Jupiter, les Vestales et le général triomphant : variations romaines sur le thème de la figuration des dieux », dans J.-B. Pontalis, Le Temps de la réflexion (Paris), vol. VII, Paris, Gallimard, (ISSN 0247-3550).
  • John Scheid, « D'indispensables étrangères. Les rôles religieux des femmes à Rome », dans Pauline Schmitt-Pantel, Histoire de femmes, L'Antiquité, Plon, , chap. 8, p. 410-412. .
Chapitre en langue étrangère[modifier | modifier le code]
  • (it) Maria Elisa Garcia Barraco et Ilaria Soda, « Virgines vestales : il sacerdozio delle vestali romane : origine, costituzione e ordinamento », dans Giulio Giannelli, Antichità romane - Roma : Arbor sapientiae, Rome, Arbor Sapientiae, , 264 p. (ISBN 978-88-97805-12-6 (édité erroné)).

Liens externes[modifier | modifier le code]