Louis Auzoux

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Louis Auzoux
Description de l'image LouisThomasJeromeAuzoux.jpg.
Naissance
Saint-Aubin-d'Écrosville
Décès
Paris
Nationalité Français

Louis Thomas Jérôme Auzoux, né le à Saint-Aubin-d'Écrosville et mort le à Paris, est un médecin français, internationalement connu comme créateur de nombreux modèles anatomiques utilisés dans l'enseignement de la médecine humaine et vétérinaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Travaux : l'« anatomie clastique » et ses modèles[modifier | modifier le code]

Louis Auzoux est le concepteur d'une anatomie qu'il a appelée clastique (du grec klastos mis en morceaux) dont le principe est l'articulation d'une pièce anatomique en ses constituants élémentaires que l'observateur peut démonter et remonter à loisir pour en observer la forme, la taille et les rapports respectifs.

Principe de fabrication des modèles anatomiques[modifier | modifier le code]

Le principe imaginé par le docteur Auzoux a consisté dans la production d’une pâte de papier et de liège coulée dans des moules puis pressée, selon la technique dite du papier mâché[1].

Pour les pièces simples et peu articulées, le plus souvent des agrandissements d’organe, il utilisait des moules en plâtre sur lesquels étaient placées successivement plusieurs couches de papier coloré enduit de colle. La colle humidifie le papier et lui fait épouser correctement les plus petits détails du moule ; les différentes couches permettent d’apporter la rigidité future de la pièce, en commençant par une couche de papier fin (env. 60g/m²), puis en continuant avec des couches de papier plus fort (env. 125g/m²). L’utilisation de papiers de couleurs différentes permettait de mieux se repérer entre les couches. Lorsque le relief était tourmenté, de petits fragments de papier déchiré permettaient de reproduire les plus petits détails. Plus de 12 couches de papier pouvaient être ainsi superposées. Le modèle brut ainsi obtenu était creux, léger et résistant.
Pour les pièces articulées, il imagina une pâte qui permettait d’acquérir la densité suffisante pour fixer des attaches, articuler les pièces entre elles et disposer des armatures métalliques pour les modèles de grande taille. Les moules utilisés étaient alors en alliage métallique. Les ouvriers réalisaient des coquilles cartonnées, plus fines que dans la technique précédente (3 à 4 couches de papier) puis y disposaient une pâte, la « terre », qui se composait de colle de farine, de papier finement déchiré, de filasse hachée, de blanc de Meudon et de poudre de liège, ce dernier composant étant réputé être l’élément essentiel à la réussite du moulage. Le moule était ensuite refermé et placé sous une presse qui, en plusieurs heures, compactait petit à petit la « terre » et l’étalait jusqu’aux plus minutieux détails.

Ces techniques sont exposées au Musée de l'écorché d'anatomie au Neubourg.

L'usine de fabrication des pièces anatomiques de Saint-Aubin-d'Écrosville[modifier | modifier le code]

Ateliers du Dr Louis Auzoux à Saint-Aubin-d'Écrosville

Le succès considérable rencontré en France et à l'étranger par ses reproductions anatomiques d'une technicité et d'une précision inégalées amenèrent le docteur Auzoux à créer en 1828 une usine de production dans son village natal.
Rapidement, les effectifs augmentèrent et, en 1868, plus de quatre-vingts personnes étaient nécessaires pour assurer la production des centaines de pièces expédiées chaque année dans le monde entier. En 1833 il créa un magasin au 8 rue du Paon à Paris, qui se chargea aussi des expéditions de pièces en province et à l’étranger. À sa mort il laissait une collection exceptionnelle de pièces d’anatomie clastique internationalement reconnue et une fabrique prospère. En raison de la concurrence et de la multiplication des moyens d’apprentissage de l’anatomie (photographies, vidéos, internet, plastination, …), l’usine Auzoux passa dans les années 1980 à la fabrication de modèles en résine moins onéreux. Elle ferma définitivement au début des années 2000.

Les papiers personnels du docteur Louis Auzoux sont conservés aux Archives nationales sous la cote 242AP[2].

Collections de modèles Auzoux dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Les modèles du docteur Auzoux ont été acquis par de nombreux établissement d'enseignement, facultés de médecine et écoles vétérinaires, non seulement en France, mais aussi dans d'autres pays d'Europe, ainsi qu'aux États-Unis[3] et en Asie, notamment au Japon[4] et en Inde[3]. Devenus pièces de collection, ces modèles qui ne sont plus utilisés pour l'enseignement sont aujourd'hui principalement conservés dans des musées.

En France[modifier | modifier le code]

Le modèle de cheval complet de l'École Nationale Vétérinaire de Toulouse.
Modèle de fleur, fruit et graines de Rumex.
Le modèle de grand écorché du musée de la médecine de l'université de Bruxelles.
Christophe Degueurce, professeur d'anatomie et directeur du Musée Fragonard de l'École vétérinaire de Maisons-Alfort, a dirigé le travail de la thèse vétérinaire de Guillaume Ruiz consacrée à Louis Auzoux. Dans cette thèse consultable en ligne on trouvera les photographies de nombreux modèles anatomiques et zoologiques de Louis Auzoux. Une autre thèse vétérinaire consacrée plus particulièrement à l'entreprise Auzoux et à la diffusion internationale de ses œuvres a été soutenue en 2014 par Nicolas Chanal[8]. Le cheval conservé de l'École vétérinaire de Maisons-Alfort a fait l'objet d'un diplôme en conservation-restauration[9] en 2008 par Barbara Dumont à l'Institut National du Patrimoine, Paris.

Dans d'autres pays européens[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Le Musée de la médecine de Bruxelles, qui conserve un modèle du « Grand Écorché »[20], a organisé un colloque intitulé Les modèles d’anatomie clastique du Docteur Louis Auzoux (1797-1880) : Etude, restauration et mise en valeur en octobre 2016[21].

Le registre des pièces conservées dans le cabinet d’anatomie humaine de l'université de Liège établi en 1854 mentionne que l’institution possède plusieurs modèles d'anatomie parmi lesquels « un larynx de grandes dimensions, cartilages, muscles, vaisseaux et nerfs - Acheté chez le Dr Auzoux, Paris, 1841 » et « une moitié de tête de grandes dimensions montrant la base du crâne, l’œil, l’oreille, les fosses nasales, la bouche, la langue, le pharynx, le larynx », acquise en 1843, ainsi qu'un œil, un ensemble larynx-bronches, ou encore un cœur de fœtus ; la trace de ces pièces anatomiques semble toutefois perdue, mais l'université de Liège possède encore trois modèles de champignons de la série du docteur Auzoux[22].

Grande-Bretagne[modifier | modifier le code]

Le Musée Whipple d'histoire des sciences de l'université de Cambridge conserve une collection comportant un modèle d'écorché de 60 cm[23], un modèle de fœtus humain[24], un modèle de hanneton[25], et un modèle de mûre et un modèle de champignon (Russula emetica)[26].

Le musée d'anatomie de la faculté de médecine et de médecine vétérinaire de l'université d'Édimbourg possède aussi plusieurs modèles[27].

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Des modèles du docteur Auzoux font partie des collections du Musée Boerhaave à Leyde[27].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le professeur James Law en conférence à l'Université Cornell assis à côté du cheval d'Auzoux.

Une photo datant de 1894 montre James Law, fondateur du Cornell University College of Veterinary Medicine, en conférence dans un amphithéâtre assis à côté du cheval du docteur Auzoux.

Le Musée national d'histoire naturelle des États-Unis possède une série de modèles d'anatomie humaine[28].

Au Japon[modifier | modifier le code]

Un modèle d'œil humain a été acquis en 1868 par la faculté de médecine de l'université de Tokyo[4].

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • Anatomie clastique du Dr Auzoux: tableau synoptique du cheval, Éditeur : l'auteur (Paris), 1845, 1 vol. (52 p.) ; in-8, disponible sur Gallica.
  • Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie humaine et comparée (2e édition), Labé (Paris), J. Dumaine (Paris), 1858, 1 vol. (XV-448 p.) ; in-8, disponible sur Gallica.
  • La Haute Ecole des Arts du Rhin a réalisé un site internet complet présentant les techniques du Dr. Auzoux, a numérisé ses oeuvres en 3D et proposé des applications numériques. Disponible en ligne[29]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Guillaume Ruiz. Les modèles en papier mâché du Docteur Auzoux au musée de l'Ecole vétérinaire d'Alfort, Thèse de doctorat vétérinaire, 2009 » (consulté le 22 février 2012).
  2. Archives nationales
  3. a et b (en) Rina Knoeff et Robert Zwijnenberg, The Fate of Anatomical Collections, Oxon, Routledge, coll. « The History of medicine in context », , 336 p. (ISBN 9781409468158, lire en ligne), p. 138-139.
  4. a et b (en) S. Mishima, The History of Ophthalmology in Japan, Amsterdam, Wayenborgh, coll. « Hirschberg History of Ophthalmology: The Monographs » (no 10), , 466 p. (ISBN 9062998992, lire en ligne), p. 226.
  5. Musée de l’Écorché d'Anatomie du Neubourg
  6. Le Musée Fragonard
  7. Guillaume Ruiz et Christophe Degueurce, « Les modèles d'anatomie clastique du Docteur Auzoux au musée de l'Ecole vétérinaire d'Alfort », Bulletin de la Société française d'Histoire de la Médecine et des Sciences Vétérinaires, vol. 9,‎ , p. 35-49 (lire en ligne [PDF], consulté le 22 février 2012).
  8. Nicolas Chanal, L'anatomie clastique de Louis Auzoux : une entreprise au XIXe siècle, École nationale vétérinaire d'Alfort, , 140 p., thèse de doctorat de médecine vétérinaire (lire en ligne).
  9. « Conservation-restauration d'un Ecorché de cheval en carton moulé et peint de Louis Auzoux appartenant au Musée Fragonard », sur mediatheque-numerique.inp.fr (consulté le 3 octobre 2016)
  10. Service communication ENVT, « L'Ecole Vétérinaire de Toulouse a lancé depuis le 18 avril une opération de crowdfunding « Restaurons les modèles du Docteur Auzoux ! » », Patrimoine scientifique, sur École nationale vétérinaire de Toulouse, (consulté le 8 février 2019).
  11. Les modèles botaniques Auzoux et les collections scientifiques du Lycée Corneille (Rouen).
  12. « ESPE de Paris - Inventaire collection Auzoux » (consulté le 8 février 2019)
  13. « Base des collections du Musée de Bretagne », sur Musée de Bretagne (consulté le 8 février 2019)
  14. Prodiges de la nature, Montpellier, 2017.
  15. « Education PatriVal » (consulté le 10 février 2019)
  16. Pauline Morlot, « Quelle conservation-restauration pour les objets pédagogiques des collections universitaires et muséales », La Lettre de l'OCIM, vol. 143,‎ septembre-octobre 2012, p. 5-13 (lire en ligne, consulté le 11 février 2019).
  17. « Recherche - Inventaire Général du Patrimoine Culturel », sur patrimoine.hautsdefrance.fr (consulté le 10 février 2019)
  18. Karine Girard, Le Lycée Gambetta de Tourcoing, Hauts de France, , 144 p. (ISBN 2362191494)
  19. Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, Enquêtes et documents relatifs à l'enseignement supérieur. Situation matérielle et collections des facultés des sciences., , p. 69
  20. « De Meesterwerken: "Le Grand Ecorché" de Louis Auzoux », sur www.bruzz.be, (consulté le 25 juillet 2016)
  21. T., L. de Merode, Marion Gouriveau et A.S. Hanse, « Colloque international, Bruxelles, Musée de la Médecine, 14 octobre 2016 : “ Les modèles d’anatomie clastique du Dr Auzoux (1797-1880). Étude, restauration et mise en valeur ” », e.sfhm : Supplément de la revue Histoire des Sciences médicales, no 2,‎ , p. 28-37 (ISSN 2492-4563, lire en ligne, consulté le 12 février 2019).
  22. Mélanie Cornélis et Geneviève Xhayet, « Sur les traces du Docteur Auzoux à l’université de Liège », e.sfhm : Supplément de la revue Histoire des Sciences médicales, no 2,‎ , p. 38-39 (ISSN 2492-4563, lire en ligne, consulté le 11 février 2019).
  23. (en) Anna Maerker, « Human models », sur Whipple Museum of the History of Science, University of Cambridge, (consulté le 8 février 2019)
  24. (en) Anna Maerker, « Foetus models », sur Whipple Museum of the History of Science, University of Cambridge,, (consulté le 8 février 2019)
  25. (en) Anna Maerker, « Animal models », sur Whipple Museum of the History of Science, University of Cambridge, (consulté le 8 février 2019)
  26. (en) Anna Maerker, « Plant models », sur Whipple Museum of the History of Science, University of Cambridge, (consulté le 8 février 2019)
  27. a et b Gouriveau 2018, p. 76.
  28. Smithsonian National Museum of American History - Artificial anatomy : papier-mâché anatomical models
  29. « Modèles-didactiques – Un site utilisant WordPress » (consulté le 11 février 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Johann-Günther Egginger, Belles plantes ! Modèles en papier mâché du Dr Auzoux, Réseau Canopé, , 48 p. (ISBN 978-2-240-04773-1)
  • Collectif, Prodiges de la nature : les créations du docteur Auzoux (1797-1880), Collections de l’Université de Montpellier, Montpellier, Ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des Affaires culturelles, Monuments historiques et objets d’art d’Occitanie, (ISBN 978-2-11-139700-2, présentation en ligne, lire en ligne [PDF])
  • Christophe Degueurce, Corps de papier : l’anatomie en papier mâché du docteur Auzoux., Paris, editions de La Martinière, .
  • Marion Gouriveau, « La fabrication des modèles anatomiques en papier-mâché du docteur Auzoux », dans Claude Laroque & Valérie Lee (dir.), papiers en volumes, traditions asiatiques et occidentales : Actes de la journée d'études du 4 novembre 2016, Université de Paris-Sorbonne, HiCSA, (lire en ligne), p. 76-100.
  • Patrice Le Floch-Prigent, J.-B. Gillot et J.-P. Barbet, « Gorilla gorilla: un mannequin anatomique, démontable, grandeur nature du 19ème siècle, en papier mâché de la maison Auzoux, exemplaire non coloré », ARS Medica Tomitana, vol. 1, no 72,‎ , p. 46-50 (DOI 10.2478/arsm-2013-0008, lire en ligne, consulté le 11 février 2019).
  • Christophe Degueurce, « Les collections de modèles anatomiques équins de Louis Auzoux, une collection à constituer », In Situ [online] : Revue des Patrimoines, vol. 27,‎ (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]