Liste des échelles, des gammes et des modes

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Cette page présente la liste des échelles, des gammes, des modes et de leurs tempéraments, principalement dans la musique occidentale. Souvent, aucune distinction claire n'est faite non seulement entre « gamme » et « échelle », mais pas non plus entre ces deux termes et un troisième, « mode ». Toutes ces notions reposent souvent, mais pas toujours, sur l'idée que des notes à l'octave l'une de l'autre sont en quelque sorte les mêmes, ou qu'elles portent en tout cas le même nom (do, par exemple).

• Le mot « échelle » est le plus général, désignant une succession de hauteurs, de degrés ou de notes, dans l'ordre ascendant ou descendant. Les échelles se définissent souvent par le nombre des notes qu'elles comprennent par octave, indépendamment du point d'origine ou d'aboutissement de cette octave. Les échelles les plus courantes sont à 24 degrés (échelle à quarts de tons), 12 degrés (échelle chromatique), 7 degrés (échelle heptatonique ou diatonique), 5 degrés (échelle pentatonique); mais il y en a d'autres.

• Le mot « gamme » en est pratiquement synonyme, mais souvent limité à l'ambitus d'une octave. Il s'agit d'échelles limitées à une octave et dont l'organisation interne dépend de quelle note de l'échelle est prise comme première note de la gamme. Une gamme se caractérise donc souvent aussi par le nom de sa note de départ et d'arrivée: on parle de «gamme de do», «de », etc.

• Le mot « mode » associe à la gamme (dont il est largement synonyme) une idée de comportements mélodiques caractéristiques en association avec une « note de référence » qui est souvent la première note de la gamme, mais qui peut en être aussi en quelque sorte la tonique. Les modes seront envisagés ici principalement en ce qu'ils donnent des noms aux gammes auxquelles ils correspondent. Les autres aspects caractéristiques des modes (leurs comportements mélodiques) ne seront pas abordés ici: on trouvera plus de détails à ce sujet dans l'article « Mode ».

• Enfin, à ces trois termes, il faut en ajouter un quatrième, celui d'« accordage » ou de « tempérament », qui décrit la façon dont l'échelle ou la gamme est accordée. Les tempéraments n'existent que dans la musique occidentale. On consultera à ce propos l'article Gammes et tempéraments dans la musique occidentale

Échelles[modifier | modifier le code]

Les échelles musicales représentent un « réservoir de notes » disponibles pour faire de la musique. Le Dictionnaire Bordas définit l'échelle comme suit :

Terme désignant l'ordre successif des sons dans un système mélodique donné, sans idée de tonique, d'organisation hiérarchique ou de délimitation de tessiture. L'échelle ne doit pas être confondue avec le mode[1].

Discutant de la distinction entre échelle et gamme, le Dictionnaire ajoute :

La terminologie reste ici imprécise et fluctuante. Tout au plus peut-on avancer que l'échelle est illimitée dans sa tessiture – n'ayant ni commencement ni fin – alors que la gamme est en général considérée dans un ambitus d'octave[2].

Enfin, à l'article « Système », il dit encore :

Il faut remarquer que le terme allemand Tonsystem désigne en général ce qui en français est exprimé par « échelle » [...]. De fait, la distinction entre échelle, système et structure mélodique reste assez arbitraire et ces trois termes sont en partie interchangeables[3].

Les Grecs anciens ont appelé Systema teleion (« Système complet » ou « Système parfait ») la description qu'ils faisaient de l'échelle générale des sons de leur musique[4]. C'est dans ce sens que le terme « système » est utilisé souvent aujourd'hui comme synonyme d'« échelle ».

Le grand ethnomusicologue Curt Sachs considère que les systèmes musicaux s'organisent toujours sur une ou plusieurs consonances, quarte, quinte et/ou octave.

Lorsque la quarte agit comme force structurelle, la mélodie se stabilise en un tétracorde (du grec tetra, quatre), c'est-à-dire un organisme mélodique couvrant une quarte, d'habitude avec une ou deux notes de remplissage de moindre importance. Les mélodies plus larges dont la quarte est la force régulatrice se cristallisent en deux tétracordes liés l'un à l'autre, « conjoints », de telle sorte que la note de contact appartient aux deux tétracordes et joue le rôle de centre et de note principale de l'heptade (série de sept notes).

Par ailleurs, lorsque la quinte agit comme force structurelle, la mélodie se stabilise en un pentacorde (de pente, cinq), un organisme mélodique couvrant une quinte, avec généralement une, deux ou trois notes de remplissage de moindre importance et l'accent principal mis sur la note la plus grave.

Une mélodie pentacordale d'ambitus étendu ne se stabilise pour ainsi dire jamais en deux pentacordes mais bien, sous l'emprise impérieuse de l'octave, en la conjonction d'un pentacorde et d'un tétracorde. Cette forme la plus parfaite d'échelle organisée unit les trois intervalles, l'octave, la quinte et la quarte[5].

Bien que Curt Sachs discute de mélodies fondées sur deux, trois ou quatre notes, on considère généralement que les échelles proprement dites sont à cinq notes (échelle ou système pentatonique), à sept notes (heptatonique), à douze notes (dodécatonique ou dodécaphonique) ou plus.

Échelles (systèmes) pentatoniques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Système pentatonique.

Les deux types principaux d'échelles à cinq sons sont l'échelle équipentatonique, qui divise l'octave en cinq intervalles approximativement égaux, et les échelles anhémitoniques, qui sont des sous-ensembles de l'échelle diatonique. Il existe d'autres cas d'échelles à cinq intervalles inégaux, mais il est difficile d'en faire une description systématique.

Échelle équipentatonique[modifier | modifier le code]

L'échelle équipentatonique se rencontre en particulier dans le gamelan slendro. L'octave est divisée en cinq intervalles d'approximativement 240 cents, soit 2,4 demi-tons chacun. Dans la mesure où les instruments sont à percussion, les intonations demeurent relativement imprécises[6].

Échelle pentatonique anhémitonique[modifier | modifier le code]

Échelle pentatonique « sans demi-tons ». Elle est généralement décrite comme résultant d'un cycle de quatre quintes, par exemple fa–do–sol–ré–la[7], dont les cinq notes peuvent s'organiser en différents types de gammes. Cette échelle est parfois décrite comme une échelle diatonique « défective », c'est-à-dire à laquelle manqueraient certaines notes, celles précisément qui formeraient des demi-tons[8]. Par exemple, l'échelle do–ré–fa–sol–la pourrait être considérée comme une échelle do–ré–mi–fa–sol–la–si, à laquelle manqueraient mi et si.

Échelles (systèmes) heptatoniques[modifier | modifier le code]

Genres grecs antiques[modifier | modifier le code]

Les Grecs anciens ont décrit trois «genres» de systèmes musicaux, les genres, diatonique, chromatique et enharmonique. Ces genres concernent plus précisément la formation de tétracordes, le système complet était formé de plusieurs tétracordes conjoints et disjoints[9].

Le tétracorde diatonique est formé de deux tons et d'un demi-ton, comme la sol fa mi. Le tétracorde enharmonique abaisse le deuxième degré de ce tétracorde, qui est formé donc d'un intervalle de trois demi-tons (trihémiton) suivi de deux demi-tons, comme la solbémol fa mi. Le tétracorde enharmonique resserrait encore les petits intervalles du tétracorde chromatique et se compose donc d'un intervalle de deux tons (diton) suivi de deux diesis (quarts de ton), comme la sol𝄫 fa𝄳 mi.

Le « Système parfait » (systema teleion) des Grecs couvrait quatre tétracodes, alternativement conjoints et disjoints, et une note, soit deux octaves au total. Il est d'usage de le décrire comme s'étendant de la à la, comme ceci sous sa forme diatonique:

mi do si mi do si
la sol fa mi la sol fa mi la

Les mi sont à la fois la dernière note d'un tétracorde et la première du suivant (conjonction), alors que la disjonction se fait entre si et la.

Pour le genre chromatique, il suffit de baisser les sol et les d'un demi-ton:

mi bémol do si mi bémol do si
la solbémol fa mi la solbémol fa mi la

Pour le genre enharmonique, baisser ces mêmes notes d'encore un demi-ton et les fa et les do d'un quart de ton:

mi double bémol do𝄳 si mi double bémol do𝄳 si
la soldouble bémol fa𝄳 mi la soldouble bémol fa𝄳 mi la

Conformément aux conventions grecques ancienne, cette échelle est décrite ici dans l'ordre descendant, mais on peut évidemment la lire aussi dans l'autre sens.

Échelle diatonique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Échelle diatonique.

L'échelle diatonique est une échelle à sept degrés composée de cinq tons et deux demi-tons, les deux demi-tons étant séparés par deux ou trois tons. Si les tons sont représentés par la lettre T est les demi-tons par la lettre S (pour semitonium), l'ordre est donc par exemple ...T T S T T T S... L'échelle diatonique est souvent décrite comme engendrée par des quintes successives jusqu'à produire sept degrés, par exemple fa do sol ré la mi si.

Le système de notation occidental est fondé sur l'échelle diatonique. Les sept notes qu'il est possible d'inscrire dans les portées sans signes d'altération forment les degrés d'une échelle diatonique, parfois appelée « naturelle » parce qu'elle ne comporte que des degrés « naturels » (ni diésés, ni bémolisés). Les altérations s'ajoutent en suivant le cycle des quintes.

Le clavier musical moderne est né au Moyen Âge comme un clavier diatonique, ne comprenant que les touches blanches[10].

Échelle zalzalienne[modifier | modifier le code]

L'échelle zalzalienne, qui doit son nom à Zalzal Mansour, est une échelle formée d'intervalles de secondes majeures et de secondes neutres (trois quarts de ton), par exemple ré – mi 𝄳 – fa – sol – la – si 𝄳 – do. Elle est considérée caractéristique des systèmes musicaux médiévaux hébraïque et islamique du Proche Orient et du Maghreb[11].

Échelle dodécaphonique (ou dodécatonique)[modifier | modifier le code]

(Section à compléter)

Échelles « multiples » (à plus de douze sons)[modifier | modifier le code]

(Section à compléter)

Échelles non octaviantes[modifier | modifier le code]

(Section à compléter)

Gammes de la musique occidentale[modifier | modifier le code]

Gamme heptatonique[modifier | modifier le code]

Gamme dans laquelle l'octave est divisée en sept notes. Elle comprend normalement cinq tons et deux demi-tons. Elle est dite diatonique si les deux demi-tons sont séparés l'un de l'autre d'au moins deux tons et d'au plus trois, par exemple

T T S T T T S

(où T = ton, S = semitonus, demi-ton), par exemple do ré mi fa sol la si do

Gamme majeure[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mode majeur.

Gamme à sept degrés séparés par les intervalles suivants :

1 ton - 1 ton - 1/2 ton - 1 ton - 1 ton - 1 ton - 1/2 ton.

Il est possible de construire une gamme majeure sur chacun des degrés de la gamme tempérée.

La gamme de do majeur correspond, sur un piano, aux touches blanches jouées à partir de do:

Do - ré - mi - fa - sol - la - si - do.

Gamme mineure[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mode mineur.

Gamme mineure naturelle[modifier | modifier le code]

Ensemble des sept notes de la gamme tempérée, séparées par des intervalles dans l'ordre suivant :

1 ton - 1/2 ton - 1 ton - 1 ton - 1/2 ton - 1 ton - 1 ton.

Appelée aussi mode éolien.

Par exemple, la mineur naturel :
la - si - do - ré - mi - fa - sol - la

Gamme mineure harmonique[modifier | modifier le code]

Ensemble des sept notes de la gamme tempérée, séparées par des intervalles dans l'ordre suivant :

1 ton - 1/2 ton - 1 ton - 1 ton - 1/2 ton - 1 ton et demi - 1/2 ton.

La gamme mineure harmonique diffère de la gamme mineure naturelle par le VII degré (qui devient note sensible).

Par exemple, la mineur harmonique :

La - si - do - ré - mi - fa - soldièse - la.

Gamme mineure mélodique[modifier | modifier le code]

Cette gamme comporte deux formes : ascendante et descendante ; elle permet d'éviter l'intervalle mélodique de seconde augmentée (1 ton et demi, présent dans la gamme mineure harmonique), intervalle peu fréquent en musique occidentale mais courant en musique orientale.

Forme ascendante 
ensemble de sept notes de la gamme tempérée, séparées par des intervalles dans l'ordre suivant :

1 ton - 1/2 ton - 1 ton - 1 ton - 1 ton - 1 ton - 1/2 ton.
Exemple en la mineur :

La - si - do - ré - mi - fadièse - soldièse - la.
Forme descendante 
ensemble de sept notes de la gamme tempérée, séparées par des intervalles dans l'ordre suivant (en descendant) :

1 ton - 1 ton - 1/2 ton - 1 ton - 1 ton - 1/2 ton - 1 ton.
Exemple en la mineur :

La - sol - fa - mi - ré - do - si - la.

Correspondances entre les gammes mineures et la gamme majeure[modifier | modifier le code]

D = Degré , I = Intervalle
Gamme D I D I D I D I D I D I D I D I D I D I D I D I
Majeure Ⅰ/Ⅷ 1 1 ½ 1 1 1 ½
Mineure naturelle Ⅰ/Ⅷ 1 1 ½ 1 1
Mineure mélodique
descendante
Mineure mélodique
ascendante
1 ½
Mineure harmonique ½ 1,5

Gamme à double seconde augmentée[modifier | modifier le code]

La gamme à double seconde augmentée est une gamme heptatonique formée d'un ton, de quatre demi-tons et de deux secondes augmentées.

Elle peut être formée de deux tétracordes semblables séparés par un ton :

S 3 S T S 3 S

(où S = semitonus, demi-ton ; 3 = trihemitonus, seconde augmentée ; et T = ton), par exemple ré mibémol fadièse sol | la sibémol dodièse, correspondant au mode chadda arabane (voir plus bas), ou d'un pentacorde et d'un tétracorde conjoints,

T S 3 S S 3 S

par exemple do ré mibémol fadièse sol labémol si do, correspondant au mode nawa atar (voir plus bas). Sous cette forme, la gamme est appelée aussi « gamme hongroise » ou « gamme tzigane », parfois « gamme orientale »[12].

Gamme chromatique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Gamme tempérée et échelle chromatique.

La gamme chromatique est un ensemble de douze notes comprenant les sept notes principales de la gamme diatonique et les cinq notes intermédia*:écouter

La gamme tempérée divise l'octave en douze intervalles (demi-tons) égaux.

Elle comprend les notes suivantes :

Do ou sidièse - dodièse ou rébémol - ré - rédièse ou mibémol - mi ou fabémol - fa ou midièse - fadièse ou solbémol - sol - soldièse ou labémol - la - ladièse ou sibémol - si ou dobémol.

Chromatisme ascendant :

Do - dodièse - ré - rédièse - mi - fa - fadièse - sol - soldièse - la - ladièse - si

Chromatisme descendant :

Si - sibémol - la - labémol - sol - solbémol - fa - mi - mibémol - ré - rébémol - do

Il est d'usage d'écrire la gamme ascendante en notes bécarre et dièse, la gamme descendante en notes bécarre et bémol.

Gamme chromatique ascendante et descendante Play

es définissant douze intervalles rigoureusement ou sensiblement égaux dans une octave.

Gamme par tons[modifier | modifier le code]

Article détaillé : gamme par tons.

La gamme tempérée comporte 12 demi-tons, par conséquent la gamme par tons divise l'octave en 6 tons (à partir de do : do - ré - mi - fadièse - soldièse - ladièse - do). Cette gamme présente la particularité de ne pas comprendre l'intervalle de quinte juste. Elle a été utilisée entre autres par Claude Debussy. Le groupe de rock progressif King Crimson l'a aussi utilisée à plusieurs reprises.

Gammes octatoniques[modifier | modifier le code]

Les 2 gammes dites « octatoniques » ou « diminuées » sont basées sur la gamme chromatique tempérée. Elles alternent tons et demi-tons et comportent de ce fait huit notes. Cette symétrie dans la répartition des intervalles fait que seulement deux modes peuvent exister : celui qui commence par un demi-ton, et celui qui commence par un ton.

Elles font partie des « modes à transpositions limitée » d’Olivier Messiaen (cf. Quatuor pour la fin du Temps). La répétition du couple ton/demi-ton implique également que le nombre de transpositions pour chacun de ces modes est limité à trois ; en effet une gamme octatonique transposée à la tierce mineure redonne les notes de départ.

  • le mode « demi-ton/ton » 1/2 1 1/2 1 1/2 1 1/2 1

Elle est très fréquemment utilisée dans le jazz, notamment pour « sortir de la tonalité » sur certains accords de 7e de dominante (notamment V 7 9+ 13)

  • le mode « ton/demi-ton » 1 1/2 1 1/2 1 1/2 1 1/2

Elle ressemble à une gamme mineure et possède la particularité d’avoir une dominante altérée. On trouve ce mode dans le 3e mouvement de la Suite, op. 14, de Béla Bartók.

Gammes décatoniques[modifier | modifier le code]

  • Mode bi-pentaphonique

Échelle de sons constituée par la superposition (avec deux notes communes) de deux hexaphones à la composition intervallique identique. Transposable sur tous les degrés chromatiques, elle est utilisée par son inventeur, le compositeur français Christophe Looten depuis 1981.

Exemple: deux hexaphones : [do - dodièse - ré - mi - fa - fadièse] et [fa - fadièse - sol - la - sibémol - si]. Ces deux hexaphones ont deux notes communes : fa et fadièse. La composition intervallique est identique : 1/2 ton, 1/2 ton, ton, 1/2 ton, 1/2 ton. Elle est non rétrogradable.
On obtient donc : do - dodièse - ré - mi - fa - fadièse - sol - la - sibémol - si dont la composition intervallique est la suivante : 1/2 ton, 1/2 ton, ton, 1/2 ton, 1/2 ton, 1/2 ton, ton, 1/2 ton, 1/2 ton.
On remarque l'absence de deux sons (mibémol et labémol). De plus, le système bi-pentaphonique interdit la superposition des deux notes communes aux deux hexaphones (ici, fa et fadièse). Le compositeur dispose donc de 10 notes mélodiques et de 9 harmoniques. Le grand intérêt du mode bipentaphonique est d'offrir un fonctionnement modulatoire très comparable à celui du système tonal mais dans un univers sonore non tonal.

Modes et musiques du monde[modifier | modifier le code]

Le système des modes est ancien. Il se trouve par exemple dans le chant grégorien (voir musique modale), mais aussi dans le jazz et de nombreuses musiques traditionnelles, tant dans la composition des thèmes, la construction et le chiffrage des accords que dans les improvisations.

La construction des modes en jazz consiste souvent à considérer que chacun des degrés (I II III IV V VI VII) d'une gamme (principalement de la gamme majeure) peut servir de point de départ à un mode particulier modifiant ainsi la place des tons et des 1/2 tons (parfois d'un ton et 1/2).

À partir de la gamme majeure, chaque mode a un nom particulier :

Ier degré = ionien (ou mode de do)
exemple en do
do ré mi fa sol la si do = 1ton, 1 ton, 1/2 ton, 1 ton, 1 ton, 1 ton, 1/2 ton
écouter le mode ionien
II = dorien (ou mode de )
ré mi fa sol la si do ré = 1 ton, 1/2 ton, 1 ton, 1 ton, 1 ton, 1/2 ton, 1 ton
écouter le mode dorien
III = phrygien (ou mode de mi)
mi fa sol la si do ré mi = 1/2 ton, 1 ton, 1 ton, 1 ton, 1/2 ton, 1 ton, 1 ton
écouter le mode phrygien
IV = lydien (ou mode de fa)
fa sol la si do ré mi fa = 1, 1, 1, 1/2, 1, 1, 1/2
écouter le mode lydien
V = mixolydien (ou mode de sol)
sol la si do ré mi fa sol = 1, 1, 1/2, 1, 1, 1/2, 1
écouter le mode mixolydien
VI = éolien (ou mode de la)
la si do ré mi fa sol la = 1, 1/2, 1, 1, 1/2, 1, 1
écouter le mode aéolien
VII = locrien (ou mode de si)
si do ré mi fa sol la si = 1/2, 1, 1, 1/2, 1, 1, 1
écouter le mode locrien

De nombreuses musiques traditionnelles dans le monde, telles la musique irlandaise, la musique indienne, la musique vocale orthodoxe grecque (musique byzantine), la musique ottomane, la musique arabe, ont développé des systèmes modaux plus ou moins différents, mais néanmoins apparentés. Leur description intègre souvent des éléments cosmologiques (heure, saison ou lieu pour jouer), moraux ou éthiques (sévère, triste, joyeux, etc.) et esthétiques. Il ne s'agit pas seulement de gammes, mais aussi de véritables codes de procédure, consistant notamment en formules mélodiques spécifiques.

Modes arabo-andalous[modifier | modifier le code]

Les modes de la musique arabo-andalouse, se définissent par rapport à des suites musicales nommées noubat, originellement au nombre de 24, mais réduites à une quinzaine, selon les traditions. Les modes quant à eux, varient entre 26 et 16, selon les écoles (gharnati, malouf, etc.), mais ils sont tous diatoniques et très différents de ceux de la musique arabe. De très récentes influences ont introduit des quarts de tons, mais de manière discrète.

Modes arabo-persans et turcs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maqâm.

Certains modes de la musique arabe, persane ou turque (uniquement la tradition savante ottomane, qui a emprunté aux traditions arabes, persanes et grecques) ont la particularité de posséder un intervalle de trois-quarts de ton. S'il existe des modes de base, il y en a des centaines de dérivés.

Ce système existe aussi dans la musique iakoute, kazakhe, ouzbèke, ouïghoure, tadjike, azérie et chez les Grecs d'Orient, sous le nom de dromos, muqam, mugham, maqôm, etc. Chaque peuple ayant des particularités.

En mode de do (rast)

  • Le mode rast (mode de do)
L’intervalle est de 3/4 de ton entre le et le mibémol barré (appelé sikah), et 3/4 de ton entre le sikah et le fa ; 3/4 de ton entre le la et le sibémol barré (appelé ouj) et 3/4 de ton entre le ouj et le do.
Rast scale.svg
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  • Le mode nawa atar
Ne possède pas d'intervalles de 3/4 de ton, mais deux intervalles d'un ton et demi : c'est une gamme à gamme à double seconde augmentée.
Nawa atar.png
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  • Le mode nahawand qui est identique à la gamme mineure harmonique..

En mode de (doukah)

  • Le mode bayati
C'est une gamme mineure dont le deuxième degré est abaissé d'un quart de ton. On retrouve donc le 3/4 de ton entre le mibémol barré (sikah) et le fa.
Bayati.svg
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  • Le mode saba
La composition de cette gamme est particulière : la tonique () et son octave (bémol) sont différentes, ce qui lui donne une couleur spécifique.
Saba.png
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  • Le mode hijaz
Le sibémol (ouj) peut être remplacé par un sibémol barré (ajam). Si elle n'est pas remplacée par un si bémol barré, la gamme correspond à une gamme mineure harmonique de sol.
Hijaz scale.svg
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En mode de mi (sikah)

  • Le mode el houzam
El houzam.svg
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En mode de fa (jiharkah)

  • Le mode jiharkah
Elle est très proche de la gamme majeure de fa, mais la sensible est abaissée d'un quart de ton.
Jiharkah.svg
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En mode de sol (nawa)

  • Le mode chadda arabane
Très proche (mêmes notes) que la gamme nawa atar, mais l'intervalle d'un ton et demi entre le troisième et le quatrième degré est déplacé entre le deuxième et le troisième degré[réf. souhaitée]. C'est une gamme à gamme à double seconde augmentée.
Chadda arabane.svg
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En mode de la (ouchairan)

  • Le mode ouchairan-houssaini
Ouchairan-houssaini.png
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En mode de si (ourak)

  • Le mode rahat el arouah (signifie « le repos des âmes »)
C'est la même gamme que el houzam, mais transposée
C'est une gamme parfaitement symétrique, avec des intervalles 3/4, 1, 1/2, puis 1/2, 1, 3/4.
Rahat el arouah.svg
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Modes indiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Râga.

Les modes indiens peuvent être soit heptatoniques, soit hexatoniques, soit pentatoniques, soit une combinaison de deux de ces éléments. Il existe dix gammes (thât) de base, à partir desquelles se déclinent des centaines de râgas : Asavari - Bhairav - Bhairavi - Bilaval - Kafi - Kalyan - Khammaj - Marwa - Poorvi - Todi

Modes iraniens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dastgâh.

Les modes iraniens sont au nombre de douze et comportent des notes séparées par des quarts de ton.

Gammes indonésiennes[modifier | modifier le code]

La musique indonésienne utilise 2 gammes :

  • La pelog heptatonique,
  • La slendro pentatonique, dont les 5 degrés divisent l'octave de façon théoriquement égale.

La musique sundanaise connaît en outre une 3e échelle, la sorog, utilisée notamment pour les poèmes chantés (tembang).

Gammes pentatoniques[modifier | modifier le code]

Gammes dans lesquelles l'octave est répartie entre cinq notes principales.

L'appellation "gamme pentatonique" est un abus de langage dû à une mauvaise traduction de l'allemand, der Ton voulant tout à la fois dire le ton et le son. Penta-ton voudrait donc dire 5 tons ou 5 sons. Nous pouvons constater que la traduction exacte serait pentaphonique qui correspondra à une gamme de 5 sons et non pentatonique qui voudrait dire gamme de 5 tons... Les gammes pentaphoniques sont basées sur 5 sons en quinte, ramenés sur une seule octave. Ex : do - sol - ré - la - mi, donnant la gamme do - ré - mi - sol - la

Pentatonique majeure[modifier | modifier le code]

Gamme constituée par les intervalles successifs suivants : 1 ton - 1 ton - 1 ton et demi - 1 ton - 1 ton et demi. Soit en do :

do - ré - mi - sol - la - do

Pentatonique mineure[modifier | modifier le code]

Gamme constituée par les intervalles successifs suivants : 1 ton et demi - 1 ton - 1 ton - 1 ton et demi - 1 ton.

Soit en do :

do - mibémol- fa - sol - sibémol - do.

Cette gamme est notamment utilisée dans le blues en y ajoutant la blue note (qui forme une quarte augmentée avec la tonique de la gamme). Par exemple, en do, la gamme blues est :

do - mibémol - fa - fadièse - sol - sibémol - do.

Gammes pentatoniques dans les musiques traditionnelles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : système pentatonique.

Les gammes pentatoniques sont utilisées dans différentes musiques traditionnelles.

En extrême orient, les musiques chinoise, coréenne, japonaise, mongole, tibétaine et vietnamienne utilisent majoritairement les gammes pentatoniques. C'est aussi le cas de nombreuses musiques d'Afrique de l'Ouest, probablement à l'origine du blues, ainsi que la musique berbère.

C'est une gamme très appréciée des guitaristes, en raison de sa facilité mais aussi parce qu'on peut s'en servir dans de nombreux styles (blues, hard rock, heavy metal...). Parmi ses utilisateurs célèbres figurent B. B. King, Chuck Berry, Eric Clapton, Angus Young (AC/DC), Tom Morello (Rage Against the Machine, Audioslave), Zakk Wylde (Black Label Society) ainsi que Pat Metheny, Scott Henderson, McCoy Tyner et plusieurs autres en jazz et en jazz fusion.

Méthodes de détermination des notes et des intervalles[modifier | modifier le code]

Gamme de Pythagore[modifier | modifier le code]

La gamme de Pythagore (ou gamme pythagoricienne) est une gamme chromatique dont les douze intervalles sont définis par le « cycle des quintes ». Ce n'est pas un tempérament, puisqu'aucun intervalle n'est tempéré.

Gamme de Zarlino (zarlinienne)[modifier | modifier le code]

La gamme de Zarlino (ou gamme zarlinienne) s'obtient par des combinaisons de quintes pures et de tierces pures. Zarlino lui-même l'a décrite comme résultant de la division de l'octave en une quinte et une quarte, de la quinte en une tierce majeure et une tierce mineure, et de la tierce majeure en un ton majeur et un ton mineur. C'est la gamme privilégiée par les théoriciens, par exemple par Johann Mattheson (Exemplarische Organisten-Probe, 1719, et General-Baß-Schule, 1731) ou par Leonard Euler (Tentamen novae theoriae musicae , 1739, et De harmoniae veris principiis per speculum musicum repraesentatis, 1774), mais elle n'est pas vraiment utilisable en pratique, comme l'avait déjà noté Joseph Sauveur (Méthode générale pour former les systêmes tempérés de musique, 1707, p. 208). Sauveur lui a donné le nom de "Système juste".

Gamme des physiciens[modifier | modifier le code]

La gamme des physiciens ou gamme naturelle est une gamme chromatique dont les douze intervalles sont définis par le choix de certains harmoniques de la note fondamentale. Ce sont en particulier les harmoniques 1, 3, 5, 7, 9, 11 et 13, correspondant respectivement aux notes do, sol, mi, si(bémol), , fa(dièse et (la), où les notes si(bémol) et fa(dièse sont à environ un quart de ton de la position qu'elles occupent dans des gammes plus courantes.


Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. O. Schneider et M. Honegger, « Échelle », Connaissance de la musique, M. Honegger éd., Paris, Bordas, 1996, p. 318.
  2. Article « Gamme », non signé, Connaissance de la musique, M. Honegger éd., Paris, Bordas, 1996, p. 419-420.
  3. Article « Système », non signé, Connaissance de la musique, M. Honegger éd., Paris, Bordas, 1996, p. 1006.
  4. Thomas J. Mathiesen, « Greek Music Theory », The Cambridge History of Western Theory, Th. Christensen ed., Cambridge University Press, 2002, p. 109-135, en particulier p. 122.
  5. Curt Sachs, The Rise or Music in the Ancient World, East and West, New York, Norton, 1943, p. 64.
  6. Jennifer Lindsay, Javanese Gamelan. Oxford and New York, Oxford University Press, 1992. (ISBN 0-19-588582-1). Voir p. 38–41: "Slendro is made up of five equal, or relatively equal, intervals. [...] In general, no two gamelan sets will have exactly the same tuning, either in pitch or in interval structure."
  7. Serge Gut, « Pentatonique », Connaissance de la musique M. Honegger éd., Bordas, 1996, p. 795: « La succession pentatonique naturelle s'obtient en ordonnant les sons des 4 premières quintes du cycle des quintes ».
  8. Art. « Gamme défective », Connaissance de la musique M. Honegger éd., Bordas, 1996, p. 420.
  9. E. Rocconi, E., « Harmonia e teoria dei gene musicali nella Grecia antica », Seminari Romani di cultura greca 1 (1998), p. 345–63.
  10. Nicolas Meeùs, « Keyboard », Grove Music Online. https://doi.org/10.1093/gmo/9781561592630.article.14944, Consulté le 9 mai 2019.
  11. Nidaa Abou Mrad, « Échelles mélodiques et identité culturelle en Orient arabe », in Jean-Jacques Nattiez, Musiques. Une encyclopédie musicale pour le XXIe siècle, « Musiques et cultures », vol. 3, Arles, Actes Sud, 2005, p. 756-795. Voir aussi Nidaa Abou Mrad, « Compatibilité des systèmes et syncrétismes musicaux : Une mise en perspective historique de la mondialisation musicale de la Méditerranée jusqu’en 1932 », Filigrane 5 (2017), en ligne: https://revues.mshparisnord.fr/filigrane/index.php?id=170
  12. Serge Gut, « L'échelle à double seconde augmentée : Origines et utilisation dans la musique occidentale », Musurgia VII/2 (2000), p. 41-60.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Devie, Le tempérament musical, philosophie, histoire, théorie et pratique, Librairie Musicale Internationale, Marseille (2e édition 2004).
  • Heiner Ruland, Évolution de la musique et de la conscience - Approche pratique des systèmes musicaux, ÉAR, Genève 2005, (ISBN 2-88189-173-X)
  • Jean-Pierre Poulin, La Petite Encyclopédie des Échelles et des Modes (ISBN 2-9506070-3-9)
  • François Picard, Échelles et modes, pour une musicologie généralisée, Centre de recherches langages musicaux de Paris-Sorbonne, (lire en ligne)
  • Émile Durand, Traité complet d'harmonie théorique et pratique, Paris, Leduc, (notice BnF no FRBNF42970475, lire en ligne)
  • Jacques Siron, La partition intérieure Jazz, musiques improvisées, 2 octobre 2004 (ISBN 978-2-907891-03-5 et 2-907891-03-0)

Liens externes[modifier | modifier le code]