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Dastgâh

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La tradition de la musique perse fait appel à douze systèmes modaux différents, connus sous le nom de dastgâh. Ce terme désignait autrefois des modes liés aux mois et ce n'est qu'au XIXe siècle qu'il fut utilisé pour remplacer celui de makam. Les dastgâhs principaux, au nombre de sept, sont complétés par cinq avaz, qui sont des petits modes complémentaires et dérivés.

Chaque dastgâh présente des schémas de modèles mélodiques heptatoniques complexes à partir desquels un musicien pourra improviser. Les notes ne sont toutefois pas tempérées, et il existe ainsi des « quarts de ton ». Le dastgâh tourne autour de mélodies (gûshé) centrales servant de noyaux que le musicien connaît par expérience. Il existe entre 200 et 450 de ces mélodies répertoriées, selon les divers radifs de divers maîtres.

Plusieurs mélodies (gûshé), appartenant à un dastgah particuliers, sont liées à un mode musical équivalent dans la musique occidentale. Par exemple, la plupart des gushehs de Dastgāh-e Māhur (en) correspondent au mode ionien de l'échelle majeure (en), tandis que la plupart des gushehs de Dastgāh-e Shur (en) correspondent au mode phrygien. Ces deux dastgāhs sont les « fondateurs » de la cinquantaine de dastgāhs existants, dont une douzaine seulement sont les plus couramment joués.

Chaque dastgāh :

  • se compose de sept notes de base, et de différentes notes utilisées pour ornementer et moduler la mélodie ;
  • possède une variété modale particulière, soumise à un processus progressif de modifications, étalé sur une période.

Son développement est déterminé par un ordre préétabli de séquences. Il s'articule autour de 200 à 300 mélodies centrales (gushehs) dont l'ensemble est appelé le radif. Ces unités mélodiques vont d'une dizaine de secondes à quelques minutes. Chacune porte un nom. Certaines sont considérées comme plus importantes et sont désignées comme shah gushehs (« gushehs maîtres »)[1].

Le jeu d'un dastgāh s'apprend non seulement par l'expérience mais également par l'absorption. Ce processus de centonisation est un travail personnel. Il constitue une tradition d'une grande subtilité et d'une grande profondeur.

Le système musical des douze dastgāhs et gushehs a été codifié, au XIXe siècle par les maîtres de la musique persane, notamment Mîrzā Abdollāh Farāhāni (en). Aucun nouveau dastgāh ou gusheh n’a été conçu depuis[2]. Lorsqu'un āvāz ou dastgāh est développé, c’est souvent en réutilisant des parties du système existant.

Durant la 4e session du Comité intergouvernemental[3] de l'UNESCO, à Aboul Dhavi, les radifs ont été officiellement inscrits sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Étymologie

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Le terme dastgāh a souvent été comparé, de manière inexacte, à un mode musical de la musicologie occidentale. Un dastgāh est généralement soit le mode initial d'une mélodie, soit un ensemble de modes qui ont été regroupés traditionnellement.

Selon les musiciens, l'étymologie du terme dastgāh vient de « la position (gāh) de la main (dast) [sur le manche de l'instrument] ».

Le terme persan dastgāh peut être traduit par « système ». Il peut également être définie par un ensemble d’éléments hétérogènes, organisés en une hiérarchie flexible mais cohérente.

Par exemple, dans la classification classique de la musique persane, les dastgāh Abū ʿAṭā, Dashti, Afshāri et Bayāt-e Tork sont considérés comme des branches du mode Dastgāh-e Šur.

Hauteurs particulières

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Un dastgāh n'est pas seulement un ensemble de notes. L'une de ses caractéristiques additionnelles est de connaître la hauteur adaptée à une fonction musicale.

Āghāz (« début »)

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C'est la hauteur sur laquelle commence généralement une improvisation. Elle peut être similaire à la hauteur Finalis dans certains dastgāh. Et différente dans d'autres.

Il est nommé ainsi car qu'il fonctionne généralement comme le ton concluant les cadences mélodiques. Le terme« tonique » est parfois employé.

Ist (« fin »)

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C'est une hauteur, différente de finalis, jouée parfois comme dernière note dans des phrases autres que les cadences finales.

Shāhed (« témoin »)

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C'est une hauteur particulièrement importante.

Moteghayyer (« changeable »)

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Il s'agit d'une note variable qui apparaît systématiquement sous la forme de deux hauteurs distinctes. Elles peuvent être utilisées en alternance dans différents contextes ou en fonction des choix de l'interprète.

Dastgâhst et āvāzes

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La plupart des chercheurs divisent la musique artistique traditionnelle persane en sept dastgāhs. Deux d'entre eux comportent à leur tour des sous-ensembles : Shur se divise en Abu Ata, Dashti, Afshari, et Bayate Tork ; Bayate Esfahan dérive de Homayoun[1]. D'autres les divisent en 12 dastgāhs en comptant Abu Ata, Dashti, Afshari, Bayat-e Kord et Bayat-e Esfahan comme des dastgāhs distincts plutôt que comme des sous-catégories d'autres dastgāhs.

Ceux qui classent la musique traditionnelle persane en sept dastgāhs énumèrent souvent également sept āvāzes (en persan : آواز, qui signifie chansons) en relation avec ces dastgāhs.

Voici une liste de dastgāhs et āvāzes :

Chacun de ces dastgahs a une tonalité propre, bien qu'elle dépende en partie de la subjectivité de l'auditeur et du contexte. L'interprète doit donc choisir le mode le plus approprié pour exprimer les paroles de la chanson. Le dastgah mahur est le plus joyeux, Shur le plus triste. Le Chaharbagh est souvent utilisé pour accompagner la poésie épique. Abu Ata est le plus adapté pour évoquer le sentiment amoureux selon Mohammad Reza Shadjarian, tandis que si l'on veut chanter le mal du pays, cela doit être fait en Bayate Esfahan[4]. De manière générale, la tonalité est plutôt mélancolique, et plusieurs gushehs portent des noms qui évoquent la tristesse[5].

Références

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  1. a et b (en) Rob Simms et Amir Koushkani, The Art of Avaz and Mohammad Reza Shajarian: Foundations and Contexts, Lexington Books, (lire en ligne), « Appendice I et Glossaire »
  2. Simms et Koushkani 2012 p. 267
  3. « UNESCO - Quatrième session du Comité intergouvernemental (4.COM) – Abou Dhabi, Émirats arabes unis, du 28 septembre au 2 octobre 2009 », sur ich.unesco.org (consulté le )
  4. (en) Rob Simms et Amir Koushkani, The Art of Avaz and Mohammad Reza Shajarian: Foundations and Contexts, Bloomsbury Publishing USA, (ISBN 979-8-7651-8386-1, lire en ligne), p. 100-103
  5. Simms et Koushkani 2012 p. 96-97

Liens externes

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