La Vie devant soi

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La Vie devant soi
Auteur Émile Ajar (Romain Gary)
Pays France
Genre Roman
Éditeur Mercure de France
Date de parution
Nombre de pages 274
ISBN 207028929X

La Vie devant soi est un roman de Romain Gary publié le sous le nom d'Émile Ajar au Mercure de France et qui a obtenu le prix Goncourt la même année.

Cadre spatio-temporel[modifier | modifier le code]

L'histoire se déroule à Paris, dans le quartier de Belleville en 1970.

Personnages[modifier | modifier le code]

• Mme Rosa (garde des enfants contre des mandats, 65 ans, forte, ancienne prostituée, juive polonaise, parle yiddish[1] / polonais / français et arabe, en très mauvaise santé et en train de mourir)

• Docteur Katz (juif comme Mme Rosa)

• M. Hamil (algérien, musulman pieux, marchand de tapis)

• M. N'Da Amédée (« plus grand proxynète [sic] et maquereau des Noirs de Paris », finit dans la Seine tué pour un règlement de comptes)

• Mme Lola (champion de boxe au Sénégal puis travesti, se prostitue au bois de Boulogne, 35 ans)

• M. Waloumba (émigré camerounais vivant dans un foyer rue Bisson avec ses « frères de tribu », éboueur, cracheur de feu boulevard Saint-Michel)

• les quatre frères Zaoum (déménageurs)

• M. Yoûssef Kadir (père de Momo, musulman, malade, atteint de troubles psychiques, était avec Aïcha la mère de Momo, l'a tuée par jalousie)

• Mademoiselle Nadine (doubleuse de films)

• Ramon (compagnon de Nadine)

Enfants :

• Moïse (juif)

• Michel

• Banania (africain)

• Salima

• Le Mahoute (personne étant le maître d'un éléphant, son guide et son soigneur, toxicomane)

Résumé[modifier | modifier le code]

Mohammed, surnommé Momo, raconte sa vie à Belleville. Depuis ses 3 ans, il est gardé par Mme Rosa : une juive rescapée d'Auschwitz prostituée à la retraite et qui est maintenant gardienne d'une pension clandestine pour les enfants des prostituées.

Momo croit avoir dix ans. Moïse et lui sont les seuls à ne pas connaître leurs parents.

Mme Rosa, de plus en plus fatiguée, ne sort plus à cause des six étages sans ascenseur et on lui donne de moins en moins d’enfants à garder. Elle est atteinte de sénilité : elle passe de longs moments d’absence et croit revivre son passé. Il arrive qu'elle s'habille en prostituée ou qu'elle attende une valise à la main les policiers français qui l’ont autrefois livrée aux Allemands lors de la rafle du Vel’d’Hiv.

Pour fuir ces moments, Momo erre dans les rues et rencontre Nadine, une belle jeune femme qui travaille dans le doublage pour le cinéma.

Un jour, un homme nommé M. Yoûssef Kadir sonne à la porte de l'appartement et prétend être le père de Mohammed. Il affirme avoir déposé Mohammed chez Madame Rosa il y a de ça 11 ans, et montre un reçu pour le prouver. Le reçu confirme ces propos, et mentionne même la date de naissance de l'enfant, le 7 octobre 1956. Le roman étant placé en 1970, Momo en déduit donc qu'il a 14 ans. Il explique aussi qu'il a tué sa femme Aïcha, la mère de Mohammed lorsqu'il a appris qu'elle était une prostituée. Il a ensuite été placé dans un hôpital psychiatrique car il a été jugé malade mental. Aujourd'hui, tout droit sorti de l'hôpital, il souhaite revoir son fils.

Madame Rosa ment et interchange l'identité de Moïse et Mohammed. Elle prétend qu'elle a élevé un Moïse comme Mohammed, qu'elle a élevé sous la religion musulmane, et un Mohammed comme Moïse, qu'elle a élevé comme juif. Le père de Momo en est stupéfait et meurt sous le choc.

Peu de temps après cette interaction, Madame Rosa explique à Mohammed qu'elle connaissait son vrai âge mais elle l'avait rajeuni afin de le garder plus longtemps auprès d'elle.

L'état de santé de Madame Rosa s’aggrave gentiment mais elle refuse d’aller à l’hôpital car elle veut mourir sans être « prolongée ». Selon elle, si elle y va, les soignants vont tout faire pour la garder en vie au lieu de la laisser mourir en paix.

Quand Momo sent que l'état de Madame Rosa devient critique, il fait croire à tout l’immeuble que Mme Rosa part pour Israël, emmenée par sa famille. Il la conduit à la cave de l'immeuble dans le « trou juif » qu’elle s’est aménagé dans la crainte de nouvelles persécutions.

C’est là qu’elle rend son dernier souffle.

Momo, conscient de sa mort, reste couché près d’elle pendant trois semaines jusqu’à ce que les voisins les découvrent et le confient à Nadine, à qui toute son histoire était adressée.

Historique[modifier | modifier le code]

Ce roman constitue une exception et une mystification dans l'histoire du prix Goncourt — attribué en 1975 au huitième tour de scrutin à La Vie devant soi par six voix contre trois à Un policeman de Didier Decoin et une à Villa Triste de Patrick Modiano[2] —, puisque Romain Gary l'avait déjà reçu auparavant en 1956 pour Les Racines du ciel, et que le prix ne peut être décerné deux fois au même auteur.

Cependant, ce roman fut publié sous un nom d'emprunt, Émile Ajar. L'affaire ne fut révélée qu'à la mort de l'auteur en 1980, bien que des doutes sur la double identité d'Ajar aient été émis dès sa parution[2]. Romain Gary prit ce pseudonyme à un moment où il était très critiqué — l'homme séduit autant qu'il agace —, pour se libérer de son propre personnage devenu encombrant et retrouver une certaine liberté d'expression. Un journaliste de Lire alla jusqu'à attaquer vigoureusement son œuvre, croyant l'achever en déclarant : « Ajar, c'est quand même un autre talent[3]. »

Quatre jours après sa victoire au Goncourt, Romain Gary demande à Paul Pavlowitch, son petit-cousin, de jouer le rôle d'Ajar pour les médias tandis que l'avocate Gisèle Halimi fait savoir que ce dernier, son client, refuse le prix « pour des raisons de tranquillité nécessaire à l'élaboration de son œuvre[3] », ce qui lui vaut des critiques acerbes de la part de plusieurs critiques littéraires (au Figaro et à L'Aurore notamment[4]). Le prix lui est malgré tout remis, car il est attribué à un livre plutôt qu'à un écrivain[2],[3] et Hervé Bazin, le président de l'académie Goncourt[5], déclare : « Le Goncourt ne peut ni s'accepter ni se refuser… Mais M. Ajar est libre de reverser les bénéfices à une bonne œuvre[3] ».

Synopsis[modifier | modifier le code]

Madame Rosa, une vieille femme juive qui a connu Auschwitz et qui, autrefois, « se défendait avec son cul » (selon la formule employée par Momo pour désigner la prostitution) rue Blondel à Paris, a ouvert « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », autrement dit une pension clandestine où les prostituées laissent leurs rejetons pendant quelques mois pour les protéger (de l'Assistance publique ou des représailles des « proxynètes »). Momo, jeune maghrébin timide âgé de 14 ans auquel elle a fait croire qu'il en avait 4 de moins, raconte sa vie chez madame Rosa et son amour pour la seule « mère » qui lui reste, cette ancienne prostituée proche de la mort et qu'il aime de tout son cœur. Le jeune homme accompagnera la vieille femme, cette mère courageuse et orgueilleuse, jusqu'à la fin de sa vie.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le roman est adapté une première fois au cinéma dans le film homonyme de Moshé Mizrahi en 1977 avec Simone Signoret dans le rôle de Madame Rosa. Cette dernière obtient pour ce film le César de la meilleure actrice en 1978 et le long métrage est récompensé la même année par l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood.

En 2020, une nouvelle adaptation réalisée par Edoardo Ponti transpose le roman dans l'Italie contemporaine, avec Sophia Loren pour incarner Madame Rosa et Ibrahima Gueye dans le rôle de Momo[6].

En dehors de ces adaptations, le livre d'Émile Ajar apparaît dans le film Mommy sorti en 2014 et réalisé par Xavier Dolan : il est le premier livre que Steve, personnage atteint de trouble du déficit de l'attention, parvient à lire jusqu'à la fin. Il figure également dans le film sorti en 2015 Mon roi de Maïwenn, où il est lu par le personnage Toni, que joue Emmanuelle Bercot.

En comédie musicale[modifier | modifier le code]

En 1986[7], Gilbert Bécaud adapte le roman en comédie musicale, titrée Madame Rosa, mais n'arrivera jamais à la faire produire et présenter en France, ou ailleurs en Europe. Cependant des chansons en français qui en sont issues seront interprétées dont Ah bravo et La Rafle du Vel d'Hiv (cette dernière avec des paroles de Claude Lemesle)[8], par Annie Cordy qui intégrera ces titres dans ses récitals. C'est aux États-Unis, en 1987 — où à l'époque Bécaud est avec Aznavour l'artiste musical français vivant le plus estimé — que la comédie musicale, adaptée en anglais par Julian More (en) qui a été choisi par le metteur en scène Harold Prince, et retitrée Roza (en), est enfin présentée, d'abord à Baltimore au Center Stage (en) et à Los Angeles au Mark Taper Forum (en), avant de l'être à New York, à Broadway, au Royal Theatre [9]. Mais, pourtant apprécié du public à Baltimore et Los Angeles, le spectacle ne reste pas longtemps à l'affiche à Broadway (seulement du 1er au 12 octobre)[10],[11].

À la télévision[modifier | modifier le code]

Le roman est également adapté dans un téléfilm homonyme de Myriam Boyer en 2010.

Au théâtre[modifier | modifier le code]

Ce roman est adapté au théâtre par Xavier Jaillard en 2008 dans une mise en scène de Didier Long, avec Aymen Saïdi, Xavier Jaillard, Magid Bouali et Myriam Boyer dans le rôle de Madame Rosa. Cette pièce est récompensée la même année du Molière de la meilleure comédienne pour Myriam Boyer et des Molières du meilleur spectacle de théâtre privé pour François de Carsalade du Pont et du meilleur adaptateur pour Xavier Jaillard. En 2009, ce spectacle obtient également le Globe de cristal du meilleur spectacle de théâtre privé.

Éditions[modifier | modifier le code]

Livre audio[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Langue que le narrateur Momo appelle « juif » : « remercia […] en juif, qu'on appelle yiddish dans cette langue ».
  2. a b et c Du côté de chez Drouant : Le Goncourt de 1962 à 1978, émission de Pierre Assouline sur France Culture le 17 août 2013.
  3. a b c et d Didier van Cauwelaert, « Le prix aux deux visages », sur lexpress.fr, (consulté le ).
  4. Éliane Lecarme-Tabone, La Vie devant soi de Romain Gary, Gallimard, foliothèque, 2005, p. 18, p. 24 et p. 206.
  5. Mélanie Hennebique, Vanity Fair, « Retour sur le jour où Romain Gary a refusé le prix Goncourt », sur vanityfair.fr, (consulté le ).
  6. Caroline Besse, « Sur Netflix, La Vie devant soi célèbre le retour de Sophia Loren au cinéma », Télérama,‎ (lire en ligne).
  7. « Les principales chansons de Gilbert Bécaud », sur nouvelobs.com, L'Obs, (consulté le ).
  8. https://www.lefigaro.fr/musique/anny-cordy-etait-beaucoup-plus-que-la-rigolote-tata-yoyo-20200911.
  9. Le Monde, « Madame Rosa à Broadway », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  10. (en) https://books.google.fr/books?id=7oyEL8MBAcgC&pg=PA172&lpg=PA172&dq=Roza+musical+Gilbert+B%C3%A9caud&source=bl&ots=iCxU4TVntR&sig=S3JRPSPa4vzBUJ_ZB3IssdRTuhI&hl=en&sa=X&ei=bMj2UczBBpTA9gSC2oCAAQ&redir_esc=y#v=onepage&q=roza%20musical%20gilbert%20becaud&f=false.
  11. (en) https://www.ibdb.com/broadway-production/roza-4476.

Liens externes[modifier | modifier le code]