La Diseuse de bonne aventure (Le Caravage)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir La Diseuse de bonne aventure.


La Diseuse de bonne aventure
La Diseuse de bonne aventure, Caravaggio (Louvre INV 55) 02.jpg

Première version de l’œuvre.

Artiste
Date
Vers 1594
Technique
huile sur toile
Dimensions (H × L)
99 × 131 cm
Mouvement
Localisation
Numéro d’inventaire
INV 55
La Diseuse de bonne aventure
Caravaggio (Michelangelo Merisi) - Good Luck - Google Art Project.jpg

Seconde version de l’œuvre.

Artiste
Date
Vers 1595
Technique
huile sur toile
Dimensions (H × L)
115 × 150 cm
Mouvement
Localisation
Numéro d’inventaire
PC 131

La Diseuse de bonne aventure, appelé aussi La Bonne aventure (Buona ventura en italien), est une peinture à l'huile sur toile réalisée par le peintre italien Caravage vers 1594[1], à Rome. Le Caravage a peint deux versions de l’œuvre, assez proches. Une est conservée au Musée du Louvre et l'autre, dans les collections de la Pinacothèque capitoline de Rome[2]. Les dates de création des deux peintures ne font pas l'unanimité chez les experts.

Description[modifier | modifier le code]

Le sujet est profane, c'est une scène de genre, de la vie quotidienne.

À gauche, une bohémienne chiromancienne lit l’avenir à un jeune élégant et en profite pour lui dérober discrètement sa bague. L'anneau est à peine visible aujourd'hui. Les mains de la voleuse indiquent un mouvement délicat. Le petit doigt de sa main gauche est redressé.

Le format, horizontal, montre deux personnages coupés à mi-corps dans un espace peu profond et éclairé par un rayon de lumière venant de la gauche.

À droite, le jeune homme, la main gauche sur la hanche, donne l'impression d'un fanfaron qui, trop occupé à impressionner la gitane qui l'aguiche, ne réalise pas qu'il se fait voler. Son costume est déjà daté lors de la création de l’œuvre, la mode étant à l'époque pour les pages élégants de s'habiller à l'ancienne. Il porte un chapeau à plume et une épée à la taille[3].

La seconde version de la toile, un peu plus grande, propose le même sujet. Les deux protagonistes ont un pose plus dynamique. L'observateur est situé un peu plus bas. Le jeu des mains est moins délicat, et la gitane n'a pas l'auriculaire dressé. Plutôt qu'une épée, le jeune homme arbore une rapière à la taille.

Historique[modifier | modifier le code]

Au début des années 1590, le Caravage travaille dans l’atelier de Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin, à Rome. Il s’y lie d’amitié avec ses collègues artistes, notamment Prospero Orsi. Ce dernier, grâce à  son carnet d’adresses fourni, trouve au Caravage une chambre dans la maison Monsignor Fantino Petrignani, et lui autorise ainsi une certaine indépendance. De plus, Orsi le met en contact avec son beau-frère Gerolamo Vittrici, vice-camerlingue du pape Clément VIII. Vittrici, dont l’oncle est fortuné, commande trois toiles au Caravage : Madeleine repentante, Le Repos pendant la fuite en Égypte et La Diseuse de bonne aventure, vraisemblablement afin d’aider l’artiste financièrement. Les trois tableaux sont jalousement gardés derrière des rideaux et aucun copiste n’y a accès à l’époque[4].

Selon Giulio Mancini, dont les Considérations sur la peinture sont une source précieuse d'information biographique sur le Caravage, Vittrici paie 8 scudi pour La Diseuse de bonne aventure, soit l’équivalent du salaire mensuel d’un valet. Le montant, raisonnable, n'inclut pas le remboursement des dépenses pour le matériel et n’est pas non plus ce qu’un peintre plus renommé aurait pu exiger à l’époque. Plus tard, en 1613, Mancini vendra tout de même une copie de l’œuvre pour 300 scudi, une inflation due non seulement à la renommée du peintre, mais aussi à l'intérêt pour le sujet[5].

Thème[modifier | modifier le code]

Le thème de ce tableau est l'un de ceux mis à l’honneur par Caravage au début du XVIIe siècle, par son goût pour les bohémiens, les vagabonds…, mais également connu dans les pays du Nord Cette scène nécessite une lecture à plusieurs niveaux : elle contient en effet des connotations moralisatrices, concernant les fausses prophéties et la séduction intéressée. Il s'agit donc d'une sorte de scène de genre allégorique sur la tromperie et la naïveté, à rapprocher de la littérature et du théâtre contemporains.

Analyse[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (mai 2017)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Le cadrage serré, avec des personnages coupés à mi-corps, permet au spectateur d’entrer dans le tableau. Celui-ci n'est en effet pas distancé par un premier plan, comme chez certains peintres contemporains. Le fond uni et neutre, caractéristique du Caravage, fait ressortir les personnages et bloque la composition, focalisant l'attention du spectateur sur la scène.

La lumière joue un rôle important dans la mise en espace : un unique rayon latéral tombe sur les personnages et les met en valeur. Cette lumière directionnelle constitue l'une des spécificités du Caravage. Toutefois, cette lumière chaude, dorée, imitant le soleil et ne provoquant pas de clair obscur, reste associée à sa première période. Assez violente et abstraite tout de même, elle provoque des jeux de reflets sur les surfaces brillantes.

Le modèle masculin est probablement Mario Minniti, artiste italien, ami du peintre et ayant posé également pour le Bacchus des Offices.

Dans ce tableau, Le Caravage utilise une gamme chromatique chaude, restreinte et contrastée. On remarque une grande rupture avec le maniérisme, par la représentation immédiate, l'authenticité des figures peintes au naturel (costume typique de la bohémienne), les volumes ronds et simples (pas de lignes serpentines ni de corps allongés) et l'absence de coloris acides et antinaturalistes.

La Diseuse de bonne aventure est donc une œuvre caractéristique du premier style du Caravage, qui introduit plusieurs nouveautés vis-à-vis de la peinture antérieure : la lumière directionnelle, l'utilisation d'un sujet populaire, avec personnages de la vie courante, ni déformés ni idéalisés mais peints d'après nature, l'utilisation de couleurs naturelles et réalistes, et la simplicité de la composition et des formes.

Influence[modifier | modifier le code]

En 1993, l'artiste Georges Kalmetti a réalisé une reproduction de l'œuvre dans le cadre d'une exposition au musée du Louvre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sybille Ebert-Schifferer 2009, p. 287 L'analyse du tableau y est développée pp.73 et suivantes. La seconde version est datée aussi page 287.
  2. (it) « La Buona Ventura / Sala di Santa Petronilla - La grande pittura del Seicento a Roma / Pinacoteca Capitolina / Percorsi per sale - Musei Capitolini », sur www.museicapitolini.org (consulté le 28 juillet 2017)
  3. Ebert-Schifferer, S., Caravaggio : the artist and his work (ISBN 9781606060957, OCLC 759909848, lire en ligne), p. 73
  4. Ebert-Schifferer, S. (trad. du français), Caravaggio : the artist and his work (ISBN 9781606060957, OCLC 759909848, lire en ligne), p. 64
  5. Ebert-Schifferer, S., Caravaggio : the artist and his work (ISBN 9781606060957, OCLC 759909848, lire en ligne), p. 76

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Sybille Ebert-Schifferer, Caravage, Paris, Hazan, , 319 p. (ISBN 978-2-7541-0399-2).
  • Mina Gregori (trad. Odile Ménégaux), Caravage, Paris, Gallimard-Electa, (ISBN 978-2-07-015026-7)
  • Alfred Moir, Caravage, Paris, Cercle d'art, , 52 p. (OCLC 803902168)
  • Catherine Puglisi, Caravage, Paris, Phaidon, , 448 p. (ISBN 978-0-7148-9995-4). Première édition (en) 1998.