La Vocation de saint Matthieu

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La Vocation de saint Matthieu
Caravaggio - La vocazione di San Matteo.jpg
Artiste
Date
Technique
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
322 × 340 cm
Localisation
chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français, Rome

La Vocation de saint Matthieu (en italien Vocazione di san Matteo) est un tableau de Caravage peint entre 1599 et 1600 pour la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français de Rome, où il est conservé depuis.

Historique[modifier | modifier le code]

Ce tableau est une commande du cardinal français Matthieu Contarelli faite en 1599[1] au jeune Caravage qui reçoit là sa première commande officielle[2].

Cette première œuvre d'un cycle de trois sur la vie de saint Matthieu est la seule qui soit directement inspirée d’un texte de l’Écriture, Mt 9,9, dont l’auteur est l’évangéliste Matthieu lui-même : « (…) en passant, Jésus vit un homme, nommé Matthieu, assis au bureau du fisc, et il lui dit : « Suis-moi. » Il se leva et le suivit. » Elle orne la partie latérale gauche de la chapelle. Le tableau de Saint Matthieu et l'Ange est placé en position de retable central, et sur la paroi latérale droite de la chapelle est disposé le Martyre de saint Matthieu. Contarelli, qui avait laissé des instructions détaillées sur la manière de composer le tableau, ne vit pas l’achèvement des œuvres qu’il avait commandées : il mourut en 1585.

Description[modifier | modifier le code]

Dans la partie droite du tableau se tiennent debout deux personnages en habit d’époque biblique. De l’un, Jésus, on voit le visage. Il a le bras allongé, et sa main est tendue vers Matthieu. Son pied tourné vers l'extérieur de la pièce semble indiquer qu'il est déjà sur le point de repartir. De l’autre, Pierre, on ne voit pas le visage ; son dos masque largement la personne de Jésus. Seule la main est bien visible, qui accompagne discrètement le geste du Christ.

Dans la partie gauche du tableau cinq publicains (en habits contemporains) sont groupés autour d’une table, sur laquelle s’étalent bourse, encrier avec plume, livre de comptes et pièces de monnaie. Trois d’entre eux (dont Matthieu) ont le regard tourné vers Jésus tandis que les deux autres à l'extrémité sont absorbés à compter leurs biens. Au centre de ce groupe, Matthieu regarde Jésus d’un air surpris, se désignant lui-même de la main gauche, tandis que sa main droite posée sur la table est comme interrompue dans le geste de compter.

La partie où se situent les personnages est sombre : quelques taches de lumière et couleur seulement sur les habits et les visages. La lumière venant de la partie supérieure droite du tableau est de source inconnue ; elle ne vient ni de la personne de Jésus ni de la fenêtre. Les détails d'une fenêtre et le pan d'un mur dans le milieu de ce haut accrochent la lumière alors que le volet crée une nouvelle obscurité sur la partie en haut à gauche. Ceci crée un effet de clair-obscur caractéristique de l’œuvre de Caravage.

Analyse[modifier | modifier le code]

La composition se partage entre la partie gauche, un groupe de cinq personnes autour d'une table où se compte de l’argent (avec livre comptable et encrier). lls sont richement vêtus d’habits contemporains de Caravage[1] (ressemblant aux compositions des Tricheurs ou de La Diseuse de bonne aventure). Les visages expriment des réactions et sentiments divers. Deux d’entre eux ignorent complètement Jésus et Pierre, et ne les regardent même pas. Au centre Matthieu exprime de l'étonnement. Les gestes différents des deux mains indiquent qu’il est divisé : l’index de la gauche se désigne, tandis que la main droite ne quitte pas les pièces d’argent qu’elle compte. Les deux autres personnages, à droite, regardent les visiteurs inopportuns, l’un d’un regard plutôt moqueur et légèrement méprisant ; l’autre est fasciné au point d’avoir le corps entièrement tourné vers les visiteurs, les jambes à califourchon sur le banc, oublieux de ce qu’il faisait.

Dans la partie droite du tableau : Jésus et Pierre en habit de leur époque (donnant ainsi un caractère trans-historique à la scène, et à l’idée même de vocation). Ils sont pieds nus. L’entrée du Christ dans la pièce n’a rien d’éblouissant. Il sort à peine de l’ombre. Le bras allongé, il tend la main et fait un geste qui est l'exact reflet de celui d’Adam recevant vie de Dieu dans le tableau de Michel-Ange. La création est prolongée en vocation.

La figure de l'apôtre Pierre (ajoutée ultérieurement[3]) symbolise la présence de l'Église, proche du Christ et accompagnant le geste d’appel, tout en restant en retrait. Cependant le tableau montre une Église qui obscurcit l’appel également : de Pierre on ne voit pas le visage, mais seulement un dos qui masque en grande partie la personne de Jésus[1]. Pierre est entre le spectateur et le Christ.

Une vocation[modifier | modifier le code]

Hendrick ter Brugghen, La Vocation de saint Matthieu, (1620). Musée d'art moderne André-Malraux Le Havre.

« Jésus partit de là et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d'impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L'homme se leva et le suivit. »

— Mt 9, 9 ; cf. Lc 5, 27-28 et Mc 2, 13-14.

Autour d'une table, sur laquelle sont posées une écritoire, une bourse et des pièces, plusieurs personnages sont assis : à gauche, un tout jeune homme est affairé. Il compte les pièces, sous l’œil attentif d'un homme plus âgé. Les trois autres personnages attablés, un homme d'âge mûr et deux jeunes hommes, ont délaissé les opérations comptables : ils sont tournés vers la droite, vers un autre groupe de deux hommes, debout, qui viennent d'arriver et qui pointent du doigt. Mais qui désignent-ils ?

L'ombre de laquelle ils surgissent, le jeu des regards et des mains ne permettent pas d'être affirmatif. Sans doute, celui des deux hommes debout qui porte une discrète auréole pointe-t-il celui qui, assis, semble se désigner lui-même ; tandis que le second homme debout désigne celui qui, au premier plan, semble prêt à se lever. Le peintre joue habilement du contraste entre la partie gauche du tableau, d'allure mondaine, qui rappelle des œuvres profanes comme Les Tricheurs ou La Diseuse de bonne aventure, et la partie droite, plus sobre et dépouillée où évoluent, pieds nus, Jésus et saint Pierre. Toute la composition repose sur une volontaire ambiguïté, sur un jeu de contrastes où rien n'est déterminé si ce n'est, à gauche, la condamnation implicite du monde de l'argent et, à droite, la célébration de l'exigence évangélique[4].

Influence[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le peintre français Gustave Courbet s'inspire de la Vocation pour réaliser L'Après-dînée à Ornans : sur un thème beaucoup plus trivial, la composition comme le travail sur l'ombre et la lumière s'appuient sur l’œuvre de Caravage[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Michel Hilaire, Caravage, le sacré et la vie, Herscher, (ISBN 2-7335-0251-4), p. 32-34.
  2. Anne Le Nir, « A Rome, sur les traces du Caravage », sur La Croix.com, .
  3. La radiographie de l'œuvre en témoigne[réf. nécessaire].
  4. Sophie Mouquin. Maître de conférences en histoire de l'art moderne. (Université Charles de Gaulle Lille 3), Magnificat (magazine) no 294, p. I-II.
  5. Françoise Besson, « L’Après-dînée à Ornans », sur Panorama de l'Art (Réunion des Musées de France).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]