Méduse (Le Caravage)

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Méduse
Medusa by Carvaggio.jpg
Artiste
Date
Technique
huile sur cuir marouflé sur bouclier en peuplier
Mouvement
Dimensions
(H × L)
60 × 55 cm
Localisation

Méduse (ou Medusa dans sa version italienne d'origine) est une peinture à l'huile sur cuir marouflé du peintre Caravage exécutée vers 1596, puis en 1597 ou 1598 pour une seconde version[1], sur un bouclier de parade en bois de peuplier. La seconde version, qui est la plus connue et la seule exposée publiquement, est conservée au musée des Offices à Florence (Italie).

Historique[modifier | modifier le code]

Dans les toutes dernières années du XVIe siècle, Caravage bénéficie de la protection, des commandes et des conseils du cardinal Francesco Maria del Monte, homme de culture et grand collectionneur d'antiquités. Sous cette influence, il fait évoluer son répertoire vers des thèmes classiques et produit une série de tableaux d'inspiration mythologique comme Bacchus ou Narcisse (v. 1597), et sa Méduse s'inscrit pleinement dans cette série[2].

Le support du bouclier de parade est inhabituel, et n'est d'ailleurs exploité par Caravage que pour ces deux exemplaires de la Méduse ; toutefois, le thème de Méduse et de son pouvoir apotropaïque revient en vogue à l'époque de la Renaissance, et illustre souvent boucliers ou armures de combat au XVIe siècle[3],[4]. Par ailleurs, Giorgio Vasari fournit la description d'une œuvre de jeunesse de Léonard de Vinci, aujourd'hui perdue, représentant une effrayante Méduse peinte sur un panneau de bois rond ; il n'est pas exclu que le cardinal del Monte pense à cette œuvre lorsqu'il passe la commande du bouclier à Caravage[3],[N 1].

Parmi d'autres exemples, Benvenuto Cellini crée au milieu du XVIe siècle un bronze monumental montrant Persée brandissant la tête de Méduse ; plus proche du style et de l'époque de Caravage, une autre œuvre montre que le thème de Méduse est resté courant : Annibale Carrache le traite sur une fresque réalisée au palais Farnese en 1595-1596[3].


Version originale[modifier | modifier le code]

La version originale de cette œuvre, connue sous le nom Medusa Murtola, apparaît sur le marché romain vers 1994[5]. Elle n'est authentifiée par des examens de laboratoire qu'en 2012. Elle aurait été peinte vers 1596, et appartient à une collection privée[6].

Le nom de Medusa Murtola est dû au poète Gaspare Mortula, auteur d'un madrigal édité en 1604[7],[N 2] : il y décrit la Méduse qu'il voit sans doute à Rome en 1600, ou un peu plus tard, en compagnie d'autres œuvres de Caravage[7].

Pour le bouclier de la Méduse, peinture du Caravage
Celle-ci est la Méduse
La chevelure empoisonnée
armée de mille serpents ?
Oui, oui : ne vois-tu pas comment
Les yeux elle tourne et retourne ?
Fuis l'indignation et la colère !
Fuis, car si l'étonnement te pétrifie les yeux
Elle te changera aussi en pierre.

(Gaspare Mortula, Rime)

Seconde version[modifier | modifier le code]

Un homme en tenue de cardinal est assis dans un fauteuil, et tient un papier à la main.
Le cardinal et grand-duc Ferdinand Ier de Médicis, à qui est offerte la seconde version de Méduse. Tableau anonyme, entourage d'Alessandro Allori, 1588 (galerie des Offices).

La seconde version de l'œuvre, également due à la main de Caravage, est conservée à la galerie des Offices de Florence. Elle est initialement commandée par le cardinal del Monte et peinte sur un bouclier, pour compléter une armure de parade qu'il compte offrir au grand-duc de Toscane Ferdinand Ier de Médicis ; il est probable que del Monte lui en fasse personnellement l'offrande lorsqu'il se rend à Florence en 1598[3]. Mais quelle que soit la date exacte de réalisation et de livraison, il est établi que la Méduse est exposée par le grand-duc en 1601, à l'occasion d'une ambassade du roi de Perse, le shah Abbas Ier, à Florence : le bouclier joue alors le rôle d'un accessoire fixé au bras d'un mannequin en armure richement décoré, installé sur un cheval de bois comme pour un tournoi. Cette position haute, prévue pour un homme à cheval, peut d'ailleurs expliquer que le regard de Méduse soit dirigé vers le bas[4]. Le bouclier reste ainsi installé dans le musée d'armes des Médicis jusqu'à la dispersion de la collection en 1770, et n'est redécouvert qu'en 1908 aux Offices[4].

L'artiste emploie de la feuille d'or sur la bordure décorative, technique traditionnellement utilisée pour souligner certains détails[8]. À l'origine, l'envers du bouclier est rembourré de velours, de soie et de cuir dont il ne reste que des fragments[4].

Restauration[modifier | modifier le code]

La Méduse des Offices fait partie des œuvres endommagées par l'attentat de la Via dei Georgofili en 1993, et la fin de sa restauration date de 2002. Cette restauration est effectuée par Stefano Scarpelli sous la direction de Caterina Caneva, et coûte 250 000 euros, dont 185 000 euros sont financés par Maggiore, une société italienne de location de voitures, et 65 000 euros sont versés par les visiteurs du musée[9].

Description[modifier | modifier le code]

L’œuvre traite le thème mythologique de la Méduse, déjà employé par Ovide dans le livre IV de ses Métamorphoses : Méduse est l'une des trois Gorgones, et la seule mortelle des trois par son regard pétrifiant[10]. Grâce au bouclier que Minerve lui a fourni pour la combattre — ce bouclier ayant une face dorée qui peut être employée comme un miroir pour éviter le regard direct mortel de Méduse — Persée parvient à tuer Méduse en la décapitant, puis il emploie sa tête comme une arme.

La tête de Méduse de Caravage orne un véritable bouclier de parade en bois, donc une surface convexe dont la circonférence est dénivelée de 15 cm par rapport au centre[4]. Méduse vient d'être décapitée, la tête tranchée par Persée. Le sang coule et elle est conforme à l'iconographie traditionnelle du sujet avec ses cheveux en serpents agités et sa bouche ouverte, les yeux révulsés, les sourcils froncés.

Analyse[modifier | modifier le code]

Dans l'hypothèse où Caravage s'inspire de l’œuvre précédente de Léonard de Vinci, il ne reprend pas le feu et la fumée que le maître florentin y avait intégré mais exploite à sa suite toute la force de l'expression du visage, yeux exorbités et bouche béante[3].

Portrait ou autoportrait[modifier | modifier le code]

Il est presque certain que Caravage utilise un miroir pour exprimer la force émotive du portrait, en s'inspirant de ses propres traits ; la présence attestée d'un miroir convexe dans l'inventaire de ses biens en 1605 (et que l'on voit mis en scène dans sa Conversion de Marie Madeleine) permet de penser qu'il l'emploie pour obtenir l'image à transposer sur la surface bombée du bouclier[11]. Il n'est cependant pas possible d'affirmer que le résultat forme un autoportrait[12].

Pour le professeur Trentini, Caravage se représente lui-même et met en scène sa propre mort en se posant également en « premier regardeur » de la tête de Méduse, l'artiste en hurlement horrifié de lui-même. Il regarde le bouclier comme un miroir, s'y voit lui-même, se voit mort et peint sa propre figure en Héautontimorouménos baudelairien. Il est Persée et Méduse, bourreau et victime[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Vasari évoque la Méduse de Vinci dans le volume IV de son célèbre ouvrage, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, initialement paru en 1550. Il évoque d'ailleurs une œuvre « étrange et bizarre », ce qui pour le critique Alfred Moir peut très bien décrire également le travail de Caravage (Moir 1994).
  2. Il s'agit du madrigal no 478, paru dans le recueil Rime.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ebert-Schifferer 2009, p. 102-103.
  2. Puglisi 2005, p. 102-109.
  3. a, b, c, d et e Puglisi 2005, p. 109.
  4. a, b, c, d et e Moir 1994.
  5. Gregori 2011, p. 19.
  6. « Un tableau du Caravage définitivement identifié », sur FranceTV Info,‎ .
  7. a et b Gregori 2011, p. 13.
  8. Puglisi 2005, p. 376.
  9. Laure Lombardi et Maureen Marozeau, « Le retour de la Méduse », Le Journal des Arts, no 163,‎ (lire en ligne).
  10. « Les métamorphoses d'Ovide », sur Joconde.
  11. Puglisi 2005, p. 388.
  12. Puglisi 2005, p. 363.
  13. Bruno Trentini, « Miroir, mon beau miroir… », sur Musée critique de la Sorbonne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sybille Ebert-Schifferer (trad. V. de Bermond et J-L Muller), Caravage, Paris, éditions Hazan,‎ , 319 p. (ISBN 978-2-7541-0399-2).
  • Alfred Moir (trad. Anne-Marie Soulac), Caravage, éditions Cercle d'art, coll. « Points cardinaux »,‎ (1re éd. 1989), 40 hors-texte + 52 p. (ISBN 2-7022-0376-0), p. 16 (planche hors-texte).
  • Catherine Puglisi (trad. Denis-Armand Canal), Caravage, Paris, Phaidon,‎ (1re éd. 1998), 448 p. (ISBN 978-0-7148-9995-4), 1re éd. française 2005, réimp. brochée 2007.
  • Ermanno Zoffili (dir.), Die erste Medusa - La première Medusa : Caravaggio, Milan, 5 Continents,‎ , 167 p. (ISBN 978-88-7439-612-2).
  • Mina Gregori, « La première Méduse du Caravage », dans Die erste Medusa - La première Medusa : Caravaggio.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]