Ife

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Ife
Administration
Pays Drapeau du Nigeria Nigeria
État Osun
Démographie
Population 501 952 hab. (2003)
Géographie
Coordonnées 7° 28′ 20″ Nord 4° 33′ 20″ Est / 7.472222, 4.555556
Altitude 280 m
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Nigeria

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City locator 13.svg
Ife

Ife (ou Ilé-Ifè) est une vieille cité yoruba située au sud-ouest du Nigeria. Célèbre pour ses têtes en terre cuite et en bronze, alliant la perfection classique à un étonnant réalisme, Ife a donné naissance entre les XIIe et XVe siècles à l'une des civilisations les plus originales d'Afrique noire.

Histoire d'Ife[modifier | modifier le code]

L'histoire d'Ife et sa chronologie restent relativement floues malgré d'importantes découvertes archéologiques attestant de l'existence de réseaux de villes dès la période médiévale[1]. La construction de l'histoire de la ville s'est faite essentiellement sur des sources orales et des sources archéologiques. Les premières sources sont liées soit à un discours mythologique soit à un discours ethnocentrique colonial posant ainsi de nombreux problèmes historiographiques. Ces difficultés obligent l'historien scientifique à dissocier les discours historiographiques de leur sources réutilisables.

Origines mythiques de Ife dans la culture Yoruba[modifier | modifier le code]

Ife est la ville centrale de la mythologie yoruba. Elle est considérée comme le berceau de l'humanité et le centre du monde. Selon la mythologie d'Ife la ville aurait été fondée par le Dieu mineur Oduduwa qui fut le premier Ooni (Titre royal propre à Ife). La mythologie Yoruba aurait pu se constituer pour appuyer la légitimité du nouvel État. Ogun, Dieu du fer et de la guerre, y occupe une place importante[2]. On sait grâce à l'archéologie que le peuplement de cette aire semble très ancien. Mais ce n'est qu'au début du IIe millénaire que des évolutions dans le domaine de la métallurgie auraient permis une explosion du rendement agricole et un phénomène rapide d'urbanisation[3].

Restructuration politique de la région sous l'impulsion d'Ife[modifier | modifier le code]

Fondation de la Cité-État d'Ife par Oduduwa[modifier | modifier le code]

Selon la tradition orale, la ville d'Ife fut fondée au IX-Xe siècle par Oduduwa avec le rassemblement de 13 villages en une cité. Oduduwa devint ainsi le premier Ooni (Roi) et se fit construire un Aafin (Palais du roi). Il gouverna à l'aide des isoro, ancien chef de village ayant récupéré un titre religieux et assujettis à l'autorité politique royale[4]. Cependant la prise de pouvoir d'Oduduwa n'est pas formellement datée. Elle aurait pu être beaucoup plus tardive et avoir remplacé un appareil étatique déjà existant[5].

Réorganisation du pays en Cité-État sous l'impulsion d'Ife[modifier | modifier le code]

Le modèle étatique incarné dans la personne d'Oduduwa va être largement exporté dans la région de l'actuel Nigéria et au-delà. Plusieurs descendants et capitaines d'Oduduwa ont fondé d'autres royaumes sur le même modèle et s'appuyant sur la même légitimité. L'expérience monarchique d'Ife s'exporte avec son cadre culturel. L'adé ilèkè, qui est une couronne de perles de verre symbole du pouvoir royal, se retrouve dans la plupart des monarchies de la région[6]. Le royaume de Kétou par exemple est fondé par un prétendu descendant d'Oduduwa. En tout 7 à 20 royaumes selon les sources composent le monde yoruba dans la première moitié du deuxième millénaire de notre ère[7].

Transformations sociales et réorganisations politiques basées sur le fer[modifier | modifier le code]

L'expansion d'Ife au début du IIe millénaire semble basée sur le fer ou sur la métallurgie en général qui aurait permis une amélioration des techniques et des excédants agricoles. Cette transformation économique aurait pu permettre l'entretien d'une population urbaine et d'un pouvoir centralisé. L'expansion militaire peut donc s'expliquer par les transformations économiques et sociales et l'amélioration des armes. Le fer a d'ailleurs une place centrale dans la culture et la mythologie d'Ife. Oduduwa possédait une forge dans son palais (Ogun Laadin). De plus les rois des différents royaumes installaient leurs forges dans l'enceinte du palais royal montrant ainsi le rapport symbolique fort entre pouvoir et métallurgie. De plus les techniques de production du laiton montrent un savoir faire technologique très avancé[8].

Système de fossés complexe démontrant une importante urbanisation[modifier | modifier le code]

L'urbanisation médiévale d'Ife est aujourd'hui largement attestée par l'existence de nombreuses enceintes faites de fossés et de talus qui semblent indiquer les différents espaces ayant connu une concentration démographique et une entité politique suffisamment puissante pour mettre en œuvre de tels travaux[9].

Effondrement démographique au XIVe siècle et peste noire[modifier | modifier le code]

Au XIVe siècle, un effondrement démographique est constaté. Il se caractérise par un abandon d'enceintes et une forte avancée de la forêt sur des zones anciennement occupées. On constate également une rupture dans les savoir-faire et les techniques artisanales. Cette effondrement démographique pourrait s'expliquer par une épidémie de peste noire selon certains auteurs, qui font un parallèle avec les grandes épidémies constatées en Europe sur des périodes proches[10].

Économie[modifier | modifier le code]

Ife est le centre économique d'une région agricole où se cultivent principalement l'igname, le manioc, le maïs, le tabac et le coton. Ce dernier étant aussi à la source d'une importante industrie de tissage de vêtements.

Culture[modifier | modifier le code]

Tête masculine, probablement un serviteur du roi ; sculpture de la civilisation Ifè. Terre cuite, Nigeria, XIIe-XIVe siècle (Louvre).

Ife est le siège de l'université Obafemi Awolowo et du Museum d'histoire naturelle du Nigeria. Elle reste un centre spirituel important du peuple Yoruba.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. [1],Gérard L. F. Chouin, Fossés, enceintes et peste noire en Afrique de l'ouest forestière (500-1500 AD), Afrique: Archéologie & Art, 2013,p. 44].
  2. [2],Biodun Adediran, The frontier states of western Yorubaland, 1600-1889., IFRA Ibadan & Institute of African Studies of Ibadan, 1994, p. 56].
  3. [3], I. A. Akinjogbin, The cradle of a race, Ife from the beginning to 1980, Obafemi Awolowo University, Ile Ife, p. 70].
  4. [4],Biodun Adediran, The frontier states of western Yorubaland, 1600-1889., IFRA Ibadan & Institute of African Studies of Ibadan, 1994, p. 55-60].
  5. [5],I. A. Akinjogbin, The cradle of race, Ife from the beginning to 1980, Obafemi Awolowo, Ile-Ife 1992, p. 60-61].
  6. [6],Lawal B. , The living dead: Art and immortality among the Yorubà of Nigeria. Africa 471 (1977). p. 56].
  7. [7],Biodun Adediran, The frontier states of western Yorubaland, 1600-1889., IFRA Ibadan & Institute of African Studies of Ibadan, 1994, p. 66].
  8. [8],Frank Willett, The Art of Life, The University of Glasgow, 2004].
  9. [9],Gérard L. F. Chouin, Fossés, enceintes et peste noire en Afrique de l'ouest forestière (500-1500 AD), Afrique: Archéologie & Art, 2013,p. 49].
  10. [10],Gérard L. F. Chouin, Fossés, enceintes et peste noire en Afrique de l'ouest forestière (500-1500 AD), Afrique: Archéologie & Art, 2013,p. 49].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frank Willett, Ifè : une civilisation africaine (trad. André et Jean Ravaute), Tallandier, Paris, 1971, 232 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]