Fon (peuple)

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Fons
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Le prince Koulery Ouibro, fils de Behanzin (1914)

Populations significatives par région
Drapeau du Bénin Bénin 39,2 % (2002)[1]
Autres
Régions d’origine Royaume d'Oyo
Langues fon-gbe
Religions animisme, christianisme
Ethnies liées Ajas, Ewes

Les Fons constituent un important groupe ethnolinguistique de plus de 3 millions de personnes en Afrique de l'Ouest. Outre les Fons proprement dits, surtout présents dans le centre et le sud du Bénin où ils sont majoritaires, il existe de nombreux sous-groupes établis notamment au Togo – dans la région d'Atakpamé –, au Nigeria et au Ghana.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources, on observe plusieurs variantes : Dahoméens, Dahomey, Dahomeys (terminologie coloniale), Djedji, Fongbe, Fonn, Fons, Fò, Rada[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

XIXe[modifier | modifier le code]

Zone d'influence de la France en Afrique de l'Ouest depuis le milieu du 19° siècle, le Dahomey (Bénin actuel) est le siège du royaume Fon qui a pour capitale Abomey. Les relations se dégradent progressivement au cours des décénnies suivantes entre la France et le Royaume d'Abomey avec pour toile de fond des luttes de territoires. À partir de 1882, sous le règne du roi Glélé, les conflits sont de plus en plus nombreux. En 1890, la guerre éclate entre le royaume du Dahomey et la France qui désire depuis longtemps étendre son empire colonial à cette zone. Le port de Cotonou est un enjeu important de cette première guerre qui se déroule du 21 février au 4 octobre 1890. Le royaume Fon y exerce encore ses droits coutumiers, tandis que la France le considère sous son contrôle. Le 4 mars 1890 a lieu la bataille de Cotonou à laquelle participe le régiment des amazones du roi Béhanzin (règne de janvier 1890 à 1894). Le régiment combattant dit "des Amazones" du Royaume du Dahomey était exclusivement composé de femmes fon et intégré aux armées professionnelles du royaume. Sa création remonte à la fin du 17° siècle. En langue fon, ce régiment est appelé "Mino" ce qui signifie "nos mères". Selon les sources, l'armée du roi Béhanzin comptait entre 4000 et 6000 femmes.

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Population[modifier | modifier le code]

Au Bénin les Fons constituent nettement le groupe le plus nombreux, avec 39,2 % de la population selon le recensement de 2002[1].

Il existe une importante diaspora, en Europe, mais également en Amérique, du fait du commerce triangulaire.

Langues[modifier | modifier le code]

La langue véhiculaire est le fon-gbe, une langue gbe dont le nombre total de locuteurs a été estimé à 1,5 million[3], mais les Fons parlent également le français, langue officielle du Bénin.

Culture[modifier | modifier le code]

Issus de la tradition orale, les proverbes, les légendes et les contes figurent parmi les formes d'expression les plus populaires de la culture et des valeurs traditionnelles des Fons[4]. Plusieurs grands noms de la littérature béninoise francophone sont d'origine fon[5].

En matière d'art, une grande partie des œuvres, telles que les tissus, les autels ou les statues, sont liées à la cour et à la figure du souverain, c'est-à-dire Guézo qui régna de 1818 à 1858, la période pendant laquelle le royaume du Dahomey connut son apogée[6], principalement enrichi par le commerce des esclaves, capturés et vendus aux Blancs sur la côte – connue sous le nom de « Côte des Esclaves ». Le père de Toussaint Louverture, homme politique et général haïtien était fon, revendu à Haïti.

À titre d'exemple, le buffle en argent ci-dessous, exposé au Metropolitan Museum of Art de New York, est une pièce assez rare[7]. Certes le buffle, comme l'éléphant, faisaient partie des attributs du roi Guézo, mais cette œuvre réalisée par les artisans de la cour à l'apogée du royaume est particulièrement originale. D'une dimension de 30,5 x 60 cm, elle est constituée d'une structure en bois recouverte de feuilles d'argent martelées. De tels objets précieux étaient censés protéger le souverain et le soutenir dans ses entreprises guerrières, fréquentes pendant cette période. Ils contribuaient également à son prestige lorsqu'on les promenait à travers la capitale lors de festivités annuelles appelées huetantu.

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Religion[modifier | modifier le code]

« Féticheurs et féticheuses à Abomey » (1912)

Chez les Fons, les croyances traditionnelles restent vivaces, notamment sous la forme du vodouvodu signifiant « mystère » en langue fon-gbe[11] –, un culte animiste polythéiste mêlé d'éléments du rite catholique que les esclaves fons ou ewes introduisirent aussi en Haïti. Musiques et danses sont étroitement associées à ces pratiques.

Vie économique et sociale[modifier | modifier le code]

Les Fons sont traditionnellement agriculteurs, cultivant maïs, mil, manioc et bananes plantain[12].

Aujourd'hui ils jouent un rôle de premier plan dans la vie économique et politique du Bénin où ils occupent les postes les plus importants dans la fonction publique et les professions libérales[12]. Parmi ces personnalités figure notamment Justin Ahomadegbé, ancien Premier ministre et chef d'État.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Troisième recensement général de la population et de l'habitation, février 2002. Synthèse des analyses, Institut national de la statistique et de l'analyse économique, Direction des études démographiques, Cotonou, 2003, p. 23
  2. Source RAMEAU, BnF [1]
  3. (en) Fiche langue (code «fon») dans la base de données linguistique Ethnologue.
  4. Voir par exemple : Christine Adjahi Gnimagnon, Do massé : contes fon du Bénin, L'Harmattan, 2003 ; Raouf Mama, Comment Caméléon devint source de sagesse : contes fon du Bénin et Zinsa et Zinhoué, les sœurs jumelles : contes fon du Bénin, L'Harmattan, 2008
  5. (en) M. Z. Yakan, Almanac of African Peoples & Nations, Transaction Publishers, New Brunswick, N.J., 1999, p. 315
  6. (fr) Ivan Bargna, L'art africain (traduit de l'italien par Fabienne-Andréa Costa), Éditions du Rouergue, 2008, p. 68 (ISBN 9782841569199)
  7. (en) Metropolitan Museum : Arts of Africa, Oceania, and the Americas Buffalo figure
  8. Metropolitan Museum of Art
  9. Pavillon des Sessions, Musée du Louvre
  10. Musée Théodore Monod d'art africain
  11. (fr) Jean Sellier (et al.), Atlas des peuples d'Afrique, La Découverte, Paris, 2003, p. 129 (ISBN 9782707141293)
  12. a et b (en) J. S. Olson, The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Publishing Group, 1996, p. 178-179

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • E. Adja, « Les proverbes Fon du Bénin : média d’une culture de l’ouverture ? », Laboratoire Langage, Langues et Culture d’Afrique noire, Genève
  • André Blandin, « L'art Fon du royaume d'Abomey », in Afrique de l'Ouest : bronzes et alliages, Blandin, Marignane, 1988, p. 269-284
  • Georges A. Gangbe Guedou, Xó et gbé : langage et culture chez les Fon (Bénin), SELAF, Paris, 1985, 524 p.
  • Dominique Juhé-Beaulaton, « Perception du climat et calendrier agricole chez les Fon du sud du Togo et du Bénin », in Esther Katz, Annamaria Lammel et Marina Goloubinoff (dir.), Entre ciel et terre : Climat et sociétés, IRD Éditions, Ibis Presse, Paris, 2002, p. 277-295 (ISBN 2709914913)
  • Jacques Kerchache, Jean-Louis Paudrat, Lucien Stéphan et Françoise Stoullig-Marin, « Fon », in L'Art africain, Citadelles & Mazenod, Paris, 2008 (édition revue et augmentée), p. 509-510 (ISBN 978-2-85088-441-2)
  • Bienvenu Koudjo, « Parole et musique chez les Fon et les Gun du Bénin : pour une nouvelle taxinomie de la parole littéraire », in Journal des africanistes, 1988, vol. 58, no 58-2, p. 73-97
  • (en) James Stuart Olson, « Fon », in The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Publishing Group, 1996, p. 178-179 (ISBN 9780313279188) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Maximilien Quénum, Au pays des Fons : us et coutumes du Dahomey, Larose, Paris, 1938, 170 p. + pl.
  • Claude Savary, La pensée symbolique des Fò du Dahomey : tableau de la société et étude de la littérature orale d'expression sacrée dans l'ancien royaume du Dahomey, Éditions Médecine et hygiène, Genève, 1976, 369 p. (texte remanié d'une thèse, Université de Neuchâtel)
  • A. Tingbe-Azalou, « Rites funéraires et exhibitionnisme social en milieu fòn du Bénin », Anthropos (Fribourg), 1993, vol. 88, nos 1-3, p. 163-169
  • (en) Mohamad Z. Yakan, « Fon », in Almanac of African Peoples & Nations, Transaction Publishers, New Brunswick, N.J., 1999, p. 313-315 (ISBN 9781560004332) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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