Michel Baron

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Michel Baron
Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Michel Baron gravé par François Courboin (1892) d'après un tableau de Jean-François de Troy (1732).

Nom de naissance Michel Boyron
Naissance
Paris
Décès
Paris
Activité principale comédien et dramaturge
Lieux d'activité Paris
Années d'activité 1665-1720
Maîtres Molière

Michel Boyron, dit Michel Baron, est un comédien et dramaturge français, baptisé le à Paris où il est mort le . Élève de Molière avant de devenir son camarade de scène, il est unanimement considéré comme le plus grand acteur de sa génération[1]. Il a été l'interprète des meilleurs auteurs dramatiques du règne de Louis XIV — Corneille, Racine, Regnard, Dancourt — et a composé lui-même une dizaine de comédies en prose ou en vers.

Biographie[modifier | modifier le code]

Michel Baron est le dernier né d'André Boyron (1600-1655), dit « Baron », et Jeanne Auzoult (1625-1662), dite « Mlle Baron » ou « la Baronne », comédiens de la Troupe du Marais puis de celle de l'hôtel de Bourgogne[2],[3]. Orphelin à l'âge de neuf ans, ses tuteurs l'engagent pour cinq ans dans la troupe des petits comédiens du Dauphin, que dirige Marguerite Siret, dite « La Raisin »[4],[5]. Au début de l'année 1666, cette troupe donne sur la scène du Palais-Royal une série de représentations dont le gazetier Charles Robinet rend compte dans sa Lettre en vers à Madame du 21 février, en soulignant la présence et le «charme» du «fils de la Baronne»[6].

Molière, qui a assisté à la dernière des représentations, obtient du roi l'autorisation de l'enlever de chez Mlle Raisin et l'installe chez lui à Paris[7],[4]. On ignore quelle est sa présence dans la vie de la troupe pendant l'année 1666, mais il semble certain que c'est pour lui que Molière écrit le rôle de Myrtil dans la pastorale de Mélicerte, créée au mois de décembre à Saint-Germain-en-Laye, dans le cadre du Ballet des Muses. S'il faut en croire Grimarest, les relations entre Baron et Armande Béjart s'étant aigries au fil des mois, «la Molière» en serait venue à gifler le jeune garçon, lequel, blessé dans son honneur, aurait choisi de retourner parmi les comédiens du Dauphin[8].

Il ne tarde pas à quitter leur troupe pour celle, également itinérante, du duc de Savoie, où il côtoie les époux Beauval, qui seront ses camarades de scène pendant plus de vingt ans[9],[10]. À Pâques 1670, obéissant à une lettre de cachet que Molière lui a fait parvenir à Dijon, il intègre la Troupe du Roi au Palais-Royal. Dans la note de son registre où il signale cette arrivée[11], La Grange précise que «le sieur Baron» entre pour une part entière, ce qui est exceptionnel, compte tenu de son jeune âge (seize ans et demi)[12].

Baron fait ses débuts parisiens dans une tragégie, le Tite et Bérénice de Corneille, où il tient le rôle de Domitian. Au cours des années suivantes, il sera Damis dans Le Tartuffe[13], puis Dorante dans Le Bourgeois gentilhomme, Octave dans Les Fourberies de Scapin et Ariste dans Les Femmes savantes.

En 1671, il crée le rôle d'Amour dans Psyché, aux côtés d'Armande Béjart, qui tient le rôle titre. Selon l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière, roman à charge publié en 1688 sous une adresse fictive, ce spectacle aurait été l'occasion pour les deux acteurs de nouer une brève relation amoureuse, dont la réalité factuelle a été régulièrement contestée par les commentateurs jusqu'à une période récente. Au reste, l'intimité avérée de Baron avec Molière et les supposés déboires conjugaux de ce dernier ont suscité, depuis une trentaine d'années, l'intérêt de plusieurs auteurs[14], qui, en s'appuyant sur La Fameuse comédienne et La Vie de M. de Molière de Grimarest, ont cru pouvoir lire dans les rapports entre le maître et l'élève une véritable relation homosexuelle qui aurait été occultée par l'historiographie classique.

Le 17 février 1673, s'il faut en croire la relation qu'en fera Grimarest[15], Baron aurait assisté Molière à ses derniers moments. C'est lui encore qui, le lendemain, serait allé à Saint-Germain annoncer la nouvelle au Roi[16].

La réouverture du Palais-Royal, le 24 février, se fait avec Le Misanthrope. Baron, qui n'a encore que dix-neuf ans, y tient le rôle d'Alceste, que Molière avait écrit pour lui-même. Passé à l'hôtel de Bourgogne pendant le relâche de Pâques[17], il y créera entre autres Achille dans Iphigénie (1674) et Hippolyte dans Phèdre (1677) de Racine.

Le 1er septembre 1675, il épouse la jeune Charlotte Lenoir de la Thorillière (1661-1730), fille du comédien François Le Noir de La Thorillière, entré en 1662 dans la Troupe de Monsieur[18]. Parmi les nombreux témoins du contrat de mariage, signé le 13 septembre, figurent Jean Racine et Pierre Corneille.

Au cours du mois d'octobre 1691, âgé de trente-neuf ans seulement, Baron quitte inopinément le théâtre. Madame Palatine, belle-sœur du roi, commente ainsi l'événement dans une lettre adressée à sa tante Sophie de Hannovre le 1er novembre : « À propos de comédies : le meilleur comédien d'ici a démissionné. Les dévots lui ont fait peur en lui disant qu'on allait chasser tous les comédiens et que le premier qui se retirerait pouvait être assuré qu'on prendrait soin de lui. Ça me contrarie fort, parce que le gars jouait prodigieusement bien. Il s'appelle Baron. Si je n'avais pas craint de me mettre à dos les dévots, je lui aurais persuadé de rester[19]. »

[…]

Il reparaît sur scène à soixante-sept ans, en 1720, jouant autant la comédie que la tragédie, et meurt en 1729 à 76 ans.

Surnommé le « Roscius » de son siècle, il a composé lui-même quelques comédies, la plus connue étant L'Homme à bonnes fortunes, dont on a dit qu'il en était non seulement l'acteur et l'auteur principal, mais aussi le héros[20]. Il a aussi traduit L'Andrienne de Térence. Son théâtre a été imprimé pour la première fois en deux volumes en 1730.

Généalogie[modifier | modifier le code]

André Baron (1600-1655) dit « Baron père », comédien au théâtre du Marais puis à l'hôtel de Bourgogne épouse en 1641 Jeanne Auzoult (1625-1662) dite Mlle Baron, comédienne à l'hôtel de Bourgogne[21] ;

  • Leur fils Michel (voir ci-dessus) épouse en 1675 Charlotte Lenoir de la Thorillière (1661-1730) dite Mlle Baron [II], fille du comédien La Thorillière, elle-même comédienne au Palais-Royal puis à l'hôtel de Bourgogne[22] ;
    • Leur fils Étienne-Michel (1676-1711), dit « Baron fils », épouse en 1696 Catherine von der Beek, fille d'un directeur de spectacles aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent[23],[24]. À la mort de son mari, cette dernière y exploite un privilège d'Opéra-Comique. Plusieurs de leurs enfants deviendront comédiens :
      • Jeanne-Catherine (1699-), qui s'illustre sous le nom de « La Traverse » ;
      • Catherine-Charlotte (1701-1742), qui entre au Théâtre-Français en 1729 et épouse le comédien Jean de Brye dit « Desbrosses » ;
      • François (1703-)[25],[26].

Parmi les autres descendants, on peut citer :

  • François (?-1778), dit « Baron petit-fils », fils d'un des deux frères d'Étienne (Charles ou François), qui débute en 1741 au Théâtre-Français ;
  • Mlle Baron « arrière-petite-fille » qui débute en 1767[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste Théret, Littérature du Berry, Paris, , p. 327
  2. G. Mongrédien et J. Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle, p. 19-20.
  3. Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, op. cit., p. 111-112.
  4. a et b H. Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), p. 85.
  5. Louis Morin, « Deux familles troyennes de musiciens et de comédiens, les Siret et les Raisin », Mémoires de la Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube, tome XXXIX, J.-L. Paton, Troyes, 1927, p. 133-200, disponible sur Gallica.
  6. Les continuateurs de Loret : Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689), recueillies et publiées par le baron James de Rothschild, tome premier (Mai 1665-Juin 1666), Paris, Damascène Morgand et Charles Fatout, (lire en ligne), col. 712, vers 243-256
  7. Grimarest, La Vie de M. de Molière, éd. de 1877, p. 51-57.
  8. Grimarest, La Vie de M. de Molière, éd. de 1877, p. 59-61.
  9. Henri Chardon, La Troupe du Roman comique dévoilée et les comédiens de campagne au XVIIe siècle, 1876, p. 93.
  10. Louis de Gouvenain, Le Théâtre à Dijon (1422-1790), Dijon, 1888, p. 59-61.
  11. Page a rédigée beaucoup plus tard, comme l'ont montré divers historiens modernes.
  12. Édouard Thierry, Registre de La Grange (1658-1685), précédé d'une notice biographique, J. Claye, Paris, 1876, p. 111, disponible sur Gallica.
  13. Bert E. Young, Michel Baron, acteur et auteur dramatique, p. 56.
  14. Maurice Lever, Didier Godard, Michel Cournot, Jacques Fréville, François Regnault, Chantal Meyer-Plantureux, Denis Boissier.
  15. Grimarest, La Vie de M. de Molière, éd. de 1877, p. 155-158.
  16. Grimarest, La Vie de M. de Molière, éd. de 1877, p. 159.
  17. Édouard Thierry, Registre de La Grange (1658-1685), p. 145.
  18. Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, op. cit., p. 113.
  19. « Der beste comediant hier hat abgedankt; die devoten haben ihn bang gemacht, man würde alle comedianten weg jagen und welcher der erste sein würde so quittiere, sollte versichert sein, daß man sorg für ihn tragen würde. Mich verdrießts recht, denn der kerl spielte über die maßen wohl; er heißt Baron; hätte ich nicht gefürchtet, mich die devoten über den hals zu jagen, hätte ich ihn persuadiert, zu bleiben. » Eduard Bodemann (dir.), Aus den Briefen der Herzogin Elisabeth Charlotte von Orléans an die Kurfürstin Sophie von Hannover, tome I, Hanovre, 1891, p. 140.
  20. Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, tome I, éd. Delagrave, 1876, p.227.
  21. H. Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), p. 84-85.
  22. H. Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), p. 91-92.
  23. H. Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), p. 92-93.
  24. Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, op. cit., p. 114.
  25. H. Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), p. 93.
  26. Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, op. cit., p. 115.
  27. H. Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), p. 93.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière, Francfort, Frans Rottenberg, 1688, disponible sur Google Livres ; rééd. avec préface et notes de Jules Bonnassies, Paris, Barraud, 1870, disponible sur Gallica.
  • Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, Jacques Lefebvre, 1705, disponible sur Google Livres ;
    • Mémoires sur la vie de Molière par Grimarest, avec préface et notes d'Aimé-Martin, Paris, Lefèvre, 1824, disponible sur Google Livres ;
    • La Vie de M. de Molière, rééd. avec une notice d'Auguste Poulet-Malassis, Paris, Isidore Liseux, 1877, disponible sur Gallica ;
    • La Vie de M. de Molière, édition critique par Georges Mongrédien, Paris, Michel Brient, 1955 ; réimp. Slatkine, Genève, 1973.
  • Mercure de France, décembre 1729, p. 3115-3121, disponible sur Gallica.
  • Lettre à Mylord *** sur Baron et la Dlle Le Couvreur, où l'on trouve plusieurs particularitez théâtrales, par George Wink (Abbé d'Allainval), Paris, 1730 ; rééd. avec préface et notes de Jules Bonnassies, Paris, Léon Willem, 1870, disponible sur Gallica.
  • Évrard Titon du Tillet, « Michel Baron », Supplément du Parnasse françois, Paris, J.-B. Coignard fils, 1732, p. 638-643, disponible sur Gallica.
  • Pierre-David Lemazurier, « Baron (Michel Boyron, dit Baron) », Galerie historique des acteurs du Théâtre-Français depuis 1600 jusqu'à nos jours, tome I, Paris, J. Chaumerot, 1810, p. 78-118, disponible sur Gallica.
  • Pierre-Marie-Michel Lepeintre, « Notice sur Baron », Œuvres choisies de Baron, avec des remarques, des notices et l'examen de chaque pièce, par MM. Ch. Nodier et P. Lepeintre, Paris, Dabo-Butschert, 1824, p. 1-52, disponible sur Google Livres.
  • Auguste Jal, « Baron (Antoine - Michel - Étienne-Michel - François - Antoine) », Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Plon, 1872, p. 111-116 ; rééd. Slatkine, Genève, 1970, disponible sur Gallica
  • Georges Monval, « Un comédien amateur d'art : Michel Baron (1653-1729) », L'Artiste, décembre 1892, p. 389-407, disponible sur Gallica.
  • Auguste Théret, Littérature du Berry. Poésie: les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Imprimerie Francis Laur, 1898, p. 249-330.
  • Henry Lyonnet, « Baron (Michel Boyron, dit) », Dictionnaire des comédiens français (ceux d'hier), tome I, Genève, Bibliothèque de la Revue universelle internationale illustrée, 1912, p. 85-91, disponible sur Gallica.
  • Bert Edward Young, Michel Baron, acteur et auteur dramatique, Paris, Albert Fontemoing, 1905 ; rééd. Slatkine, Genève, 1971, disponible sur Internet Archive.
  • Georges Mongrédien et Jean Robert, « Michel Baron », Les Comédiens français du XVIIe siècle : Dictionnaire biographique, Paris, éditions du CNRS, 1981.
  • Maurice Lever, Les Bûchers de Sodome, Paris, Fayard, 1985, présentation en ligne.
    L'auteur est le premier historien moderne à citer Molière et de Baron parmi les «sodomites» privilégiés du Grand siècle.
    Didier Godard, Le Goût de Monsieur : L'Homosexualité masculine au XVIIe siècle, Montblanc, H&O éditions, 2002, p. 187-188.
  • Jean-Marie Besset, Baron, suivi de Commentaire d'amour (théâtre), Paris, Grasset, 2002, présentation en ligne.
    Première des deux pièces de l'auteur consacrées à la supposée liaison entre Baron et Molière, inspirée par l'article de Michel Cournot, « Molière, à la folie », publié dans Le Monde du 11 avril 1992, élément mentionné par Chantal Meyer-Plantureux, dans « Homosexualité de Molière », dossier de presse du Banquet d'Auteuil sur le site du Théâtre 14.
  • Jean-Marie Besset, Le Banquet d'Auteuil, suivi de La Mésaventure de Montpellier (théâtre), H&O éditions, Montblanc, 2011.
    Libre variation sur des épisodes de La Fameuse Comédienne et de La Vie de M. de Molière, ayant pour centre la relation entre Baron et Molière lors de leur cohabitation chez ce dernier.
  • Jean Rolland, Le Petit Molière ou la Naissance à la gloire d'un jeune prodige du théâtre : Michel Baron, préface de Jacques de Bourbon Busset, ill. Xavier Christin, éd. Pierre Téqui, Paris, 2016 (ISBN 2-7403-0669-5), présentation en ligne.
    Évocation de la vie de la troupe de Molière sous la forme d'une autobiographie imaginaire de Baron.

Liens externes[modifier | modifier le code]