Orphelinat

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L'orphelinat est à l'origine un hospice pour enfants, un édifice accueillant des enfants mineurs sans parents, sortis de la tutelle parentale, issus de familles en difficulté ou victimes de maltraitances. Le terme « orphelinat », ancien centre d'accueil pour les orphelins ou demi-orphelins, n'existe plus aujourd'hui en France. Il a été remplacé par « foyer de l'enfance ».

Les orphelinats ont pour but d'élever, d'instruire les enfants indigents ou de familles peu aisées, de les préserver physiquement et moralement des dangers de la misère et de l'oisiveté, et de les mettre en état, lorsqu'ils sont adultes, de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance par le travail.

Les orphelinats étaient autrefois très répandus en occident et étaient souvent gérés par des congrégations religieuses. L'édifice appelé orphelinat et les pratiques coercitives qui y étaient conduites a laissé ses marques dans la culture et la toponymie.

L'orphelinat dans l'histoire de France[modifier | modifier le code]

Récréation à l'orphelinat d'Amsterdam, de Max Liebermann (1881)

Les orphelinats au XIXème siècle[modifier | modifier le code]

Le terme "Orphelinat" au XIXe siècle se révèle ambivalent par une approche du mineur défavorisé et non particulièrement de l'orphelin[1]. Les orphelins étaient plutôt destinés aux asiles, ouvroirs, patronages, maisons des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, ainsi qu'à d'autres dispositifs analogues. L'orphelinat se dissocie des maisons de charité et de l'Hôtel-Dieu en ne dépendant pas du clergé. Appuyé par les dons, les legs, et les assistances, les orphelinats étaient des structures coûteuses qui permettaient de soulager ou de se substituer aux hospices où les enfants trouvés étaient placés lorsqu'il n'y avait pas de famille pour les recueillir.

L'abondance des enfants trouvés[modifier | modifier le code]

Sous la Restauration, le nombre d'enfants trouvés, ainsi que les indigents et les malades, augmentait. Les tours d'abandon (structures souvent accolées aux hospices pour y déposer des nouveaux-nés en tout anonymat) furent à leur apogée vers 1830 avec 251 dispositifs en France[2]; puis ils furent supprimés en 1862 pour des questions éthiques, et remplacé par des bureaux ouverts à l'intérieur des hospices.

L'exemple de hôpital Saint-Nicolas de Metz est révélateur[3] : sur l'année 1807, la structure comptait 252 orphelins et 168 enfants trouvés, en 1814, 269 orphelins et 322 enfants trouvés et en 1832, 825 enfants trouvés. Par la suite, une œuvre de Charité fut créée par les époux Hollandre-Piquemal pour désengorger l'hôpital. L'orphelinat Sainte-Constance fut construit en 1852 pour leur fille pour accueillir au maximum 100 jeunes filles jusqu'à leur majorité, l'éducation fut confiée aux sœurs de la société de Saint Vincent de Paul.

En mars 1832, une épidémie de choléra s'est propagée en France faisant environ 100 000 décès. Avec près de 19 000 victimes à Marseille, le nombre d'orphelins en hausse, Monseigneur de Mazenod alla au secours des filles ayant perdu leurs parents lors de l'épidémie. Eugène de Mazenod confia son œuvre à l'abbé Fissiaux sous le nom de l'orphelinat du Choléra, renommé Chanterelle en 1965.

En 1889, voyant que les instituts ne désemplissent pas malgré la mise en place de structures, Nancy récupéra des locaux pour pallier la surcharge de l'hospice Saint-Stanislas[4] où la solution consistait à placer les enfants dans les locaux d’un ancien séminaire de jésuites situé près de la porte Saint-Nicolas sous le nom d’orphelinat Saint-Stanislas.

L'orphelinat suivant la révolution industrielle[modifier | modifier le code]

Suite à la Révolution, l'État est déclaré responsable de l'éducation des enfants abandonnés et des orphelins[5], il sollicite le placement des orphelins pour limiter leur prise en charge. Mais les instituts se développent en parallèle de la révolution industrielle, ce qui correspond à la recrudescence des enfants abandonnés lié à la misère sociale, au déracinement des populations se rapprochant des usines et des naissances hors mariage. Des orphelinats dits "manufacturiers" ou "industriels" financés par les chefs d'entreprise[6] étaient souvent associés aux usines. Ressemblant à un pensionnat, ce genre d'orphelinat avait des fins mercantiles sous la forme d'un apprentissage de l'enfant. D'autres établissements voyaient dans l'apprentissage un procédé d'insertion de l'enfant dans le monde du travail, les Orphelins apprentis d'Auteuil, fondé en 1866, avaient pour ambition de recueillir les enfants abandonnés, mendiants ou vagabonds, pour leur fournir une éducation adaptée, ils furent alors sous la tutelle du Ministère de l'Intérieur et de l'évêché de Paris.

Certains investisseurs fondaient, à leur profit, des orphelinats comme source de main d’œuvre peu coûteuse. L'exploitation de l'enfant fut souvent décriée pour ses abus, des patrons réagissaient en assurant que leur industrie tenait de cette emploi infantile[7]. Des cas représentatifs d'exploitation dans le domaine de la verrerie montrent les stigmates de la maltraitance dont les responsables usaient sur leurs employés mineurs:

«Dans une verrerie du Nord, j’interroge un gamin porteur de bouteilles. L’enfant a reçu un coup de canne de verrier sous l’œil. Son crâne et sa mâchoire portant l’empreinte d’une triste hérédité et tel qu’il est, il semble bien le dernier échelon d’une longue génération d’exploités.» -Jules Grandjouan- Militant syndicaliste et anti-militariste (1875-1968).

Le militant anarcho-syndicaliste Charles Delzant dénonçait régulièrement les abus de l'abbé Santol, dans le dernier tiers du siècle, qui profitait des demandes des verriers, des artisans, des agriculteurs et des industriels pour apporter des enfants trouvés et des orphelins en main d’œuvre. La ressource parisienne manquant, Joseph Santol souhaitait importer des enfants d'autres régions et autres pays pour satisfaire aux demandes des patrons. Le trafic prit de l'envergure, des milliers d'enfants furent envoyés dans les usines et logèrent dans les orphelinats industriels.

Les lois sur l'enfance du 22 mars 1841 et du 19 mai 1874 furent difficilement respectées par les établissements de bienfaisance qui jouaient de leur statut et leur discrétion pour éviter les contentieux[8]. Mais le XIXe siècle voit une amélioration dans la considération de l'enfant lié à son taux de mortalité en baisse après 1 an[9], à l'utilisation du tutoiement, de son approche dans les littératures, les études comportementales et la philosophie, etc. Les établissements profitant de la main d'œuvre infantile furent sujets aux critiques. La fin du XIXe et le début du XXe siècle reposaient sur les dénonciations des syndicats contre ses exploitations, et les procès contre les exploitations des enfants d'orphelinats se multiplièrent.


Critique[modifier | modifier le code]

Placement[modifier | modifier le code]

La mise en orphelinat d'enfants de familles en difficulté est régulièrement sujette à des polémiques, et peut être mal vécue par les familles. Certaines familles accusent les autorités d'agir de manière autoritaire et abusive, sans prendre en compte ni la situation, ni l'avis des familles concernées[réf. nécessaire].

Conditions de vie et maltraitance[modifier | modifier le code]

Dans de nombreux pays, les conditions de vie dans les orphelinats sont spartiates. De plus, certains cas de maltraitances ou d'abus, voire d'abus sexuels peuvent être répertoriés, comme dans l'affaire de pédocriminalité en Galles du nord, l'affaire de l'orphelinat de Jersey ou l'affaire de la Casa Pia.

Réintégration[modifier | modifier le code]

Les enfants placés en foyer peuvent être adoptés si leurs parents donnent leur consentement. Selon une étude récente de l'Ined paru dans le journal Le Monde, un enfant sur quatre ayant été placé dans un foyer de l'enfance devient par la suite SDF[réf. nécessaire].

Les organismes historiques et les édifices[modifier | modifier le code]

Orphelinat dans l'art[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Candy est une série télévisée d'animation japonaise diffusée pour la première fois de 1977 à 1979 en France.

Littérature[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mathieu Peter, « Les orphelinats mutualistes (1860-1930) : une aide à l’enfance hors des murs », sur cairn.info
  2. Martin-Fugier, Anne., La place des bonnes : la domesticité féminine à Paris en 1900, Paris, Perrin, dr. 2014, 377 p. (ISBN 978-2-262-02104-7 et 2-262-02104-X, OCLC 924779289, lire en ligne)
  3. « Hôpital Saint Nicolas (seconde partie) », sur promenade.temporelle.free.fr
  4. « Hospice Saint-Stanislas (Nancy) », sur France Archives
  5. Laurette MICHAUX, « Le travail des enfants, orphelins pauvres, enfants assistés et abandonnés de l’hôpital Saint-Nicolas de Metz au XIXe siècle »
  6. Mathieu Peter, « Les orphelinats mutualistes (1860-1930) : une aide à l’enfance hors des murs », Revue d'histoire de la protection sociale, vol. 9, no 1,‎ , p. 154 (ISSN 1969-9123 et 2491-3049, DOI 10.3917/rhps.009.0154, lire en ligne, consulté le 11 mai 2020)
  7. charles Delzant, « Le travail de l’enfance dans les verreries », sur cairn.info
  8. Le Crom, Jean-Pierre., Deux siecles de droit du travail : l'histoire par les lois, Paris, Atelier, , 287 p. (ISBN 2-7082-3393-9 et 978-2-7082-3393-5, OCLC 943614379, lire en ligne)
  9. Catherine Rollet, « Mortalité de l'enfance au XIXe siècle à Paris et dans le département de la Seine », Annales de Démographie Historique,‎

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]