Jacques-Laurent Bost

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Jacques-Laurent Bost (19161990) était un écrivain, scénariste et journaliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dernier d'une famille de dix enfants et issu d’un milieu aisé marqué par le rigorisme moral d’un père pasteur au Havre, il se veut vite en rupture avec ce dernier au point qu’il se reconnaît davantage dans l’agnosticisme que dans la religion.

Suivant ses études secondaires au lycée du Havre, il y est ébloui par la pensée originale et le comportement iconoclaste de son professeur de philosophie, Jean-Paul Sartre. Il le suit donc à Paris où, inscrit à la Sorbonne, il s’intègre à la petite famille sartrienne. Il devient l'amant de Simone de Beauvoir avec qui il échange une importante correspondance. Surnommé “le petit Bost” en raison de la notoriété de son frère aîné Pierre, romancier et scénariste, il fait quelques petits métiers dans le cinéma. En 1939, il est toujours étudiant lorsqu’il est mobilisé. S’adaptant difficilement à son régiment, il marque un rejet des officiers au point de refuser de monter en grade. Mais il se distingue au front par son héroïsme qui lui vaut la Croix de Guerre. Blessé pendant la débâcle, il se marie avec Olga Kosakiewitcz et ne s’engage pas dans la Résistance.

À la Libération, il est engagé par Albert Camus à Combat et envoyé comme correspondant de guerre en Allemagne où il découvre notamment l’horreur des camps à Dachau. C'est aussi dans la collection que dirige Camus chez Gallimard (“Espoir”) qu’il publie son journal de guerre sous le titre Dernier des métiers (1946). Devenu grand reporter, il effectue quelques voyages pour Combat mais il préfère Paris où il a ses amis sartriens : Jean Cau, Alexandre Astruc, Robert_Scipion, Jean Pouillon, Jean-Bertrand Pontalis. Il est d’ailleurs membre fondateur des Temps Modernes aux côtés du couple Sartre-Beauvoir dont il est l’intime et le premier des admirateurs. Il y assure la chronique du « Cours des choses » avec des papiers féroces d’où ressort toute une veine boudeuse, maussade et hargneuse[1].

Membre du Comité de direction de la revue, il écrit aussi sous pseudonyme une quantité d’ouvrages de commande. Il publie sous le nom de Claude Tartare[2] des critiques de cinéma à L'Express où travaille son neveu Serge Lafaurie. Mais si son travail de critique cinématographique est très bien rémunéré, il ne se sent pas vraiment en accord avec les projets de nouvelle formule de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il porte donc un regard attentif au projet que son neveu et Jean Daniel lui soumettent, à savoir celui de lancer une nouvelle formule de France Observateur. De plus, la ligne politique du Nouvel Observateur lui apparaissant « au moins bénie de loin par Sartre »[3], il est assuré d’y être à son aise.

C'est ainsi que, même s’il se retrouve avec « un salaire infiniment plus petit »[4], il rejoint son équipe quelques mois après sa fusion[5] » et, à partir de février 1965, publie de manière régulière et intense des papiers de société ou de politique intérieure.

Dans son premier papier, il dénonce la clémence de la justice en matière de meurtre sous légitime défense[6]. Mais dès juin 1965, il cesse de rédiger des articles régulièrement, se contentant de publier un à deux articles par an. Seul l’été 1969 le voit un peu plus intervenir, cela pour saluer le film Papillon, rendre hommage à l’œuvre de Boris Vian ou critiquer le livre de Jérôme Deshusses sur La Gauche réactionnaire. Il préfère alors définitivement se réfugier dans le rewriting au nom des critiques que Jean Daniel lui avait faites sur l’un de ses papiers. Promu au rang de rédacteur en chef sans en exercer les fonctions effectives si ce n’est celles de donner le bon à tirer du journal à l’imprimerie, il assiste son neveu dans sa direction de la rédaction.

Dans les quelques articles qu’il publie par la suite, il se fait notamment l’écho des productions de la bande de Charlie Hebdo, des travaux sur d'Ernst Nolte (Le Fascisme, 1973) ou de la condamnation de Beate Klarsfeld (15 juillet 1974). Mais surtout, il maugrée avec Michel Bosquet sur une ligne politique trop droitière par rapport à leur idéal. En effet, se « plaignant en permanence, de la direction et des orientations du journal, toujours trop à droite à son sens[7] », il s'en prend à Olivier Todd, dont il réclame le licenciement, pour l'angle trop critique vis-à-vis des violences des communistes vietnamiens d'un de ses reportages sur le Vietnam en 1973. Politiquement alors marqué par un transfert de « son protestantisme au communisme », il ne supporte pas « qu’on dise le moindre mal du PCF s'il n'a pas commencé lui-même »[7].

Éternel « quarante-huitard râleur [...] morose, timide et agressif[7] » aux tendances alcooliques, il apparaît aux yeux de Todd comme quelqu'un qui, à 50 ans, est bourré d’amertume après l'avoir été de doutes à 40 et de talent à 30. Sa sensibilité bougonne n’en fait pas moins un des personnages les plus populaires du journal. Mais en 1978, plusieurs éléments l'amènent à partir du journal. D’abord, l'hypothèse d’école soulevée par Jean Daniel envisageant comme possible la cohabitation sur le même plan de Sartre et Aron soulève son indignation. Ensuite, la publication, en mai 1978, d’un article de Jules Roy qui, saluant le mérite des parachutistes français ayant sauté sur Kolwezi, heurte profondément sa sensibilité antimilitariste. L'arrivée en juin 1978 de Françoise Giroud qu'il ne supporte pas[8] achève de le convaincre de partir.

En novembre 1978, il est définitivement remplacé. Mais, Jean-Paul Sartre ne l'ayant jamais déclaré officiellement, il se retrouve avec une retraite dérisoire. Claude Angéli lui trouve alors un poste de rewriter au Canard Enchaîné où il travaille jusqu’à sa mort en 1990.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Todd, Un fils rebelle, Paris, Grasset, 1981, p. 111.
  2. D’après Michel Comtat, « Jacques-Laurent Bost », Le Monde du 23 septembre 1990.
  3. Olivier Todd, Un fils rebelle, Paris, Grasset, 1981, p. 213.
  4. Entretien d’Olivier Todd avec Cathy Pas le 13 mai 1990, in Cathy Pas, op. cit., p. 172.
  5. Si le premier papier de Jacques-Laurent Bost date de février 1965, son entrée peut remonter à plusieurs mois. Mais dans la mesure où il aurait été avant tout recruté comme rédacteur et non comme rewriter, il est probable qu’il soit rentré au journal peu de temps avant son premier papier.
  6. Jacques-Laurent Bost, « Justice self-service », Le Nouvel Observateur, n° 15 – 25 février 1965, p. 16 – 17.
  7. a, b et c Olivier Todd, Un fils rebelle, Paris, Grasset, 1981, p. 112.
  8. Entretien de Claude-François Jullien avec François Kraus le 25 juillet 2004.