Ghada Hatem-Gantzer

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Ghada Hatem-Gantzer
Ghada Hatem.jpg
Ghada Hatem-Gantzer en 2017.
Biographie
Naissance
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Formation
Activité

Ghada Hatem-Gantzer, parfois simplement désignée par son nom de naissance Ghada Hatem, est une gynécologue-obstétricienne franco-libanaise, née en 1959 à Hammana au Liban.

En 2016, elle fonde la Maison des Femmes à Saint-Denis, première structure en France à offrir une prise en charge globale des femmes victimes de violences et de l'excision.

Jeunesse, formation et vie personnelle[modifier | modifier le code]

Ghada Hatem naît en 1959, au Liban[1]. Élève au Lycée français de Beyrouth, elle quitte le Liban, alors en proie à une guerre civile, en 1977. Elle dira que son expérience de la guerre aura développé chez elle "une intolérance à toute forme de violence"[2].

Elle vient alors étudier la médecine à Paris, à l’Hôpital Necker Enfants Malades. Elle se spécialise en gynécologie obstétrique.

Après quelques années d'exercice, elle suit un premier master en management médical en 1994, puis à nouveau en 2011 à l'ESCP Europe, à Paris[3].

Elle est mère de trois enfants[1].

Carrière[modifier | modifier le code]

Ghada Hatem démarre en tant qu’interne puis devient cheffe de clinique en gynécologie-obstétrique, à l'hôpital Saint-Vincent de Paul, de 1988 à 1991[4].

Elle rejoint la maternité des Bluets en 1991 en qualité de cheffe de service[5], dans laquelle Fernand Lamaze (1891-1957), défendeur de l'accouchement sans douleur a longtemps exercé. En 2003, elle rejoint la maternité de l'hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé[3].

En 2011, elle est cheffe du service maternité à l’hôpital Delafontaine de Saint Denis[3]. Les personnes qui fréquentent cet hôpital sont originaires de nombreux pays et sont parfois dans une grande précarité. Elle y crée un centre de prise en charge de l'infertilité, et une unité de prise en charge des cancers du sein en partenariat avec l'Institut Curie[3].

Cette maternité pratique 4 500 accouchements par an. Les femmes excisées représentent 14 à 16 % des parturientes de l'hôpital. Ghada Hatem-Gantzer et trois autres spécialistes de la chirurgie se forment auprès de l'urologue Pierre Foldes et créent un service de reconstruction et réparation des mutilations sexuelles[3].

Vivement intéressée par les conséquences des violences sur la santé et l’émergence de la médecine de la violence, elle comprend également que celles-ci sont aggravées par la précarité.

Dans le département, les problématiques habituelles de vulnérabilités sont majorées par la précarité et l’immigration. Les parcours, particulièrement difficiles, de certaines patientes, l'ont motivée à fonder un lieu dédié qui prenne en charge la santé physique et psychique des femmes, et qui regroupe en un seul endroit tous les professionnels dont les femmes ont besoin pour se reconstruire[6].

La maternité, bien que rénovée, est à l'étroit dans ses locaux. Ghada Hatem-Gantzer décide alors de construire une Maison des Femmes afin de proposer une prise en charge globale des femmes.

En 2019, Ghada Hatem représente La Maison des femmes au sein de la commission santé du Grenelle des violences faites aux femmes[7].

Par ailleurs, elle est présidente du CEGORIF (Cercle d’Etudes des Gynécologues-obstétriciens Ile de France)[8], du Conseil d’Administration de l’AUDIPOG[9] et membre du Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français.

Maison des Femmes[modifier | modifier le code]

Le , la première pierre de la Maison des Femmes est posée à Saint-Denis, alors que le projet n'est pas encore financé[10].

Ghada Hatem-Gantzer se met en quête de financements auprès des collectivités mais aussi de nombreuses fondations privées. Elle reçoit le soutien politique de Stéphane Troussel, président du Conseil départemental, Mathieu Hanotin, député de Seine-Saint-Denis et Didier Paillard, maire de Saint-Denis[11]. Finalement, la Maison des Femmes est donc financée par des fonds à la fois publics et privés[3]. L'État, les collectivités locales et la région Île-de-France participent au projet pour 2/3[12]. Une douzaine de fondations d'entreprise soutiennent également le projet dont la Fondation d'entreprise Elle[13], la fondation Kering[14] et la fondation Raja-Danièle Marcovici[15]. La construction coûte 950 000 . Le financement de fonctionnement de la Maison des Femmes est garanti jusqu’en 2018[16].

L'inauguration a lieu le . Inna Modja, chanteuse et actrice malienne excisée et réparée, en est la marraine[17].

Le bâtiment de 250 m-2 se trouve dans l’enceinte de l’hôpital Delafontaine. Il est directement accessible depuis la rue[18]. Le bâtiment est de couleurs chatoyantes. Cinq arches de bois symbolisant la maison signale l'entrée du bâtiment[18]. Les salles de consultations portent des noms de personnes qui ont œuvré pour les droits des femmes : Simone Iff, Angela Davis, Gisèle Halimi, Taslima Nasreen, Joan Baez, Niki de Saint Phalle, Huda Sharawi, Frida Kahlo[12] et Lucien Neuwirth[19]. Des bénévoles proposent un soutien organisationnel, des séances d'ostéopathie et de massage ayurvédique, des cours de théâtre[16].

La Maison des Femmes s'articule autour de trois unités de soins[20] :

À ces trois unités de soins s'ajoutent l'intervention d'associations et de bénévoles pour le volet social et juridique, un accompagnement policier et des groupes de paroles[20].

La Maison des Femmes est un lieu d'accueil, de consultation, de prévention et d'orientation pour toutes les femmes en difficulté, qu'elles soient confrontées à une grossesse non désirée, à des violences conjugales, au mariage forcé ou à l'excision[3]. C'est la première structure en France qui prend en charge de façon globale (médicale, sociale, juridique, psychologique, post-traumatique) les violences faites aux femmes[20].

Engagement[modifier | modifier le code]

Ghada Hatem est animée par la défense des femmes et des enfants, en témoigne la création de La Maison des femmes de Saint-Denis. Mais ses combats dépassent les murs de la structure.

Fervente défenseuse du droit à la PMA pour toutes les femmes depuis toujours, elle en a accompagné de nombreuses avant que la loi ne soit modifiée en 2020[21], ouvrant l’accès aux femmes célibataires et aux couples lesbiens. Elle a notamment fait partie des signataires du manifeste des 130 médecins réclamant une évolution de la PMA en 2016[22].

Elle est également à l’origine de la création du centre de PMA de l’Hôpital De La Fontaine à Saint-Denis[23].

Elle met également ses combats au service des médecins. Ainsi, elle participe, au nom de La Maison des femmes, à la rédaction de deux guides pour la Haute Autorité de Santé : l’un pour aider les professionnels de santé à la prise en charge de femmes mutilées sexuellement, l’autre pour aider les médecins à repérer les femmes victimes de violences[24].

Avec La Maison des femmes toujours, elle est co-fondatrice du collectif “Prévenir et Protéger”, qui oeuvre dans le domaine de la lutte contre des violences faites aux femmes et aux enfants[25].

En 2018, elle co-signe une tribune dans Le Monde pour alerter des dangers de l’exposition des enfants à la pornographie en ligne[26].

En 2020, elle co-signe une tribune dans Libération pour alerter les pouvoirs publics sur les violences faites aux femmes et réclamer la mise en place de moyens concrets.[27]

Elle se bat également pour continuer à défendre et à étendre le droit à l’IVG. Déjà lorsqu’elle pratiquait la médecine à l’Hôpital militaire de Bégin, son combat a été de doter la maternité d’un centre IVG[28].

En avril 2020, pendant la pandémie de Covid-19 en France, elle initie avec Philippe Faucher et Maud Gelly un manifeste publié dans le journal Le Monde  demandant l'assouplissement de la réglementation sur l'IVG pour permettre aux femmes d'avorter à domicile jusqu'à 9 semaines d'aménorrhée par méthode médicamenteuse et jusqu'à 16 semaines d’aménorrhée par méthode instrumentale [29]. Ce manifeste sera signé par près de 300 médecins et soutenus par près de 3 000 personnes dont de nombreuses personnalités du monde politique[30] et culturel ; il aboutira à la mise en place de l'IVG médicamenteuse à domicile et en ville jusqu'à 9SA avec la possibilité de consultations par télémédecine [31]

Enfin, pour amener le changement, le docteur Hatem croit au pouvoir de la jeunesse et c’est aussi à cette jeunesse qu’elle dédie aujourd’hui beaucoup de temps. En participant au programme “des gynécologues à la rencontre des ados”, elle sillonne les établissements pour sensibiliser les jeunes aux questions de sexualité et de violence.[32]

Distinctions[modifier | modifier le code]

En 2015, elle est décorée de la légion d’honneur.[33]

En 2018, elle reçoit le prix Simone Veil des Trophées ELLE de France 2018 pour la région Ile-de-France, décerné par le public pour son dévouement à la cause des femmes.[34]

En 2019, elle est lauréate du Prix du Centenaire du Zonta International. Ce prix rend hommage à des personnes et organisations qui ont apporté une contribution significative à l'autonomisation des femmes.[35]

Publications[modifier | modifier le code]

Le sexe et l’amour dans la vraie vie, coécrit avec Clémentine Du Pontavice. First, 2020.

Aux pays du machisme ordinaire, entretien avec José Lenzini. L’Aube, 2020

Lettre à Marie Curie, réunies par Jean-Marc Lévy-Leblond, éditions Thierry Marchaisse, 2020

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le JDD, « La gynécologue Ghada Hatem répare les vivantes », sur www.lejdd.fr (consulté le 12 avril 2017)
  2. Ghada Hatem-Gantzer, Aux pays du machisme ordinaire, Paris, L'Aube, , 112 p. (ISBN 978-2-8159-3636-1), p. 13
  3. a b c d e f et g Catherine Robin, « Ghada Hatem-Gantzer, la Dr House des femmes », Elle,‎ (lire en ligne, consulté le 12 avril 2017)
  4. Doctissimo, « Dr Ghada Hatem », sur Doctissimo (consulté le 16 novembre 2020)
  5. « Ghada HATEM - Association Femmes Monde », sur femmesmonde (consulté le 16 novembre 2020)
  6. Marylène Lenfant, « GHADA HATEM, La cause des femmes », JDS,‎ du 5 au 11 mars 2014
  7. « Ghada Hatem, du concret pour prévenir les féminicides », sur Marie Claire (consulté le 16 novembre 2020)
  8. « CEGORIF : Cercle d'Etude des Gynécologues-Obstétriciens de la Région Île de France », sur www.cegorif.fr (consulté le 16 novembre 2020)
  9. « Comment nous contacter directement ? », sur www.audipog.net (consulté le 16 novembre 2020)
  10. « Ghada Hatem, gynéco les deux pieds dans la Seine-Saint-Denis », La Parisienne,‎ (lire en ligne, consulté le 12 avril 2017)
  11. Sébastien Banse, « Inauguration de la Maison des Femmes », sur www.lejsd.com, (consulté le 14 avril 2017)
  12. a et b Marie Barbier, « Une maison pour les femmes brisées », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le 14 avril 2017)
  13. « POURQUOI UNE MAISON DES FEMMES A SAINT-DENIS ? », sur www.ellefondation.org, (consulté le 14 avril 2017)
  14. « La Maison des Femmes | Fondation Kering », sur www.keringfoundation.org, (consulté le 14 avril 2017)
  15. « Fondation Raja Danièle Marcovici : Rencontre avec le Docteur Ghada Hatem, gynécologue engagée », sur www.fondation-raja-marcovici.com, (consulté le 14 avril 2017)
  16. a et b Licia Meysenq, « Saint-Denis : la maison des femmes reçoit ses premières patientes », leparisien.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 avril 2017)
  17. « Saint-Denis : inauguration de la maison des femmes », leparisien.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 avril 2017)
  18. a et b Servane PHILIPPE, « Ghada Hatem, la gynécologue au service de toutes les femmes », www.histoiresordinaires.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 12 avril 2017)
  19. « Une maison pour les femmes brisées », sur L'Humanité, (consulté le 16 novembre 2020)
  20. a b et c Yves Géry, « La Maison des femmes répond à un besoin de prise en charge globale des violences », La Santé en action, no 439,‎
  21. « Ghada Hatem, la fondatrice de la Maison des femmes à Saint-Denis », sur www.franceinter.fr (consulté le 16 novembre 2020)
  22. « Pour ou contre la PMA étendue à tous ? », sur MaFamilleZen, (consulté le 16 novembre 2020)
  23. Michel Rouger, « Ghada Hatem, la gynécologue au service de toutes les femmes », sur Histoires Ordinaires parle des anonymes, des invisibles, qui étonnent (consulté le 16 novembre 2020)
  24. « Violences conjugales : un guide pour former les médecins », sur RTL.fr (consulté le 16 novembre 2020)
  25. « Prévenir et Protéger. », sur preveniretproteger.com (consulté le 16 novembre 2020)
  26. Gaëlle Dupont, « L’appel « solennel » des professionnels de santé contre les dangers de la pornographie chez les jeunes », sur Libération.fr, (consulté le 16 novembre 2020)
  27. Stéphane Troussel et Ghada Hatem, « Grenelle des violences faites aux femmes : un énième rassemblement la main sur le cœur ? », sur Libération.fr, (consulté le 16 novembre 2020)
  28. « Ghada Hatem-Gantzer, la Dr House des femmes - Elle », sur elle.fr, (consulté le 16 novembre 2020)
  29. « Covid-19 : des médecins demandent d'étendre de deux semaines les délais légaux de l'IVG, le temps du confinement », sur lequotidiendumedecin.fr
  30. Marisol Touraine, Roselyne Bachelot, Najat Vallaud-Belkacem, Laurence Rossignol, Anne Hidalgo
  31. « Coronavirus : la Haute autorité de santé autorise l’accès à l’IVG médicamenteuse à domicile jusqu’à neuf semaines », sur lemonde.fr
  32. « Ghada Hatem, la gynécologue au secours des femmes », sur Franceinfo, (consulté le 16 novembre 2020)
  33. Servane Philippe, « Une héroïne moderne », Grazia,‎
  34. « Ghada Hatem-Gantzer, Trophée ellesdeFrance 2018 du public - Prix Simone Veil », sur Région Île-de-France (consulté le 16 novembre 2020)
  35. « Zonta International Centenaire Area 01 District 30, Saint-Georges-d'Orques (2020) », sur www.findglocal.com (consulté le 16 novembre 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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