Mouvement français pour le planning familial

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir planification familiale

Le Mouvement français pour le planning familial, ou planning familial, est une association française régie par la loi de 1901. Il est structuré en une confédération nationale qui regroupe 20 fédérations régionales, composées de 69 associations départementales autonomes. Créé en 1960, il a pour objectif l'éducation sexuelle, la lutte pour le droit à la contraception et à l'avortement et le contrôle des naissances en général, dans une optique féministe.

Histoire du Planning familial de sa création à 1967[modifier | modifier le code]

Le Planning familial a été créé aux USA par Margaret Sanger. Celle-ci avait souhaité légaliser l'avortement dans un but essentiellement raciste, uniquement pour les femmes noires. Elle se déclarera favorable à l'eugénisme, prônant la création de centre reproducteurs pour être humains afin de créer une race de pur-sangs. Elle sera reçue officiellement par le conseiller d'Hitler en matière d'eugénisme. En 1955, la sociologue Évelyne Sullerot propose à la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé de fonder, avec l'aide du docteur Pierre Simon, une association de femmes pour promouvoir le contrôle des naissances et lutter contre les avortements clandestins. Le nombre d'avortements en France y est trop important. Ces trois personnes sont à l'origine de la création de la « Maternité heureuse », fondée dans la quasi-clandestinité en 1956 par des protestantes, dont notamment les « Jeunes Femmes »[1], liée à la Fédération française des éclaireuses et présidée par Suzanne Duflo[2],[3], [4]. En 1958, la « Maternité heureuse », s'affilie à l'International Planned Parenthood Federation (en), mouvement malthusien créé en 1952 à Bombay et dont le siège était à Londres[5]. Le Mouvement français pour le planning familial, fondé en juin 1960, prend le relais de la « Maternité heureuse », poursuivant son œuvre d'information, d'éducation populaire incluant le conseil familial et sexuel[6].

Le mouvement conteste la loi votée en 1920 par l'Assemblée Nationale qui interdit l'avortement et la contraception : l'importation de produits anticonceptionnels étant prohibée, contrairement à leur vente, les membres du MPFP acheminent donc clandestinement ces produits (diaphragmes et gelées spermicides) commandés en Angleterre[7].

Entre 1961 et 1967 les premiers centres du Planning familial, lieux d'accueil et d'information sont clandestinement ouverts (le premier à Grenoble, ville-pilote, le 10 juin 1961, le second à Paris le 27 octobre) tandis que le siège national du MPFP qui est une fédération d'associations départementales, s'installe au 2, rue des Colonnes à Paris où, dans ses cuisines, des démonstrations de pose de diaphragme sont faites sur des prostituées recrutées pour l'occasion[8]. On pouvait se procurer dans ces centres des diaphragmes, des gels spermicides, puis les premières pilules contraceptives (fabriquées aux États-Unis). Le succès est indéniable obligeant le mouvement à se structurer et à organiser la formation de conseillères et de médecins.

De 1967 à nos jours[modifier | modifier le code]

Le MPFP se déclare, lors de son congrès du 3 et , « mouvement d'éducation populaire et permanente »[9], se lançant vers l'éducation sexuelle. En décembre, l'Assemblée nationale vote la loi Neuwirth, qui autorise la fabrication et la délivrance de contraceptifs sur ordonnance.

La radicalisation du mouvement et le début des contacts avec la CFDT[modifier | modifier le code]

S'il ne se positionne pas officiellement en mai 68, le MFPF participe de l'effervescence de l'époque, se politise et se radicalise, en liaison avec l'émergence d'un nouveau féminisme[9]. Il met en place en 1969 un groupe de travail « Information éducation sexuelle » (IES) avec la FEN, la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN), la Ligue de l'enseignement et la Fédération des conseils de parents d’élèves, qui vise à éduquer les adolescents à la sexualité, en instaurant des relais dans les établissements scolaires[9].

En 1971, le MFPF est agréé mouvement d'éducation populaire, mais non d'utilité publique[9]. L'année suivante, les décrets d'application de la loi Neuwirth sont promulgués, autorisant la contraception et la création de centres d'information et de planification. Un courant au sein du MFPF considère alors l'objectif du mouvement atteint, et donc la dissolution nécessaire, ce qui est refusé par les autres (dont Sylvie Franco, la secrétaire générale adjointe, Jean Gondonneau, le secrétaire général adjoint, Simone Iff, la vice-présidente, et Suzanne Képès[9]), qui considère...

«  que c’est une autre lutte qu'il faut mener de caractère plus politique, car elle relie les problèmes de la sexualité à toute la vie sociale[9]. »

En effet, sous l'influence de mai 68 et des militantes de base, les assistantes-conseillères-animatrices (ACA), qui entrent en conflit avec la direction, le MFPF commence à envisager la sexualité en termes de classes sociales, et à s'intéresser aux luttes contre l'inégalité économique et sociale[9]. Il se rapproche alors des syndicats (CGT, FO et surtout CFDT), afin d'investir les entreprises pour y diffuser l'information sur la sexualité[9].

Les contacts avec la CFDT s'ébauchent dès 1970 (Fredo Krumnow étant chargé des relations avec le Planning), la centrale, qui effectue son tournant laïc, commençant à prendre en compte la sexualité et les thématiques féministes, notamment après la publication du Manifeste des 343 (), Jeannette Laot impulsant alors le débat au sein de la centrale[9]. En 1973, Alphonse Pageaud, permanent de la CFDT-PTT et membre du MFPF depuis 1966, date de l'avortement de sa femme, devient ainsi président du Planning familial à Paris[9]. À partir de 1974, les deux organisations mèneront des actions conjointes (commissions planning, formations internes, etc.) [9].

La participation au MLAC et la lutte pour le droit à l'avortement[modifier | modifier le code]

Elles s'engagent alors dans la lutte pour le droit à l'avortement, en particulier après la publication du manifeste des 331 médecins () initié par le Groupe d'information santé. Simone Iff, alors vice-présidente du Planning, participe à la réunion fondatrice du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) le , devenant vice-présidente de l'association avec Jeannette Laot, de la CFDT, avec Monique Antoine à la présidence[9]. Elles conserveront ces responsabilités jusqu'au , la loi Veil, qui autorise l'IVG pour une durée de cinq ans, ayant alors été promulguée par le gouvernement Chirac (UDR) [9]. Parallèlement, des militants CFDT s'investiront au sein du Planning (le secrétaire confédéral Marcel Gonin, « ambassadeur masculin de la "cause des femmes" au sein de la CFDT jusqu’au début des années quatre-vingt »[9], siège ainsi au conseil d'administration du MFPF ; Alphonse Pageaud, etc.).

La participation du MFPF au MLAC a entraîné une radicalisation du Planning sur la question de l'avortement, la tendance la plus à gauche remportant la présidence du Planning lors du congrès des 2 et avec l'élection de Simone Iff à la présidence[9]. Alors que le Planning s'était contenté, au congrès de 1971, de condamner la législation réprimant la contraception et la loi de 1920 prohibant l'IVG, il se prononce désormais « en faveur de l’avortement et de la contraception libres et remboursés par la Sécurité sociale », et ouvre des cliniques d'IVG [9]. Après la promulgation de la loi Veil, le MFPF poussa l'État à créer des centres IVG en interrompant ses propres activités IVG[10].

L'historienne Pascale Le Brousser indique qu':

«  au cours des années soixante-dix, les rapports entre le PS et les deux organisations [le MFPF et la CFDT] se renforcent. Plus encore, nous pourrions peut-être dire que les militant-e-s cédétistes engagé-e-s dans le combat pour les droits des femmes, tout comme le MFPF, participent de l’élaboration d’un « féminisme socialiste » que symbolisent, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, les nominations respectives de Simone Iff au ministère des Droits de la femme et de Jeannette Laot à l'Elysée - où elle occupe un poste de conseillère aux Affaire sociales [dans le cabinet d'Yvette Roudy ][9]. »

La fin des années Giscard et l'arrivée de la gauche au pouvoir[modifier | modifier le code]

Cette collaboration se poursuit à la fin des années 1970 et au début des années 1980. En février 1979, le MFPF signe un communiqué avec la CFDT, la CGT, et la FEN afin d'intensifier la mobilisation en vue de la reconduction de la loi Veil[9]. Il participe aussi, en 1979 et 1981, au mouvement pour l'amélioration de la législation sur l'IVG et son remboursement par la Sécu (acquis après l'élection de François Mitterrand), aux côtés de la CFDT, de la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV), de la Confédération syndicale des familles (CSF) et du Conseil national des associations familiales laïques (CNAFAL)[9], interpellant avec ces mêmes partenaires les candidats à la présidentielle sur leur programme en matière de sexualité et de contrôle des naissances, mais aussi sur le droit à l'emploi des femmes[9]. En 1982, Marie-Noëlle Thibault, responsable de l'URP-CFDT [11], est invitée au colloque sur la contraception du MFPF (18 et ) [9].

Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, la création d'un Ministère des droits de la femme, et le vote d'une loi sur l'égalité professionnelle, les collaborations entre MFPF et CFDT ralentissent, tandis que le Planning, représenté depuis 1974 au Conseil supérieur de l'information sexuelle, de la régulation des naissances et de l’éducation familiale (CSIS), s'engage dans une collaboration institutionnelle avec le gouvernement[9]. La CFDT s'engagera de nouveau aux côtés du Planning familial dans les années 1990, avec l'émergence de la troisième vague féministe[9].

Actualité[modifier | modifier le code]

En 2007, le Planning familial appelle solennellement à « voter à gauche » aux législatives de juin, afin de faire barrage à une majorité de droite qu'il juge dangereuse pour les libertés et les droits acquis (avortement, Assurance Maladie solidaire, etc.)[12].

En janvier 2009, dans le cadre des débats autour de la loi de finances, le gouvernement Fillon (UMP) annonce une baisse importante des crédits alloués au Planning Familial. Une diminution de 42 % est prévue pour 2009 et les crédits ne sont pas assurés d'être reconduits en 2010. Ces restrictions budgétaires auraient entrainé la fermeture d’un tiers des accueils du MFPF en 2009, et la disparition de très nombreux autres en 2010. Le , le planning familial lance une pétition sur son site internet[13]. En un mois, 140 000 personnes la signent. Le gouvernement Fillon recule mi-mars et annonce le maintien des crédits[14].

Leurs objectifs et actions[modifier | modifier le code]

Pour le MFPF, l'avortement est un moyen pour les femmes de disposer librement de leur corps et vivre une maternité voulue et heureuse. L'accès à l'avortement reste une des priorités du Planning Familial. Dans ce but, il propose des entretiens pré et post IVG, informe sur le déroulement de l'acte et accompagne les femmes dans leur démarche d'avorter.

Le MFPF participe à l'élaboration de la loi sur le "délit d'entrave à l'IVG" en 1992.

En 1991, autorisation des publicités sur les moyens de contraception.

En 1992, le non remboursement des pilules mobilise le MFPF.

Le MFPF défend depuis longtemps le principe d'éducation sexualisée. Dans ce cadre le MFPF participe à la campagne contre les abus sexuels sur les mineurs dans les établissements scolaires.

En 1994, le MFPF membre de la délégation gouvernementale participe à la Conférence mondiale "Population et développement au Caire".

En 1995, le MFPF participe à la Conférence des Femmes de Pékin.

50e anniversaire[modifier | modifier le code]

Le MFPF a fêté son 50e anniversaire le à la Mutualité à Paris. Les différents intervenants ont discouru autour de la lutte revendicative et de l'institutionnalisation. S’y sont exprimés les historiques des luttes féministes, des représentantes de la CADAC, Ni putes ni soumises, Stop viol, mais aussi des hommes politiques dont le maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS), le président du conseil régional d'Île de France, Jean-Paul Huchon (PS) et le ministre de la Santé et de la Solidarité, Xavier Bertrand (UMP).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Féminisme chrétien
  2. Patrick Harismendy, « Geneviève Poujol, Un féminisme sous tutelle. Les protestantes françaises (1810-1960) », Archives de sciences sociales des religions, 130 (2005) - Les Saints et les Anges..., mis en ligne le 2 décembre 2005
  3. Femmes et protestantisme sur le site de l'Église réformée d'Albi
  4. Portrait de Suzanne Duflo sur le site Femmes et associations
  5. Janine Mossuz-Lavau, Les lois de l'amour : les politiques de la sexualité en France, 1950-2002, Éditions Payot & Rivages, , p. 24
  6. Philippe Artières, Michelle Zancarini-Fournel, Soixante-huit, une histoire collective, La Découverte, , p. 19
  7. Le premier centre de planning familial, sur Ina.fr
  8. Michelle Zancarini-Fournel, Florence Rochefort, Bibia Pavard, Les lois Veil. Les événements fondateurs : Contraception 1974, IVG 1975, Armand Colin, , p. 201
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w Pascale Le Brouster, « Contribution à l’histoire du Planning familial : le partenariat CFDT-MFPF au cours des années soixante-dix », Genre & Histoire, n°2 | Printemps 2008, mis en ligne le 13 juillet 2008.
  10. Un film a été tourné sur le procès du MLAC d'Aix-en-Provence "Regarde, elle a les yeux grands ouverts"
  11. Union régionale parisienne-CFDT
  12. Communiqué de presse [1]
  13. Le Planning familial lance une pétition contre la baisse de ses crédits, Le Nouvel Observateur, 27 janvier 2009
  14. Le communiqué du Planning sur le site du PS 31 [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]