Djemal Pacha

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Djemal Pacha
Image illustrative de l'article Djemal Pacha

Naissance
Mytilène, Empire ottoman
Décès 21 juillet 1922 (à 50 ans)
Tbilissi, Géorgie
Origine Ottoman
Allégeance Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Grade Général de corps d'armée
Années de service 1905-1922
Commandement 4e armée
Conflits Guerres balkaniques
Campagne du Sinaï et de la Palestine
Révolte arabe
Autres fonctions Administrateur au gouvernement ottoman
Inspecteur ferroviaire
Gouverneur de Bagdad
Colonel
Ministre de la Défense (marine)
Élu des Jeunes-Turcs

Ahmed Djemal Pacha (en turc ottoman : احمد جمال پاشا ; en turc moderne : Ahmet ou Ahmed Cemal Paşa), né le à Mytilène, Empire ottoman, et mort assassiné le à Tbilissi, en Géorgie, est un chef militaire ottoman et un membre du triumvirat militaire des Trois Pachas qui a gouverné l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, avec Talaat Pacha et Enver Pacha. En tant que tel, il est impliqué dans le génocide arménien, assyrien et grec pontique[1]. Sa répression du nationalisme arabe en Syrie et au Liban lui vaut d'être surnommé « le Boucher » (en arabe : al-Saffâh) dans le monde arabe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né à Mytilène, sur l'île de Lesbos, d'un père pharmacien militaire, Mehmet Nesip Bey. Il est diplômé de l'école militaire de Kuleli en 1890, puis de l'académie militaire en 1893 à Istanbul. Il a d'abord servi pour le 1er département du Ministère des problèmes militaires, puis il a travaillé au département de construction de fortifications de Kırkkilise (Kırklareli) rattaché à la 2e armée. Djemal fut désigné au second corps d'armée en 1896. Deux ans plus tard, il devint commandant de la division Novice à Thessalonique.

En 1905, quand il devint major et fut désigné en tant qu'inspecteur des chemins de fer, il a commencé à sympathiser avec les réformes des Jeunes-Turcs à propos des problèmes militaires. En 1906, il rejoint la Société libérale ottomane. Il devint un homme d'influence dans le département des problèmes militaires des Jeunes-Turcs. Il devint membre du Conseil du troisième corps d'armée en 1907. Il y travailla auprès du major Ali Fethi Okyar et Mustafa Kemal. En 1909, suite aux massacres d'Adana en Cilicie où plus de 30.000 Arméniens furent assassinés, le nouveau pouvoir Jeune-Turc le nomma vali (préfet) de la province, avec pour mission de calmer les esprits et rassurer les Arméniens.

Guerres balkaniques et arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Guerres balkaniques et Trois Pachas.

En 1911, Djemal est nommé gouverneur de Bagdad. Cependant, il démissionne pour se ré-engager dans l'armée lors de la Première Guerre balkanique. En , il est promu colonel. À la fin de cette guerre, il joue un rôle important dans la propagande des Jeunes-Turcs, contre les négociations avec les pays européens. Il tente de résoudre les problèmes survenus à Istanbul après l'attaque de Bab-i Ali. Djemal joue un rôle significatif dans la Deuxième Guerre balkanique, et avec la révolution des Jeunes-Turcs le 23 janvier 1913, il devient commandant d'Istanbul et ministre des Travaux publics. En 1914, il devient ministre de la Marine. Avec le grand vizir Talaat Pacha et le ministre de la Guerre Enver Pacha, il forme le comité dirigeant appelé les Trois Pachas.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Avant la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman cherche à assurer sa sécurité entre la Triple Entente (France, Royaume-Uni et Russie) et la Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie, mais cette dernière s'en séparera en 1914). Djemal Pacha se rend en France pour négocier une alliance mais échoue. En accord avec Enver Pacha et Talaat Pacha, il passe alors dans le camp allemand. Le triumvirat des « Trois Pachas » contrôle le gouvernement ottoman à partir de 1913, régnant sur l'Empire ottoman pendant toute la Première Guerre mondiale. Djemal Pacha est l'un des concepteurs des politiques internes et étrangères du gouvernement.

Après la déclaration de guerre aux Alliés, Enver Pacha nomme Djemal Pacha pour diriger l'armée ottomane qui doit attaquer les forces britanniques en Égypte, ce qu'il accepte. Tout comme celles d'Enver, ses entreprises militaires aboutissent surtout à des échecs.

Syrie, Liban et Palestine[modifier | modifier le code]

Djemal Pacha au bord de la mer Morte en 1915.

Djemal Pacha est nommé avec pleins pouvoirs aux affaires civiles et militaires en Syrie, au Liban et en Palestine en 1915, avec le commandement de la 4e armée (en). Une loi temporaire lui accorde des pouvoirs de secours en mai de cette année. Tous les décrets de cabinet d'Istanbul liés à la Syrie sont soumis à son approbation. Son offensive contre le canal de Suez, en janvier-février 1915, est un échec. Les exigences de temps de guerre et les catastrophes naturelles qui affectent la région entraînent le mécontentement de la population arabe qui conduira à la révolte du Hedjaz soutenue par des nationalistes arabes d'autres régions.

En 1916, pendant le génocide arménien, Djemal ne semble pas être un des plus fervents partisans de l'extermination de tous les Arméniens. Les déportations d'Arméniens sont une bonne source de main d'œuvre dont il profite[2]. Cependant, il débloque des crédits en faveur de quelque 35 000 Arméniens réinstallés de force en Syrie. Son projet échoue car la faim et la maladie n'ont laissé que 3 à 4 000 Arméniens dans la région[2].

À la fin de 1915, Djemal Pacha démarre des négociations secrètes avec les Alliés pour mettre fin à la guerre : il se serait même proposé pour renverser le gouvernement ottoman. Ces tentatives ne mènent à rien, en partie parce que les Alliés sont incapables de s'entendre sur le futur territoire de l'Empire ottoman. L'historien A. L. Macfie doute que Djemal Pacha « ait jamais entrepris une action aussi risquée, en particulier parce qu'il se distinguait par son patriotisme » (« it may be doubted if he would ever have undertaken so risky an adventure, particularly as he was noted for his patriotism[3] »).

Au printemps 1915, alors que la révolte arabe prend de l'ampleur, Djemal Pacha instaure un contrôle strict de la Syrie ottomane. La montée du nationalisme arabe devient un souci majeur à partir de 1916. Les autorités ottomanes perquisitionnent les consulats français à Beyrouth et à Damas et confisquent les documents secrets français qui indiquaient les activités et les noms des insurgés arabes. Djemal utilise ces informations : il est persuadé que l'insurrection sous contrôle français est la raison principale de ses échecs militaires. Il ordonne la pendaison publique de plusieurs dizaines de nationalistes arabes sur les places de Beyrouth et de Damas, ce qui lui vaudra le surnom de « boucher ». Cette répression cristallise le sentiment national arabe et syrien[4].

À la fin de 1917, Djemal, depuis son poste à Damas, fait figure de dirigeant quasi indépendant sur sa portion de l'Empire. La même année, à la suite des défaites de l'armée ottomane face aux Anglais du général Allenby, il démissionne de la 4e armée et retourne à Istanbul.

Fin du gouvernement des Jeunes-Turcs[modifier | modifier le code]

Au dernier congrès des Jeunes-Turcs en 1917, Djemal Pacha est élu au conseil d'administration centrale.

Avec la défaite de l'Empire en et la démission du cabinet de Talaat Pacha le , Djemal s'enfuit avec sept autres leaders des Jeunes-Turcs en Allemagne, puis en Suisse.

Cour martiale[modifier | modifier le code]

Djemal Pacha est jugé in abstentia avec 12 autres dirigeants jeunes-turcs au cours du procès de 1919, entre autres, pour sa participation aux crimes de masse contre les Arméniens et condamné à mort par contumace (28 avril - 5 juillet).

En 1920, Djemal se rend en Asie centrale où il travaille à la modernisation de l'armée afghane. L'Union soviétique ayant récemment imposé son autorité aux anciens territoires du Turkestan russe et du Caucase russe, Djemal se rend à Tbilissi en Géorgie pour négocier au nom du gouvernement afghan. Il est assassiné dans cette ville, ainsi que son secrétaire, le par Stepan Dzaghigian, Artashes Gevorgyan et Petros Ter Poghosyan, membres de l'Opération Némésis qui le considéraient comme un des responsables du génocide arménien. Cette thèse est aujourd'hui débattue : certains considèrent qu'il est un des auteurs du génocide[5], d'autres rejettent cette thèse, en particulier Vahakn Dadrian[6].

Dans ses Mémoires, Djemal récuse toute responsabilité dans les atrocités anti-arméniennes, met en avant son rôle d'assistance aux déportés, et estime qu'un million et demi de Turcs et de Kurdes ont été assassinés par les milices arméniennes et les troupes arméno-russes[7].

Postérité[modifier | modifier le code]

Les restes de Djemal furent enterrés à Erzurum.

Son petit-fils, Hasan Cemal, est un journaliste, chroniqueur et écrivain connu en Turquie, notamment pour avoir reconnu le génocide arménien et s'être excusé pour la part qu'a pris son grand-père dans ce dernier[8],[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wolfgang Benz: Vorurteil und Genozid. Ideologische Prämissen des Völkermords. Böhlau Verlag, 2010. p. 54
  2. a et b Raymond H. Kévorkian, Revue d'Histoire arménienne contemporaine t. II, « Partie I : Axes de déportations et camps de concentration »[lire en ligne (page consultée le 5 novembre 2008)]
  3. (en) A. L. Macfie, The End of the Ottoman Empire. 1908-1923, Londres, Longman, 1998 p. 138
  4. Yann Bouyrat, Quand la survie des Libanais était soumise aux impératifs stratégiques, Orient XXI, 20 mai 2015
  5. "à ce titre, Djemal pacha fut – en intention comme en acte -complice et auteur d'un génocide", Yves Ternon, Enquête sur la négation d'un génocide, Marseille, Éditions Parenthèses, , 229 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-2863640524, lire en ligne), chapitre 6.
  6. (en) Vakn Dadrian, Key Element in the Turkish Denial of the Armenian Genocide, Toronto, Zoryan Institute, 1999, p. 54, n. 64
  7. (en) Djemal Pacha, Memories of a Turkish Statesman, 1913-1919, New York, George H. Doran, 1922
  8. « Hasan Cemal, Grandson of Cemal Pasha, Apoligizes for the Genocide », The Armenian Observer,‎ (lire en ligne)
  9. « Turkey's Gul Deems Shameful The Dismissal of Journalist That Wrote Book About Armenian Genocide », NEWS.am,‎ 3 avril2013 (lire en ligne) :

    « Cemal had visited Armenian capital city Yerevan's Genocide Memorial in 2008 and apologized to the Armenians for the genocide. »