CumEx Files

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

CumEx Files
Publication Voir et modifier les données sur Wikidata
Éditeurs clés Correctiv, Reuters, Le Monde et Die ZeitVoir et modifier les données sur Wikidata
Objet Fraude fiscale
Arbitrage de dividendesVoir et modifier les données sur Wikidata
Site web cumex-files.com
cumex-files.com/enVoir et modifier les données sur Wikidata
Les pays concernés par la fraude.

CumEx Files est le nom de l'enquête menée par plusieurs médias internationaux (dont le quotidien français Le Monde) publiée le , révélant que 55 milliards d'euros ont été subtilisés en quinze ans à plusieurs États européens, dont la France, par des financiers « opérant en bande organisée sur les marchés ».

Fraude fiscale[modifier | modifier le code]

En 2012, une affaire de fraude fiscale, nommée « CumEx », est révélée en Allemagne, après la découverte par le service des impôts allemand de nombreuses demandes indues de remboursement d'impôts. Le ministère fédéral des Finances estime le montant de la perte fiscale à 5,3 milliards d'euros[1],[2]. Le , une enquête réalisée par 19 médias européens, dont le quotidien français Le Monde[3], l'hebdomadaire allemand Die Zeit, le journal italien La Repubblica, l'agence de presse internationale Reuters et le quotidien danois Politiken, établit l'ampleur de la fraude[4]. En effet, elle dévoile l'existence d'une escroquerie à l'impôt qui a permis le détournement d'une somme avoisinant les 55 milliards d'euros.

La fraude des CumEx Files repose sur deux pratiques fisco-financières : le CumCum et le CumEx. Le Cumcum consiste pour un investisseur étranger à revendre ses actions à une banque d'un certain pays qui touche, elle, les dividendes avant imposition. La banque bénéficie ensuite du remboursement par le fisc de l'impôt sur les dividendes[5] et rétribue, moyennant une commission, les dividendes touchés à l'investisseur . Bien qu'immoral, le CumCum est légal[6]. Le CumEx consiste, lui, à déclarer des dividendes sur des sociétés dont les actions sont échangées à haute fréquence entre plusieurs établissements bancaires mondiaux qui vont tous se déclarer propriétaires dans leur pays et bénéficiaires des dividendes associés[6],[7].

Mis au point par Hanno Berger, un avocat fiscaliste allemand pantouflard, le montage financier et fiscal a été exploité par une cinquantaine d'établissements du secteur de la finance, dont les groupes bancaires européens Santander, Macquarie Bank, Deutsche Bank[8], mais aussi HypoVereinsbank, HSH Nordbank[9], J. Safra Sarasin[10], Commerzbank[11] ou encore BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole [12], dans onze États européens : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Italie, la Norvège, les Pays-Bas et la Suisse[1],[2].

Le préjudice est estimé de l'ordre de 31,8 milliards d'euros pour l'Allemagne, de 17 milliards d'euros pour la France, de 4,5 milliards pour l'Italie, de 1,7 milliard pour le Danemark et de 201 millions d'euros pour la Belgique[13]. Entre 2005 et 2012, l'Allemagne aurait perdu entre 7 et 12 milliards d'euros. Le Danemark aurait perdu 1,4 milliard d'euros entre 2012 et 2015[14].

Suites judiciaires[modifier | modifier le code]

Poursuites contre le lanceur d'alerte en Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, le rédacteur en chef de Correctiv, Oliver Schröm, est poursuivi en justice pour avoir enfreint le secret des affaires en révélant cette affaire de fraude fiscale. Le journal réagit en dénonçant « une attaque à la liberté de la presse »[15],[16].

Poursuites diverses en Allemagne[modifier | modifier le code]

En mars 2020, les premières condamnations ont été prononcées en Allemagne. Deux anciens banquiers de HypoVereinsbank (filiale d'Unicredit), Martin Shields et Nicholas Diable, ont été condamnés à des amendes et des peines de prison[17].

Poursuites en France[modifier | modifier le code]

Fin octobre 2018, le député socialiste Boris Vallaud dépose une plainte contre X pour escroquerie et blanchiment de fraude fiscale aggravées auprès du Parquet national financier[18],[19]. Une mission d’information parlementaire sur l’évasion fiscale[20] de l’Assemblée nationale a par ailleurs publié un rapport sur le bilan de la lutte contre les montages transfrontaliers[21].

Poursuites au Danemark[modifier | modifier le code]

Le trader et business-man Sanjay Shah[22] a fait l'objet de poursuites aux niveaux civil et pénal, le fisc danois a gelé l'équivalent de 470 millions d'euros sur les sept cents millions d'euros appartenant au trader et une demeure valant quinze millions de livres sterling[23] .Sanjay Shah s'est depuis réfugié à Dubaï afin d'échapper à une possible sanction pénale et nie en bloc toute pratique illégale liée au Cum-ex.

Suites légales[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b AFP, « « CumEx Files » : la fraude fiscale à 55 milliards d'euros », Le Point, (consulté le 20 octobre 2018).
  2. a et b AFP, « Qu’est-ce que la "CumEx", la fraude fiscale de 55 milliards d’euros ? », Sud Ouest, (consulté le 20 octobre 2018).
  3. Jérémie Baruch, Anne Michel et Maxime Vaudano, « « CumEx Files » : l’histoire secrète du casse du siècle », Le Monde, (consulté le 20 octobre 2018)
  4. (en) The Cumex files, « The Cooperation », sur cumex-files.com, (consulté le 20 octobre 2018).
  5. Le casse du siècle : l'énorme fraude fiscale à 55 milliards d'euros des "CumEx", La Tribune, , consulté le .
  6. a et b CUMEX : quelle responsabilité pour l’Union européenne dans la lutte contre la fraude fiscale ?, Taurillon, , consulté le .
  7. Montages financiers « Cum-Ex » : déi Lénk s’interroge sur le rôle du Luxembourg sur Le Quotidien - Indépendant Luxembourgeois daté du 6 novembre 2018 et consulté le 6 novembre 2018
  8. John O'Donnell et Tom Sims, « Dividend windfall: Santander latest target in Germany's giant fraud probe », sur Reuters,
  9. « German bank HVB says it did "cum-ex" tax trades until 2008 », sur Reuters,
  10. « Swiss officials search Sarasin bank in German tax probe », sur Reuters,
  11. « Dividend tax scandal: how banks short-changed Germany », sur Reuters,
  12. « CumEx Files » : les banques françaises empêtrées dans le scandale des dividendes, Le Monde, 18 octobre 2018
  13. « Le casse du siècle : l'énorme fraude fiscale à 55 milliards d'euros des "CumEx" », sur La Tribune,
  14. Anne Michel, Maxime Vaudano et Jérémie Baruch, « Comment des financiers européens ont soustrait 55 milliards au fisc », sur Le Temps,
  15. Rachel Knaebel, « Secret des affaires : un journaliste allemand poursuivi pour avoir révélé une énorme fraude fiscale », sur Basta (consulté le 13 décembre 2018)
  16. Maxime Vaudano, « La justice allemande enquête sur le journaliste à l’origine des « CumEx Files » pour violation du secret des affaires », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 14 décembre 2018)
  17. Nathalie Steiwer, « Fraude fiscale : première condamnation en Allemagne dans l'affaire « Cum-ex » », Les Echos,‎ (lire en ligne, consulté le 23 août 2020).
  18. Enora Ollivier, « « CumEx Files » : une plainte déposée au Parquet national financier », sur lemonde.fr, (consulté le 31 octobre 2018)
  19. "CumEx Files" : un collectif citoyen porte plainte auprès du parquet national financier sur La Tribune daté du 30 octobre 2018 et consulté le 6 novembre 2018
  20. http://www2.assemblee-nationale.fr/15/missions-d-information/missions-d-information-communes/bilan-de-la-lutte-contre-les-montages-transfrontaliers
  21. http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i2252.asp
  22. (en) Ellen Milligan, Donal Griffin et Karin Matussek, « The Unemployed Trader Who Became a $700 Million Exile », Bloomberg LP,‎ (lire en ligne, consulté le 24 octobre 2020).
  23. (en) Richard Milne, « Danish prosecutors seize £15m London property over tax probe », sur www.ft.com, Financial Times (consulté le 24 octobre 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]