Campanile de Saint-Marc

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Campanile de Saint-Marc
Campanile di San Marco
Campanile of St. Mark's Basilica - remote view.jpg
Vue panoramique du campanile
Présentation
Type
Campanile
Destination initiale
Tour de garde
Diocèse
Style
Italian romanesque architecture (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Architecte
Construction
1912 (reconstruit début XXe siècle)
Hauteur
98.5
Site web
Localisation
Pays
Région
Commune
Adresse
Coordonnées

Le campanile de Saint-Marc de Venise est une tour campanaire, de 98,6 mètres de haut, qui se trouve isolée sur un côté de la place Saint-Marc, près de la façade de la basilique. L'édifice actuel a été inauguré en 1912. Surnommé autrefois El parón de casa, il servait de tour de garde.

Architecture[modifier | modifier le code]

Ce campanile a une forme simple, avec une tour en brique, de base carrée de 12 mètres de large et 50 mètres de hauteur, au-dessus de laquelle se trouve le logement pour cinq cloches. Le haut est surmonté d'un cube, sur les faces duquel sont représentés des lions et des Allégories féminines de Venise (La Giustizia : « La Justice »). La tour est surmontée d'une flèche pyramidale, au sommet de laquelle trône une girouette d'or sous la forme de l'archange Gabriel. Le campanile a atteint sa forme actuelle en 1514.

Il est possible de monter au sommet de la tour par un ascenseur de grande capacité. Au sommet se trouve un observatoire et une boutique de souvenirs. Elle est l'ancien clocher de la place Saint-Marc.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vers 1500~1510, peinture de Giorgione

La construction initiale remonte au IXe siècle, initiée sous le règne de Pietro Tribuno, construite sur des fondations romaines. Elle a été utilisée comme tour de guet pour le port, qui occupait alors ce qui est maintenant la Piazzetta dei Leoncini. La construction a été terminée au XIIe siècle, sous le règne de Domenico Morosini. La base du campanile fait partie de la logetta qui abritait la caserne de la garde pour le Palais des Doges. La logetta a été construite par Jacopo Sansovino, achevée en 1549 et étendue en 1663. Le campanile de Saint-Mercuriale à Forlì pris modèle sur le campanile de Saint-Marc.

Gravement endommagée par un incendie en 1489 qui détruisit la flèche en bois, le campanile a pris sa forme définitive au XVIe siècle grâce aux restaurations faites à la suite des dommages supplémentaires causés par le tremblement de terre de mars 1511.

Ces travaux, entrepris par l'architecte Giorgio Spavento, puis exécutés sous la direction de Bartolomeo Bon de Bergame, ont ajouté le sommet, réalisé en marbre sur lequel ont été installées la sculpture du lion de saint Marc ainsi que la flèche en feuilles d'or. Les travaux ont été achevés le , avec le placement de la statue en bois doré de l'archange Gabriel au cours d'une cérémonie dirigée par Marin Sanudo.

Dans les siècles suivants de nombreuses autres interventions ont été faites pour réparer les dégâts causés par les incendies. En 1653, Baldassare Longhena prit en charge les restaurations. Le plus gros travail a été fait après un incendie le , qui a causé des fissures dans la maçonnerie et tué plusieurs personnes à la suite de chutes de pierres. Enfin, en 1776, le campanile fut équipé d'un paratonnerre. En 1820, la statue de l'ange a été remplacée par une autre de Luigi Zandomeneghi.

Écroulement et reconstruction[modifier | modifier le code]

Écroulement[modifier | modifier le code]

En 1873-1874 lorsque les stalles des appentis ont été retirées sur les côtés du clocher on a découvert que la base de la tour était en mauvais état, mais les travaux se limitaient à réparer les dommages de surface. De même, les fouilles de la place Saint-Marc en 1885 ont soulevé des inquiétudes quant à l'état des fondations et à la stabilité de la structure. Pourtant, les rapports d'inspection des ingénieurs et des architectes en 1892 et 1898 assuraient que la tour n'était pas en péril. La restauration qui en a suivi était sporadique et impliquait principalement le remplacement de briques altérées.

En juillet 1902, des travaux étaient en cours pour réparer le toit du clocher. La poutre posée sur la tour et supportant le toit a été enlevée (celle-ci présentait une fissure d'environ 40 centimètres de hauteur sur 30 centimètres de profondeur). Le , on a observé des vibrations de la tour, alors que les ouvriers effectuaient la mise en place de la nouvelle poutre. Des témoins en verre ont été insérés dans les fissures afin de surveiller le déplacement de la tour. Plusieurs d'entre eux ont été retrouvés cassés le lendemain.

Le samedi , une grande fissure s'était formée sur le côté nord de la tour, couvrant presque toute la hauteur du puits en brique. Des témoins en plâtre plus sensibles ont été insérés dans les fissures. Bien qu'une commission technique ait été immédiatement formée, elle a déterminé qu'il n'y avait aucune menace pour la structure. Néanmoins, des barricades en bois ont été érigées pour éloigner les spectateurs à une distance de sécurité alors que des morceaux de mortier commençaient à se détacher de la crevasse grandissante et à tomber sur la place en dessous. L'accès à la tour a été interdit et seule la cloche signalant le début et la fin de la journée de travail avait été autorisée afin de limiter les vibrations engendrées sur la structure. Le dimanche , le rassemblement habituel sur la place Saint-Marc a été annulé. Le concert de la fanfare du 18e régiment d'infanterie a été interrompu peu après le début. Le lundi , les derniers témoins ont tous été découverts brisés. À 9h30, l'évacuation de la place a été ordonnée. Des pierres ont commencé à tomber à 9h47 et à 9h53, tout l'édifice s'est effondré.

Des enquêtes ultérieures ont déterminé que la cause immédiate du désastre était l'effondrement des rampes d'accès situées entre les puits intérieur et extérieur de la tour. Commençant aux niveaux supérieurs, ceux-ci tombaient un par un sur les autres. Pendant les travaux, et dans la nécessité de renouveler des plaques de plomb, les responsables du chantier ont eu la malheureuse idée, sans demander l'avis de l'architecte responsable[Note 1] de retirer un chaperon en saillie, avec l'intention de le replacer immédiatement, et ce faisant, ils ont causé une coupure horizontale dans le mur extérieur sur plus des deux tiers de sa profondeur avec pour conséquence l'effondrement, à terme, du puits extérieur contre le puits intérieur de l'édifice[1].

En raison de cette forme d'implosion et de la position isolée de la tour, les dégâts qui en ont résulté ont été relativement limités. Hormis la tour complètement détruite, seule la façade latérale adjacente de la bibliothèque marcienne a été détruite (reconstruite en 1904) ainsi que la petite loge au pied du bâtiment, ne tuant qu'un chat. La Basilique Saint-Marc, juste à côté, ne subira aucun dommage, car les éboulis ont été stoppés au niveau de la Pietra del bando (it) (pierre de l'avis), la colonne en porphyre en provenance de Saint-Jean-d'Acre, sur laquelle on proclamait les avis afin de montrer au peuple l'efficacité de la justice[1].

Le soir même, le conseil municipal réuni en urgence approuvait le déblocage d'une somme de plus de 500 000 lires pour la reconstruction du campanile. Il a été décidé de reconstruire l'édifice à l'identique, avec quelques armatures internes pour éviter un nouvel effondrement[Note 2],[2].

Reconstruction[modifier | modifier le code]

En plus des sommes allouées par la commune et la province, un don personnel est venu du roi Victor Emmanuel III et de la reine mère (100 000 lires). Des contributions sont arrivées d'autres communes et provinces italiennes ainsi que de citoyens privés. Partout dans le monde, la collecte de fonds a commencé, menée par les journaux internationaux. Le spécialiste allemand des échafaudages Georg Leib (en) de Munich a été le premier philanthrope à participer et a financé l'échafaudage dès le .

Les travaux ont débuté le , le maire Filippo Grimani (it), lors du discours à l'occasion de la pose de la première pierre, le , prononça à plusieurs reprises la fameuse phrase, qui deviendra la devise de cette reconstruction come era dove era (comme il était, où il était)[3]. Les travaux de reconstruction placés sous la direction de l'architecte Gaetano Moretti (it), disciple de l'architecte Luca Beltrami, vont durer jusqu'au .

L'ingénieur Daniele Donghi (it) nommé ingénieur en chef du bureau technique de la municipalité de Venise en 1904 a contribué au projet de reconstruction de 1905 à 1912. Il a en particulier fait appel à la technologie du béton armé, ce qui a permis une réduction de la charge structurelle de 850 tonnes, et a conçu un petit échafaudage mobile, facilitant la reconstruction de la tour[4].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Le Campanile, photo de Paolo Monti, 1949. Fondo Paolo Monti, BEIC.

Le campanile a été inauguré le , à l'occasion de la fête de la Saint-Marc, exactement 1 000 ans après la fondation de l'édifice original[5].

Répliques[modifier | modifier le code]

Une réplique exacte du campanile, construite vers la fin des années 1990, existe à l'hôtel The Venetian de Las Vegas. Une autre réplique, plus petite, se trouve dans le pavillon italien du parc Epcot à Walt Disney World Resort en Floride. Une autre réplique est construite dans les années 2010 à Manille aux Philippines.

Les cloches[modifier | modifier le code]

Les cinq cloches du campanile rythmaient la vie de la République. La plus puissante, la Marangona, mère de toutes les cloches, appelait les charpentiers de l'Arsenal (marangoni) au travail. Elle convoquait aussi aux réunions du Grand Conseil, doublée par la Trottiera, qui incitait les patriciens à se hâter en mettant leur monture au trot. La Meza Terza appelait aux réunions du Sénat. La Nona marquait l'heure de none (trois heures de l'après-midi), et la Malefico accompagnait les exécutions capitales[6].

CampaneBenedizioneCherubini.jpg
Cloche Diamètre Poids note
Marangona 180 cm 3 625 kg La2
Nona 156 cm 2 556 Si2
Meza terza 138 cm 1 807 kg Do3
Trottiera 129 cm 1 366 kg 3
Maleficio 116 cm 1 011 kg Mi3
Image: Giuseppe Cherubini, La bénédiction des cloches de Saint-Marc (1912)

Galilée[modifier | modifier le code]

Plaque dans le beffroi commémorant la démonstration de la lunette astronomique

Galilée a utilisé le campanile pour ses observations [7].

Grâce à l'intervention de son ami Paolo Sarpi, Galilée fut invité à présenter sa lunette astronomique à Venise. Le , Galilée au sommet du campanile en fit la démonstration devant le Doge Leonardo Donato et les membres du Sénat. Le sénateur Antonio di Gerolamo Priuli en a laissé une description.

Grâce à cette démonstration, Galilée fut nommé professeur à l'université de Padoue et reçut une pension de 1 000 florins par an.

Ascenseur[modifier | modifier le code]

En 1892, il fut d'abord proposé d'installer un ascenseur dans le clocher. Mais des préoccupations concernant la stabilité de la structure ont été exprimées par le Bureau régional pour la préservation des monuments de Vénétie (Ufficio Regionale per la Conservazione dei Monumenti del Veneto). Bien qu'une commission spéciale ait été nommée et ait conclu que les préoccupations n'étaient pas fondées, le projet a été abandonné. Au moment de la reconstruction, un ascenseur a été utilisé pour élever les nouvelles cloches au niveau du beffroi, mais ce n'était qu'une installation temporaire. Finalement, en 1962, un ascenseur permanent a été installé. Situé dans le puits intérieur, il faut 30 secondes pour atteindre le beffroi depuis le niveau du sol.

Travaux de restauration (2007-2013)[modifier | modifier le code]

Au moment de la reconstruction, les fondations d'origine ont été étendues de 220 m2 à environ 410 m2 dans le but de répartir le poids du clocher sur une base plus large et de réduire la charge de 9 kg/cm2 à 4 kg/cm2. Cela a été réalisé en enfonçant dans l'argile 3 000 pieux supplémentaires entre les pieux existants. Ces pieux étaient constitués de troncs de mélèzes d'environ 4 m de longueur. Trois couches de planches de chêne ont ensuite été posées sur le dessus des piles, suivies de plusieurs couches de blocs de pierre d'Istrie. Cependant, les anciennes et les nouvelles fondations n'ont pas pu être fusionnées en un seul tenant, nécessaire pour une répartition uniforme des masses. Au fil du temps, cela a entraîné une augmentation des tensions verticales de compression sur les quatre arêtes de la section de base de l'ouvrage, et les différents matériaux des fondations ont commencé à s'affaisser à des rythmes différents. En conséquence, des fissures dans la nouvelle tour étaient déjà visibles en 1914 et se sont multipliées avec le temps[8].

En 1955, des travaux de vérification et de réparation du Campanile ainsi qu'une expertise de l'ingénieur Arturo Danusso (it) ont été réalisés : les nombreuses fractures évidentes sur les degrés en trachyte du socle, même sous le niveau de la place étaient un signe alarmant de rupture par flexion et coupure due à un abaissement différent de l’ancienne et de la nouvelle fondation. Un système de surveillance, installé en 1995, a révélé que la tour s'était inclinée de 7 cm en direction de l'ouest[9].

À partir de 2007, le Magistrato alle acque (it), organisme provincial chargé des travaux publics, a fait renforcer les fondations en adoptant un système déjà utilisé pour consolider la façade de la basilique Saint-Pierre de Rome. Cela impliquait d'installer dans des salles souterraines spéciales, construites à la base de la structure des barres en titane sous tension (barres dynamométriques), destinées à stopper le processus de fissuration[Note 3].

Soit quatre barres de 6 cm de diamètre, autour du périmètre de la fondation en pierre. Deux des barres, espacées de 20 cm et protégées par un tube en polyéthylène, sont situées à 40 cm sous la surface de la base carrée et sont ancrées aux quatre coins de la fondation par des piliers en titane. Deux autres barres sont situées à une profondeur de 3,2 m et sont maintenues par des blocs de granit. Ces barres sont surveillées et la tension peut être revue si nécessaire. Dix tonnes de titane ont été nécessaires[10]. Le projet, initialement prévu pour durer deux ans et demi s'est terminé cinq ans après, en avril 2013[11].


Influence architecturale[modifier | modifier le code]

Le Campanile de Saint-Marc a influencé la conception de plusieurs autres tours, dont la plupart se trouvent dans des villes à caractère maritime :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Whitehouse David, Renaissance Genius: Galileo Galilei & His Legacy to Modern Science, New York, Sterling Publishing, (ISBN 9781402769771).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'ingénieur Pietro Saccardo (it) architecte responsable de la basilique Saint-Marc, était à ce moment malade et personne ne lui a signalé que des travaux de cette nature mettant en péril la structure de l'édifice étaient en cours sur le campanile
  2. L'ingénieur Giovanni Antonio Porcheddu (it) a utilisé le Système Hennebique pour le renforcement de l'ossature du nouvel édifice.
  3. Le titane possède une haute résistance à la corrosion dans les eaux salines et ainsi qu'un coefficient de dilatation très proche de celui de la structure préexistante, deux caractéristiques essentielles pour maintenir une bonne solidité structurelle dans les eaux saumâtres.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (it) Venezia Docet, « Il crollo del Campanile di San Marco a Venezia : L'effondrement du Campanile de Saint-Marc à Venise », sur veneziadoc.net, (consulté le 14 octobre 2020).
  2. Revue Le Béton Armé - N°370 page 1922, « Le Béton Armé : croquis du nouveau campanile de Saint-Marc, par Daniele Donghi » [PDF], sur lib.ugent.be, (consulté le 12 octobre 2020).
  3. (it) Corrierequotidiano.it, « Le clocher de Saint Marc à Venise a été reconstruit avec des pierres de "Marca" », sur corrierequotidiano.it, (consulté le 19 octobre 2020).
  4. (it) Bruno Signorelli, « DONGHI, Daniele », sur treccani.it, (consulté le 12 octobre 2020).
  5. E-venise.com, « Le campanile de Saint-Marc », sur e-venise.com (consulté le 1er février 2016).
  6. Jean-Michel Brèque, Venise, Paris, Presses Universitaires de France, , 435 p. (ISBN 978-2-13-059061-3), Piazza et Piazzetta : les deux forums de la République (page 160)/
  7. Whitehouse, p. 77.
  8. (it) Mosevenezia.eu, « San Marco. Il consolidamento del campanile » [PDF], sur mosevenezia.eu (consulté le 21 octobre 2020).
  9. (it) Studio Tecnico Macchi, « Campanile di San Marco - Venezia », sur studiotecnicomacchi.com (consulté le 21 octobre 2020).
  10. (it) Titalia, « Titalia contribuisce alla messa in sicurezza del Campanile di San Marco : Titalia contribue à la sécurité du Campanile de Saint-Marc », sur titalia.it, (consulté le 22 octobre 2020).
  11. (it) ANSA, « Venezia, campanile San Marco 'guarito' con il titanio : Venise, le clocher de Saint-Marc 'guéri' avec du titane », sur ansa.it, (consulté le 21 octobre 2020).
  12. (en) Olivia Chan, « Inside the £507 MILLION fake Venice: Chinese tourists flock to cloned canal city with man-made waterways, gondoliers and copies of Renaissance paintings : À l'intérieur de la fausse Venise de 507 millions de livres sterling: les touristes chinois affluent vers la ville clonée du canal avec des voies navigables artificielles, des gondoliers et des copies de peintures de la Renaissance », sur dailymail.co.uk, (consulté le 24 octobre 2020).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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