Beffroi

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Dessin d’un beffroi.
Le beffroi de Pignans (Var).
Une cloche dans un beffroi.

Un beffroi (baffraiz en vieux français) est un ouvrage de charpente destiné à supporter et à permettre de faire mouvoir des cloches ; on a donné par synecdoque le nom de beffroi aux tours renfermant les cloches de la commune ; mais pour les cathédrales comme Notre-Dame de Paris, il est préférable d'appeler « tours » les constructions en maçonnerie, et « beffrois » les charpentes destinées à supporter les cloches dans les tours.

Dans les villes du Moyen Âge, le beffroi est le symbole des libertés communales obtenues du suzerain. Sa tour abrite la cloche du ban ou « bancloque », symbole de pouvoir destiné à appeler le peuple aux délibérations communales, aux exécutions capitales ou à signaler l'approche d'un ennemi. Les chartes communales, qui confirment par écrit l'étendue des libertés et l'engagement du suzerain à les respecter, y sont conservées en lieu sûr.

Historique[modifier | modifier le code]

Le beffroi est conçu pour isoler les murs de pierre des cloches. Il est constitué d’un entrelacement complexe de croix en chêne et repose sur un rebord en pierre dépassant des murs intérieurs de la tour. Lorsque les cloches sonnent, le matériau plus indulgent absorbe les vibrations. Si les cloches étaient reliées directement à la pierre, leurs vibrations dangereuses affaibliraient les murs qui finiraient par s’écrouler.

À partir du XIe siècle, les communes libres firent élever des beffrois. Après l'obtention de leurs seigneurs du droit de s'administrer elles-mêmes par des chartes, l'érection de tels monuments marquait leur autonomie et leur puissance. De plus, une horloge sonnant les heures symbolisait un changement dans le découpage du temps. Auparavant, la journée était rythmée par les cinq prières sonnées par les clochers des églises : matines, nones, vêpres, etc. Le temps que marquaient ces sonneries était un temps divin. Avec l'avènement de la bourgeoisie urbaine, la construction d'un beffroi sonnant les heures marque le passage à un temps profane, consacré au commerce ou à l'annonce d'un danger ou d'une alerte à destination des habitants de la commune.

Beffrois de charpente[modifier | modifier le code]

Les clochers d'églises sont souvent disposés pour contenir des beffrois en charpente, au milieu desquels manœuvrent les cloches. Ces beffrois sont posés sur une retraite ou sur des corbeaux ménagés dans la construction des tours, et s'élèvent en se rétrécissant vers leur sommet afin de ne pas toucher les parois intérieures de la maçonnerie lorsque le mouvement imprimé aux cloches les fait osciller, et aussi pour présenter une plus grande résistance à l'action de va-et-vient de ces cloches mises en branle. Lorsque la masse des cloches utilisées atteignit des sommets, on dut les suspendre dans des beffrois de charpente indépendants de la construction en maçonnerie. En France, en Belgique, en Allemagne, on construisait déjà, au Xe siècle, des clochers d'un diamètre tel qu'il fait supposer l'emploi de fortes et nombreuses cloches, la construction de beffrois intérieurs de charpente très importants. Selon Eugène Viollet-le-Duc : « Il ne nous reste pas une seule de ces charpentes antérieures au XVIe siècle. Nous ne pourrions donc donner un exemple appuyé sur un monument existant[1]. »

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « beffroi » est attesté à partir de 1155 sous la forme berfroi, au sens de « tour de bois mobile servant à approcher des remparts lors d'un siège » (Wace, Brut, Éditions I. Arnold, 5532 : « Dunc firent arbelastiers traire, Berfreiz lever, perrieres faire »), puis au XIIIe siècle au sens de « tour d'une ville contenant une cloche d'alarme » (Aymeri de Narbonne, Éditions L. Demaison, 315, dans T.-L. : « Ne les garra ne haut mur ne berfroi ») ; par extension, beffroy désigne la cloche elle-même (Villon, Testament, 1905, dans Œuvres, Éditions Longnon et Foulet : « Item, je vueil qu'on sonne a bransle le gros beffroy ») ; beiffroy signifie aussi au XVe siècle « charpente de moulin » (Arch. Nord, B 31, fol. 82, rodans IGLF Litt. : « On a entencion de faire faire ung nouvel beiffroy et autres ouvraiges de machonnerie au molin a blé a la Gorgue »)[2].

Beffroi est peut-être issu d'un mot gallo-roman *BERFREDU, lui-même du vieux bas francique *bergfriþu, non attesté, restitué d'après le moyen néerlandais, berchvrede et le moyen haut allemand, bërcvrit / bërvrit, « tour de défense » (> allemand Bergfried, « donjon »). Ils remontent de manière ultime à l'étymon proto-germanique *bergafriþuz.

L'hypothèse d'un emprunt direct au moyen haut allemand ferait difficulté sur le plan phonétique, c'est pourquoi une autre étymologie par un hypothétique *bis-fridare composé du préfixe péjoratif bes-, ber-, sur le modèle de ex-fridare (« effrayer »), d'où *berfreer, d'où berfroi littéralement « effroi, cloche servant à donner l'alarme » (Spitzer dans Français moderne, t. 8, p. 320-322)[2], bien qu'aucune source ne fasse état d'un tel verbe.

Construction des beffrois[modifier | modifier le code]

Le plus ancien beffroi de France est celui de Millau, construit au XIIe siècle, mais il n'a eu un rôle communal qu'au XVIIe siècle. Celui de Poitiers a été construit en 1199, suivi par le beffroi d'Abbeville construit en 1209 à l'initiative du comte de Ponthieu.

Patrimoine culturel[modifier | modifier le code]

Dans certaines villes, des victuailles ou des objets sont lancés du beffroi à la foule massée à son pied lors d'une fête. Il s'agit souvent de traditions anciennes, interrompues puis remises à l'honneur. À Comines, la foule se dispute de grosses cuillers en bois nommées « louches ». À Armentières, les spectateurs attrapent de petits biscuits appelés « nieulles ». À Tournai, ce sont de petites pâtisseries en forme de bonshommes appelées « pichous ». Au carnaval de Dunkerque, on jette des harengs fumés. À Ypres, si la tradition voulait jadis qu'on lance des chats vivants, actuellement on se contente de lancer des chats en peluche.

Les villes de Belgique et du nord de la France sont célèbres pour leurs beffrois. Dans le Midi, on parle plutôt de campanile.

Les beffrois de Belgique et de France ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2005.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. .Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle.
  2. a et b « Beffroi », www.cnrtl.fr (consulté le 22 mai 2019).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc A. d'Asciano, Catherine Dhérent et Sam Bellet, Les Donjons de la liberté. Beffrois du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie, Lille, Éditions Du Quesne, 2006, 126 p. (ISBN 978-2909989266).
  • Jocelyne Denière et Lysiane Denière, Les Beffrois de Belgique et de France inscrits au Patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, Dunkerque, Éditions J. et L. Denière, 2008, 208 p. (ISBN 978-2-911327-26-1).
  • Sébastien Hamez, Petites histoires de beffrois. Flandre-Occidentale, Flandre-Orientale, Hainault, Nord, Pas-de-Calais, Somme, Lille, Éditions La Voix du Nord, 2000, 104 p. (ISBN 978-2843930270).
  • Marie-Lavande Laidebeur, Des beffrois et des hommes. Nord–Pas-de-Calais, Picardie, Flandre, Wallonie, Zélande, Lille, Éditions Geai Bleu, 2005, 224 p. (ISBN 978-2914670296).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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