Le Système B

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Le Système B est un film documentaire français créé par l'ONG Reporters sans frontières et diffusé en , qui fut très médiatisé car il a appelé « l'État, le CSA, l'Autorité de la concurrence et le législateur à intervenir »[pas clair] et dénoncé des « pratiques représentent un véritable danger pour la liberté de la presse, mais aussi pour la démocratie »[pas clair][1] et alerté contre la censure répétée d'enquêtes de journalisme d'investigation dans différents médias du groupe industriel et de services de Vincent Bolloré[2],[3],[4],[5],[1],[6],[7],[8], mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur « ses activités africaines », qui « représentent un tiers du chiffre d'affaires » du groupe Bolloré.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les inquiétudes exprimées dès mai 2014[modifier | modifier le code]

Malgré le succès de "Cash investigation" et "Spécial Investigation" , au début de la seconde moitié des années 2010, le site d'information Rue89 observe que les mots de « censure » ou d’« autocensure » se multiplient dans les rubriques télé des journaux[9] et s'inquiète, lors d'un débat de la Scam[9], en posant la question : l'investigation à la télévision est-elle menacée ?[9]. « Le journalisme d'investigation existe-t-il encore en France ? », demande même une conférence de à l'École Militaire[10].}}.

Si Hervé Brusini, rédacteur en chef du 20 heures de France 2 assure que'elle n'est pas menacée[9], d'autres sont plus réalistes. Le « territoire de diffusion de ces enquêtes se réduit considérablement »[11] quand des actionnaires reprennent la main sur des groupes de médias, constate Elise Lucet. « La vraie censure, ce sont les services juridiques », des grandes entreprises[9], estime un rédacteur en chef d’une grande agence de presse[9], tandis que Paul Moreira s'inquiète du fait que le soutien de la société de journalistes, ou des syndicats de journalistes ne suffisent plus à garantir la liberté[9].

Classement de la France au Palmarès RSF[modifier | modifier le code]

Carte des entraves à la circulation de l'information sur le réseau
  • censuré
  • surveillé
  • partiellement censuré
  • aucune censure

Les rapports de Reporters sans frontières sont des comptes rendus de référence sur l'état de la liberté de la presse et de la liberté d'expression en général. Ce classement annuel des pays sur la liberté de la presse prend en compte dans sa notation (à la base du classement) non seulement l'action et les règlements imposés à la presse par les autorités officielles du pays, mais aussi de nomnbreux autres critères. Selon le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, la France se situe à la 34ème place[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les onze témoins[modifier | modifier le code]

RSF a diffusé en ligne et produit ce documentaire[1], dans lequel « en 15 minutes, 11 témoins décrivent la mécanique d'emprise et d'intimidation mise en place par Vincent Bolloré lorsqu'il prend le contrôle d'un média ou lorsque des journalistes enquêtent sur ses activités industrielles »[1]. Le documentaire leur donne la parole quand il « dénonce les intimidations et menaces »[3] qui servent à des « atteintes répétées à la liberté de la presse et à l’indépendance des rédactions »[3].

Dès 2009, une « première enquête » du journaliste de France Inter Benoît Collombat décrivant certaines des activités africaines du groupe Bolloré avait été « pattaquée en justice », rappelle RSF. C'est à partir de là qu'on été poursuivis « quasiment systématiquement tous les journalistes, les associations ou les ONG qui vont évoquer ces activités africaines ».

Démarche méthodologique[modifier | modifier le code]

D'autres censures répétées ayant suivi, RSF a diffusé ce documentaire en 2021 pour en faire une alerte sur « un système d'évacuation du journalisme, voire d'extinction du journalisme »[6], en exigeant des propriétaires des médias, « quels qu'ils soient »[6], le respect du travail des journalistes, qui « n'ont pas à devenir des petits soldats de l'information »[6]. RSF y utilise cependant des « mots tranchants, qu’on croirait destinés à dénoncer la situation d’un lointain pays autoritaire », observe Le Monde[3]

L'objectif est d'éviter la situation apparue dans les années 2010 aux États-Unis avec un « un champ médiatique totalement polarisé, où des médias servent tel ou tel candidat et ne sont plus au service de l'information ou de l'intérêt public »[6].

Analyse des pratiques après la prise de contrôle d'iTélé en 2015[modifier | modifier le code]

Le documentaire analyse « la censure »[1] pratiquée après la prise de contrôle d'iTélé en 2015, avant qu'elle soit rebaptisée CNews et rappelle qu'après « un mois de grève, la quasi-totalité de la rédaction démissionne »[1]. Valentine Desjeunes, ex-secrétaire générale de la rédaction, y souligne que les journalistes ont été au total « une centaine à partir »[1].

Analyse des pratiques chez Canal+ depuis 2015[modifier | modifier le code]

"Le Système B" raconte aussi comment fut en 2015 interdit d'antenne au dernier moment, puis déprogrammé, « peu de temps après le rachat de Canal+, un documentaire sur le Crédit mutuel, partenaire financier du groupe », titré "Evasion fiscale, enquête sur le Crédit mutuel"[1] peu de temps après que ce dernier soit devenu actionnaire majoritaire de la chaîne cryptée. Cette censure avait été racontée par le magazine "Complément d'enquête"[1] en 2016. RSF a retrouvé plusieurs des journalistes y ayant travaillé, dont Nicolas Vescovacci, coauteur, et l'ancien rédacteur en chef adjoint de l'émission "Spécial investigation" sur la chaîne cryptée, Jean-Baptiste Rivoire}[1], qui déplore qu'ensuite, en juin 2016, « l'investigation a été supprimée de Canal+ »[1], et raconte ses efforts pour tenter de sauver ce qui faisait l'originalité de cette chaîne, en soulignant que Vincent Bolloré « gère par la terreur »[1] exercée contre ses rédactions, « parce que l'information est stratégique pour lui, donc les journalistes sont de petits soldats »[1]. Une « appréciation confirmée par Jean-Pierre Canet et Nicolas Vescovacci », les auteurs de ce documentaire [3]. La journaliste de radio Pascale Clark dénonce aussi, comme d'autres journalistes, « la brutalité totale »[1] des méthodes de Bolloré.

RSF a précisé que la diffusion d'un documentaire, procédure peu habituelle pour l'ONG[6], « n'est pas une prise de position sur la ligne éditoriale de CNews »[6] mais une série de « recommandations très précises »[6].

Les 7 sept recommandations[modifier | modifier le code]

"Le Système B" formule au total sept recommandations. L'une d'elles s'adresse directement à l’État pour exiger qu'il joue son rôle en intervenant afin de préserver « l’indépendance éditoriale en sa qualité d’actionnaire de Vivendi », contrôlé via une part minoritaire du capital détenu par la Caisse des dépôts et consignations.

Dans ses recommandations, Le Système B interpelle également le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et lui demande de « faire respecter l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information sur la base des conventions actuelles ». RSF incite également « le législateur à mettre en place un dispositif efficace contre les procédures bâillons »[5], armes de dissuasion pour museler les médias. Selon le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, la France se situe à la 34ème place[5].

Suites, après le documentaire[modifier | modifier le code]

Malgré les problèmes dénoncées par le documentaire de RSF, l'enquête télévisée indépendante est relancée en par la création de Off-investigation, site d'informations grand public indépendant, diffusé sur la chaîne YouTube et animé par une petite de journalistes d'investigation expérimentés, parmi lesquels Jean-Baptiste Rivoire, ex-rédacteur en chef-adjoint de Spécial Investigation sur Canal +.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m et n "Liberté de la presse : que montre le documentaire de Reporters sans frontières sur le groupe Bolloré ?" le 15/10/2021 sur France Télévisions [1]
  2. "RSF dénonce les «méthodes brutales» de Vincent Bolloré dans les médias" dans Le Figaro le 14 octobre 2021 [2]
  3. a b c d et e "Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré contre l’information" par Aude Dassonville, dans Le Monde le 14 octobre 2021 [3]
  4. "Vidéo. Vincent Bolloré : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce ses « méthodes brutales »", par l'Agence France-Presse reprise le 14/10/2021 par le quotidien régional Sud Ouest[4]
  5. a b c et d "Europe 1 ne digère pas la patte Bollo" le 22 juin 2021 dans Libération [5]
  6. a b c d e f g et h "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le 14/10/2021 sur France Culture [6]
  7. “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le 14/10/21 dans Télérama [7]
  8. "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le 24/11/2021 dans La Croix
  9. a b c d e f et g "Journalisme d'investigation à la télé : faisable, mais épineux" par Augustin Scalbert, le [8]
  10. Fabrice Arfi, « Le journalisme d'investigation existe-t-il encore en France ? », conférence prononcée le 20 mai 2014 à l'École Militaire à l'invitation de l'ANAJ-IHEDN, à partir de 2 min 40 s.
  11. Élise Lucet « L’investigation s’apprête à vivre des années difficiles », article d'Audrey Loussouarn dans L'Humanité le [9]

Articles connexes[modifier | modifier le code]