Affaire Robert Boulin

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Affaire Robert Boulin
Plan de Saint-Léger-en-Yvelines et de ses environs : l'étang Rompu, dans lequel le corps de Boulin se trouvait, se situe à l'intérieur de la seule boucle prononcée de la route qui relie Saint-Léger à Montfort-l'Amaury.
Plan de Saint-Léger-en-Yvelines et de ses environs : l'étang Rompu, dans lequel le corps de Boulin se trouvait, se situe à l'intérieur de la seule boucle prononcée de la route qui relie Saint-Léger à Montfort-l'Amaury.

Fait reproché Suicide par noyade et empoisonnement requalifié en assassinat par intoxication (affaire en cours)
Chefs d'accusation Suicide ou assassinat politique
Pays Drapeau de la France France
Ville Étang Rompu (forêt de Rambouillet) à Saint-Léger-en-Yvelines 48° 44′ 18″ N, 1° 46′ 30″ E
Date Entre le 29 et le (h 40)
Jugement
Statut Affaire en cours
• Affaire jugée en 1re instance : non-lieu rendu au tribunal de grande instance de Paris (1991)
• Affaire en appel : confirmation du non-lieu (1992)
• Affaire en cassation : confirmation du non-lieu (1992)
Date du jugement
Recours Le parquet de Versailles ouvre une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat » (2015)

L’affaire Robert Boulin est une affaire judiciaire française liée à la mort brutale de Robert Boulin, ministre du Travail en exercice, dont le corps est retrouvé au matin du 30 octobre 1979 dans l'étang Rompu de la forêt de Rambouillet. L'enquête menée par le SRPJ de Versailles conclut à un suicide. Cependant la thèse de l'assassinat est fréquemment évoquée.

En 1983, la famille Boulin, conseillée par l'avocat Jacques Vergès, dépose plainte contre X. L'information judiciaire menée pendant neuf ans aboutit à un non-lieu en 1992. Le non-lieu est confirmé en appel.

De nouveaux témoignages conduisent à l'ouverture d'une information judiciaire en 2015 pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat ». La fille de Robert Boulin assigne l’État français pour « faute lourde » en 2021.

Contexte[modifier | modifier le code]

Ascension politique de Robert Boulin[modifier | modifier le code]

Lors des élections présidentielles de 1974, Jacques Chaban-Delmas est candidat pour l’UDR, parti gaulliste. Mais une fraction de l’UDR, regroupée autour de Jacques Chirac, décide de soutenir Valéry Giscard d'Estaing. Celui-ci est élu et nomme Chirac premier ministre. Ce dernier, en désaccord et en rivalité avec le président, démissionne à l'été 1976. Il transforme en octobre 1976 l’UDR en un nouveau parti, le Rassemblement pour la République. Le RPR devient progressivement une force d'opposition au sein de l'Assemblée nationale, bloquant le vote de certains textes gouvernementaux[1].

Après la démission de Jacques Chirac, le président nomme Raymond Barre premier ministre. Il devient toutefois impopulaire du fait de sa politique de rigueur et du deuxième choc pétrolier, qui provoque un ralentissement économique. Giscard d'Estaing souhaite alors contrer la candidature de Chirac à l'élection présidentielle française de 1981. Pour ce faire, selon certains commentateurs, il pense pour une nomination à l'hôtel de Matignon à deux ministres RPR : ou bien de Robert Boulin, connu pour sa fibre sociale, ou bien d'Alain Peyrefitte'"`UNIQ--nowiki-00000008-QINU`"'2'"`UNIQ--nowiki-00000009-QINU`"'[réf. à confirmer]. Cependant dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing n'évoque à aucun moment cette éventualité[3].


Cette rumeur enfle et est révélée au grand public. Le 29 avril 1979, Alain Duhamel commence une interview avec Boulin sur la station de radio Europe 1 en disant : « chacun avait pu remarquer […] les longues louanges qui vous étaient décernées [par le président de la République]. Certains commentateurs en ont conclu que Matignon vous ouvrait les bras, dans un mois ou dans un an »[réf. nécessaire]. En août, Boulin est questionné sur la rumeur de sa nomination à Matignon au journal de 13 heures de France Inter[réf. nécessaire]. Le 5 octobre, en tant que député-maire de Libourne, Boulin accueille Giscard d'Estaing qui lui rend un hommage appuyé[4].

Le président Valéry Giscard d'Estaing (cliché du ), qui envisageait alors la possibilité de faire de Robert Boulin son Premier ministre.

Affaire de Ramatuelle[modifier | modifier le code]

Quelques jours après le déclenchement de l'affaire des diamants, le Canard enchaîné se fait l'écho d'une affaire d'escroquerie immobilière relayée quelques jours avant par le journal d'extrême droite Minute. Robert Boulin semble impliqué dans l'affaire[5] : en 1974, il avait acheté à Henri Tournet deux hectares à Ramatuelle pour y faire construire sa maison de campagne; or Tournet avait déjà vendu ces terres à des Normands en 1973, afin qu'ils y construisent des maisons. L'enquête fait apparaître que Tournet aurait remboursé à Robert Boulin le prix du terrain, en échange d'interventions du ministre auprès du préfet pour obtenir l'autorisation de construire 26 maisons supplémentaires. Le quotidien Le Monde consacre un article à l'affaire le 25 octobre[6]. Selon Valéry Giscard d'Estaing, « les premières insinuations contre Robert Boulin avaient filtré dans la presse au mois de juillet[3] ».

Cette affaire affaiblit Boulin politiquement. Décidé à combattre, il déclare sur Europe 1 qu'il dispose d'informations dont il ne peut pour le moment parler[7].

Derniers jours avant la mort[modifier | modifier le code]

Préparation de la défense (vendredi 26 au dimanche 28 octobre)[modifier | modifier le code]

L'emploi du temps du ministre du Travail est connu grâce au travail de la police judiciaire de Versailles. Cette dernière l'a reconstitué sur la base du témoignage de sa famille, de ses proches et de ses collaborateurs ministériels. Ce travail permet de connaître précisément l'emploi du temps du ministre jusqu'au lundi 29 octobre à 15 heures[8].

Le vendredi 26 octobre, Robert Boulin quitte son ministère pour se rendre à Libourne. Comme à son habitude, il rend visite à sa mère, qui est très âgée. Le samedi 27 octobre, il rentre à Paris, où il arrive dans la soirée. Le dimanche 28 au matin, il tape à la machine à écrire une longue lettre dans laquelle il donne sa version de l’affaire de Ramatuelle. Cette lettre est écrite en réaction à la polémique qui enfle, mais aussi car Boulin a été informé que le juge chargé de l’affaire de Ramatuelle a obtenu communication de ses comptes bancaires. Enfin, la lettre permet de répondre à l'article paru dans le Monde le samedi soir.

Le ministre se rend à son ministère afin d'effectuer des photocopies. Il revient à son domicile, et regarde la télévision en famille.

Réunion ministérielle et préparation de la riposte (lundi au matin)[modifier | modifier le code]

Le lundi matin, Robert Boulin se lève pour aller au travail. Selon son fils Bertrand Boulin, qui écrit un livre sur l'affaire publié quatre mois après les faits, Robert Boulin dit à Mme Boulin en se levant : « Ma vie est finie »[9]. Mme Boulin ne comprend pas[10].

Robert Boulin se rend à son ministère. Il participe à une réunion de son cabinet, et en organise une deuxième où il montre aux membres de son cabinet la lettre qu'il a écrite la veille. Ses collaborateurs critiquent le projet de réponse au Monde qu'il a rédigé le dimanche, le jugeant inadapté.

Peu après la réunion du matin, il demande à une secrétaire de reporter un rendez-vous prévu à 16 h 30 avec des syndicalistes[11].

Selon Francis Christophe, un de ses collaborateurs est chargé de faire remettre en main propre par porteur une lettre à Aristide-Patrice Blanck, son consultant pour les affaires de presse, et à l'un de ses avocats, Alain Maillot[12].

Déjeuner avec ses proches (29 octobre midi)[modifier | modifier le code]

Vers midi, Boulin déjeune avec son fils et son gendre, Eric Burgeat, conseiller au ministère[11]. Son fils lui montre dans l'hebdomadaire Minute un article qui, sans citer nommément, prétend aider un juge « qui se bat pour la vérité » et qu'on cherche à étouffer l'article citant un adulte qui a eu des relations sexuelles avec un mineur et qui affirme avoir rencontré Bertrand Boulin[10]. Son père lui demande alors le nom de ce juge[10] en estimant qu'il faut intenter une action pour se défendre, Bertrand Boulin ayant mentionné qu'il prévoit que ce juge le convoque à nouveau pour le confronter. L'article de Minute reproche à Bertrand Boulin d'avoir signé une des pétitions sur la majorité sexuelle concernant l'affaire de Versailles, ce dernier ayant dans sa « Charte des enfants » préconisé l’abaissement de l’âge de la majorité sexuelle, par un « consentement reconnu à l’enfant, à partir de 14 ans, pour tout acte affectif ou sexuel »[13].

La discussion aborde l'affaire de Ramatuelle. Robert Boulin déclare à son fils : « ma carrière est fichue », et « tu ne te rends pas compte à quel point cette histoire me trouble »[14]. Ils remarquent plusieurs enveloppes qui dépassent de sa poche, il répond qu’il s’agit du courrier de Libourne[11],[15].

Dossiers pris dans le coffre (29 octobre après-midi)[modifier | modifier le code]

Avant 15 h il reçoit brièvement, à sa demande Gaston Flosse, député de Polynésie. Flosse le trouve préoccupé au début de l'entretien[16]. Il ne dure que quelques minutes[16]. Il annule ensuite, exceptionnellement, un rendez vous avec des responsables syndicaux qui sont déjà dans le ministère[12], car il vient d'être convié à un rendez-vous extérieur urgent[12]. Un huissier rapportera l'avoir entendu dire : « Adieu mon bureau » avant de partir, selon France-Soir du [17].

Boulin accède au coffre du ministère. Il emporte avec lui quatre dossiers et une mallette[11]. Boulin regagne son domicile peu avant 15 heures 30, accompagné de son chauffeur et son garde du corps, l'inspecteur Authié[12]. Ce dernier témoignera sur procès-verbal qu'il l'a aidé à monter ces dossiers chez lui[12]. Parmi les quatre dossiers, se trouvent selon Francis Christophe celui des avions renifleurs de la compagnie pétrolière Elf[12].

Le ministre précise ensuite à son chauffeur et garde du corps qu'il a un rendez-vous extérieur[18]. Boulin repart vers 15 h 30, seul au volant de sa Peugeot 305 bleu métallisé. Montfort-l'Amaury est à une quarantaine de kilomètres de son domicile de Neuilly-sur-Seine, dont une partie par l'autoroute de l'ouest.

La corbeille à papier sous son bureau est vide[2] après son départ[12] car la femme de ménage a fait son travail, selon l'épouse du ministre[12], ce dernier ayant rédigé sa lettre d'explication sur Ramatuelle la veille, le dimanche[19],[12]. Selon le témoignage de la femme de ménage du ministre, la corbeille à papier était vide après le départ de celui-ci[20].

Perte de trace (29 octobre fin d'après-midi)[modifier | modifier le code]

Robert Boulin est aperçu par un témoin à Montfort-l’Amaury. Pierre G., directeur de société à Versailles, s'est manifesté spontanément le lendemain de la découverte du corps. Circulant en voiture le lundi entre 17 heures et 17 heures 30 à Montfort l'Amaury, il a croisé Boulin qui « seul et paraissant pressé, remontait la rue de Paris en direction de la place de l'Église »[21].

Un deuxième témoin témoigne en 2009, au micro de France Inter[16]. Il n'a pas reconnu le ministre, mais fait état d'une situation étrange dans l'après-midi. Une habitante de la commune de Méré, habitant en haut de la côte de Montfort-L’Amaury, près de la route menant de cette ville à Saint-Léger-en-Yvelines, qui longe, dans un virage, l'étang rompu, à moins de 5 kilomètres de son domicile[16], a vu une voiture arriver à toute allure dans son chemin habituellement désert[16]. La voiture était conduite par un homme dont elle n'a pas vu le visage. Cet homme a demandé son chemin à ses voisins, avant de faire demi-tour dans la précipitation[16]. Elle rapporte : « On s’est dit, c’est pas possible, ce type est poursuivi ! ». Le lendemain matin, lors de l'annonce du décès dans les médias, elle fait le lien avec le ministre[16].

Un troisième témoignage émerge dans le cadre de la nouvelle information judiciaire ouverte par le parquet de Versailles par la juge d'instruction, Aude Montrieux, le . Ce témoin rapporte avoir vu Robert Boulin, cette fois dans sa Peugeot 305 avec plusieurs hommes, dont une personne à l'arrière. Le témoin n'arrive toutefois pas à fixer d'heure. Il décrit les deux hommes accompagnant le ministre comme ayant « des visages assez fermés », « plus jeunes que M. Boulin » et ayant « des cheveux plutôt foncés »[22].

Denis Le Moal, employé du bureau de poste de Montfort-L'Amaury, remarque une dizaine de lettres à en-tête du ministère, tombées dans la boite postale vers 17 h 30[réf. nécessaire][12]. Certaines pèsent plus que 20 grammes, d'autres moins, observe-t-il, d'où le recours en principe à des timbres différents.

Disparition[modifier | modifier le code]

Visites au domicile (29 octobre au soir)[modifier | modifier le code]

La famille Boulin se trouve, pendant la soirée, au domicile des Boulin à Neuilly-sur-Seine'"`UNIQ--nowiki-0000008F-QINU`"'2'"`UNIQ--nowiki-00000090-QINU`"'. Bertrand Boulin passe la soirée avec sa mère, Colette Boulin, mais aussi son beau-frère Eric Burgeat, et Monique de Pinos, amie de sa mère et divorcée depuis 13 ans d'Henri Tournet.

Dans la soirée, deux collaborateurs ministériels du ministre visitent le bureau personnel du ministre. Toutefois, ce bureau est accessible de l'extérieur, et n'exige pas de passer par l'appartement. Ainsi, Bertrand Boulin ne parle pas de ses visites dans son livre de , Ma vérité sur mon père[10].

Guy Aubert, collaborateur du ministre, arrive à 20 h au domicile[23],[24]. Fabienne Boulin-Burgeat, fille du ministre, prévient Colette Boulin que son époux court un grand danger. Selon une autre source, Guy Aubert aurait même déclaré « il lui est arrivé quelque chose », mais un peu plus tôt, vers 18 h 30[12]. À la même heure, Jacques Douté, ami proche du ministre, qui tient un restaurant connu de Libourne, « L'Hôtel Loubat »[24], reçoit un coup de téléphone anonyme lui indiquant que son ami « est mort »[25],[24]. Cette version est confirmée par deux personnes présentes à ce moment-là, dont Bernard Sube, photographe pour l'actuel conseil départemental de la Gironde[24].

Une heure trente plus tard, vers 21 h 30[12], Aristide-Patrice Blank, ex-PDG de France-Soir et conseiller en communication du ministre, arrive au domicile. Comme Guy Aubert, il s'enferme lui aussi dans ce bureau, d'où on peut sortir vers l'extérieur du logement[12] et dont Guy Aubert est parti sans prévenir la famille[12]. Aristide-Patrice Blank est accompagné d'Alain Maillot, l'un des avocats de Boulin, et d'un troisième homme, le promoteur Roger Thiéry, inconnu de la famille Boulin[12]. Les deux premiers sont destinataires de la lettre rédigée par Boulin le dimanche et tapée par la secrétaire[12], à destination de la presse et permettant au ministre de se défendre, que leur a remise le matin même, en mains propres, son garde du corps, l'inspecteur Yves Autié[26].

Afin de mieux connaître les allées et venues au domicile, le juge Corneloup a souhaité rechercher et interroger les policiers qui étaient en faction 24 h sur 24 devant le domicile de Robert Boulin. Toutefois, les registres de présence du commissariat de Neuilly ont disparu et aucune audition de policiers n'a pu être faite[27].

Alerte de la disparition (29 octobre en fin de soirée et nuit)[modifier | modifier le code]

L'inquiétude monte au sein de la famille durant la soirée. Elle se rend dans le bureau pour y chercher des indices. Elle trouve dans la nuit des papiers déchirés dans la corbeille, dont des fragments d'une lettre, mentionnant, une fois assemblés, en quelques mots son suicide dans la forêt de Rambouillet. C'est Maxime Delsol, garde du corps de Robert Boulin, qui les voit le premier dans la corbeille. Il explique : « Ce jour-là, le , son fils, Bertrand, m'a appelé, affolé, pour me dire : « Qu'as-tu fait de mon père ? Il n'est pas rentré. » J'ai aussitôt crié à ma femme : « Il a fait une connerie ! » Je me suis précipité à son domicile, où son gendre a fini par fouiller son bureau. Dans la corbeille à papiers, nous avons découvert des fragments de lettres déchirées, où il annonçait sa décision d'aller se noyer dans les étangs de Hollande, un endroit où il aimait faire du cheval[28]. » Sur la bribe de lettre déchirée on peut lire : « J'ai l'intention de me noyer dans un lac de la forêt de Rambouillet où j'aimais beaucoup faire du cheval[29] ». Ces bouts de papier sont découverts vers 4 heures du matin selon L'Express[11].

Le fils de Robert Boulin se rend immédiatement dans la forêt de Rambouillet pour tenter de le retrouver son père, mais doit renoncer à cause du brouillard.

Découverte du corps, de la voiture, et autopsies[modifier | modifier le code]

Alerte des autorités publiques[modifier | modifier le code]

Selon Benoît Collombat, l'information de la découverte du corps serait en fait remontée dès deux heures du matin au sommet de l'État[24]. Christian Bonnet, ministre de l'Intérieur au moment des faits, affirme avoir été alerté de la mort de Robert Boulin le « entre h et h du matin[24],[30] ». Mais selon le commissaire Alain Tourre, chargé de l'enquête, « que le ministre de l'Intérieur Christian Bonnet et Marie-Thérèse Guignier, amie du procureur général Chalret, mis au courant de la disparition de Boulin et de la teneur alarmiste des messages retrouvés chez lui aient pu annoncer entre h 30 et h du matin qu'il était mort, n'a aucun caractère choquant[31] ».

Plusieurs sources[32],[33],[34] affirment que le conseiller de permanence au ministère de l'intérieur qui, dans la nuit du 29 au , aurait prévenu le ministre, aurait été Claude Guéant, alors responsable des affaires de sécurité intérieure au cabinet. Claude Guéant dit ne pas se souvenir avoir été le conseiller de permanence, et avoir appris l'information en réunion, « assez tôt le matin »[34].

Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin, dit avoir été convoqué à Matignon vers h du matin par Philippe Mestre, directeur de cabinet du Premier ministre Raymond Barre. Celui-ci aurait reçu, devant Yann Gaillard, un coup de téléphone. Après avoir raccroché, Philippe Mestre aurait confié : « On a retrouvé le corps. »[35],[24] Philippe Mestre a démenti ces allégations[36].

Marie-Thérèse Guignier, administratrice judiciaire qui fut membre des cabinets ministériels de Robert Boulin, dit avoir été réveillée dans la nuit du au , entre h 30 et h du matin, par un ami : Louis-Bruno Chalret, à l'époque procureur général près la cour d'appel de Versailles, lié au SAC et aux réseaux Foccart. Chalret lui apprend que l'on a retrouvé le corps de Robert Boulin dans les étangs de Hollande[37]. « Et là, il se couvre, il appelle tout le monde sur le REGIS (le réseau téléphonique interministériel de l'époque[a]), c'est-à-dire l'Élysée[37], Matignon, probablement l'Intérieur et la Chancellerie. ».

Il se rend immédiatement sur place avec une équipe d'hommes de confiance : « On a tout fait minutieusement, comme il fallait. J'ai tout surveillé. Rien n'a été laissé au hasard », aurait-il dit quelques jours plus tard à Marie-Thérèse Guignier, en qualifiant cette affaire de « truc à emmerdes ». Son amie résume ainsi le rôle actif qu'il a pu jouer cette nuit-là : « Chalret était l'homme qu'il fallait pour ce genre de choses[24] ».

L'ancien Premier ministre Raymond Barre déclare dans son livre L'Expérience du pouvoir[38],[24] avoir été prévenu vers h du matin « que l'on a retrouvé le corps de Boulin dans un étang de la forêt de Rambouillet » et que le ministre s'est donné la mort en se noyant après avoir avalé des barbituriques.

Victor Chapot, proche conseiller du président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, déclare, lui, avoir appris le décès à h du matin par un coup de téléphone d'Henri Martinet, un ancien collaborateur du ministre. Il se serait alors « précipité chez Giscard qui apprend la nouvelle au téléphone au même moment[24] ». Valéry Giscard d'Estaing, dans son livre de mémoires Le Pouvoir et la Vie, dit avoir appris la mort de son ministre à 11 h 30 du matin.

Le commissaire Alain Tourre, chargé de l'enquête, relativise ces supposées incohérences : « Que les autorités, Premier ministre en tête, aient été informées dans la nuit, Raymond Barre à trois heures du matin et d'autres bien avant, de la mort de Robert Boulin n'a rien de surprenant compte tenu des messages très explicites trouvés dans sa corbeille[39] ».

Lancement de la recherche[modifier | modifier le code]

D'après le dossier pénal, les premières recherches sont lancées le à h 25 du matin et le corps est retrouvé à h 40 par une brigade de gendarmerie. Burgeat informe dans la foulée son beau-frère de la découverte du corps peu après h 55[40]. Le directeur de la police judiciaire lance un avis de recherche à six heures du matin et le préfet des Yvelines envoie 250 hommes pour fouiller les étangs.

Découverte de la voiture de Robert Boulin[modifier | modifier le code]

Trace de boue et de réparation[modifier | modifier le code]

L'étang Rompu est situé à une cinquantaine de mètres de la route départementale. C'est sur un terre-plein entre les deux que la Peugeot 305 du ministre est retrouvée le lendemain matin, visible de la route, à h 35 le , par une patrouille de gendarmes motocyclistes menée par Francis Deswarte. La voiture est retrouvée le toit légèrement ouvert et les portes fermées à clé, sale et couverte de boue mais dans un chemin empierré, non boueux. Selon Georges Restoueix, garde forestier de la forêt de Rambouillet de 1971 à 1991, un colonel à la retraite lui a confié l'avoir vue vers 23 h au bord de la route.

La famille y retrouve, en la récupérant bien plus tard, des cassettes de dictaphone sous la banquette arrière, malgré la fouille préalable lors de l'enquête. Selon Frédéric Mesnier, beau-frère de Bertrand Boulin, cette voiture est retrouvée « réparée sur l'aile arrière-gauche, ainsi que sur une partie de la jupe arrière », alors qu'elle n'avait jamais été accidentée jusque-là[24].

Le colonel de gendarmerie Jean Pépin et ses hommes, qui recherchent le corps, voient immédiatement[41] des traces de pas allant de la voiture à l'étang, mais aussi « ressortant de l'étang » et « revenant de l'étang à la voiture »[42]. Il y avait des « traces de boues noirâtres, qui étaient de la boue de l'étang »[42] sur la voiture ainsi que des feuilles sur le siège[42] et le toit de la voiture[42], selon Jean Pépin, qui remarque ces traces car les gendarmes ont tout de suite pensé[42] que Boulin ne pouvait qu'avoir été amené dans l’étang déjà mort[42].

Empreintes, clés et faute d'orthographe[modifier | modifier le code]

Le commissaire Tourre, arrivé plus tard, explique qu'aucun relevé d'empreintes ne fut possible sur la carrosserie en raison de l'humidité ambiante et des multiples manipulations dont le véhicule avait été l'objet[réf. nécessaire]. Selon lui, une chemise cartonnée bleue, marquée « participation des salariés à l'amélioration des conditions de travail dans l'entreprise » fut retrouvée avec des feuillets dactylographiés en rapport avec un projet de loi[réf. nécessaire].

D'autres sources mentionnent au contraire une voiture abandonnée visiblement après des négligences, avec un dossier retrouvé vide, portant la mention « à n’ouvrir que sur ordre formel de ma part ». D'autres éléments n'ont pas été analysés : tache suspecte sur le tapis de sol, traces de doigt sur la carrosserie, mégots de Gauloises, alors que Robert Boulin ne fumait pas de cigarettes.

Les enquêteurs, qui n'ont pas encore les lettres revendiquant le suicide, trouvent un papier bristol sur le tableau de bord, indiquant que les clés « sont dans la poche droite de mon pantalon » mais elles sont retrouvées par terre[2], dans les feuilles, à côté de la voiture[42]. Aucune recherche d'empreinte ne fut effectuée car ce bristol était passé entre de nombreuses mains — à commencer par celles des gendarmes, selon le livre en 2012 du commissaire Alain Tourre[43].

L'écriture est celle de Boulin, selon l'expertise graphologique d'Alain Buquet, expert près la Cour d'appel, puis de deux autres en 1986[43] mais le mot « Embrassez éperdument ma femme le seul grand amour de ma vie. Courage pour les enfants », surprend la famille, quand elle découvre à son tour ce bristol, par son style indirect et la signature « Boby » qu'il écrivait d'habitude avec deux b.

Découverte du corps par les gendarmes et le réanimateur[modifier | modifier le code]

Arrivée des gendarmes et versions divergentes[modifier | modifier le code]

Francis Deswarte, chef à la brigade motorisée de gendarmerie de Poissy, appelée en renfort aux étangs, est le premier à apercevoir la voiture puis le corps du ministre à la surface de l’étang Rompu[44] et il en informe le commandant de la circonscription de gendarmerie d'Île-de-France Jean Pépin[42]. Ce dernier, interrogé trente ans après par France Inter[42], pense tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un suicide, au vu des premières constatations mais le jour de la découverte du corps, c'est un autre officier de gendarmerie, moins gradé, le lieutenant-colonel Charles Chevallereau, qui s'exprime d'abord dans les médias. Il est cité dans un article du Monde de quelques paragraphes envoyé à l'imprimerie à midi : « Le corps du ministre ne portait aucune trace de coups ou de lutte »[45].

Les versions divergent sur sa position, la tête sous l'eau ou pas, et la distance du bord de l'étang : cinq mètres selon le gendarme Francis Deswarte, pour qui « Robert Boulin n’est pas mort noyé, avait la tête hors de l’eau, regardait vers sa voiture »[46]. Selon le commissaire Tourre du SRPJ de Versailles, c'est sept mètres et seule la partie dorsale est apparente[43], la tête étant immergée. Deux témoignages recueillis en 2011 et 2016 viennent démentir ces déclarations. Dans 20 Minutes du , Francis Deswarte le gendarme, découvreur du corps du ministre, accuse les policiers d'avoir voulu lui faire changer sa version des faits dès 1979, et assure que « Boulin n'est pas mort noyé »[47].

Sortie du corps de l'eau[modifier | modifier le code]

Selon l'enquête de Benoît Collombat, sept gendarmes, deux policiers et un pompier, tous présents, contredisent sur procès-verbal la version des policiers sur l'existence d'un choc impromptu sur le corps du ministre à sa sortie de l'eau. C'est aussi le témoignage de Jean Tirlet, à l’époque adjoint au maire de Saint-Léger-en-Yvelines, qui a assisté à la sortie du corps de l’eau, témoigne dans le documentaire de Despratx et Nicolas de 2002 qu'il n'y a aucun rocher dans cet étang de zone marécageuse de la région parisienne, très proche de la route départementale, et qu'en outre le corps a été transporté face vers le ciel[b].

Il n'existe par ailleurs aucune bordure de pierre sur cet étang dont les bords sont en pente très douce, dans un sol meuble laissé à son état naturel[49],[c]. Dans le documentaire de Despratx et Nicolas, le témoignage de Jean Tirlet est confirmé par plusieurs gendarmes présents à l'étang Rompu ce matin-là[50], dont l'un est relativement complet et qui précise notamment que le corps n'a pas été traîné mais qu'il a été soulevé au-dessus de l’eau[d]. Le commissaire Tourre, présent sur les lieux, écrit quant à lui que « À l'endroit où il gît, l'eau est profonde de 60 à 70 cm. Deux plongeurs des sapeurs-pompiers vont l'en sortir avec difficulté, en le tenant chacun par un bras. Ils le tirent jusqu'à la berge, face contre terre, et le déposent plus que sèchement sur la terre ferme[21] ».

La police judiciaire de Versailles, prévenue dès 7 h 45[52], arrive alors qu'un hélicoptère est déjà présent[52], après que pompiers et gendarmes aient sorti le corps de l'eau et commencé leurs investigations. Les pompiers[43] ont aidé à soutenir le corps[42] pour le sortir de l'eau lentement[42], « à cinq ou six » : quatre pompiers sont chargés de porter chacun membre de Robert Boulin, tandis qu'un ou deux autres portent le tronc, avec « beaucoup de précaution »[42], même s'il n'y avait pas d'obstacles[42], ni tronc d'arbre ni rocher, selon le témoignage du colonel Jean Pépin à France-Inter en [42].

Selon ce dernier, interrogé par France Inter, la décision de transférer l'enquête au SRPJ de Versailles, du commissaire Tourre, prise après près seulement dix à quinze minutes, lui a été annoncée par le commissaire[42] sans que le procureur l'ait encore décidé[42]. Jean Pépin ordonne le repli à ses hommes, « fort marri de devoir céder la place », selon le livre écrit en 2012 par le commissaire Tourre, qui affirme arriver « au milieu d'un chantier indescriptible : véhicule ouvert, objets en cours d'inventaire, corps abandonné sur le bord de l'étang »[43].

Ce récit contredit les déclarations des policiers du SRPJ de Versailles sur procès-verbal en 1979 affirmant avoir été témoins de la sortie de l’eau du corps. Plusieurs d'entre eux ont des années plus tard formulé la thèse de chocs au visage par maladresse ou négligence, qui aurait causé les fractures. Parmi eux l'inspecteur Patrick Drut, avait parlé de « roche » dans l’étang, puis de chute du corps face contre terre dans l'eau, lorsqu'il avait été interrogé le à la suite de la seconde autopsie attestant de deux fractures au visage, mais lorsqu'il est interrogé en 2009 par le journaliste Michel Despratx de Canal+, il ne parle plus de roche mais de petit caillou et reconnaît que ce caillou n'a pu causer de fracture. Le policier Jean-Pierre Courtel, un quart de siècle plus tard, a déclaré à Corse-Matin[52], que les plaies vues plus tard sur les photos « n'ont pas pu être causées par la vase dans lequel reposait le corps » et à France Inter « espérer que la justice passera » et « que les assassins soient châtiés ». Selon lui, « aucune constatation n'a été faite sur les lieux »[52], le cadavre du ministre étant « très rapidement »[52] mis dans l'hélicoptère pour être transporté à l'hôpital Lariboisière puis à l'institut médico-légal[52].

Chaussures et portefeuille du ministre[modifier | modifier le code]

Un plongeur a remarqué que les chaussures du mort sont propres, alors que les chaussons des plongeurs, venus récupérer la dépouille, sont, eux, souillés de vase[53],[54]. Mme Anzani, présidente de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris, dans son ordonnance de non-lieu en 1992, affirme que les pompiers ont traîné le corps sur le sol, ce qui aurait eu pour effet de nettoyer le tout, mais c'est démenti par des témoignages diffusés par Canal + en 2002[55]/

Le procureur Robert Barbat[56] maintient cependant sa première version selon laquelle « le cadavre a été sorti de l’eau assez brutalement par les pompiers, qui l’ont tiré par les pieds face contre le fond de l’étang et ont heurté la bordure en pierre ».

Le portefeuille de Robert Boulin est resté sec, mais aucune information ne fut donnée sur l'endroit où il a été retrouvé. Cette allégation est réfutée par le commissaire Tourre, qui précise que le portefeuille en crocodile noir du ministre a été retrouvé à l'intérieur du vide-poches du véhicule[21].

Constat du médecin réanimateur[modifier | modifier le code]

Comme le veut la procédure, un médecin réanimateur est dépêché immédiatement sur place. Resté sur place « un quart d’heure », avant d’être « mis à l’écart » après l’arrivée des policiers et des différentes autorités à l’étang Rompu, il n'a pas touché le corps, l'examinant attentivement depuis la berge[46], et n'a pas été entendu lors de l'enquête initiale menée par le SRPJ de Versailles[22] : « Visiblement, nous n’étions pas les bienvenus », se souvient-il. Autre anomalie selon lui : aucun compte rendu écrit des pompiers de Rambouillet ne sera recherché, à l’époque par les enquêteurs. Pourtant, « j’ai dû faire un petit rapport [écrit] comme à chaque sortie », assure ce médecin réanimateur[46].

Lorsqu'une nouvelle enquête sera ouverte 37 ans plus tard, il signalera à la juge d'instruction Aude Montrieux le ses constatations lors de la découverte du corps : « Tout de suite, ce qui nous a sauté à l’idée, c’est qu’il était dans l’eau, mais pas dans la position d’un noyé. Il était à quatre pattes, un bras en l’air et un autre vers le bas. […] On avait l’impression qu’il avait été placé mort dans l’eau, parce qu’il n’avait pas la position d’un noyé dans l’eau. À priori, il devait être mort avant. […] Il était presque à genoux. […] Il était comme assis, c’est-à-dire qu’il était comme dans une position assise mais penchant vers le bas. […] Un noyé aurait été à plat sur l’eau. […] Il n’avait pas la position d’un noyé, pas du tout. […] Vu sa position dans l’eau, ce n’était pas possible que ce soit un suicide. » Ce témoin assure que le visage du ministre se trouvait « hors de l’eau, ce qui n’est pas courant, non plus, pour un noyé. Normalement, les noyés ont le visage dans l’eau. Son visage n’était pas totalement hors de l’eau, mais aux quatre cinquièmes hors de l’eau. Sa tête était un peu sur le côté, le visage tourné vers la berge. […] Toute la tête n’était pas sous l’eau. » Ce témoignage recoupe celui de l’ancien gendarme Francis Deswarte, présent sur place à l’époque, qui avait témoigné publiquement en 2011[57]. Le médecin réanimateur se souvient également de l’état du visage du ministre, « très traumatisé » et qu'un pompier lui a dit : « Tiens, on dirait qu'il sort d'une malle »[53],[54]. Il explique à la juge avoir « pensé [que Robert Boulin] avait été battu », à la suite d’ « une bagarre » car « il avait des ecchymoses sur le visage, des éraflures et le dos un peu bizarre, comme une bosse de buffle au niveau cervical bas. […] [Son visage] était éraflé, presque griffé. Je me souviens d’une bosse au niveau du dos. »[46].

Autopsie partielle de 1979 et rapport toxicologique[modifier | modifier le code]

Polémique sur les demandes de la famille[modifier | modifier le code]

Le corps du ministre est héliporté de l’Étang rompu pour l'amener à l'autopsie dans le laboratoire de toxicologie[58].

Le journaliste Jacques Derogy, qui croit au suicide, a raconté dans un livre publié dès 1981[8] que Marcel Cats, chef de cabinet de Robert Boulin[59], se disant mandaté par la famille, s'était opposé, pendant quatre heures, au « charcutage sacrilège » de la dépouille. La famille Boulin n'a cependant jamais demandé ce que Marcel Cats a prétendu qu'ils avaient demandé, selon l'enquête d'Envoyé spécial[53],[54],[59]. Et selon le documentaire de Despratx et Nicolas, diffusé 21 ans plus tard par 90 Minutes, le substitut du procureur de Versailles, Daniel Leimbacher, présent sur les lieux, avait rappelé que Marcel Cats ne représentait que le gouvernement[e].

Finalement expulsé par Jacques Bailly, médecin légiste, Marcel Cats a cependant obtenu selon Jacques Derogy qu'« on l’abîme le moins possible ». D'où selon lui l'accord du magistrat et des praticiens pour limiter le nombre des examens aux constatations habituelles des noyades, tout en conservant les prélèvements effectués sur les poumons et les viscères[60].

« L'examen du crâne n'est pas effectué sur directives du procureur de la République », peut-on lire dans le rapport d'autopsie, alors même que le visage de Boulin est largement tuméfié[59].

Commentaire des deux médecins légistes[modifier | modifier le code]

L'autopsie de 1979 est incomplète : elle n'est pas pratiquée sur la tête du ministre. Les deux médecins légistes étaient absents de l'autopsie[58]. Dans leur livre de 1993, il est précisé que Roger Le Breton n'aurait jamais accepté de participer à une autopsie incomplète et qu'il était le même jour appelé à une déposition dans un autre dossier, l'affaire du talc Morhange[58]. Selon ce livre, sans autopsie complète, et compte tenu des photos et de l'apparence du visage tuméfié, il s'imposait d'effectuer au moins des radios du crâne et les deux médecins présents à l'autopsie ont signalé par écrit les anomalies[58].

Mort sur le dos[modifier | modifier le code]

À la deuxième page du rapport d'autopsie de 1979, les médecins légistes Jacques Bailly et André Deponge signalent que les lividités cadavériques, concept très connu en médecine légale car permettant de certifier la position d'un cadavre dans les heures qui suivent la mort, sont au « niveau de la face postérieure du corps ». Comme si le corps était resté allongé sur le dos après le décès, alors qu'il a été retrouvé le ventre en bas dans l'eau, en contradiction avec la pesanteur, laissant présager qu'on a changé le cadavre de position, selon le traité Éléments de médecine légale, du Pr Léon Dérobert, qui fait autorité.

On peut « s'étonner qu'aucun magistrat ni aucun avocat n'en ait tiré parti plus tôt », souligne dès 1988 dans L'Express James Sarazin, journaliste spécialiste de l'Affaire Boulin, qu'il suivait déjà avant le décès[26].

Valium retrouvé dans le sang mais pas l'estomac[modifier | modifier le code]

Les médecins Roger Le Breton et Juliette Garat écrivent dans un rapport toxicologique d'une quarantaine de pages, rédigé après l'autopsie qu'« il a été mis en évidence dans le sang et les viscères des quantités importantes de diazépam, principe actif du Valium », mais pas dans l'estomac[61]. Dix jours après le décès, questionnée dans la presse sur le Valium, son épouse avait répondu qu'il peut venir de l'armoire à pharmacie où elle en avait en prévision de crises éventuelles de tétanie[19], même si elle ne l'avait pas utilisé depuis un an[19]. Sa fille se souvient qu'elle a répondu plus tôt aux enquêteurs que le tube était presque plein[61].

Les teneurs sont de 1,2 milligramme par litre de sang et 6,6 milligrammes par kilo d'échantillon dans les viscères[58], correspondant à une dose de 80 milligrames[61] soit deux fois la dose maximale prescrite par les médecins (5 à 40 milligrames)[61]. Ce calmant qui entraîne perte de vigilance et somnolence est parfois utilisé par les violeurs ou pour extorquer une signature[61], mais son effet est annulé par l'entrée dans une eau à dix degrés[61], Boulin étant par ailleurs réputé excellent nageur[61], très actif[61]. Il avait effectué dix jours avant un contrôle de routine avec tests biologiques et élecrocardiogrammes, ne montrant aucun problème, selon son médecin de famille, le docteur Boustra[61].

Mais dans son estomac, aucune trace de valium. L'estomac ne contenait ni alcaloïdes ni barbituriques non plus[61]. L'analyse y trouve les minuscules débris d'un comprimé qui n'a aucun lien avec ce type de médicament[61]. Le rapport de toxicologie montre qu'on lui a injecté du valium quelque temps avant le décès[61] car mort, il n'aurait pas circulé dans le sang.

Disparition de bocaux sous scellés[modifier | modifier le code]

Le , le docteur Juliette Garat découvre que les bocaux où étaient conservés, sous scellés, les échantillons de sang, ont disparu[58],[61],[62].

En 1984, ce sont les poumons qui sont déplacés et enterrés à Thiais puis jamais retrouvés[58]. Le , les médecins Roger Le Breton et Juliette Garat sont chassés du laboratoire de toxicologie malgré les dispositions statutaires l'interdisant[58], et une quantité d'archives importante est mise dans 50 cartons et sacs poubelles à la demande de la nouvelle directrice arrivée le jour même[58], avec ordre de les déposer dans un garage d'Ivry-sur-Seine[58].

Lettres posthumes attribuées à Robert Boulin[modifier | modifier le code]

Contenu[modifier | modifier le code]

La signature de Robert Boulin apparaît au bas d'une lettre dactylographiée de cinq pages et photocopiée à 14 exemplaires, tous expédiés de Montfort-l'Amaury (Yvelines) par la levée de 17 h 30 le , selon le postier qui les a vu dans la boite.

Le , lendemain de l'annonce du décès, l'Agence France Presse a publié intégralement le texte reçu, accompagné d'une photo montrant que ce n'est pas un original. Le ministre y annonce son suicide, en quelques mots, au tout début et à la toute fin[63],[64], mais le reste du texte ne l'explique pas : il est intégralement consacré à l’argumentation du ministre sur l’affaire de Ramatuelle, destinée à la presse.

Selon la famille, il s'agit d'un texte authentique de Robert Boulin, qu'il a écrit, mais auquel a été ajouté un début et une fin, ne correspondant pas au reste du texte. La première phrase de la première page, « J'ai décidé de mettre fin à mes jours », serait en effet décalée du reste du texte[65]. Or, cette phrase, ainsi que les dernières lignes, sont les seuls passages de la lettre à faire référence à une intention suicidaire[66].

Selon la police, la lettre se termine ainsi : « Un ministre en exercice ne peut être soupçonné, encore moins un ancien ministre du général de Gaulle. Je préfère la mort à la suspicion, encore que la vérité soit claire. Que ma famille, si unie et que l'on commence à attaquer scandaleusement, se resserre encore davantage dans le souvenir, non altéré, que je pourrai laisser où j'ai servi l’État et mon pays avec passion et désintéressement. Je vous prie de croire, Messieurs, à mes sentiments dévoués[67]. »

Dans certains envois, est joint à la lettre une bande de papier volante : « J’envisage de me noyer dans un étang de la forêt de Rambouillet où j’aimais beaucoup faire du cheval. Ma voiture 305 Peugeot est immatriculée 651 GX 92. ».

Huit ans plus tard, le juge Corneloup demandera le à la brigade criminelle de retrouver le postier de Montfort-l'Amaury pour éclaircir l'épisode des lettres posthumes qui font toutes le même poids, alors que, selon la déposition du postier de Montfort-l'Amaury, certaines faisaient moins de 20 g et d’autres un peu plus, nécessitant des timbres différents.

Selon la brigade criminelle, c'est impossible, car le postier serait alors en Guadeloupe mais il est retrouvé par des journalistes en consultant l’annuaire, et à ce moment-là affecté à un bureau de poste en Bretagne.

Authentification[modifier | modifier le code]

L'ADN du ministre ne figure sur aucune des lettres reçues. La presse n'a jamais publié de photographie d'un original des lettres.

Selon la police, l'exemplaire reçu par l'Agence France Presse serait l'original, mais le document n'est jamais apparu dans le dossier d'instruction. Il est resté introuvable[65], mais dans son livre le commissaire Alain Tourre affirme toujours que « ce n'est pas ce qui ressort de la procédure et des constatations qui affirment que l'on est bien en présence de la lettre originale (celle adressée à l'Agence France Presse) à partir de laquelle ont été réalisées des copies pour les autres destinataires[68]. »

Les policiers ont demandé à l'Agence France Presse de leur remettre ce qu'elle avait reçu. Elle leur a donné, après en avoir fait une photocopie. Selon le journaliste de l'AFP qui a publié des enquêtes sur l'affaire Boulin, son entreprise n'a pu donner aux policiers que ce qu'elle avait reçu: une photocopie. Dès réception, l'AFP a publié intégralement le texte reçu, ce qui a eu pour effet de dissiper les accusations contre Le Canard enchaîné formulées la veille par des hommes politiques de la majorité et du PCF: le texte ne se plaint à aucun moment du journal ou de la presse, malgré sa longueur de cinq pages.

Machine à écrire et rouleau encreur[modifier | modifier le code]

Selon Robert Barbat, procureur de la République à Versailles chargé de la supervision de l'enquête, une expertise a établi que la machine à écrire personnelle du ministre « a servi à taper les douze lettres adressées par Robert Boulin à des personnalités pour expliquer son suicide »[69]. Le livre du commissaire Alain Tourre affirme même que « le commissaire Edy Kling […] prend la précaution d'effectuer sur la machine à écrire Olympia une frappe de référence dans la perspective d'un examen technique ultérieur. Les travaux sont effectués par l'IPP Bernus, chef du SRIJ de Versailles […]. Il conclut que le projet de réponse destiné au Monde et le message alarmiste faisant état des intentions suicidaires de Boulin, ainsi que la lettre posthume adressée à l'AFP et son annexe ont bien été tapées sur ladite machine à écrire. La ligne décalée « J'ai décidé de mettre fin à mes jours » où l'on retrouve les mêmes alignements et les mêmes caractéristiques de chasse, a également la même origine de frappe[70]. »

Mais selon les partisans de la thèse de l'assassinat, le rouleau encreur de la machine à écrire du bureau de Robert Boulin n'aurait pas été saisi immédiatement. L'inspecteur qui interroge Éric Burgeat, le , tape sa déposition sur la machine du ministre comme l'indique la déposition elle-même. La machine fut saisie plus tard et aurait disparu dans les locaux de la police judiciaire.

Témoignage de la secrétaire du ministre[modifier | modifier le code]

Le témoignage de la secrétaire du ministre a révélé que la lettre reçue en différentes versions par la poste était un montage de photocopies, ajoutant quelques mots mentionnant un suicide à une lettre n'en parlant pas. Françoise Lecomte a ainsi déclaré que le jour même de sa disparition, le , Robert Boulin lui a fait taper une lettre qui ressemble mot pour mot à la lettre posthume attribuée, un peu plus tard, au ministre, excepté les mentions suicidaires du début et de la fin[24].

Françoise Lecomte s'est aussi étonnée que les lettres reçues soient sur un papier à en-tête obsolète du « Ministère du Travail », que Robert Boulin n’utilisait plus à cette époque car disposant d'un nouveau papier à en-tête du « Ministère du Travail et de la Participation »[24]. De plus, le nom de Robert Boulin apparaît dans le premier tiers gauche de la dernière page, alors que celui-ci l'inscrivait systématiquement à droite[24].

Cette lettre aurait été jugée trop passionnée par ses collaborateurs lors de la réunion de cabinet du selon le livre de 1981 des journalistes d'investigation Jacques Derogy et Jean-Marie Pontaut qui affirment au contraire que ce courrier a été tapé à la machine par Robert Boulin, à son domicile, le dimanche [67]. Le ministre serait retourné au ministère en fin de journée le dimanche pour le photocopier en une dizaine d'exemplaires puis l'aurait jetée au panier le lundi en début d'après-midi, en même temps que quelques exemplaires de sa lettre « posthume »[67].

Destinataires[modifier | modifier le code]

Chaque exemplaire destiné à une personne en particulier porte une annotation personnalisée de la main du ministre. Celui reçu par le commissaire Samissoff, de Neuilly, est notamment annoté : « Pour recherche et rendre compte » et comporte des informations sur la personne à prévenir en priorité (Eric Burgeat) et la localisation de l'étang. Celui reçu par Alain Ribert, correspondant du journal Sud-Ouest à Libourne, comporte la mention manuscrite : « Merci à la constante amitié des Libournais qui savent ma rigueur et mon honnêteté en 20 ans de gestion. »

Les lettres adressées à l'Agence France Presse et au journal Minute ne sont pas annotées. Parmi les autres destinataires, Alain Peyrefitte[f], Maître Maillot, le bâtonnier Bondoux [71], Achille Peretti, maire de Neuilly, Jean Mauriac, Patrice Blank et Gérard César.

Jacques Chaban-Delmas[g] aurait, lui, reçu deux lettres, une à l’assemblée nationale le mercredi 31 octobre 1970, et une autre quelques jours après le décès du ministre à la mairie de Bordeaux, devant Éric Carlsberg, expert foncier et membre du Grand conseil de Bordeaux de 1977 à 1995, qui n’a jamais été versée au dossier judiciaire : quand un juge d’instruction réclame, le , cette lettre à Chaban-Delmas, celui-ci explique l'avoir égarée. Éric Carlsberg assure que Chaban-Delmas lui aurait expliqué que la lettre reçue devant lui « était un faux et qu'à ses yeux, Robert Boulin avait été assassiné » ; la signature de Robert Boulin à la fin du courrier « comportait une mention secrète utilisée par les deux hommes dans la Résistance », censée signifier que le contenu de la lettre était faux[73].

Le médecin Pierre Simon[h]) reçoit le même courrier mais ne souhaite pas faire état de l'annotation personnelle qui y est portée. Il expliquera cependant : « La lettre que j'ai reçue comportait deux lignes manuscrites qui sont parfaitement authentiques. Non seulement il s'agit bien de l'écriture de Robert Boulin, mais il emploie des mots et des expressions que nous partagions […] Pour moi la conclusion est claire : il s'est donné la mort par raison d'État[75]. »

Photos obtenues en 1981 et contre-autopsie de 1983[modifier | modifier le code]

Photos obtenues en [modifier | modifier le code]

La famille a réclamé des photos du corps à sa découverte et contesté les affirmations du procureur selon lesquelles elle aurait refusé l'autopsie complète. Ces photos n'ont été obtenues par son avocat qu'en , 15 mois après le décès. Deux versions contradictoires vont alors exister, concernant les poumons de la victime, qui ne témoigneraient pas d'une noyade et son visage, qui aurait reçu des coups, avec un ou des objets.

Ces photos montrent un saignement de nez qui semble incompatible avec une noyade, un visage bleu et enflé qui pourrait montrer qu'il aurait été battu[76]. Les enquêteurs ont effectivement relevé, une fois le corps de Robert Boulin sorti de l'eau, de légères « érosions » et des ecchymoses dans la zone frontale, au niveau de la paupière et de la pommette droite, au-dessous de l'œil gauche et de légères coupures au niveau de l'arête nasale, sous le nez et sur la lèvre supérieure[21]. Le visage est d'une couleur rouge violacée, de même que la partie supérieure du tronc.

Les photographies de l'identité judiciaire montrent que Robert Boulin porte une entaille à la limite du poignet et de l'avant-bras droit [réf. nécessaire] alors qu'il a été démontré que celui-ci ne s'était fait aucune blessure à cet endroit jusqu'au départ de son domicile. Cependant l'ordonnance de non-lieu ne fait pas état de cette blessure, qui n'a pas donné lieu à une analyse ou une expertise[21].

Contre-autopsie de [modifier | modifier le code]

Demande d'examen anatomopathologique du [modifier | modifier le code]

Le , l'avocat de la famille Jacques Vergès demande un examen anatomopathologique, afin de comparer les particules contenues dans les poumons du ministre avec des prélèvements d’eau de l’étang Rompu.

Cette analyse n'est jamais effectuée en raison de la disparition des poumons du défunt, au cours de l'année 1984, et les prélèvements d’organes conservés à l'Institut médico-légal sont tous détruits.

Le préfet de police de Paris, M. Jean Daubigny, ordonne la destruction de la série bis des prélèvements. La destruction est exécutée par Michelle Rudler, directrice de l’Institut médico-légal, sans que la famille ni le magistrat instructeur en soient avertis, alors que seule l'autorité judiciaire est habilitée à prendre cette décision. Un courrier de l’expert de l'Institut médico-légal dépositaire des scellés, le professeur Roger Le Breton, avait pourtant informé le préfet Jean Daubigny de toutes ces modalités et insisté sur la nécessité de conserver ces prélèvements.

Le  : avec son nouveau conseil, René Boyer, la famille Boulin obtient du garde des Sceaux Albin Chalandon l'aide judiciaire pour financer les coûts d'exhumation des bocaux contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre censés se trouver sous un monument à la gloire des donneurs d’organes, au cimetière de Thiais.

Après des fouilles infructueuses au cimetière de Thiais, la famille Boulin découvre que les ultimes prélèvements d’organes du ministre n'y sont pas enterrés, contrairement à ce que la justice et la police avaient indiqué.

La partie civile doit porter alors plainte pour « destruction de preuves ». Plus tard la justice reconnaît l’élément de fait (les preuves ont bien été détruites) et la demande fondée en droit (les pièces ne devaient pas être détruites), mais la partie civile est déboutée, « l’intention de nuire » n’étant pas reconnue.

Hématomes, fractures faciales et traces de corde[modifier | modifier le code]

Une contre-autopsie est ordonnée en 1983 à la demande de la famille de Robert Boulin, qui dénonce des incohérences nombreuses[41] qu'elle a découvertes dès le début 1981 sur les photos : visage meurtri comme s'il avait été passé à tabac[41], fractures du visage[41], aucune trace de boue sur ses chaussures[41], corps trouvé sur le ventre alors qu'il est mort sur le dos[41], et prélèvements disparus[41].

Cette deuxième autopsie est effectuée le à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux après exhumation du corps, par les professeurs Pierre L'Épée, Henri-José Lazarini et Gérard Delorme[77]. Ses résultats sont connus quelques jours après[78]. Les trois médecins légistes bordelais estiment que la première, réalisée en 1979, a été « bâclée » et « incomplète », avec par conséquent « des conclusions peu démonstratives »[24].

Les légistes constatent que le corps a subi des soins de thanatopraxie et un embaumement « illégal » et « clandestin »[24]. Ils concluent à « un traumatisme appuyé du massif facial, du vivant de Robert Boulin »[24], sans se prononcer sur son origine ni ses conséquences[24] : ce traumatisme appuyé peut avoir contribué au décès, ou l'avoir causé, mais ce n'est pas non plus suffisant pour qu'il soit « crédité » du décès[79] à lui seul.

L’assistant qui réalise cette deuxième autopsie se dit « surpris » et « choqué » car il a clairement identifié comme une « trace de corde circulaire au poignet droit » et « un hématome derrière la boîte crânienne », gélatineux, bleuté, qui ne peut s'expliquer par la position dans le cercueil. Sa conclusion est : « Pour moi, il a été assommé ! »[24].

Le docteur Daniel Jault, qui assista également à l'autopsie, explique des années plus tard : « On a tous pensé qu'il avait été liquidé[80] » mais reconnaît : « […] je n'ai pas de preuve ! Je n'ai qu'un faisceau d'éléments concordants sur lequel j'ai bâti ma conviction. Mais il était impossible d'établir les choses de façon certaine. Le rapport scientifique ne pouvait pas aller au-delà de ce qui a été écrit[80]. »

La « trace de corde au poignet », visible sur les photos de la sortie du corps de l’eau ne correspond pas à une blessure antérieure selon Alain Morlot, kinésithérapeute de Robert Boulin, qui l'a massé la veille de sa disparition[e].

Selon les contre-experts, la radiographie très partielle du crâne, réalisée par Francis Kannapell lors de la première autopsie, n'avait pas permis de déceler deux fractures faciales au nez et au maxillaire gauche. Interrogé deux décennies plus tard, par téléphone, dans le documentaire de Despratx et Nicolas diffusé en 2002 dans 90 Minutes sur Canal+, ce radiologue reconnaît qu'il s'était limité à la recherche de balles, donc avait sur consigne volontairement restreint ses investigations[e].

De son côté, Claude Richir, ancien responsable du laboratoire de l’hôpital Pellegrin, déclare avoir constaté une fracture des os propres du nez, pouvant difficilement résulter d'une chute. On doit, selon lui, envisager la possibilité d'une mort « consécutive à de petites hémorragies multiples diffuses dans le cerveau, comme chez les boxeurs après un KO mortel ».

Requête contre le procureur et plainte en diffamation[modifier | modifier le code]

Le  : Bertrand Boulin déclare à la presse avoir vu des dossiers sortis par son père avant sa mort en  ; ils concernaient Elf, Dassault, la Sécurité sociale et l’Arabie saoudite.

Au même moment, la fille d’Alexandre Sanguinetti[81], cofondateur du Service d'action civique (SAC), révèle que son père lui avait dit que « les dossiers de Boulin concernaient une série de facturations diverses et variées de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment du RPR[24] ».

L'autopsie du a entretemps été complétée par des examens les 6 et , mais c'est seulement le après la déclaration de Bertrand Boulin le que Colette Boulin et ses deux enfants sont reçus par Michel Maestroni, juge d'instruction, pour leur présenter les résultats du rapport d'autopsie.

Le lendemain de cet entretien, , à la suite de la communication officielle des résultats de la deuxième autopsie, venus sur les marches du palais de justice de Paris, la famille Boulin rend publique une requête adressée au procureur de la République de Versailles Robert Barbat, dénonçant son « imposture », sa « forfaiture » et ses « communiqués mensongers »[82]. Ils l'accusent d'avoir ordonné en 1979 au médecin-légiste « de se livrer à une autopsie incomplète[83] » et d'avoir voulu « soustraire les assassins au bras de la justice[84]

La requête conteste, entre autres, l'embaumement pratiqué sur le corps sans l'accord de la famille, en évoquant un maquillage de cadavre et une « momification comme Toutankhamon ». Le magistrat Robert Barbat réagit en qualifiant ces initiatives de « terrorisme intellectuel au sein de la procédure pénale »[60].

Le ministre de la justice, Robert Badinter, porte plainte le surlendemain contre Colette Boulin et ses enfants pour diffamation envers un fonctionnaire public[84]. Cet épisode entraîne cependant le dépaysement de l'instruction, souhaité par la famille. Elle est reprise, cette fois à Paris, par Yves Corneloup[85].

À la suite de cette plainte, la famille est condamnée quatre ans après à verser 8 000 francs pour diffamation envers un magistrat[86], le jugement déclarant que les prévenus « ne pouvaient, au motif que celle-ci ne répondait pas à leur attente, s'attaquer à un magistrat du parquet pour le rendre responsable de manquements professionnels particulièrement graves[86]. ».

Polémiques de [modifier | modifier le code]

La plainte en diffamation de Robert Badinter est suivie de trois articles dans le quotidien Le Monde du .

  • Un éditorial de Bruno Frappat y dénonce le « lent travail de la calomnie » et « une famille qui n'a pas pu, plus de quatre ans après le drame, faire le deuil de son héros et tente un exorcisme où paraît entrer un désir désespéré d'éloigner tout sentiment de culpabilité » et son avocat doué pour « la provocation permanente » mais aussi « sur les ondes surtout -des relais pour transmettre fidèlement, et en toute hâte, les thèses les plus folles de la partie civile »[84].
  • Un autre article à charge, de Laurent Greilsamer, accuse aussi la famille et son avocat Me Vergès d'« agrandir et exploiter » une « une part de querelle d'experts » et reproduit cette phrase alambiquée des contre-experts « nous estimons que s'il y a eu traumatisme appuyé du massif facial du vivant de Robert Boulin […] on ne peut cependant totalement éliminer une manipulation brutale du cadavre après sa découverte » ou « une lésion osseuse produite par aiguille de Reverdin (aiguille chirurgicale) ou autre lors de la solidarisation labiale (manœuvre de présentation du corps à la suite de l'autopsie) »[79],[87].

Un troisième article du Monde du , de Claudine Escoffier-Lambiotte, responsable de la chronique médicale, justifie le fait qu'il n'y ait pas eu de recherche de diatomées dans les poumons ni de prélèvement d'eau de l'étang pour comparaison, argument repris en 2012 dans le livre du commissaire Alain Tourre, chargé en 1979 de l'enquête à la PJ de Versailles, selon qui la présence d'eau dans l'estomac et les tissus pulmonaires suffit à « apporter la preuve de cette noyade »[31]. « Un tel examen histologique (des tissus pulmonaires) ne relève-t-il pas du pinaillage lorsqu'on sait, par la première autopsie, que l'estomac était rempli d'eau, que les poumons étaient également gonflés d'eau, qu'ils présentaient des lésions d'ecchymoses caractéristiques et qu'une mousse aqueuse emplissait la trachée jusqu'aux grosses bronches[88] ? », s'emporte Mme Lambiotte, reprenant des informations policières rapidement invérifiables, ces poumons placés sous scellés, ayant disparu dès 1984, tout comme la langue et le larynx[76], l'affirmation qu'ils ont été enterrés à Thiais se révèlant ensuite erronée[e] car ils ont été brûlés, selon des investigations ultérieures[89].

Dans son ouvrage de 1992, Morts suspectes[75], le médecin légiste Raymond Martin, qui a lu les deux rapports d'autopsie, regrette, lui, l'absence d'examen anatomo-pathologique qu'il explique par un « consensus » prévalant selon lui en faveur du suicide, et qu'il partage, ainsi que par la volonté des proches du ministre, qu'ils ont pourtant démentie.

Les suites: le rapport d’expertise médico-légale en 2020[modifier | modifier le code]

Un nouveau rapport d’expertise médico-légale est ordonné par le juge d’instruction — un an et demi après la demande de Marie Dosé, avocate de Fabienne Boulin —.

Ce nouveau rapport d’expertise médico-légale établit, le , qu’« il est impossible d’affirmer que Robert Boulin se soit suicidé par noyade dans l’étang profond de 60 centimètres d’eau et de vase »[90].

Réactions immédiates le jour du décès et les suivants[modifier | modifier le code]

Accusations des politiques et médias contre le "Canard Enchaîné"[modifier | modifier le code]

Parti communiste français[modifier | modifier le code]

Avant tous les autres leaders politiques, le numéro un du PCF Georges Marchais dénonce dès le mardi matin la presse[91] et ses « campagnes de discrédit personnel, nourries d'affirmations sans preuves, d'allusions perfides, de manipulations de faits déformés ou grossis ». Selon l'éditorial de L'Humanité, « la campagne du Canard a abouti à la mort d'un homme »[92]. Georges Marchais en voulait à l'hebdomadaire satirique, qui venait de rappeler son séjour en Allemagne sous l'Occupation[92],[93]. Dans son édition du 23 mai 1979, l'hebdomadaire satirique avait en particulier reproduit sous le titre : « En surviol de la vie privée - Les mouchards de l'État » l'en-tête et de la conclusion, à ce sujet, d'une note de synthèse des Renseignements Généraux datant de mai 1976, déjà reprise en Allemagne par le magazine Stern[93].

Une semaine après, Georges Marchais se justifie personnellement de ses propos dans l'Affaire Boulin, où il est, selon ses propres mots, accusé d'avoir « mis en péril la liberté de la presse »[91], car cette « démarche a choqué, au sein du parti communiste », face à ceux qui, comme Georges Séguy, membre du bureau politique du PCF et par ailleurs numéro un de la CGT, pensent que « lorsqu'on exerce des responsabilités publiques, on ne doit redouter aucune investigation dans sa vie »[91]. Il répond le 8 novembre dans un éditorial de "L'Humanité" en estimant que les crises politiques provoquées par des scandales ont toujours, en France, « profité à la droite, voire à l'extrême droite »[91].

À partir de l'affaire Boulin, Georges Marchais est « parvenu à imposer un certain silence à son sujet, par l'intimidation sans nuances » au sein de la presse et de son parti, selon la biographie écrite l'année suivante par le journaliste Nicolas Tandler[93].

Giscardiens[modifier | modifier le code]

Côté giscardien, on n'a pas digéré l'Affaire des diamants de Bokassa, révélée le , peu après la chute du despote africain, par le même Canard enchaîné, qui en fait un feuilleton. En sortant de l'Élysée, le premier ministre Raymond Barre termine son éloge de Boulin par « je vous demande de méditer sur ce que peuvent être les conséquences de certaines ignominies d'une grande bassesse ». L'après-midi, le ministre de l'Intérieur Christian Bonnet déclare au Sénat qu'« on peut tuer par la plume autant que par l'arme » et à la tribune de l'Assemblée nationale, le président et ex-premier ministre Jacques Chaban-Delmas parle « de cet assassinat qui atteint la France et la République », autre allusion à un assassinat par la presse.

RPR[modifier | modifier le code]

Pour tenter de rendre compatible la thèse du suicide avec la minceur de l'affaire de Ramatuelle, des ennuis familiaux avaient parfois été imaginés, malgré une famille très unie, éventuelle allusion à la menace d'article contre Bertrand Boulin. Le Monde observe ainsi que « dès le matin du décès, M. Chaban-Delmas avait expliqué à M. Chirac ce geste par des ennuis familiaux. Dans ces conditions, la perspective d'une affaire judiciaire mettant son nom en cause n'aurait été qu'un détonateur […][94]».

Seulement trois journaux avaient évoqué l'affaire, dont deux qui avaient accepté de rencontrer le ministre[92]. Dans un article très court, Minute avait simplement ironisé sur le fait que Boulin a commis une boulette par maladresse[92], en tombant dans un piège d'Henri Tournet. Le Canard Enchaîné, après avoir rencontré le ministre, s'était demandé ce que le juge pourrait penser de sa lettre au préfet de 1973[92], tandis que Le Monde avait exprimé son scepticisme sur l'importance réelle de l'affaire de Ramatuelle, dans une longue enquête détaillée, publiée en deux articles, au « ton modéré »[92] et plutôt favorable au ministre[92], cependant déçu d'une citation anonyme disant que personne n'est tout blanc ou tout noir[92], comme le relatera Bertrand Boulin dans un livre écrit en quelques semaines, publié au tout début de 1980, dans lequel il rappelle que son père, 59 ans, hésitait, dans les jours précédant sa mort, à démissionner pour avoir les coudées franches et mieux défendre son innocence.

Télévisions publiques[modifier | modifier le code]

A 12 h 45, le journaliste Patrick Lecocq annonce que le ministre « s'est vraisemblablement suicidé » en ouverture du journal d'Antenne 2, puis la journaliste Danièle Breem, correspondante parlementaire de la chaîne annonce qu'il se « serait bourré de barbituriques […] serait entré dans l'eau des étangs de Hollande et sans doute serait-il tombé »[18]. Dans le même journal, le Premier ministre Raymond Barre dénonce des ignominies et Jacques Chaban Delmas la calomnie, tout en confirmant qu'on lui a dit que Robert Boulin lui a écrit[18].

Danièle Breem affirme à l'antenne que ses collaborateurs « se souviennent de l'avoir vu lui-même taper sur sa machine du ministère une série de lettres. Or sa secrétaire dit en avoir posté deux mais on ne sait pas s'il a envoyé les autres et à qui »[12]. L'enquête d'OWNI révélera que la journaliste a été informée dès son arrivée à l'Assemblée nationale par Patrick Ollier, conseiller au cabinet du ministre de la Justice Alain Peyrefitte[12], intoxiquée : les lettres n'ont pas été postées mais transmises par porteur[12] et pas tapées par le ministre lui-même[12] qui n'avait pas de machine personnelle au ministère[12].

Bertrand Boulin est interviewé très ému par la 3e chaine alors qu'il vient d'apprendre le décès de son père: « On l'a mis en cause, ça l'a bouleversé. […] On a beau être solide, lorsque l'on vient sur un certain nombre de terrains, […] malgré votre solidité et […] à cause de votre solidité car l'équilibre est fragile, à cause de cette solidité je crois qu'on est fragile », avait-il déclaré[95].

« Tout le monde était effondré, catastrophé » au Canard enchaîné[92], se souviennent ses journalistes. Les télévisions, alors toutes publiques, s'invitent même à l'imprimerie[92]. Aux reporters des télévisions qui y débarquent le mardi matin sans prévenir, le rédacteur en chef Claude Angéli rappela que personne de leur chaîne ne s'était présenté lorsque le journal avait fait de graves révélations sur l'affaire des diamants de Bokassa.

Agence France-Presse[modifier | modifier le code]

À l'annonce du décès, dans la matinée, l'Agence France-Presse (AFP) diffuse une série de dépêches ayant pour titre, avec un point d'interrogation « Une nouvelle affaire Salengro ? »[92], car plusieurs politiques polémiques accusent le "Canard Enchaîné" et parlent déjà de suicide. Mais cet article et son titre sont fortement critiqués par les syndicats de journalistes et le directeur de l'information de l'AFP Jean Huteau, qui désavoue la dépêche en pleine conférence de rédaction. Dans un livre de 1992 il répètera que « le rapprochement avec l'affaire Salengro a été fait à la demande d'un rédacteur en chef adjoint et implique une cascade de prises de positions inadmissibles pour une agence », tenue par la loi à un statut de neutralité et effectuées « sans preuves » ni source qualifiée.

« Croyant nous accabler, les grands moyens officiels et officieux d'information n'ont pas manqué - avec quel empressement - d'évoquer l'affaire Salengro », dénonce alors le "Canard Enchaîné" du 31 octobre, qui rappelle n'avoir à aucun moment « failli à la déontologie » et avoir « publié son article après avoir rencontré, à sa demande, le ministre du travail, entrevue qui a été vivement reprochée à Robert Boulin le lendemain matin, en plein conseil des ministres, par M. Giscard d'Estaing », Robert Boulin ayant par ailleurs pu aussi faire « paraître une mise au point à l'AFP »[96].

Mais le lendemain du décès, l'AFP publie sa longue lettre, intégralement, accompagnée d'une photo du document attestant qu'il ne s'agit pas d'un original mais d'une photocopie. Le texte ne dit pas un mot de l'hebdomadaire, ni de la presse en général[92] mais dénonce explicitement « un garde des sceaux plus préoccupé de sa carrière que du déroulement de l'instruction »[92] et le « maître chanteur » Henri Tournet[92]. Les dépêches AFP sont lues en conseil des ministres et indisposent le président de la République. La figure gaulliste Jacques Chaban-Delmas, ami de Boulin, qui avait visé le Canard enchaîné « rectifie ses accusations »[92], s'en prenant cette fois à celui qui a transmis des dossiers[92] et dès lendemain, il rectifie car « mieux informé des dessous politiques de l'affaire », observe L'Express de la même semaine.

L'hebdomadaire satirique consacre cependant encore deux éditoriaux à se défendre la semaine suivante et le 9 novembre, son éditorial estime que « les télescripteurs de l'AFP ont servi à souffler aux rédactions françaises et étrangères le fameux coup de Salengro destiné à faire endosser au Canard la responsabilité de la mort du ministre ».

Doutes sur le suicide au centre gauche[modifier | modifier le code]

Si le PCF et les giscardiens accusent le Canard Enchainé d'être le responsable du suicide du ministre, la presse de l'époque reflète des voix clairement discordantes sur la thèse du suicide, en particulier au Parti socialiste, qui confie au député Laurent Fabius une question au gouvernement une semaine après le décès, faisant état d'une très grande perplexité. « Il n'y a pas d'affaire Boulin », répond immédiatement le , Raymond Barre à Laurent Fabius[97].

Un an plus tard, le sénateur de centre gauche Pierre Marcilhacy dénonce un « suicide impossible »[98], dans une tribune publiée par le Matin de Paris le , mais il s'était déjà exprimé ainsi juste après le décès en écrivant dans Le Monde le « je ne comprends ni pourquoi Robert Boulin se serait suicidé dans une affaire qui pouvait compromettre sa carrière ministérielle, mais non entamer son honneur, ni comment il a pu tout seul mettre fin à ses jours »[99].

Doutes de la presse sur la version officielle[modifier | modifier le code]

Contradictions dans les premières annonces[modifier | modifier le code]

Après le décès, le quotidien Le Monde publie plusieurs articles successifs très détaillés, qui expriment beaucoup de scepticisme sur la thèse du suicide.

Dès le , il observe qu'il n'a pas été trouvé assez de valium dans le sang pour provoquer la mort et que le temps nécessaire pour que ce valium agisse est contradictoire avec l'heure du décès affirmée dans un communiqué du procureur.

Plus généralement, Le Monde publie les éléments donnés par la police au conditionnel ou accompagnés de la formule prudente « selon toute apparence »[97] et signale « le mutisme complet dont paraissent frappés tous ceux (ils sont nombreux) qui, à divers moments comme acteurs ou comme témoins, ont eu à connaître des problèmes du ministre »[97].

Insuffisance de la dose de valium pour être toxique[modifier | modifier le code]

« La dose évoquée dans le communiqué - 70 à 80 milligrammes - parait bien insuffisante, s'il s'agit bien du produit - le valium - évoqué précédemment, pour provoquer un effet toxique : le corps médical affirme que ce seuil se situe aux alentours de 500 milligrammes », observe Le Monde du .

Effets du valium et heure du décès[modifier | modifier le code]

Alors qu'un communiqué du procureur Robert Barbat est censé mettre un terme aux « informations contradictoires véhiculées depuis une semaine »[100], en faisant en sorte que l'emploi du temps du ministre « ne comporte plus le moindre trou », Le Monde écrit que « si la mort par noyade se situe entre 18 et 20 heures, on imagine mal à quel moment Robert Boulin a pu absorber des tranquillisants qui, d'une manière générale, n'atteignent leur plein effet qu'en deux à quatre heures ».

Trois autres articles sortent dans le même journal peu après, le [101], s'étonnant à nouveau de la précision du communiqué du procureur de Versailles, affirmant que le décès a eu lieu entre 18 heures et 20 heures et « arguant à tort de données scientifiques ».

« Contrairement à ce qui a pu être affirmé ici ou là jusqu'à présent, aucune indication relevant de la médecine légale ne permet de répondre » à la question de l'heure du décès, estime le journal, qui observe que les deux certificats consécutifs exigé du docteur de Crépy, du Perray-en-Yvelines, ont tous deux refusé de donner la moindre précision horaire. Le Monde s'étonne que « avant la justice et avant son entourage », la police ait de manière inhabituelle « décidé de l'heure de la mort de Robert Boulin ».

L'heure de décès de Robert Boulin, première anomalie constatée par la presse, y fait son retour le  : la famille Boulin vient d'avoir accès au dossier d'instruction et y découvre une écoute téléphonique de François Pic-Paris, maire de Saint-Léger-en-Yvelines, dans laquelle il indique à un ami qu'elle a été rectifiée sur l'acte de décès, sur demande du procureur de la République de Versailles. Dans la foulée, la famille Boulin porte plainte contre lui et le procureur Robert Barbat, pour faux en écriture publique.

Un an et demi après, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris rendra un non-lieu le , le parquet général estimant que la controverse résultait de la différence entre l'heure de la découverte du corps et celle de la mort effective calculée en fonction des résultats de l'autopsie[102].

Témoignages et expressions d’opinion ultérieurs[modifier | modifier le code]

En faveur de la thèse du meurtre[modifier | modifier le code]

Questionnements de Bertrand Boulin en [modifier | modifier le code]

Début 1980, le livre de Bertrand Boulin, fils du ministre, prend ses distances avec les rumeurs: « certains refusent de croire au suicide et veulent voir un assassinat (on chuchote que Mesrine serait dans le coup et il aurait été exécuté tout de suite après, couvrant ainsi l'affaire) […] Je mets en garde ceux qui font courir de tels bruits, car c'est faire injure à sa mémoire en doutant de ses dernières paroles. Un homme aussi droit que lui ne ment pas avant de se tuer[103]. ». La famille est cependant très tôt sceptique sur la thèse du suicide.

Sa mère venait d'être confrontée à des déclarations d'Henri Tournet à l'AFP affirmant qu'il avait remboursé à Robert Boulin l'achat du terrain de Ramatuelle[104], ce qu'elle dément, en se demandant « tout sera-t-il dit un jour ? », dans une interview à Paris Match le . Tournet venait de fournir à l'AFP une lettre qu'il avait écrite le à Robert Boulin pour arguer de son soutien[104], mais considérée comme un instrument de chantage politique par plusieurs livres sur l'affaire Boulin.

Trois mois après le décès, « la famille n'a jamais pu obtenir le rapport du médecin légiste », alors que la lettre « déchirée dans sa corbeille » est « sortie dans la presse » dénonce Colette Boulin à Paris Match. Elle répond à l'hebdomadaire qu'elle ne connaît pas vraiment les raisons qui ont pu pousser son mari au suicide et tente d'évoquer des pistes, sur la base de souvenirs, en évoquant un épisode soucieux, mais aucun élément dépressif. Elle déclare notamment : « Je ne sais pas si je les comprendrai un jour clairement [ses raisons], mais je pense que l'une des raisons qui l'a poussé à cette extrémité est l'incompréhension totale de ses amis et la relation fausse qu'il a pu avoir à partir de ce moment-là avec eux. […] Il ne s'est pas suicidé pour 40 000 F mais par manque d'amour des autres et par dégoût. Il ne supportait pas le climat d'ignominie qui régnait sur son passage. Il me racontait que, lorsqu'il se rendait à l'Assemblée nationale au moment de l'affaire, il entendait dans les travées des chuchotements, son nom prononcé et des rires… Il était tellement soucieux que je craignais qu'il n'ait une crise cardiaque[105]. »

Colette Boulin « n'a jamais cru » à la thèse du suicide car « elle connaissait trop bien son époux, et il se confiait à elle – davantage » qu’à ses enfants qu’il « cherchait à protéger »[106], a expliqué Fabienne Boulin, la fille du ministre.

Selon la famille Boulin, le suicide ne correspondait pas à l'état d'esprit du ministre. Le visage tuméfié de Robert Boulin sur les photographies prises du corps à l'étang Rompu, obtenues en 1983 grâce à leur avocat de l'époque, Robert Badinter[i], ne font que renforcer cette conviction.

Fabienne Boulin, fille du ministre, dit avoir répertorié « 75 anomalies » dans le traitement de l'affaire, dont la disparition de pièces, la double découverte du corps, le refus d'entendre des témoins, des lettres modifiées, la disparition de seize années d'archives de son ministère et de sa mairie de Libourne[76],[107]. Selon elle, il est établi par les auditions que le corps du ministre portait des traces de coups sur le visage[108] et « preuve est faite » que des preuves ont été dissimulées avant l'enquête judiciaire[109].

Livre des commissaires Thiéry et Tourre[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage co-écrit avec Danielle Thiéry[21], première femme commissaire de police de l'histoire, et publié en 2012, le commissaire Alain Tourre déplore l'absence de témoignages des personnes penchant pour la thèse d'un meurtre car « on a beau chercher, on ne trouve pas trace de leurs déclarations dans les procédures et il y a fort à parier que les enquêteurs auraient été heureux de les entendre ». Cependant ces témoignages sont arrivés peu à peu dans la procédure, où ils existent[réf. nécessaire].

Proches du SAC et de Jacques Foccart[modifier | modifier le code]

La suspiscion d'une opération d'intimidation ayant dérapé et tourné au meurtre, de la part de proches du SAC et de Jacques Foccart a été en partie alimenté par des déclarations émanant de cette nébuleuse, qui était en 1979 confrontée à des dérapages.

Maurice Robert (mort le ), ancien membre du SDECE, proche de Jacques Foccart, chargé du service « Afrique » chez Elf, ambassadeur au Gabon en , estime qu'il s'agit de l'« un des crimes les plus mystérieux. La version du suicide ne tient pas la route, dit-il. Boulin a été tué, assassiné. Dans cette affaire, il y a des gens tout à fait douteux[24]. »

Selon Laetitia Sanguinetti, fille d'Alexandre Sanguinetti, cofondateur du Service d'action civique (SAC), ce dernier lui avait déclaré, quinze jours après la mort de Boulin, qu'il s'agissait d'un « assassinat ». L'affaire de l'achat de la garrigue à Ramatuelle avait été montée de toutes pièces pour discréditer Boulin, qui aurait eu connaissance d'un réseau de financement illégal de partis politiques, en particulier – mais pas seulement – du RPR[110].

Selon le journaliste Frédéric Charpier, dans les années 1980, les Renseignements généraux (RG) ont enquêté sur l'affaire Boulin; il mentionne une note des RG de la préfecture de police du , dans laquelle quatre hommes de main sont désignés, selon une source issue du SAC, comme les responsables de l'agression contre Boulin[111].

Selon le livre du journaliste Benoit Collombat, le SAC est alors dans la période de paranoïa concernant ses dossiers et archives, des poussées de violences menant peu après à sa dissolution lors de l'émotion causée par les six morts de la tuerie d'Auriol : Le samedi , Jacques Massié, chef de la section locale du Service d'action civique (SAC) à Marseille, vient d'avoir un entretien avec son successeur quand il est victime de plusieurs coups de feu tirés par deux inconnus à moto. Sorti indemne, il soupçonne fortement son adjoint Jean-Joseph Maria et l'un de ses fidèles, Lionel Collard, 31 ans, ancien parachutiste de la Légion étrangère. Trois mois après, le à Auriol il est massacré chez lui par six tueurs avec son épouse, son fils de 7 ans, ses beaux-parents et son futur beau-frère, alors qu'il était soupçonné par son adjoint au SAC de vouloir remettre à des mouvements de gauche les dossiers locaux du SAC.

Gaullistes historiques[modifier | modifier le code]

Bernard Pons, l'ancien bras droit de Chirac, s'est dit sur France 2 convaincu que Boulin a été assassiné[53],[54].

Lors d'un entretien accordé à France Inter en 2009, l'ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel devient la première grande figure politique à affirmer publiquement croire à l'assassinat de Robert Boulin[112]. Il affirme qu'Alexandre Sanguinetti lui a donné les noms du commanditaire et de l'exécutant de cet assassinat deux mois après la mort de Robert Boulin, au cours d'un repas à Brive-la-Gaillarde, et qu'il est prêt à les donner à la justice en cas de réouverture de l'enquête[113]. Jean Charbonnel meurt en 2014[114].

De même, Michel Jobert a affirmé au journaliste Jean Mauriac, proche de la famille Boulin, que le ministre du Travail en savait trop sur le financement du RPR, notamment via Saddam Hussein, mais aussi Omar Bongo[115].

Journaliste à l'Agence France-Presse (AFP) jusqu'au milieu des années 1980, Jean Mauriac est le fils de François Mauriac. Il a été affecté par l'AFP pour couvrir le général de Gaulle dès la Libération et jusqu'à sa démission de l'Élysée en .

Olivier Guichard a aussi confié à Jean Mauriac qu'il penchait en faveur de la thèse de l'assassinat[115].

En faveur de la thèse du suicide[modifier | modifier le code]

Magistrats et policiers[modifier | modifier le code]

En 2019, le juge Renaud Van Ruymbeke, à qui l'instruction judiciaire avait été confiée en , à la suite des lettres anonymes à plusieurs journaux, fait une déclaration dans la presse, en rappelant qu'il n'a pas enquêté sur la mort du ministre mais sur l'affaire de Ramatuelle la précédant. Il affirme ne pas croire « du tout à la thèse de l’assassinat ». Il reconnait cependant que « l'enquête a été mal faite ; dans l’autopsie, il y a des blancs ». « De tous les éléments dont je peux disposer — je n’ai pas enquêté dessus — et de tout ce que je peux savoir par rapport à cette lettre et la psychologie de Robert Boulin, personnellement, je suis convaincu que c’est un suicide »[116].

Membres de son cabinet[modifier | modifier le code]

En 1979, Luc La Fay membre du cabinet du ministre, était responsable de la communication, qui a aussi été confiée à l'époque à un consultant extérieur, Aristide-Patrice Blank, cofondateur et dirigeant historique de France-Soir.

En , après la diffusion du téléfilm polémique Crime d'État[117] sur France 3, Luc La Fay s'est exprimé contre la thèse de l'assassinat et a donné des détails sur la gestion de l'affaire de Ramatuelle. Selon lui, « tous ses proches collaborateurs ont constaté que le comportement de Robert Boulin se délitait dans les jours qui ont précédé sa mort ».

Le matin du lundi , jour de sa disparition, lors de la réunion de cabinet, consacré à la gestion médiatique de l'affaire de Ramatuelle, le projet de réponse rédigé par Boulin n'a pas convaincu les autres participants. Luc La Fay a ensuite souhaité lui parler en tête à tête et raconte que le ministre « se tenait debout devant son bureau, très agité, et il a eu une sorte de crise de nerfs. Ses propos étaient incohérents, il parlait de lui-même à la troisième personne en répétant : « Boulin est celui auquel on fait faire toutes les merdes. » Il se sentait lâché par le président Giscard d'Estaing. Avec le recul, je pense qu'il avait déjà pris la décision de se tuer. »[82].

Personnalités politiques[modifier | modifier le code]

Dans ses mémoires[Quand ?], l'ancien Premier ministre Raymond Barre affirme : « Pour moi, il n'y a pas de mystère Boulin. Il s'est suicidé[38]. » Dans un entretien avec Benoît Collombat en 2005, Raymond Barre décrivait son souvenir de l'atmosphère de l'époque, un quart de siècle plus tôt: « Nous ne pensions pas que le RPR allait assassiner Boulin[118]. »

L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing consacre un chapitre entier de ses mémoires à l'affaire Boulin. Intitulé « Le suicide de Robert Boulin »[3], le passage en parlant n'évoque à aucun moment la thèse de l'assassinat.

Olivier Guichard lui affirmera que « depuis six mois, Robert Boulin était Dr. Jekyll et Mr. Hyde : obsédé, torturé par l'affaire du terrain de Ramatuelle[119] ».

Jacques Foccart, mis en cause dans l'affaire surtout au XXIe siècle, avait expliqué dès 1997 qu'il n'avait aucune raison de vouloir « couler Boulin ». Il a aussi indiqué qu'il avait peu de rapports avec Robert Boulin et aucune raison de lui en vouloir[120].

Personnalités médiatiques[modifier | modifier le code]

En , quand le résultat de la seconde autoposie fait rebondir l'affaire, James Sarazin qui a suivi tout le dossier pour Monde depuis 1979 n'est plus journaliste au service police-justice du quotidien. Il passera ensuite à L'Express, où il écrira de nouveau sur cette affaire.

Dans Le Monde, l'affaire a été reprise par Bruno Frappat, responsable des questions de société, avant de devenir rédacteur en chef (1987-1991). Il juge alors ce qui est appelé "la thèse de l'assassinat", en termes extrêmement sévères pour la famille, d'autant que le ministre de la Justice Robert Badinter vient de porter plainte en diffamation contre cette famille, son ancienne cliente.

Bruno Frappat parle de « chef-d'œuvre de désinformation » et de « délire collectif » lié à trois éléments : « un avocat exceptionnellement doué pour la défense tous azimuts, la provocation permanente et pour qui l'intérêt supposé de la défense passe avant tout le reste. Une famille qui n'a pas pu, plus de quatre ans après le drame, faire le deuil de son héros et tente un exorcisme où paraît entrer un désir désespéré d'éloigner tout sentiment de culpabilité, puisqu'il ne s'agirait plus d'un suicide. Une succession d'expertises, enfin, et de maladresses des autorités judiciaires d'hier qui ont voulu hâtivement enterrer — à tous les sens du terme — Robert Boulin[84]. »

Au Canard enchaîné, les violentes accusations des politiques giscardiens et communistes lui faisant porter la responsabilité du décès[92], relayés par la télévision publique, avaient pesé sur la rédaction après le décès[92], amenant par la suite une ligne systématique de prise de distance publique par rapport à toute autre explication que le suicide, selon les biographes du journal[92].

Louis-Marie Horeau, dans Le Canard enchaîné du , ironise en déformant lui aussi par la carricature la thèse opposée, révélée par d'autres médias : « Il faut rendre un hommage appuyé à l'assassin. Ou plutôt aux assassins, car ils sont nombreux et talentueux. Ils ont écrit eux-mêmes les lettres, dactylographiées sur la machine personnelle de Robert Boulin. Ils ont imité l'écriture du ministre pour les ajouts. Ensuite, ils ont envoyé une équipe dans un centre de tri postal des Yvelines pour récupérer les vraies lettres postées par Boulin à Montfort-l'Amaury quelques heures avant sa mort et les remplacer par les fausses annonçant son suicide. Un complice a volé le Valium et déposé dans la corbeille le faux brouillon de la fausse lettre. Avant de déposer le mot d'adieu dans la voiture, de noyer le ministre dans moins d'un mètre d'eau, non sans l'avoir préalablement drogué au Valium. Sans oublier l'action d'une autre équipe chargée de récupérer les dossiers compromettants. Il y a quelques journalistes qui défendent ce scénario le plus sérieusement du monde[121]. »

Le chroniqueur politique Philippe Alexandre, attaqué en diffamation par le RPR dans les jours qui avaient suivi le décès, a témoigné plus sobrement : « Je ne crois pas qu'on ait voulu supprimer Boulin. Je l'avais d'ailleurs rencontré quinze jours avant sa disparition. C'était un homme aux abois, il parlait beaucoup des terrains de Ramatuelle. Il semblait très traumatisé par cette affaire[75]. ».

Michèle Cotta, journaliste à France Inter de 1976 à 1980, avant d'être promue rédactrice en chef de RTL en , a évoqué par des témoignages qu'elle avait recueillis qui le décrivent comme « très pessimiste, très sombre » dans les semaines précédant son décès, à la suite d'articles de presse.

Jean-François Kahn a lui écrit dans ses mémoires publiées en 2021 que dans l'hypothèse où Robert Boulin « aurait été supprimé par des chiraquiens ou des gens du SAC, des amis de Charles Pasqua […] tout l'appareil d'État giscardien aurait été mis en branle pour découvrir et démasquer les coupables ! » et « toutes mes propres enquêtes m'ont confirmé qu'il s'agissait bien d'un suicide »[122] ». Lors du décès de Robert Boulin, Jean-François Kahn était depuis 1977 directeur de la rédaction des Nouvelles littéraires, après avoir contribué 15 ans plus tôt à la révélation de l'affaire Ben Barka.

Menaces et pressions contre la famille[modifier | modifier le code]

Charles Pasqua, dirigeant du SAC et conseiller influent de Jacques Chirac.

Menaces physiques contre le ministre[modifier | modifier le code]

Selon l'enquête du journaliste Benoît Collombat, de multiples témoignages ont fait état de menaces physiques à l'encontre du ministre[24].

Le Charlie Hebdo publie sous pseudonyme un entretien avec Jacques Paquet, qui fut chef de cabinet de Robert Boulin, de 1968 à 1973, affirmant « qu'il avait rencontré R. Boulin trois jours avant sa mort et que le ministre lui avait proposé de retravailler avec lui[123] ». Il fait aussi état d'une rumeur circulant à Libourne selon laquelle « quelqu'un a aidé Boulin à se suicider[123] » et de menaces plus anciennes remontant à plus d'un an. Le Monde appelle Paquet pour vérifier, et ce dernier se déclare surpris par cette publication, affirmant qu'il s'agissait d'une conversation "à bâtons rompus" dans un café dont il conteste la présentation et ne confirme le contenu que "pour l'essentiel".

Tentatives d'acheter le silence de la famille[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1980, selon plusieurs témoins, dont Fabienne Boulin-Burgeat[124], Achille Peretti est venu voir les Boulin avec une valise de billets pour acheter leur silence[125]. Achille Peretti décèdera d'une crise cardiaque lors d'une réception .

Menaces contre le fils du ministre[modifier | modifier le code]

Selon Fabienne Boulin-Burgeat, sa mère, épouse de Robert Boulin, a par ailleurs reçu des menaces visant son fils Bertrand Boulin, afin qu'elle ne relance pas l'enquête. Elle évoque des « corbeaux haut placés dans l'organigramme du pouvoir venus conseiller à sa mère de laisser tomber si elle ne voulait pas qu'il arrive malheur à son fils »[76]. De son côté Bertrand Boulin a estimé dans son livre de qu'« aucune menace ne pèse sur nous. De plus quelques personnalités au moins, Jacques Legendre, Lionel Stoleru et d'autres se sont mises à notre disposition[126]. ». Mais dans ce même livre, il révèle, en précisant qu'il n'a rien strictement rien à se reprocher, qu'un proche a apporté à Robert Boulin, « quelques jours avant sa mort », une « double page à paraître dans un journal » mettant en cause son fils « dans une affaire de pédophilie », pour intimider le ministre. « Tout était faux, mais il en a été très affecté », selon l'attaché de presse du ministère Luc La Fay[127].

En , son père, ministre de la Santé, avait confié à Bertrand Boulin une mission de lutte contre la drogue, l'amenant à publier en 1975 et 1977, les livres "Au Secours des enfants perdus" et "La charte des enfants"[128], tout en lançant en une émission de témoignages sur Europe 2, d'où naîtra l'association SOS enfants, dissoute en 1979. Lors du procès en 1986 de l'Affaire du Coral, qui a éclaté en 1982, il sera mentionné dans la presse que SOS-Enfants y avait placé des adolescents, obligeant Bertrand Boulin à démentir les approximations malveillantes dans une lettre au Monde[129].

Archives de Robert Boulin: déménagement et cambriolage[modifier | modifier le code]

Déménagements de 1979[modifier | modifier le code]

  • Archives au ministère. Les archives personnelles de Boulin au ministère du Travail ont été transférées début , à Libourne, au domicile des Boulin, rejoignant celles que le ministre avait accumulées au cours de sa vie politique, selon le livre publié en 2015 par le policier Guy Penaud.
  • Archives de Libourne. Quelques jours après la disparition de Robert Boulin, toutes les archives du ministre entreposées à son domicile-bureau de Libourne furent transportées aux fins de destruction dans un établissement spécialisé à Libourne, la ville dont il était député-maire[2]. Selon M. Basty, qui tenait sa permanence, Robert Boulin avait décidé deux ans avant de rassembler ses archives dans le grenier de sa maison.
  • Nouveau déménagement à Libourne. Quelques semaines plus tard, toutes ces archives ont été déménagées et détruites, à l’insu de M. Basty et de la famille Boulin[réf. nécessaire]. Le député de Libourne Gérard César, suppléant puis successeur de Robert Boulin, a affirmé que le déménagement avait été programmé à la suite de la mise en vente des locaux de la permanence.
  • Révélations et tabassage de 2003. En 2003, Bernard Fonfrède raconte à France Inter l’opération de destruction des archives, sans dévoiler le contenu des courriers. Quelques jours après la diffusion de son témoignage il est approché par deux personnes lui conseillant d’éviter de parler des archives de Boulin, puis violemment agressé à l’entrée de sa maison. Il passe deux jours dans le coma, échappe de peu à la mort et subit un mois d’hôpital avec deux fractures.
  • Révélations de 2004. Le , Bertrand des Garets, ancien suppléant de Robert Boulin, explique aux journalistes de Canal+ Bernard Nicolas et Michel Despratx qu’il avait reçu à cette fin des ordres de Paris en (de Marcel Cats, ex-directeur de cabinet de Boulin, a-t-il confié à Benoît Collombat)[130].
  • Rapport de 2007. Selon le rapport du procureur général Laurent Le Mesle en (), Gérard César a expliqué que c’est lui-même qui avait ordonné la destruction des archives. Avec son assistant parlementaire Bernard Fonfrède, il passa quelques jours à trier les dossiers dans le grenier de la maison de Libourne, avant de les expédier dans l’usine de la papeterie Soustre, à Saint-Seurin, près de Libourne[réf. nécessaire]. Bernard Fonfrède a précisé qu’« il y avait toute sorte de choses. […] Il y avait des correspondances avec Henri Tournet. Tournet réclamait des faveurs à Boulin comme d’intervenir pour des permis de construire… ».
  • Révélations de 2013. Gérard César a reçu l’ordre de faire détruire les archives « par des hommes du SAC » et deux personnes du SAC sont arrivés avec une camionnette, selon Bernard Fonfrède, qui les a accompagné et a témoigné sur France Inter : « Il fallait faire disparaître toute trace qui pouvait laisser penser qu’il ne s’agissait pas d’un suicide »[131]. Selon, la famille n'a jamais réclamé la destruction de ces archives, contrairement à ce que les hommes du SAC lui avaient fait croire.

Cambriolage de 2003[modifier | modifier le code]

En 1983, quand une première enquête est ouverte sur la mort de Robert Boulin[53],[54], un homme appelé "Paul" fut chargé par Pierre Debizet de cambrioler des documents relatifs à Robert Boulin[53],[54], selon son entretien dans le quotidien Sud Ouest en 2011, complété par toutes les vérifications attestant de sa crédibilité[132]. Le SAC avait été dissous en 1982 après la tuerie d'Auriol et remplacé par le MIL (Mouvement initiative et liberté). En 1983, Pierre Debizet, son ex-grand patron préside une réunion à Bordeaux puis dine avec Paul et Régis D, cadre du SAC bordelais et ancien des services secrets[132]. Il leur demande de récupérer dans une résidence secondaire d’un notable dans le Libournais, vraisemblablement un avocat, un dossier épais d’une dizaine de centimètres, très important, ce qui est exécuté en recrutant des truands locaux. Selon ce témoin, il y avait entre 1979 et 1982 beaucoup d’éléments incontrôlables au sein du SAC, comme ceux ayant causé la tuerie d'Auriol.

Protagonistes[modifier | modifier le code]

Famille de Boulin et avocats[modifier | modifier le code]

L'épouse, les deux enfants de Robert Boulin et son gendre, conseiller technique au ministère, ne croient pas au suicide. « Il y a peut-être un ou des responsables de sa mort. Si cela est le cas, ils seront sans doute punis. Je crois à la justice immanente. Mais cela n'a rien à voir avec la liberté de la presse qui doit absolument exister »[19], déclare , ajoute Mme Boulin, dans un entretien accordé une semaine après le décès, publié dans France-Soir du et repris par Le Monde[19].

Son fils Bertrand Boulin, menacé d'être mis en cause dans une affaire de mœurs quelques jours avant le décès, écrit quelques semaines après un livre (Ma vérité sur mon père (ISBN 978-2234012882)) publié le qui n'écarte pas la thèse du suicide mais la questionne, et relate surtout les 15 jours précédant le décès, au cours desquels le ministre reçoit le soutien quotidien de sa famille et de ses amis, espérant rencontrer le juge et que la presse reconnaisse son intégrité dans l'affaire de Ramatuelle. Le ministre a les preuves qu'il a été escroqué par Henri Tournet, un ex-résistant ami de Jacques Foccart depuis leur service militaire ensemble en [133], devenu promoteur immobilier. Quand la famille Boulin avait emménagé en 1962 à Paris[133], elle avait été rejointe quelques semaines après par celle d'Henri Tournet dans même immeuble pour fonctionnaires[133], auquel il avait droit aussi en tant que conseiller ministériel[133]. Ce déménagement lui a été demandé pour surveiller Boulin[133], qui venait d'être nommé au Budget par le Premier ministre Georges Pompidou[133]. C'est après les deux déménagements que les deux épouses se croisent par hasard dans l'immeuble, des années après leur amitié d'enfance dans le même village[133]. Celle d'Henri Tournet divorce de lui deux ans après en 1964[133] et se fait embaucher quinze plus tard au ministère de Robert Boulin en 1977[133]. Entre-temps, Boulin a entièrement remboursé à Tournet deux prêts, en 1964 et 1966[104].

Le premier avocat de la famille, Robert Badinter, a obtenu en les photos du visage tuméfié de Robert Boulin prises par la police judiciaire, 14 mois après le décès, mais la famille doit en changer car il est nommé ministre de la Justice en . Jacques Vergès lui succède. Avant même qu'il prenne le dossier, la famille dénonçait un assassinat. Selon Fabienne Boulin-Burgeat son père a été victime « d'officines de barbouzes […] qui n'avaient pas de scrupules de dézinguer les gens qui pouvaient empêcher les personnes qu'ils voulaient mettre au pouvoir[134] ». L'avocate de la famille, Marie Dosé, a demandé la déclassification des documents des services de renseignements relatifs à l'affaire, notamment ceux des ex-renseignements généraux[53],[54].

Communicants de Boulin[modifier | modifier le code]

Robert Boulin a un conseiller presse au ministère mais on lui propose aussi les services d'un ancien PDG de France-Soir, Aristide-Patrice Blank[135], qui a rencontré la presse avant le décès. Aristide-Patrice Blank était membre du conseil d’administration de la Banque Française Intercontinentale (FIBA)[136],[137], la banque du groupe pétrolier Elf Aquitaine et du Gabon, considérée comme le « noyau dur » de la Françafrique, créée en 1975 pour redistribuer discrètement une partie de l'argent du pétrole à certains dirigeants africains[136],[137],[138]. En 1979, le «Monsieur Afrique» du président Giscard était le «fils spirituel» et ancien bras droit de Jacques Foccart[136], René Journiac[136], qui réalisait parfois certaines opérations secrètes dans sa maison de Gambaiseuil[136], à quelques kilomètres du lieu du décès, et qui décèdera en en Afrique dans un accident de l'avion prêté par le président du Gabon Omar Bongo[136].

Dans la soirée du , Aristide-Patrice Blank s'est rendu vers 21 h 30 au domicile des Boulin, avec l'avocat de ce dernier et un inconnu de la famille, au motif de téléphoner, et s'est enfermé dans le bureau du ministre où ce dernier venait de déplacer des dossiers qu'il avait tout juste sortis du coffre-fort du ministère[139]. Le lendemain matin, Aristide Blank est dans le bureau de Jacques Fauvet, directeur du Monde, pour remettre en main propre, une lettre de Boulin, tapée par sa secrétaire[139]. L'AFP venant d'annoncer la mort du ministre il repart avec la lettre, non-ouverte, et désormais sans objet[139].

Selon l'attaché de presse du ministère Luc La Fay, c'est à « l'initiative de Aristide Patrice Blanck »[127], qui avait été recommandé par des « amis » du ministre, mais « était inconnu du cabinet »[127], que « des articles sont sortis dans Minute et le Canard enchaîné »[127], les deux premiers sur l'affaire de Ramatuelle, les 17 et . Luc La Fay a raconté aussi que le matin du , quelques heures avant sa disparition, après la réunion au ministère qui a vu son projet de lettre à la presse désavoué, Boulin a eu « devant son bureau, très agité »[127], une « sorte de crise de nerfs »[127].

Police-Justice en 1979[modifier | modifier le code]

Le ministre de la Justice en est Alain Peyrefitte, principal rival Robert Boulin pour succéder au Premier ministre Raymond Barre, rendu impopulaire par un plan de rigueur alourdi par le Deuxième choc pétrolier qui s'est aggravé dès l'été 1979. Pour contrer la candidature à la prochaine présidentielle de Jacques Chirac, qui avait claqué la porte du gouvernement en 1976, le président Giscard d'Estaing hésite en deux ex-RPR: Robert Boulin, connu pour son investissement dans le social, et Alain Peyrefitte, qui vient de faire voter la loi Sécurité et Liberté. En tant que ministre de la Justice, ce dernier avait autorité directe sur le procureur de la République à Versailles Robert Barbat[140] selon qui c'est Marcel Cats, ami personnel et chef de cabinet du ministre, qui a empêché l’autopsie au nom de la famille, sur le procureur général près la Cour d’appel de Versailles, Louis-Bruno Chalret, proche du SAC et de Jacques Foccart[141]. Des écoutes téléphoniques des années 1960 ont prouvé qu'il a fait libérer plusieurs truands sur ordre[53],[54]. Le ministre de la Justice avait autorité sur l'officier de police judiciaire Alain Tourre, chargé de l'enquête dès le jour de la découverte du corps, en remplacement des gendarmes, dont il critique la négligence, et qui défendra la thèse officielle dans un livre publié en 2012 avec une autre commissaire, plus connue Danielle Thiéry. Le juge d'instruction Van Ruymbecke est lui statutairement indépendant, mais il a fait remonter en haut lieu ses investigations.

Police-Justice plus tard[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1980, le dossier est dépaysés à Paris et confié au juge Corneloup mais le  : ordonnance de non-lieu rendue par la juge d’instruction, Laurence Vichnievsky, neuf jours après que le dossier lui a été confié[142] ce qui est confirmé « en l'état » par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris, présidée par Martine Anzani. « en l'état » par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris, présidée par Martine Anzani. Plus d'une décennie plus tard, le , le parquet de Versailles ouvre une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat »[143], qui est cette fois confiée au doyen des juges d'instruction de Versailles, Aude Montrieux[144].

Journalistes et médias[modifier | modifier le code]

Plusieurs journalistes furent des protagonistes de l'affaire Robert Boulin. James Sarazin et Louis-Marie Horeau l'ont couverte pour Le Monde et le Canard Enchaîné. James Sarazin a rencontré Robert Boulin et publié 3 jours avant son décès une enquête détaillée, au ton « très modéré »[92], montrant qu'il a été victime plus que bénéficiaire de l'Affaire de Ramtuelle[92], continuera à suivre l'Affaire Boulin pour L'Express, où il démontera la thèse du suicide en 1988 sur la base des deux rapports d'autopsie[26]. Une phrase d'une source anonyme disant dans l'article que personne n'est blanc ni noir dans cette affaire a cependant choqué le ministre et son entourage[92]. Malgré cela, la Justice française affirmera que le « fait déterminant » du suicide[92] est cet article, « qui l'avait marqué à l'extrême dans un contexte politique qu'il ressentait pas comme ne lui étant pas favorable »[92].

Louis-Marie Horeau sera, avec Bruno Frappat du Monde, le plus virulent contre ce qu'il présente comme « la thèse de l'assassinat » au début 1984 quand les résultats de la seconde autopsie confortent la famille dans sa plainte pour homicide volontaire[92]. Cofondateur en 1974 du Quotidien de Paris, jusqu'à sa fermeture provisoire en 1978, il venait d'être recruté comme pigiste en 1979 par Canard enchaîné, où l'enquête a été réalisée par Claude Roire et Roland Jacquard, qui ont rencontré le ministre[92] le , après avoir reçu des documents d'Henri Tournet[92]. Leur article ne tranche pas mais pose 4 questions au juge, sur un ton péremptoire[92].

Le jeune Philippe Alexandre est, lui, attaqué en diffamation peu après le décès, pour avoir mis en cause le RPR dans une chronique sur RTL le et le procès a lieu quelques semaines après.Danièle Breem, pour Antenne 2, donne de nombreux détails inédits dès la mi-journée[12] du , en direct de l'Assemblée nationale[12] seulement 3 heures après que l'AFP ait annoncé la découverte du corps. On ne retrouvera dans le sang du ministre qu'une dose de Valium (Diazépam)[53],[54], et pas dans le bol alimentaire de son estomac, comme si le Valium avait été injecté par piqure.

Plus tard, trois journalistes publieront les premières enquêtes sur l'affaire:

  • Francis Christophe, ex-journaliste à l'AFP en dans un journal confidentiel de la maison d'édition Golias, puis dans un livre de 2011 aux Editions OWNI (BOULIN, LE FANTÔME DE LA VE RÉPUBLIQUE ; DE CHIRAC À SARKOZY (ISBN 9791090473065)),
  • Michel Despratx et Bernard Nicolas le dans 90 Minutes sur Canal+[145] avec les témoignages du colonel de gendarmerie Jean Pépin, qui a sorti le corps de l’eau, et de la spécialiste en toxicologie, Juliette Garat, qui a analysé son sang[146],
  • Benoit Collombat de France Inter récapitulant le tout dans un livre en 2007 (Un homme à abattre - (ISBN 978-2213631042)).

Postérité[modifier | modifier le code]

Dans les heures qui suivent, le gouvernement et les médias publics [147],[148] accusent le Canard Enchaîné d'avoir poussé le ministre au suicide dans une autre affaire: des irrégularités dans l'achat de sa maison de vacances à Ramatuelle au promoteur Henri Tournet, proche de Jacques Foccart. La presse écrite d'opposition, excepté L'Humanité[149], ne les suit pas [148], décèle immédiatement des anomalies et la lettre posthume du ministre est publiée intégralement le lendemain par l'AFP[150],[151]: elle démonte vigoureusement tout soupçon d'irrégularité, ne dit pas un mot de la presse[151],[148] et contre-attaque en accusant son rival Alain Peyrefitte, ministre de la Justice[151], d'avoir instrumentalisé le juge.

La veuve et les deux enfants de Robert Boulin, estimant que cette lettre posthume a par ailleurs été falsifiée par l'ajout en début et fin de texte de quelques mots mentionnant un suicide, ont porté plainte contre X pour homicide volontaire dès 1983, après une seconde autopsie révélant deux fractures au visage et que le corps a été déplacé après le décès. Ils soupçonnent des violences, probablement improvisées, pour décourager Robert Boulin de révéler des affaires graves, en évoquant Elf-Gabon[137]. L'authenticité de cette lettre posthume et l'information judiciaire qui conclut en 1991 au suicide sont ensuite contestées par trois contre-enquêtes journalistiques: le livre d'un ancien de l'AFP en 1999, puis l'enquête diffusée en dans l'émission d'investigation 90 Minutes, sur Canal+[55],[152], et celle de Benoît Collombat en 2003 pour France Inter[24].

En , la fiction de Pierre Aknine Crime d'État accuse le SAC, alors en pleine « dérive sanglante »[136], jugée « quasi-mafieuse »[136], de brutalités contre Boulin qui ont dérapé jusqu'à causer sa mort[136]. L'ex-adjoint de Jacques Foccart à la tête du SAC décède accidentellement en Afrique trois mois après[137] la découverte du corps tout près de sa maison de Gambaiseuil[136],[137] et les 6 morts de la tuerie d'Auriol un an plus tard finiront par entraîner la dissolution du SAC.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Les grandes étapes de l'affaire sont l'obtention par la famille en des photos du corps à la sortie de l'eau, qui lui confirment un visage tuméfié, puis en la demande d'expertise qui permet une seconde autopsie en 1983, puis le transfert en 1985 du dossier à une nouvelle juridiction.

Années 1980[modifier | modifier le code]

  •  : mort dans un accident de la route de l'ancien député de la Somme Charles Bignon[153].
  •  : Alexandre Sanguinetti, ancien ministre, cofondateur du SAC et l'un des premiers à avoir dit que Robert Boulin avait été assassiné, meurt à 67 ans d'une crise cardiaque. Peu de temps après, son domicile est cambriolé[154].
  •  : disparition des prélèvements de sang de Robert Boulin[j]. Le docteur Roger Le Breton, responsable de l'institut, met un cadenas sur le réfrigérateur contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre, qui sera plus tard brisé.
  •  : Henri Tournet fuit la France, où son contrôle judiciaire l'obligeait à résider
  •  : Henri Tournet condamné par contumace à quinze ans de réclusion criminelle alors qu'il avait fait moins d'un mois de détention préventive[155]. »
  •  : Robert Badinter, avocat de la famille Boulin, obtient des photographies du visage tuméfié de Robert Boulin prises par la police judiciaire[156].
  •  : la France demande à l'Espagne l'extradition d'Henri Tournet[157].
  •  : l'Espagne refuse la demande d'extradition d'Henri Tournet.
  •  : Colette Boulin confirme sur TF1 qu’elle n’a jamais cru à la thèse du suicide de son mari et qu’après sa mort, on a fait pression sur elle pour qu’elle se taise. Le magazine Paris Match publie des photos du corps du ministre tirées du dossier judiciaire.
  •  : la famille Boulin, conseillée par son avocat Jacques Vergès, dépose plainte contre X pour homicide volontaire.
  •  : nouvelle demande d'extradition d'Henri Tournet adressée à l'Espagne.
  •  : Jacques Vergès demande un examen anatomopathologique.
  •  : deuxième autopsie à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux.
  •  : Bertrand Boulin décrit à la presse les dossiers sortis par son père avant sa mort en . Laetitia Sanguinetti, fille d’Alexandre Sanguinetti, révèle qu'ils « concernaient une série de facturations diverses et variées de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment du RPR[24] ».
  •  : requête de la famille Boulin au procureur de la République de Versailles.
  •  : plainte pour diffamation publique de Robert Badinter contre la famille Boulin.
  •  : nouveau refus d'extradition d'Henri Tournet[158].
  •  : l'affaire Boulin est dépaysée au tribunal de grande instance de Paris.
  •  : Serge Tirlet, adjoint au maire de Saint-Léger-en-Yvelines, décrit les traumatismes constatés à l'étang Rompu sur le visage de Boulin.
  •  : la famille Boulin y découvre une écoute téléphonique prouvant que l'heure de décès a été rectifiée sur l'acte de décès, sur demande du procureur.
  •  :L'Express annonce que le réfrigérateur cadenassé de l'Institut médico-légal contenant une partie des prélèvements de poumon a été fracturé, puis vidé.
  •  : le juge Corneloup interroge sur commission rogatoire Henri Tournet.
  •  : le juge Corneloup demande l’autopsie des poumons.
  •  : Colette Boulin et ses deux enfants condamnés à une amende de 8 000 F[k].
  •  : dans L'Express[159], James Sarrazin révèle que la position des lividités cadavériques sur le dos de Robert Boulin indique que le corps du ministre a été déplacé après sa mort. Un pool de journalistes de plusieurs médias se constitue pour tenter de tirer au clair les conditions du décès.
  •  : le magistrat Alain Verleene reprend le dossier Boulin.
  •  : la famille Boulin porte plainte pour « destruction de preuves »[l].

Années 1990[modifier | modifier le code]

  •  : ordonnance de non-lieu rendue par la juge d’instruction, Laurence Vichnievsky, neuf jours après que le dossier lui a été confié[142]. La décision est conforme aux réquisitions du parquet.
  •  : confirmation du non-lieu « en l'état » par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris, présidée par Martine Anzani.
  •  : la Cour de cassation confirme le non-lieu, ouvrant un délai de dix ans avant une éventuelle prescription.
  •  : mort dans un accident de voiture du procureur général Louis-Bruno Chalret[m], qui avait été chargé de l'enquête dès la nuit du 29 au [37].
  •  : la justice rend une ordonnance de non-lieu à la suite de la plainte pour « destruction de preuves » déposée par la famille Boulin du fait de la disparition des prélèvements anatomopathologiques[l].
  •  : le magazine Golias, sous la signature de Francis Christophe, publie une contre-enquête détaillée remettant en cause la version du suicide[160].

Années 2000[modifier | modifier le code]

  •  : l’émission 90 Minutes sur Canal+[145] apporte de nouveaux éléments infirmant la thèse du suicide : le témoignage du colonel de gendarmerie Jean Pépin, qui a sorti le corps de l’eau, et d’une spécialiste en toxicologie, Juliette Garat, qui a analysé le sang du ministre.
  •  : décès de Bertrand Boulin à l'âge de 53 ans d'une crise cardiaque à son domicile de Port-Camargue (Gard).
  •  : décès de Colette Boulin.
  •  : la justice annonce l’audition de nouveaux témoins. Cette enquête préliminaire interrompt la prescription.
  •  : témoignage de Jacques Douté dans le journal Sud Ouest[161]. Il déclare avoir été prévenu de la mort de Robert Boulin dès le , à 20 h.
  •  : fin des nouvelles auditions devant un officier de police judiciaire de Nanterre. Vingt-huit personnes ont été entendues entre 2002 et 2006, mais il n'y a pas réouverture d’information judiciaire.
  •  : le procureur général de la cour d'appel de Paris Laurent Le Mesle rejette une nouvelle demande de réouverture du dossier effectuée par Fabienne Boulin-Burgeat.
  •  : décès d'Henri Tournet à Santiago du Chili.
  •  : l'ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel confie sur France Inter qu'il s'agit pour lui d'un « règlement de comptes politique »[162]. Il le réaffirme le , toujours en direct sur France Inter[163].

Années 2010[modifier | modifier le code]

  •  : le procureur général de Paris refuse la réouverture de l'enquête, estimant que les éléments apportés par Fabienne Boulin-Burgeat n'offrent rien qui soit susceptible de la motiver. Cependant une enquête interne est ouverte au sujet de la disparition d'une partie du dossier et des pièces[164].
  •  : les pièces signalées manquantes le sont retrouvées à la suite de l'inspection des services judiciaires ordonnée par la Chancellerie[165].
  •  : Francis Deswarte, à l'époque chef à la brigade motorisée de Poissy, affirme que des policiers ont tenté de lui faire changer de version lors d'une audition survenue deux ou trois mois plus tard[166].
  •  : la famille Boulin demande une nouvelle fois la réouverture de l'enquête[167].
  • et  : France 3 consacre deux soirées à l’affaire avec le documentaire Vie et mort de Robert Boulin de Gilles Cayatte (thèse du suicide), la fiction Crime d'État de Pierre Aknine (thèse du meurtre), et un débat animé par Frédéric Taddeï[168]. À cette occasion, Jean Charbonnel affirme qu'Alexandre Sanguinetti, mort en 1980 (voir supra), lui avait confié le nom des deux assassins de Boulin, et qu'il est prêt à les transmettre à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, si elle accepte la réouverture du dossier[169].
  •  : mort de Jean Charbonnel.
  •  : Fabienne Boulin sollicite l'aide de la CIA pour tenter d'élucider la mort de son père[170].
  •  : Fabienne Boulin dépose plainte contre X à Versailles pour « enlèvement et séquestration présumée » après le témoignage d'un homme ayant vu deux individus dans le véhicule du ministre le jour de sa mort.
  •  : décès de Charles Pasqua.
  •  : le parquet de Versailles ouvre une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat »[143], confiée à la doyenne des juges d'instruction de Versailles, Aude Montrieux[144].
  •  : le témoin mentionné par Fabienne Boulin déclare au juge Aude Montrieux avoir croisé peu avant sa mort Robert Boulin dans sa Peugeot 305 en compagnie de deux personnes[22].
  •  : le médecin réanimateur envoyé sur place après la mort de Robert Boulin, jamais entendu par la justice, fait part à la juge de ses doutes sur le suicide[22].
  •  : Bernard Pons, ancien secrétaire général du RPR et l'un des plus fidèles chiraquiens, déclare publiquement croire à la thèse de l'assassinat de Robert Boulin[171] et évoque la « quasi-certitude d'un assassinat »[172]. Fabienne Boulin rappelle que, depuis , Aude Montrieux demande à être déchargé de l'affaire pour raisons personnelles, que le deuxième magistrat instructeur s'est limité à recevoir un seul témoin et que le troisième (Denis Couhé) a 50 autres dossiers lourds à traiter[173]. En outre, ce dernier signale que le dossier original est pour l'instant introuvable[173].
  •  : le juge d'instruction Denis Couhé mandate quatre experts afin de déterminer « les circonstances exactes dans lesquelles le décès de Robert Boulin est survenu. Dans sa liste figurent un radiologue, un expert en toxicologie, un pneumologue et Bertrand Ludes, le directeur de l’institut médico-légal de Paris[174].
  •  : le collège d'experts estime que les constatations de 1979 sont insuffisantes pour conclure formellement à une noyade[175]. Selon ces experts, la fracture faciale serait insuffisante pour avoir provoqué à elle seule la mort de Robert Boulin, et résulterait d'un « choc direct secondaire »[176].
  •  : la presse annonce que la famille de Robert Boulin assigne en justice l’État pour « faute lourde » et demande 100 000 euros en réparation du préjudice, en déplorant le « dépérissement des preuves »[177].
  • 18 mars 2022 : le commissaire Gilles Leclair publie un livre accréditant la thèse du suicide[178].

Arts et littérature[modifier | modifier le code]

Le et , la chaîne de télévision France 3 consacre deux soirées à l’affaire Robert Boulin en diffusant le documentaire Vie et mort de Robert Boulin de Gilles Cayatte (qui privilégie la thèse du suicide), suivi le lendemain de la fiction Crime d'État de Pierre Aknine (qui soutient la thèse de l'assassinat), avec, en deuxième partie de soirée, un débat animé par Frédéric Taddeï[168]. À cette occasion, Jean Charbonnel affirme qu'Alexandre Sanguinetti, mort en 1980 (voir supra), lui avait confié le nom des deux assassins de Boulin, et qu'il est prêt à les transmettre à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, si elle accepte la réouverture du dossier[169].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Gilbert Abas, « Mort de Robert Boulin », dans Les coups tordus des services secrets français, Janzé, Coëtquen Éditions, (ISBN 978-2-84993-215-5), p. 148-165.
  • Raymond Barre, L'expérience du pouvoir : conversations avec Jean Bothorel, Paris, Fayard, , 350 p. (ISBN 978-2213-63031-1)
  • Bertrand Boulin, Ma vérité sur mon père, Paris, Stock, , 283 p. (ISBN 2-234-01288-0).
  • Fabienne Boulin-Burgeat, Le Dormeur du Val, Paris, Don Quichotte, , 316 p. (ISBN 978-2-35949-023-7).
    • Voir aussi : « Le Dormeur du Val », sur robertboulin.net, Association Robert Boulin pour la vérité (consulté le ).
  • Francis Christophe, Claude Guéant : un préfet en eaux troubles, Paris, Éditions du Moment, , 504 p. (ISBN 978-2-35417-468-2).
  • Benoît Collombat, Un homme à abattre : contre-enquête sur la mort de Robert Boulin, Paris, Fayard, , 188 p. (ISBN 978-2-213-63104-2). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jacques Derogy et Jean-Marie Pontaut, Enquête sur les « affaires » d'un septennat, Paris, Robert Laffont, , 336 p. (ISBN 2-221-00814-6).
  • Solène Haddad, « Politique en eaux troubles », dans Affaires criminelles inexpliquées, Saint-Victor-d'Épine, City Éditions, (ISBN 978-2-824-60304-9, lire en ligne).
  • Karine Hamedi, Scandale et suicide politiques : destins croisés de Pierre Bérégovoy et Robert Boulin, Paris, L'Harmattan, .
  • Dominique Labarrière, Quand la politique tue : Robert Boulin, une ténébreuse affaire, Paris, Éditions de la Table Ronde, .
  • Guy Penaud, Pour en finir avec l'affaire Robert Boulin, Paris, L'Harmattan, , 250 p. (ISBN 978-2-343-04880-2, lire en ligne)[179].
  • Raymond Martin et Patrice Trapier, Morts suspectes : les vérités d'un médecin légiste, Paris, Calmann-Lévy, .
  • Pierre Péan, L'homme de l'ombre : éléments d'enquête autour de Jacques Foccart, Paris, Fayard, , 583 p. (ISBN 2-213-02631-9).
  • Patrick Rambaud, Mort d’un ministre, Paris, Grasset, .
  • Danielle Thiéry et Alain Tourre, Police judiciaire : 100 ans avec la crim' de Versailles, Paris, Jacob-Duvernet, , 438 p. (ISBN 978-2-84724-380-2).
  • Alain Hamon, Bonjour, on vient pour l'affaire, éditions JPO, 2020, 405 p.
  • Renaud Van Ruymbeke et Jean-Marie Pontaut, Mémoires d'un juge trop indépendant, Paris, Editions Tallandier, , 304 p. (ISBN 979-10-210-4408-1), p. 17-46 (chapitre premier)
  • François-Xavier Verschave, Noir silence, Paris, Les Arènes, .
  • Gilles Leclair, La vérité sur l'affaire Robert Boulin, Filatures(s), , 168 p. (ISBN 978-2-491-50767-1)

Presse écrite ou radiodiffusée[modifier | modifier le code]

Filmographie et télévision[modifier | modifier le code]

  • Michel Despratx et Bernard Nicolas, Robert Boulin : le suicide était un crime, Canal+, , vidéo (lire en ligne).
  • Crime d'État, téléfilm de Pierre Aknine diffusé sur France 3 le .
  • Marie-Pierre Farkas, Jean-Marie Lequertier et Ghislain Delaval, Affaire Boulin : une si longue attente, France 2, , documentaire.
  • Révélations sur un crime d'État, documentaire de Benoît Collombat, Bernard Nicolas, Arnaud Mansir, Envoyé spécial, diffusé sur France 2 le .

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « REGIS » est un acronyme qui signifie « Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial ».
  2. Script de la vidéo de Despratx et Nicolas :
    « [Jean Tirlet, debout au bord de l'étang Rompu :] Elle [sa tête] n'a rien heurté du tout. Absolument pas. D'ailleurs, il était à genoux, on l'a mis sur le dos. Même s'il avait heurté quelque chose, ç'aurait été le dos.
    — [Journaliste :] Mais la tête n'a pas heurté un rocher ?
    — Il n'y a pas de rochers ici ! [deux fois]
    — Alors, c’est peut-être des souches ?
    — Il n'y a pas de souches !
    — [Le journaliste montre à J. Tirlet les photos du visage de Robert Boulin à la sortie de l’eau] Est-ce que c’est le visage que vous avez dans votre mémoire ?
    — Absolument ! [deux fois] Il faut voir l'état du corps, ça m'a touché d’abord, au début sur le coup. Mince ! Ce gars-là, il a pris une trempe ! »
    [48].
  3. Ces considérations sont confirmées par la nature du site, qui se trouve dans le domaine public sans restriction d’accès, et le fait que le corps de Boulin à cinq ou sept mètres du bord ne se trouvait que dans environ cinquante centimètres d’eau.
  4. Script de la vidéo de Despratx et Nicolas :
    « [Journaliste :] Est-ce que vous avez assisté personnellement à la sortie du corps ?
    — [Gendarme, de dos, visage non visible, dans un bureau :] J'ai vu moi-même sortir le corps ; et en aucune façon, jamais il n’a heurté un obstacle ; ils n'ont rien heurté pour la bonne raison qu'il n'y avait rien à heurter ; ils ont soulevé le corps au-dessus de l'eau et ils l'ont tiré comme ça. Il n'y a pas d’obstacle. J'ai ouvert tout de suite la chemise pour voir s'il n'y avait pas de trous de balle.
    — Ah, parce que vous avez cru…
    — J'ai cru qu'on l'avait flingué. »

    [Narrateur :] D'autres gendarmes confirmeront que la tête n'a rien heurté. Pourtant dans l'ordonnance de non-lieu de 1992, le témoignage du policier qui a vu un rocher là où il n’y en avait pas a été retenu.
    « — [Gendarme :] J'ai constaté que la voiture était souillée par de l'eau qui manifestement provenait de l’étang car, pour être de la couleur qu'elle était, il fallait que beaucoup de feuilles aient trempé dedans et il y en avait plein la voiture. »
    [Narrateur :] Ces traces de boue et de feuilles sur la 305 ne seront jamais analysées ni les empreintes visibles sur la carrosserie que les policiers du SRPJ de Versailles n'ont pas vues [Des images de la carrosserie sont montrées].
    [Me René Boyer avocat de la famille Boulin :] « À la place du passager, on retrouve des mégots de Gauloises. Il n'a jamais fumé de Gauloises. Sur le tapis du sol, on a une tâche suspecte ; on ne va jamais s'intéresser à cette tâche suspecte. »
    [Narrateur :] Mais il est un point jamais révélé à ce jour : dès son arrivée, le gendarme repère d’autres traces, déterminantes… Des traces de pas :
    « [Gendarme :] J'ai trouvé des traces qui allaient à l'étang et des traces qui en revenaient.
    — [Journaliste :] Ça, vous l’avez signalé à la police ?
    — Ça n'a pas eu l’air de les intéresser.
    — Votre conviction, c’est que ce corps a été transporté sur place ?
    — À mon avis, oui ! [deux fois] Il n'est pas venu tout seul.
    — Mais vous n'avez jamais eu le temps de le prouver ?
    — J'ai jamais eu le temps de chercher vraiment, puisque dans une affaire dans laquelle on est dessaisi, il est hors de question qu'on fasse la moindre investigation. Je pense qu'on a dit : « il faut dégager les gendarmes, ces cons-là, ils sont foutus de trouver la vérité ».
    [Narrateur :] Les gendarmes sont immédiatement dessaisis au profit des policiers de Versailles dont le premier rapport rendu trois semaines plus tard ne fait aucune mention des traces de pas et des empreintes, et pour cause elles n'ont jamais été relevées. Le suicide était évident, ont expliqué les policiers. À l'époque, les journalistes sont rares qui doutent du suicide. Ceux qui l’écrivent se mettent en danger. […] »
    [51].
  5. a b c et d Script de la vidéo de Despratx et Nicolas :
    [Narrateur :] « Tout aussi étrange sera l'autopsie de Robert Boulin pratiquée à l'institut médico-légal de Paris. Au départ, une question simple : Robert Boulin s'est-il noyé dans les eaux de l'étang Rompu ? À 13 h, alors que le corps n'est pas encore arrivé à l'institut médico-légal, une journaliste d’Antenne 2 [Danièle Breem] parle déjà de barbituriques, pris par le ministre. Aujourd’hui, elle a oublié le nom de son informateur. Médecin-légiste à l'institut médico-légal en , Juliette Garat sera chargée de l'analyse toxicologique du sang de Robert Boulin. Elle témoigne pour la première fois des conditions de l'autopsie. »
    [Journaliste :] « Le rapport d’autopsie a conclu à une noyade par submersion ; or, les poumons n'ont pas été analysés. Est-ce que lorsque les poumons n'ont pas été analysés, on peut conclure à une noyade ?
    — [J. Garat :] Ça me paraît difficile.
    — Ça vous a fait sourire, j'ai vu.
    — Ben oui, parce qu'on n'a pas recherché les diatomées ; autrement dit, on n'a pas recherché s'il avait absorbé de l'eau de l'étang du Rompu [sic].
    — Il n'y a pas eu de prélèvement d’eau sur l’étang non plus ?
    — Non.
    — Est-ce que c’est logique dans une enquête de police ?
    — Non, pas du tout, c’est un manque. »

    [Narrateur :] « Dans le sang de Robert Boulin, Juliette Garat trouve des traces de Diazépan, un dérivé du Vallium. Très rapidement, les bocaux de sang sont volés. Quelques années plus tard, les poumons conservés dans du formol disparaissent. Officiellement, ces bocaux ont été enterrés au cimetière de Thiais. On ne les retrouvera jamais. Il est une petite phrase anodine dans le rapport d’autopsie : les lividités cadavériques siègent au niveau de la face postérieure du corps. Ce point est capital. Après la mort d'un sujet, le sang qui ne circule plus afflue dans les parties les plus basses du corps : ce sont les lividités. Elles se fixent dans les six premières heures qui suivent la mort et ne bougent plus. Le corps de Robert Boulin a été retrouvé dans cette position, face dirigée vers le sol [un croquis de la position du corps est montré], les lividités auraient dû se trouver sur le ventre ; or elles étaient fixées sur le dos. »
    [Journaliste :] « Qu'est-ce que cela signifie ?
    — [J. Garat :] Cela signifie que le corps a été manipulé.
    — Il a été déplacé ?
    — Ah oui ! »

    [James Sarazin, journaliste au Monde en  :] « À partir du moment où le corps a été déplacé, c’est d’une part qu'il n'est pas mort là et que d’autre part c’est qu'il ne s'est pas suicidé… Que quelque part il a été tué et qu'on a amené son corps là pour faire croire à une noyade. »
    [J. Garat :] « Le nez a été fortement contusionné. Ça se voit très bien sur celle-là [une photo est montrée à l'écran, puis une autre] que le revêtement cutané a été éclaté. Vraisemblablement par un coup. Ce sont des coups violents mais pas avec un poing ça : le poing ne fait pas ça. Voyez-vous, ce n'est pas assez étendu si je puis m’exprimer ainsi. »
    [Narrateur :] « Une autopsie du crâne était indispensable ; or les médecins légistes ne pourront jamais la réaliser. Ils écriront que c'est le procureur de la République qui les en a empêchés. »
    [Journaliste :] « Est-ce qu'un procureur de la République se mêle d’une autopsie en général ?
    — [J. Garat :] Non.
    — Il la demande mais ne s'en mêle pas ?
    — Ah, pas du tout !
    — Comment expliquer que le procureur de Versailles s'en soit mêlé ?
    — Il avait sans doute ses raisons. »

    [Narrateur :] « C'est un jeune substitut du procureur de Versailles qui a supervisé l'autopsie : Daniel Leimbacher est aujourd’hui avocat général à la cour d’appel d'Aix-en-Provence. Il reconnaît qu'à l'époque, sans expérience, il a simplement obéi. »
    [D. Leimbacher :] « C'est mon procureur qui m'a demandé d’accompagner le corps à l'institut médico-légal : « Il faut établir qu'il est mort par noyade. Il faut vérifier ça. » Le représentant du gouvernement, qui à mes yeux représentait le gouvernement puisque c’était le directeur du cabinet du ministre [celui de R. Boulin], ne souhaitait pas que… à la limite il ne souhaitait pas d’autopsie du tout. »
    [Narrateur :] « Daniel Leimbacher résistera aux pressions et une autopsie aura lieu. Mais une autopsie incomplète car la consigne était claire : ne pas toucher à la tête. »
    [D. Leimbacher :] « Dès le départ évidemment, la tendance était, la démarche était, ou il y avait quand même une pression je dois dire… était de ne pas faire plus qu'il ne fallait… et de ne pas charcuter le corps. »
    [Narrateur :] « Pas d’autopsie du crâne en 1979, et quatre ans plus tard après exhumation du corps de Robert Boulin, une radiographie révèle deux fractures à la face. Le radiologue qui a omis de signaler ces fractures en 1979 avoue aujourd’hui qu'on lui avait simplement demandé de rechercher la présence éventuelle de balles dans la tête. »
    [Journaliste :] « Vous savez que l'autopsie a été bâclée sur Robert Boulin ?
    — [Le radiologue de l'époque par téléphone :] Mais ce n'est pas mon problème, ce n'est pas moi qui l'ai faite. Moi, on m'a posé des questions particulières, j'ai répondu aux questions particulières. Un point c'est tout.
    — On vous a juste demandé de rechercher des projectiles, pas des fractures ?
    — Et puis voilà, c’est tout ! Ce n'est pas mon problème, ça. »

    [Narrateur :] « Une autre blessure sera négligée, celle du poignet droit de Robert Boulin, parfaitement visible sur cette photo [une photo du corps au bord de l'étang est montrée] et maladroitement cachée par une étiquette à l'autopsie [photo du corps nu de Robert Boulin prise pendant l'autopsie, où le poignet droit est masqué par une étiquette]. Les légistes parlent d’une plaie ancienne en voie de cicatrisation. Impossible répond Alain Morlot, le kinésithérapeute de Robert Boulin : il a massé le ministre la veille de sa mort. »
    [A. Morlot :] « C'est quand même impressionnant, on ne sait pas du tout à quoi ça peut correspondre, mais je sais que lorsque j'étais avec lui dimanche, il n’avait pas cette blessure. Comment est-ce qu'il s'est fait ça ? Je ne sais pas. »
    [Journaliste interrogeant à nouveau le médecin légiste Juliette Garat :] « Est-ce que votre conviction, c’est que Robert Boulin a été assassiné ?
    — [J. Garat :] Je ne peux pas « ne pas dire oui »[180].. »
    .
  6. Alors garde des Sceaux.
  7. Pierre Pascal, ancien conseiller spécial de Jacques Chaban-Delmas précise que la lettre est arrivée le mardi à h 30 du matin[72].
  8. L’ami franc-maçon de Robert Boulin, explique que le jour de la découverte du corps, « le procureur ou le commissaire de Versailles » l’appelle « le matin » pour lui dire qu’il va « recevoir au courrier du soir une lettre de Boulin »[74]..
  9. Entre-temps ministre de la Justice de François Mitterrand depuis 1981.
  10. Le scellé contenant le sang de Robert Boulin est volé sans effraction dans les locaux mêmes de l'institut médico-légal de Paris. L'enquête effectuée après dépôt de plainte par l’expert responsable de l’Institut médico-légal n’est pas versée au dossier pénal et n’a pas abouti.
  11. Environ 1 200 euros compte non tenu de l'inflation depuis 1988.
  12. a et b Le préfet de police de Paris, M. Jean Daubigny, ordonne la destruction de la série bis des prélèvements. La destruction est exécutée par Michelle Rudler, directrice de l’Institut médico-légal, sans que la famille ni le magistrat instructeur en soient avertis, alors que seule l'autorité judiciaire est habilitée à prendre cette décision. Un courrier de l’expert de l'Institut médico-légal dépositaire des scellés, le professeur Roger Le Breton, avait pourtant informé le préfet Jean Daubigny de toutes ces modalités et insisté sur la nécessité de conserver ces prélèvements. La partie civile porte alors plainte pour « destruction de preuves ». La justice reconnaîtra l’élément de fait (les preuves ont bien été détruites) et la demande fondée en droit (les pièces ne devaient pas être détruites), mais la partie civile sera déboutée, « l’intention de nuire » n’étant pas reconnue.
  13. Il se serait endormi au volant.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mathias Bernard, Valéry Giscard d'Estaing: Les ambitions déçues, Dunod, (ISBN 978-2-10-081020-8, lire en ligne)
  2. a b c d et e Ferrand.
  3. a b et c Valéry Giscard d'Estaing, Le pouvoir et la vie, t. II : L'affrontement, Paris, Compagnie 12, , 486 p. (ISBN 2-903866-26-0), p. 260-274.
  4. « ALLOCUTION PRONONCEE PAR M. VALERY GISCARD D'ESTAING À LA MAIRIE DE LIBOURNE, LORS DE SON VOYAGE DANS LE SUD-OUEST, LE VENDREDI 5 OCTOBRE 1979 », sur elysee.fr, (consulté le )
  5. Patrice Duhamel et Jacques Santamaria, La République abîmée. Dix affaires qui ont ébranlé la France, Humensis, (ISBN 979-10-329-0326-1, lire en ligne)
  6. « M. Boulin se défend d'avoir bénéficié de faveurs dans une opération immobilière », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. "L'affaire Boulin", par Albert du Roy le dans L'Express [1]
  8. a et b Jacques Derogy Jean-Marie Pontaut, Enquête sur les "affaires" d'un septennat, Paris, Robert Laffont, , 336 p. (ISBN 2-221-00814-6), p. 17-18.
  9. "Ma vérité sur mon père" par Bertrand Boulin, aux Editions Stock en janvier 1980 [2]
  10. a b c et d Bertrand Boulin 1980, p. 65.
  11. a b c d et e "L'affaire Boulin", par Albert du Roy le dans L'Express [3]
  12. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v et w "Boulin, le fantôme de la Ve République. De Chirac à Sarkozy", par Francis Christophe aux Editions OWNI en 2011 [4]
  13. "De la libération des enfants à la violence des pédophiles. La sexualité des mineurs dans les discours politiques des années 1970" par Jean Bérard, en 2014 dans la revue Genre sexualité et société [5]
  14. Bertrand Boulin 1980, p. 43.
  15. Selon L'Express du . Le livre de son fils parlera 3 mois plus tard d'une pile d’une douzaine de lettre timbrées sur son bureau, tapées à la machine, adressées notamment à Achille Peretti, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Simon, Gérard César, Aristide-Patrice Blank, Jean Mauriac.
  16. a b c d e f et g "Témoins capitaux" par Benoît Collombat sur France Inter le [6]
  17. Cité par Jean Mauriac dans France-Soir du .
  18. a b et c "LE CRIME A ÉTÉ MAQUILLÉ EN SUICIDE" : 40 ANS APRÈS LA MORT DU MINISTRE ROBERT BOULIN, LE LONG COMBAT DE SA FILLE POUR LA VÉRITÉ", France Info [7]
  19. a b c d et e « "FRANCE-SOIR" PUBLIE UN ENTRETIEN AVEC Mme BOULIN », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  20. Magazine Interception sur France inter : « Robert Boulin, un homme à abattre », date ?, lien ?.
  21. a b c d e et f Danielle Thiéry et Alain Tourre, Police Judiciaire - 100 ans avec la Crim' de Versailles, Paris, Éditions Jacob-Duvernet, , 439 p. (ISBN 978-2-84724-380-2), p. 265.
  22. a b c et d Le Figaro 2016.
  23. Colette Boulin sur TF1 en .
  24. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w et x Collombat, p. À préciser.
  25. « Un silence trop lourd », Sud Ouest,‎
  26. a b et c "Le faux suicide de Robert Boulin" par James Sarazin, le dans L'Express [8]
  27. Collombat, p. 333.
  28. Pontaut 2010.
  29. « Le fils de Robert Boulin remet en cause la thèse du suicide de son père », sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le ).
  30. « Affaire Boulin: Claude Guéant appelle Bonnet », sur owni.fr, .
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  32. Boulin Burgeat, Fabienne, 1951-, Le Dormeur du Val, Don Quichotte, (ISBN 978-2-35949-023-7 et 2-35949-023-0, OCLC 703208849, lire en ligne).
  33. Antoine Perraud, « Affaire Boulin: une bassesse française », sur Mediapart (consulté le ).
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  41. a b c d e f et g "Affaire Boulin: un second juge nommé pour relancer l'enquête" par Julien Licourt, dans Le Figaro le [9]
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  43. a b c d et e Thiéry et Tourre 2012, p. À préciser.
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  50. Despratx et Nicolas 2002, Minute 24.
  51. Despratx et Nicolas 2002, Minutes 23-26.
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  53. a b c d e f g h et i "Affaire Boulin : un documentaire étaye la thèse de l'assassinat" par Emmanuel Fansten, le dans Libération [11]
  54. a b c d e f g h et i Révélations sur un crime d'État, documentaire de Benoît Collombat, Bernard Nicolas, Arnaud Mansir, Envoyé spécial, diffusé sur France 2 le .
  55. a et b Despratx et Nicolas 2002.
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  60. a et b Jacques Derogy, « La seconde mort de Robert Boulin », L'Express,‎ .
  61. a b c d e f g h i j k l et m Benoît Collombat, Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin, Fayard, , 506 p. (ISBN 978-2-213-63950-5, lire en ligne).
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