Affaire Robert Boulin

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Affaire Robert Boulin
Plan de Saint-Léger-en-Yvelines et de ses environs
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Nature du crime Suicide par noyade et empoisonnement requalifié en assassinat par intoxication (affaire en cours)
Type de crime Suicide ou assassinat politique
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Étang Rompu (forêt de Rambouillet) à Saint-Léger-en-Yvelines 48° 44′ 18″ N, 1° 46′ 30″ E
Date du crime Entre le 29 et le (h 40)
Jugement
Statut Affaire en cours
• Affaire jugée en 1re instance : non-lieu rendu au tribunal de grande instance de Paris (1991)
• Affaire en appel : confirmation du non-lieu (1992)
• Affaire en cassation : confirmation du non-lieu (1992)
Date du jugement
Recours Le parquet de Versailles ouvre une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat » (2015)

L'affaire Robert Boulin est le nom de l'information judiciaire diligentée à la suite de la mort brutale de Robert Boulin, alors ministre du Travail du gouvernement français, dont le corps a été découvert le dans l'étang Rompu de la forêt de Rambouillet, à Saint-Léger-en-Yvelines.

L'information judiciaire conclut en 1991 à un suicide lié à une possible mise en cause du ministre dans une transaction immobilière irrégulière. La veuve et les enfants de Robert Boulin, qui ont déposé plainte contre X pour homicide volontaire en 1983, sont convaincus que celui-ci a été assassiné. Leur combat est relayé progressivement par certains journalistes, notamment Benoît Collombat qui fait paraître en 2008 une contre-enquête.

Le débat reprend, dans les années 2010, après la diffusion du téléfilm de Pierre Aknine Crime d'État. Ce « documentaire-fiction » tend à démontrer que le Service d'action civique (SAC) d'Achille Peretti, Charles Pasqua et Jacques Foccart a commandité l'assassinat dans la crainte que Robert Boulin ne dévoile le réseau de fausses factures participant au financement du RPR. Inversement, d'autres journalistes et personnalités se disent convaincus de la thèse du suicide.

À la suite de plusieurs nouveaux témoignages, l'enquête judiciaire est rouverte pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat » le .

Faits[modifier | modifier le code]

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Le président Valéry Giscard d'Estaing (cliché du ), qui envisageait alors la possibilité de faire de Robert Boulin son Premier ministre.

En 1979, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, Robert Boulin est ministre du Travail et de la Participation du troisième gouvernement Raymond Barre. Selon plusieurs personnalités politiques de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing songe à nommer un Premier ministre membre du RPR pour réduire l'influence de Jacques Chirac. Les noms de Robert Boulin, Joël Le Theule ou encore Alain Peyrefitte sont évoqués[1].

Affaire de Ramatuelle[modifier | modifier le code]

À l'automne 1979, des lettres anonymes parviennent aux sièges de plusieurs journaux. Elles accusent Robert Boulin d'être intervenu en 1974 auprès du préfet du Var pour obtenir une dérogation aux règlements d'urbanisme afin de rendre constructible des terrains situés à Ramatuelle et appartenant à son ami Henri Tournet. En contrepartie, celui-ci lui a cédé l'un des terrains pour 40.000 francs, sur lequel Boulin a fait construire une résidence secondaire.

Une information judiciaire a été ouverte contre Henri Tournet à l'initiative de trois promoteurs normands à qui Tournet avait vendu en 1973 les mêmes terrains, dont la parcelle qu'a acquise Robert Boulin. Celui-ci n'était nullement au courant de cette escroquerie. L'instruction judiciaire est ouverte à Coutances. En , elle est confiée au juge Renaud Van Ruymbeke, alors en poste à Caen. Trois mois plus tard, il inculpe Tournet et le fait brièvement incarcérer, puis libérer sous caution. Tournet réagit violemment et demande à Robert Boulin de faire interrompre l'instruction, le menaçant de faire des révélations. Le 18 juin, Boulin a eu une entrevue avec le ministre de la justice Alain Peyrefitte. Celui-ci lui lui répond qu'il ne peut interrompre l'instruction, dans laquelle Boulin n'est d'ailleurs pas mis en cause[2]. Celui-ci paraît « très abattu ».

Des informations mettant en cause Robert Boulin ont commencé à paraître dans la presse dès le mois de juillet. À la suite des lettres anonymes reçues dans les rédactions en octobre, des articles plus précis sont publiés. Le journal d'extrême droite Minute est le premier à attaquer vigoureusement le ministre le , titrant « Boulin a fait la belle boulette ». Boulin choisit de riposter, déclarant au micro d'Europe 1 le dimanche  : « Que voulez-vous que je réponde ? J'ai l'âme et la conscience tranquilles et j'ai été exemplaire. Peut-être encore plus que vous ne le pensez, parce qu'il y a des choses que je ne peux pas dire ici. »[3] La campagne de presse se poursuit avec Le Canard enchaîné le et Le Monde le [4].

Le , Alain Peyrefitte révèle à Giscard d'Estaing que l'examen des comptes bancaires de Robert Boulin fait apparaître qu'il a encaissé un chèque de 40 000 francs peu après son règlement du prix du terrain à Tournet. Ce chèque correspond à un chèque émis par Tournet. La presse est au courant et laisse pressentir une révélation. Harcelé par les journalistes, Boulin a expliqué que cette somme lui a été remise par sa mère. « Un naufrage » commente Giscard d'Estaing[2].

À la demande du président Valéry Giscard d'Estaing le , le Conseil supérieur de la magistrature diligente une enquête qui, le , lave le juge Van Ruymbecke des accusations portées par Boulin de procédure partiale dans l'affaire de Ramatuelle[5].

Découverte du corps[modifier | modifier le code]

Le à h 40, le corps de Robert Boulin est retrouvé dans l'étang Rompu, dans la forêt de Rambouillet (Yvelines). Son cadavre se trouve à cinq mètres de la berge et gît à genoux, la tête hors de l'eau, baignant dans 50 centimètres d'eau et 40 centimètres de vase[6]. Son véhicule personnel est également retrouvé sur les lieux, garé sur la berge, quelques mètres à l'écart du chemin d'accès à l'étang, soit à une distance d'environ 200 mètres de la D138, laquelle relie Saint-Léger-en-Yvelines au sud à Montfort-l'Amaury au nord.

Thèse officielle[modifier | modifier le code]

La mort est tout de suite présentée comme un suicide : trois heures avant sa mort, Robert Boulin a adressé à plusieurs personnalités une lettre annonçant son intention de mettre fin à ses jours car il ne supporte pas d'être mis en cause dans l'affaire de Ramatuelle.

Selon son entourage, Robert Boulin se croyait victime d'un "complot politique" auquel aurait participé l'entourage de Jacques Chirac. L'hommage appuyé que lui avait rendu le président Giscard d'Estaing lors de son passage à Libourne le 5 octobre aurait fait craindre à certains milieux du RPR qu'il ne soit nommé Premier ministre en remplacement de Raymond Barre, avant l'élection présidentielle. Cette perspective pouvait entrainer une scission du RPR. Par ailleurs Boulin avait la conviction qu'il serait prochainement entendu comme témoin par le juge Van Ruymbecke dans le cadre de l'affaire de Ramatuelle et il souhaitait vivement pouvoir s'expliquer avec lui. Or il aurait été informé, de source officielle, que le premier ministre et le conseil des ministres ne lui auraient pas accordé l'autorisation de comparaître devant le juge, afin de ne pas jeter la suspicion sur un membre du gouvernement. Robert Boulin se serait alors senti pris au piège et ne l'aurait pas supporté[7].

Bertrand Boulin, son fils, réagit sur Soir 3 le 30 octobre : « On l'a mis en cause, ça l'a bouleversé. (...) On a beau être solide, lorsque l'on vient sur un certain nombre de terrains, (...) malgré votre solidité et (...) à cause de votre solidité car l'équilibre et fragile, à cause de cette solidité je crois qu'on est fragile.[8]»

Le SRPJ de Versailles dirigé par Claude Bardon, chargé de l'enquête par l'intermédiaire du commissaire principal Alain Tourre (qui évoque l'affaire en 2012 dans son livre Police judiciaire : 100 ans avec la crim' de Versailles[9]), conclut d'abord au suicide par noyade après absorption de barbituriques, puis, dans un deuxième temps, après ingestion de Valium. Robert Boulin aurait ingéré une grande quantité de Valium, pénétré dans l'étang et se serait noyé.

Cette thèse est partagée par la grande majorité des milieux journalistiques et de la classe politique de l'époque, à l'exception de quelques voix discordantes comme Laurent Fabius, faisant état, dans une question au gouvernement, d'une très grande perplexité, ou le sénateur Pierre Marcilhacy[10]. Dans un entretien avec Benoît Collombat en 2005, Raymond Barre confirme l'atmosphère de l'époque : « Nous ne pensions pas que le RPR allait assassiner Boulin[11]. »

Cependant, dans les milieux dirigeants du RPR, on refuse l'idée que ce suicide ait pu être motivé exclusivement par « l'affaire de Ramatuelle ». Selon une enquête du Monde : « Dès le matin du décès, M. Chaban-Delmas avait expliqué à M. Chirac ce geste par des ennuis familiaux. Dans ces conditions, la perspective d'une affaire judiciaire mettant son nom en cause n'aurait été qu'un détonateur […][7]. »

Contre-enquêtes[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, la famille Boulin accrédite la thèse du suicide. C'est le cas par exemple de Bertrand Boulin, fils du ministre, dans son ouvrage Ma Vérité sur mon père (1980)[1]. Par la suite, toutefois, les Boulin cessent de croire au suicide, qui, selon eux, ne correspondait pas à l'état d'esprit du ministre, notamment après avoir vu le visage tuméfié de Robert Boulin sur les photographies prises du corps à l'étang Rompu et qui avaient été obtenues en 1983 grâce à leur avocat de l'époque, Robert Badinter[a]. Un certain nombre de contre-enquêtes effectuées par des journalistes semblent avoir mis au jour des incohérences dans les conclusions de l'information judiciaire, de nature à réfuter la thèse du suicide.

Fabienne Boulin, fille de Robert Boulin, dit avoir répertorié « 75 anomalies » dans le traitement de l'affaire, dont la disparition de pièces, la double découverte du corps, le refus d'entendre des témoins, des lettres modifiées, la disparition de seize années d'archives de son ministère et de sa mairie de Libourne[6],[12]. Selon elle, il est établi par les auditions que le corps du ministre portait des traces de coups sur le visage[13] et « preuve est faite » que des preuves ont été dissimulées avant l'enquête judiciaire[14].

Témoignages ou expressions d’opinion[modifier | modifier le code]

Témoignage d'Hermann Stromberg[modifier | modifier le code]

Hermann Stromberg[15], qui se prétend ami de Boulin et dont l'épouse est en litige avec Tournet[16] dans le cadre de l'affaire des terrains de Ramatuelle, a témoigné devant le juge Corneloup puis dans un entretien à L'Humanité-Dimanche le . Il affirme avoir découvert le corps du ministre, accompagné du député Charles Bignon, le vers 17 h 30. Selon Stromberg, cette découverte a lieu après un rendez-vous à Montfort-Lamaury entre les deux hommes, Boulin, Jacques Foccart, deux ministres en exercice, deux policiers de haut niveau, un ancien ministre, quatre fonctionnaires « probablement du Sdece ». Ces treize hommes se rendent à Saint Léger en-Yvelines, y rencontrent Henri Tournet, son neveu, des amis et Patrice Blank. Sur ces entrefaites survient Francis Pic-Paris, maire de la ville[b], puis trois voitures dans lesquelles se trouvent des « barbouzes » et des « gorilles » qui entourent Ernst Siegrist « un coriace, protégé de puissants banquiers de RFA ». « Ils se sont enfoncés dans le sous-bois avec le ministre pour négocier un dossier. Ils étaient hors de notre vue. Puis Siegrist et ses gorilles sont repartis précipitamment. Boulin n'était pas avec eux. (...) Mais ne le voyant pas revenir, nous sommes allés à sa rencontre. Il gisait mort au pied d'un talus sur lequel s'était déroulée la "négociation"». Pierre Péan, qui a transcrit dans L’Homme de l'ombre l'interview donnée par Stromberg, se pose la question : « Déclarations d'un mythomane ? Probablement, car cette histoire est vraiment trop rocambolesque. Imaginons un peu tout ce monde — dix-sept personnes à bord de huit voitures — dans les allées de la forêt de Rambouillet. Aucun témoin n'a remarqué cette invraisemblable agitation[18]. » Francis Pic-Paris, quant à lui, a démenti la rencontre. Le juge Corneloup n'a pas pris en compte le témoignage de Stromberg.

Témoignages ou expressions d’opinion en faveur de la thèse de l'assassinat[modifier | modifier le code]

Maurice Robert (mort le ), ancien membre du SDECE, proche de Jacques Foccart, chargé du service « Afrique » chez Elf, ambassadeur au Gabon en , estime qu'il s'agit de l'« un des crimes les plus mystérieux. La version du suicide ne tient pas la route, dit-il. Boulin a été tué, assassiné. Dans cette affaire, il y a des gens tout à fait douteux[19]. »

Selon Laetitia Sanguinetti, fille d'Alexandre Sanguinetti, cofondateur du Service d'action civique (SAC), ce dernier lui avait déclaré, quinze jours après la mort de Boulin, qu'il s'agissait d'un « assassinat ». L'affaire de l'achat de la garrigue à Ramatuelle avait été montée de toutes pièces pour décrédibiliser Boulin, qui aurait eu connaissance d'un réseau de financement illégal de partis politiques, en particulier – mais pas seulement – du RPR[20]. De même, Michel Jobert a affirmé au journaliste Jean Mauriac, proche de la famille Boulin, que le ministre du Travail en savait trop sur le financement du RPR, notamment via Saddam Hussein, mais aussi Omar Bongo[21]. Olivier Guichard a aussi confié à Jean Mauriac qu'il penchait en faveur de la thèse de l'assassinat[21].

Lors d'un entretien accordé à France Inter en 2009, l'ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel devient la première grande figure politique à affirmer publiquement croire à l'assassinat de Robert Boulin[22]. Il affirme qu'Alexandre Sanguinetti lui a donné les noms du commanditaire et de l'exécutant de cet assassinat deux mois après la mort de Robert Boulin, au cours d'un repas à Brive-la-Gaillarde, et qu'il est prêt à les donner à la justice en cas de réouverture de l'enquête[23]. Jean Charbonnel meurt en 2014[24].

Dans le cadre de l'information judiciaire ouverte par le parquet de Versailles, un homme affirme à la juge d'instruction, Aude Montrieux, le , avoir croisé peu avant sa mort Robert Boulin, qui aurait été passager dans une Peugeot 305 comportant également une personne à l'arrière. Il décrit les deux hommes accompagnant le ministre comme ayant « des visages assez fermés », « plus jeunes que M. Boulin » et ayant « des cheveux plutôt foncés »[25].

Le , le médecin réanimateur dépêché immédiatement sur place lors de la mort de Robert Boulin déclare à la juge Aude Montrieux : « On avait l'impression qu'il avait été placé mort dans l'eau, parce qu'il n'avait pas la position d'un noyé dans l'eau. Il était presque à genoux. On aurait dit qu'on le sortait d'une malle. Il était comme assis, c'est-à-dire qu'il était comme dans une position assise, mais penchant vers le bas [...] Normalement, les noyés ont le visage dans l'eau. Or, son visage n'était pas totalement hors de l'eau, mais aux quatre cinquièmes hors de l'eau [...] Il avait des ecchymoses sur le visage, des éraflures et le dos un peu bizarre, comme une bosse de buffle au niveau cervical bas. Son visage était éraflé, presque griffé. »[25],[26] Ce médecin, qui a été le premier à examiner le corps, n'avait pas été entendu lors de l'enquête initiale menée par le SRPJ de Versailles[25]. Ses déclarations recoupent celles de l'ancien gendarme Francis Deswarte, qui avait notamment indiqué en 2011 que le cadavre « regardait vers sa voiture »[26].

Expressions d’opinion en faveur de la thèse du suicide[modifier | modifier le code]

Dans ses mémoires, l'ancien Premier ministre Raymond Barre affirme : « Pour moi, il n'y a pas de mystère Boulin. Il s'est suicidé[27]. »

L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing consacre un chapitre entier de ses mémoires à l'affaire Boulin. Intitulé « Le suicide de Robert Boulin »[2], il n'évoque à aucun moment la thèse de l'assassinat.

En , après la diffusion du téléfilm Crime d'État sur France 3, Luc La Fay, proche collaborateur de Robert Boulin jusqu'à son décès, s'exprime contre la thèse de l'assassinat et met en avant l'affaire de Ramatuelle : « Tous ses proches collaborateurs ont constaté que le comportement de Robert Boulin se délitait dans les jours qui ont précédé sa mort. Le matin du lundi , jour de sa disparition, à la suite de la réunion de cabinet, j'ai souhaité lui parler en tête à tête. Il se tenait debout devant son bureau, très agité, et il a eu une sorte de crise de nerfs. Ses propos étaient incohérents, il parlait de lui-même à la troisième personne en répétant : « Boulin est celui auquel on fait faire toutes les merdes. » Il se sentait lâché par le président Giscard d'Estaing. Avec le recul, je pense qu'il avait déjà pris la décision de se tuer. »[28] Maxime Delsol, ancien garde du corps du ministre, déclara partager cette opinion[29].

Louis-Marie Horeau, dans Le Canard enchaîné du , résume ironiquement la théorie du complot : « Il faut rendre un hommage appuyé à l'assassin. Ou plutôt aux assassins, car ils sont nombreux et talentueux. Ils ont écrit eux-mêmes les lettres, dactylographiées sur la machine personnelle de Robert Boulin. Ils ont imité l'écriture du ministre pour les ajouts. Ensuite, ils ont envoyé une équipe dans un centre de tri postal des Yvelines pour récupérer les vraies lettres postées par Boulin à Montfort-l'Amaury quelques heures avant sa mort et les remplacer par les fausses annonçant son suicide. Un complice a volé le Valium et déposé dans la corbeille le faux brouillon de la fausse lettre. Avant de déposer le mot d'adieu dans la voiture, de noyer le ministre dans moins d'un mètre d'eau, non sans l'avoir préalablement drogué au Valium. Sans oublier l'action d'une autre équipe chargée de récupérer les dossiers compromettants. Il y a quelques journalistes qui défendent ce scénario le plus sérieusement du monde[30]. »

Autres expressions d’opinion[modifier | modifier le code]

Jacques Foccart, mis en cause dans l'affaire, explique qu'il n'avait aucune raison de vouloir « couler Boulin. » Il le juge comme un « homme très droit » dont les positions étaient proches de celles des « barons » du gaullisme, dont lui-même faisait partie. Il indique qu'il avait peu de rapports avec Robert Boulin[31].

Menaces de mort[modifier | modifier le code]

Charles Pasqua, dirigeant du SAC et conseiller influent de Jacques Chirac.

Jacques Paquet, ancien chef de cabinet de Robert Boulin, aurait fait état de menaces très précises venant de membres du Service d'action civique (SAC), dirigé par Charles Pasqua[c], reçues lors du passage de Boulin au ministère de l’Économie et des Finances, entre et [32], soit plus d’un an et demi avant sa mort. Par ailleurs, Jacques Paquet, dans un entretien avec un journaliste de Charlie Hebdo publié le soit moins de deux mois après la mort du ministre, avait validé l'authenticité des mentions manuscrites sur la lettre par laquelle le ministre annonçait son suicide et faisait état d'une rumeur circulant à Libourne selon laquelle « quelqu'un a aidé Boulin à se suicider[33] ». M. Paquet, qui avait quitté le cabinet du ministre en 1973 avait précisé « qu'il avait rencontré R. Boulin trois jours avant sa mort et que le ministre lui avait proposé de retravailler avec lui[33] ».

Selon Fabienne Boulin-Burgeat, sa mère a reçu des menaces visant son fils, afin qu'elle ne relance pas l'enquête[6].

Les menaces écrites adressées à Robert Boulin, conservées par son inspecteur de police, ne furent jamais versées au dossier. De multiples témoignages ont aussi fait état de menaces physiques à l'encontre du ministre[32].

Annonce de la mort[modifier | modifier le code]

Christian Bonnet, ministre de l'Intérieur au moment des faits, affirme lui aussi avoir été alerté de la mort de Robert Boulin « entre h et h du matin[34],[35] ».

Guy Aubert, collaborateur du ministre, se rend vers 20 h le (la veille) au domicile de Robert Boulin et déclare à Colette Boulin : « Robert est mort. »[36],[34].

Jacques Douté, un proche de Robert Boulin, alors en compagnie de deux personnes, reçoit un coup de téléphone le (soit la veille), vers 20 h à son restaurant de Libourne lui indiquant qu'« il est mort »[37], version confirmée par Bernard Sube, photographe pour l'actuel conseil départemental de la Gironde[34].

Le chef de cabinet de Robert Boulin, accompagné d'Éric Burgeat, conseiller technique et gendre du ministre, signale peu après minuit au ministère de l'Intérieur, puis à Matignon, la disparition du ministre. D'après le dossier pénal, les premières recherches sont lancées le à h 25 du matin et le corps est retrouvé à h 40 par une brigade de gendarmerie. Pourtant, dès h du matin, l'information de la découverte du corps remonte au sommet de l'État[34].

Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin, est convoqué à Matignon vers h du matin par Philippe Mestre, directeur de cabinet du Premier ministre Raymond Barre. Celui-ci reçoit, devant Yann Gaillard, un coup de téléphone. Après avoir raccroché, Philippe Mestre confie : « On a retrouvé le corps. »[38],[34] Philippe Mestre a démenti ces allégations[39].

Marie-Thérèse Guignier, administratrice de biens judiciaire, ex-membre des cabinets ministériels de Robert Boulin et intime des milieux gaullistes, est réveillée dans la nuit du au , entre h 30 et h du matin, par un ami proche : Louis-Bruno Chalret, à l'époque procureur général près la cour d'appel de Versailles, lié au SAC et aux réseaux Foccart. Chalret lui apprend que l'on a retrouvé le corps de Robert Boulin dans les étangs de Hollande[40]. « Et là, il se couvre, il appelle tout le monde sur le REGIS (le réseau téléphonique interministériel de l'époque[d]), c'est-à-dire l'Élysée[40], Matignon, probablement l'Intérieur et la Chancellerie. » Il se rend immédiatement sur place avec une équipe d'hommes de confiance : « On a tout fait minutieusement, comme il fallait. J'ai tout surveillé. Rien n'a été laissé au hasard », a-t-il dit quelques jours plus tard à Marie-Thérèse Guignier, en qualifiant cette affaire de « truc à emmerdes »[40]. Son amie résume ainsi le rôle actif qu'il a pu jouer cette nuit-là : « Chalret était l'homme qu'il fallait pour ce genre de choses[40],[34] ».

L'ancien Premier ministre Raymond Barre déclare dans son livre L'Expérience du pouvoir[27],[34] avoir été prévenu vers h du matin « que l'on a retrouvé le corps de Boulin dans un étang de la forêt de Rambouillet » et que le ministre s'est donné la mort en se noyant après avoir avalé des barbituriques.

Victor Chapot, proche conseiller du président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, déclare, lui, avoir appris la mort de Robert Boulin à h du matin par un coup de téléphone d'Henri Martinet, un ancien collaborateur du ministre. Il se serait alors « précipité chez Giscard qui apprend la nouvelle au téléphone au même moment[34] ». Valéry Giscard d'Estaing, dans son livre de mémoires Le Pouvoir et la Vie, dit avoir appris la mort de son ministre à 11 h 30 du matin.

Découverte du corps et autopsie[modifier | modifier le code]

Le corps est retrouvé bouche fermée, ce qui irait à l'encontre d'un suicide par noyade. Les enquêteurs ne s'intéressent alors pas à la position en « coffre de voiture » du corps, avec les jambes légèrement repliées et un seul bras levé, dont les rigidités semblent cassées. Des photographies données trois ans plus tard aux avocats de sa famille montrent un saignement de nez incompatible avec une noyade, un visage bleu et enflé qui montrent qu'il aurait été battu[6].

Les partisans de la thèse du meurtre relèvent aussi que l'absence de vase et de boue sur le bas du pantalon et sur les chaussures indiquerait qu'il n'a pas pu entrer dans l'étang par ses propres moyens. Selon Mme Anzani[e], les pompiers ont traîné le corps sur le sol, ce qui aurait eu pour effet de nettoyer le tout. Une boucle d'une des chaussures du ministre est manquante et ne sera jamais retrouvée.

Le gilet de Robert Boulin est entièrement décousu dans le dos, mais les vêtements ne furent pas analysés durant l'enquête préliminaire. Le portefeuille est resté sec, mais aucune information ne fut donnée sur l'endroit où il a été retrouvé. Il semble anormal que le corps, une fois ramené sur la rive, ait été déplacé avant que les premières constatations n'aient été faites par un médecin légiste.

Les photographies de l'identité judiciaire révèlent que Robert Boulin porte une entaille à la limite du poignet et de l'avant-bras droit. Il a été démontré que celui-ci ne s'était fait aucune blessure à cet endroit jusqu'au départ de son domicile. Ce fait n'a pas donné lieu à une analyse ou une expertise. L'ordonnance de non-lieu ne fait pas état de cette blessure.

La première autopsie du corps de Robert Boulin, effectuée par les docteurs Bailly et Depouge, confirme point par point les conclusions des policiers de Versailles :

« L'enquête a formellement établi que le décès de M. Robert Boulin est consécutif à un suicide par noyade précédé d'une forte absorption de Valium. (...) Les médecins constatent un œdème hydroaérique du tissu pulmonaire accompagné de présence d'eau à l'intérieur de la cavité gastrique. (...) Ces conclusions sont celles habituellement observées dans les cas d'asphyxie par submersion. (...) Les lésions constatées au visage peuvent avoir été provoquées par une chute antérieure à la mort et ne sont pas suffisantes pour envisager l'hypothèse de violences volontaires préalables[41]. »

Un documentaire réalisé par une équipe de Canal +[42], diffusé en 2002, met également l'accent sur ces traumatismes importants au nez et au visage, qui semblent peu en rapport avec l'hypothèse d'une chute dans un étang sablonneux, dépourvu de roches.

Cependant ce premier rapport d'autopsie précise que les lividités cadavériques sont situées sur le dos de Robert Boulin, ce qui est incompatible avec la position du corps lors de sa découverte sur le lieu de sa mort présumée. En effet, selon la thèse officielle, Robert Boulin a été trouvé accroupi au bord de l'étang Rompu, face contre sol dans la position dite du « prieur mahométan ». Étant donné les lois de la pesanteur qui amènent le sang à se fixer dans les parties inférieures du corps dans les six heures suivant la mort, elles auraient dû apparaître sur le ventre ou en dessous des genoux. Ce qui tendrait à prouver, selon les défenseurs de la thèse du meurtre, que le corps a été déplacé et que la mort n'a pas eu lieu dans l'étang Rompu[43]. La langue, le larynx, le pharynx et les poumons ont été extraits dès les premières heures de l'autopsie, sans analyse postérieure.

Contre-autopsie[modifier | modifier le code]

Une contre-autopsie est ordonnée en 1983, à la demande de la famille de Robert Boulin. L’ancien assistant des légistes bordelais ayant procédé à cette deuxième autopsie, le , confie avoir été « surpris » et « choqué » car il a clairement identifié comme une « trace de corde circulaire au poignet droit » de Robert Boulin. Il a également vu « un hématome derrière la boîte crânienne » du ministre : hématome gélatineux, bleuté, qui n'était pas un dépôt cadavérique. Selon lui, cette « face postérieure aplatie » ne peut s'expliquer par la position dans le cercueil. Sa conclusion est : « Pour moi, il a été assommé ! »[32] Le docteur Daniel Jault, qui assista également à l'autopsie, explique des années plus tard : « On a tous pensé qu'il avait été liquidé[44] ». Cependant, il ne mentionne pas la « trace de corde au poignet » et dément l'existence de l'hématome. Confronté au caractère « pas si affirmatif » de la deuxième autopsie, il reconnaît : « (...), je n'ai pas de preuve ! Je n'ai qu'un faisceau d'éléments concordants sur lequel j'ai bâti ma conviction. Mais il était impossible d'établir les choses de façon certaine. Le rapport scientifique ne pouvait pas aller au-delà de ce qui a été écrit[44]. »

Effectivement, la deuxième autopsie, effectuée par les professeurs L'Épée, Lazarini et Delorme, ne remet pas en cause la thèse du suicide et ne contredit pas les conclusions de la première, réalisée en 1979[45]. Selon les contre-experts, la radiographie du crâne, réalisée par Francis Kannapell lors de la première autopsie, n'avait pas permis de déceler deux fractures faciales au nez et au maxillaire gauche. Cependant ces fractures ne peuvent pas avoir provoqué le décès et les contre-experts n'excluent pas qu'elles soient dues à une manipulation brutale du cadavre après sa découverte ou à une lésion osseuse produite par aiguille de Reverdin (aiguille chirurgicale) ou autre lors de la solidarisation labiale (manœuvre de présentation du corps à la suite de l'autopsie)[46].

Le , Colette Boulin et ses enfants, Bertrand Boulin et Fabienne Burgeat, sont reçus par Michel Maestroni, juge d'instruction, qui leur communique les résultats du deuxième rapport d'autopsie de Robert Boulin. Colette Boulin et ses enfants rendent alors publique une requête adressée au procureur de Versailles dénonçant son « imposture », sa « forfaiture » et ses « communiqués mensongers »[28]. Ils l'accusent d'avoir ordonné au médecin-légiste « de se livrer à une autopsie incomplète[47] » et d'avoir voulu « soustraire les assassins au bras de la justice[45].» Le garde des Sceaux, Robert Badinter, porte plainte le surlendemain pour diffamation envers un fonctionnaire public contre Colette Boulin et ses enfants[45]. Le magistrat Robert Barbat réagit en qualifiant ces initiatives de « terrorisme intellectuel au sein de la procédure pénale »[48]. Dans sa requête au procureur de Versailles, Colette Boulin contestait en outre l'embaumement pratiqué sur le corps de son mari sans l'accord de la famille, évoquant un maquillage de cadavre et une « momification comme Toutankhamon ».

Jacques Derogy, partisan de la thèse du suicide, explique ces faits de la façon suivante :

« En présence du substitut du procureur de Versailles, Daniel Leimbacher, du commissaire Alain Tourre et de quatre policiers du SRPJ ainsi que des garçons de salle, le chef de cabinet de Boulin, Marcel Cats, se disant mandaté par la famille, s'était opposé, pendant quatre heures, au « charcutage sacrilège » de la dépouille. Expulsé par le Dr Bailly, il avait cependant obtenu qu'« on l'abîme le moins possible ». D'où l'accord du magistrat et des praticiens pour limiter le nombre des examens aux constatations habituelles des noyades, tout en conservant les prélèvements effectués sur les poumons et les viscères. Puis, à la demande du même Marcel Cats, les Pompes funèbres réunies avaient fait appel à Patrice Gicquel, un thanatopracteur de la société d'hygiène funéraire de Bry-sur-Marne, B.j.l., pour rendre la dépouille présentable[48]. »

Divers organes prélevés sur Boulin, dont la langue, le larynx et les poumons, ont été placés sous scellés mais ont disparu, empêchant d'autres autopsies[6]. Ils auraient été brûlés, selon des investigations ultérieures[49].

Voiture[modifier | modifier le code]

Divers éléments ne seront pas analysés : une tache suspecte sur le tapis de sol, des traces de doigt sur la carrosserie, des mégots de Gauloises, alors que Robert Boulin ne fumait pas de cigarettes. Un dossier portant la mention « à n’ouvrir que sur ordre formel de ma part » est par ailleurs retrouvé vide dans la voiture du ministre.

Frédéric Mesnier, beau-frère de Bertrand Boulin, explique que le véhicule du ministre « avait été réparé sur l'aile arrière-gauche, ainsi qu'une partie de la jupe arrière », alors qu'officiellement, la Peugeot 305 de Robert Boulin n’a jamais été accidentée[32].

La voiture fut retrouvée sale et couverte de boue. Pourtant, elle se trouvait non loin d'une route départementale et dans un chemin empierré, non boueux. Cependant, Georges Restoueix, garde forestier responsable du secteur nord de la forêt de Rambouillet de 1971 à 1991, officier de réserve, certifie qu’à l'époque un colonel à la retraite lui a confié avoir vu, vers 23 h le , au bord de la route, sur le terre-plein au-dessus de l'étang Rompu, la voiture du ministre, bien que celle-ci ait été retrouvée en contrebas[32].

Le toit de la Peugeot 305 est légèrement ouvert alors que les portes de la voiture sont fermées à clé.

Quand la voiture est rendue à la famille, celle-ci retrouve des cassettes de dictaphone sous la banquette arrière de la voiture, malgré la fouille préalable de la voiture lors de l'enquête.

Un bristol retrouvé sur le tableau de bord de la voiture indique : « Embrassez éperdument ma femme. » Là encore, aucune recherche d'empreinte sur le bristol ne fut effectuée. Il est aussi indiqué sur le bristol : « La clé de ma voiture est dans ma poche droite », mais la clé est pourtant retrouvée par terre non loin de la voiture[1].

Après la découverte[modifier | modifier le code]

Quand Robert Boulin quitte, pour la dernière fois, son domicile vers 15 h 30, la corbeille à papier sous son bureau était vide[1]. Pourtant, au début de la nuit, la famille retrouve dans cette même corbeille des papiers déchirés annonçant le suicide.

Le au soir, de nombreux « collaborateurs » et relations du ministre débarquent au domicile des Boulin et passent dans le bureau personnel du ministre, notamment Guy Aubert, Roger Thiery et Patrice Blank, que Robert Boulin avait chargés des contacts avec la presse. L'enquête préliminaire ne jugera pas utile de les auditionner[1].

Quelques jours après la disparition de Robert Boulin, toutes les archives du ministre entreposées à son domicile-bureau de Libourne furent étrangement transportées aux fins de destruction dans un établissement libournais spécialisé[1].

Courriers[modifier | modifier le code]

En fin d'après-midi, environ trois heures avant sa mort, Robert Boulin envoie, à Montfort-l'Amaury (Yvelines), 14 exemplaires d'une lettre dactylographiée (à l'exception de quelques mots manuscrits et de la signature) expliquant son suicide[50],[51].

La lettre dite posthume comportant quatre feuillets, reçue par plusieurs destinataires (Alain Peyrefitte[f], Gérard César, Jacques Chaban-Delmas[g], Pierre Simon[h]), reprend pour l’essentiel l’argumentation sur l’affaire de Ramatuelle. Elle mentionne à plusieurs reprises le caractère insupportable de la situation pour Robert Boulin. Elle se termine de la façon suivante : « Un ministre en exercice ne peut être soupçonné, encore moins un ancien ministre du général de Gaulle. Je préfère la mort à la suspicion, encore que la vérité soit claire. Que ma famille, si unie et que l'on commence à attaquer scandaleusement, se resserre encore davantage dans le souvenir, non altéré, que je pourrai laisser où j'ai servi l’État et mon pays avec passion et désintéressement. Je vous prie de croire, Messieurs, à mes sentiments dévoués[41]. » Cette lettre est accompagnée d'une feuille volante dans laquelle Robert Boulin précise : « J'ai décidé de me noyer dans un lac de la forêt de Rambouillet où j'aimais faire du cheval. Ma voiture 305 Peugeot qui sera au bord est immatriculée : 651 GX 92. »

Or, l'authenticité de cette lettre est sujette à caution. L'hypothèse a été émise qu'il s'agissait d'un écrit authentique de Robert Boulin ayant été falsifié. La première phrase de la première page, « J'ai décidé de mettre fin à mes jours », est en effet décalée du reste du texte[54]. Or, cette phrase, ainsi que les dernières lignes, sont les seuls passages de la lettre à faire référence à une intention suicidaire[55]. L’original de ces lettres dites posthumes est d'ailleurs resté introuvable[54]. Françoise Lecomte, ancienne secrétaire du ministre, indique que le jour même de sa disparition, le , Robert Boulin lui a fait taper une lettre qui ressemble mot pour mot à la lettre posthume attribuée, un peu plus tard, au ministre, excepté les mentions suicidaires du début et de la fin[32]. Par ailleurs, ces lettres ont été photocopiées et tapées sur un papier à en-tête obsolète du « Ministère du Travail », que Robert Boulin n’utilisait plus à cette époque car disposant d'un nouveau papier à en-tête du « Ministère du Travail et de la Participation »[32]. En outre, le nom de Robert Boulin apparaît dans le premier tiers gauche de la dernière page, alors que celui-ci l'inscrivait systématiquement à droite[32].

Le rouleau encreur de la machine à écrire du bureau de Robert Boulin, où auraient pu être tapées ses lettres dites posthumes, ne fut pas saisi immédiatement. L'inspecteur qui interroge Éric Burgeat, le , tape sa déposition sur la machine du ministre[i]. Elle fut saisie plus tard et aurait disparu dans les locaux de la police judiciaire, sans avoir été analysée. Cette allégation est réfutée en 2011 par Robert Barbat, procureur de la République à Versailles chargé de la supervision de l'enquête sur la mort de Robert Boulin et partisan de la thèse du suicide : selon lui, une expertise a établi que c’est bien la machine personnelle du ministre qui « a servi à taper les douze lettres adressées par Robert Boulin à des personnalités pour expliquer son suicide »[56].

Les journalistes d'investigation Jacques Derogy et Jean-Marie Pontaut affirment que le courrier a été rédigé et tapé à la machine par Robert Boulin, à son domicile, le dimanche [41]. Le ministre serait retourné au ministère en fin de journée pour le photocopier en une dizaine d'exemplaires. Son fils aurait aperçu le lendemain la pile de lettres sur son bureau et retenu les noms de certains destinataires (Achille Peretti, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Simon, Gérard César, Jean Mauriac, Patrice Blank).

Concernant la lettre tapée par sa secrétaire, Françoise Lecomte, il aurait pu s'agir d'une réponse au journal Le Monde. Elle aurait été jugée trop passionnée par ses collaborateurs lors de la réunion de cabinet du 29 octobre et Robert Boulin l'aurait jetée au panier en début d'après-midi, en même temps que quelques exemplaires de sa lettre « posthume », selon Jacques Derogy et Jean-Marie Pontaut. Ce sont ces dernières qui furent découvertes après sa mort dans sa corbeille et permirent de retrouver son corps[41]. Pourtant, selon le témoignage de la femme de ménage du ministre, la corbeille à papier était vide après le départ de celui-ci[57]. Mais Maxime Delsol, garde du corps de Robert Boulin, constate quelques heures plus tard qu'il y des papiers dans la corbeille. Il explique : « Ce jour-là, le , son fils, Bertrand, m'a appelé, affolé, pour me dire : « Qu'as-tu fait de mon père ? Il n'est pas rentré. » J'ai aussitôt crié à ma femme : « Il a fait une connerie ! » Je me suis précipité à son domicile, où son gendre a fini par fouiller son bureau. Dans la corbeille à papiers, nous avons découvert des fragments de lettres déchirées, où il annonçait sa décision d'aller se noyer dans les étangs de Hollande, un endroit où il aimait faire du cheval[29]. » Ce témoignage a d'ailleurs été confirmé par Bertrand Boulin dans un article de Paris Match en date du  ; il y révèle que la famille a découvert dans la corbeille à papier de son bureau « une bribe de lettre déchirée » où l'on peut lire : « J'ai l'intention de me noyer dans un lac de la forêt de Rambouillet où j'aimais beaucoup faire du cheval[58] ».

Silence de la police[modifier | modifier le code]

Le juge Corneloup décide de rechercher et interroger les policiers en faction 24 h sur 24 devant le domicile de Neuilly de Robert Boulin, pour reconstituer précisément les allées et venues à son domicile dans la soirée du . Une fois prouvée la présence des policiers en faction, les registres de présence du commissariat de Neuilly ont disparu et aucune audition de policiers ne put être faite[59].

Dans les années 1980, les Renseignements généraux (RG) ont cependant enquêté sur l'affaire Boulin. Selon une note des RG de la préfecture de police du , quatre hommes de main sont désignés, selon une source issue du SAC, comme les responsables de l'agression contre Boulin[60].

Chronologie[modifier | modifier le code]

  •  : le corps de Robert Boulin est retrouvé à h 40 dans 50 cm d'eau de l'étang Rompu, en forêt de Rambouillet.
  •  : mort dans un accident de la route de Charles Bignon, ancien député de la Somme, qui, selon Hermann Stromberg[17], a été l'un des premiers témoins à avoir vu Boulin mort, la veille de la découverte officielle de son corps. L'accident a lieu dans les circonstances suivantes : le véhicule de Charles Bignon est arrêté de nuit, tous feux éteints, sur la voie de circulation de droite[j] de l'autoroute A10, à la limite des Yvelines et de l’Essonne ; « selon le témoignage de sa passagère, une violente dispute les a opposés et elle a demandé à descendre immédiatement de voiture », en l'occurrence en rase campagne et de nuit ; la voiture est alors violemment percutée à l'arrière par un poids lourd, elle prend feu et le corps de Charles Bignon est carbonisé, de sorte que l'autopsie est impossible. Le parquet de Versailles[k] est chargé de l'enquête. Après l'enquête de la gendarmerie qui a recueilli les témoignages de la passagère et du chauffeur du poids lourd, le parquet conclut à un « banal accident de la circulation ».
  •  : Alexandre Sanguinetti, ancien ministre de De Gaulle, cofondateur du SAC et l'un des premiers à avoir dit que Robert Boulin a été assassiné, meurt à 67 ans d'une crise cardiaque. Peu après, son domicile est cambriolé[61].
  •  : disparition des prélèvements de sang de Robert Boulin[l]. Le docteur Roger Le Breton, responsable de l'institut médico-légal, décide alors, par précaution, de cadenasser le réfrigérateur contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre.
  •  : Henri Tournet est condamné par contumace à quinze ans de réclusion criminelle et 20 000 francs d'amende ainsi qu'à des dommages et intérêts par la cour d'assise de la Manche. Il avait, en , fui la France, où le contrôle judiciaire dont il était l'objet l'obligeait à résider et s'était installé dans la villa qu'il possèdait dans l'île d'Ibiza (Baléares).
  •  : Robert Badinter, avocat de la famille Boulin, obtient des photographies du visage tuméfié de Robert Boulin prises par la police judiciaire. Interrogé en 2009, il affirme cependant avoir toujours cru au suicide[62].
  • 9 mars 1981 : la France demande l'extradition d'Henri Tournet à l'Espagne[63].
  •  : Achille Peretti meurt d'une crise cardiaque lors d'une réception. Plusieurs témoins — dont Fabienne Boulin-Burgeat[64] — ont affirmé que, début 1980, il était venu voir les Boulin avec une valise de billets pour prix de leur silence[65]. Charles Pasqua veut alors succéder à Peretti à la mairie de Neuilly mais il n'obtient pas l'agrément des autres conseillers municipaux. Le jeune conseiller municipal Nicolas Sarkozy, initialement soutien de Pasqua, présente alors sa candidature et remporte l’élection.
  •  : Colette Boulin affirme, sur TF1, qu’elle n’a jamais cru à la thèse du suicide de son mari et qu’après sa mort, on a fait pression sur elle pour qu’elle se taise. Le magazine Paris Match publie des photos du corps du ministre tirées du dossier judiciaire.
  •  : la famille Boulin, conseillée par son avocat Jacques Vergès, dépose plainte contre X pour homicide volontaire.
  •  : afin de pouvoir prouver la noyade, Jacques Vergès demande au juge d’instruction du tribunal de Versailles, Michel Maestroni, un examen anatomopathologique, pour comparer les particules contenues dans les poumons du ministre avec des prélèvements d’eau de l’étang Rompu. Cette analyse ne sera jamais effectuée, à la suite de la disparition des poumons, et les prélèvements d’organes conservés à l'institut médico-légal seront tous détruits[m].
  •  : une deuxième autopsie à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, à la demande de la famille, après exhumation du corps, met en évidence la présence de plusieurs fractures au visage non mentionnées lors de la première autopsie en 1979. Les légistes constatent que le corps a subi des soins de thanatopraxie et d’embaumement, sans que la famille en soit informée, ce qui est contraire aux lois françaises. Ceci aurait eu pour effet de maquiller les traces de coups. Les légistes considèrent qu’il y a eu « traumatisme appuyé du massif facial du vivant de Robert Boulin », sans conclure, pour autant, que ce traumatisme ait pu être mortel. Claude Richir, ancien responsable du laboratoire de l’hôpital Pellegrin, déclare avoir constaté une fracture des os propres du nez, pouvant difficilement résulter d'une chute. On doit, selon lui, envisager la possibilité d'une mort « consécutive à de petites hémorragies multiples diffuses dans le cerveau, comme chez les boxeurs après un KO mortel ». Cependant, les conclusions de la deuxième autopsie ne contredisent pas celles de la première et n'infirment pas la thèse du suicide.
  •  : Bertrand Boulin déclare à la presse avoir vu des dossiers sortis par son père avant sa mort, en , concernant Elf, Dassault, la Sécurité sociale et l’Arabie saoudite. Ces dossiers ne seront jamais retrouvés. Laetitia Sanguinetti, la fille d’Alexandre Sanguinetti, avance que : « D'après ce que papa m'a dit, les dossiers de Boulin concernaient une série de facturations diverses et variées de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment du RPR[34] ».
  •  : sur les marches du palais de justice de Paris, la famille Boulin accuse le procureur de la République de Versailles, Robert Barbat, d' « imposture », de « forfaiture » et de « communiqués mensongers », à la suite de la communication des résultats de la deuxième autopsie. Robert Badinter, devenu garde des Sceaux, porte plainte pour diffamation publique contre la famille Boulin.
  •  : l'affaire Boulin est dépaysée au tribunal de grande instance de Paris. Le magistrat Yves Corneloup reprend le dossier, en liaison avec la Brigade criminelle.
  •  : découverte d'une écoute téléphonique du maire de Saint-Léger-en-Yvelines selon laquelle l'heure de décès de Robert Boulin a été rectifiée sur ordre du procureur de la République de Versailles. La famille Boulin porte plainte pour faux en écriture publique contre le maire François Pic-Paris et le procureur Robert Barbat. La chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris rendra un non-lieu le 26 octobre 1987. Le parquet général a estimé qu'il n'y avait aucune irrégularité et que la controverse résultait de la différence entre l'heure de la découverte du corps et celle de la mort effective calculée en fonction des résultats de l'autopsie[66].
  •  : déposition de l’adjoint au maire Serge Tirlet qui décrit les traumatismes au visage de Robert Boulin, qu'il avait lui-même constatés au bord de l'étang Rompu.
  •  : avec son nouveau conseil, René Boyer, la famille Boulin demande au garde des Sceaux, Albin Chalandon, l'aide judiciaire pour financer les coûts d'exhumation des bocaux contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre censés se trouver sous un monument à la gloire des donneurs d’organes, au cimetière de Thiais.
  •  : l'hebdomadaire L'Express annonce que le réfrigérateur cadenassé de l'institut médico-légal contenant une partie des prélèvements de poumons de Robert Boulin a été fracturé, puis vidé de son contenu.
  •  : le juge Corneloup interroge sur commission rogatoire Henri Tournet, l'homme qui a vendu le terrain de Ramatuelle à Robert Boulin, et qui vit toujours à Ibiza. Le magistrat demande à la brigade criminelle de retrouver le postier de Montfort-l'Amaury pour éclaircir l'épisode des lettres posthumes[n]. Selon la brigade criminelle, c'est impossible car il serait alors en Guadeloupe. Le postier, retrouvé par des journalistes en consultant l’annuaire, était en fait à ce moment-là affecté à un bureau de poste en Bretagne.
  •  : le juge Corneloup demande l’autopsie des poumons. Après des fouilles infructueuses au cimetière de Thiais, la famille Boulin découvre que les ultimes prélèvements d’organes du ministre n'y sont pas enterrés, contrairement à ce que la justice et la police avaient indiqué.
  •  : dans L'Express[67], James Sarrazin révèle que la position des lividités cadavériques sur le dos de Robert Boulin indique que le corps du ministre a été déplacé après sa mort. Un pool de journalistes de plusieurs médias se constitue pour tenter de tirer au clair les conditions de la mort de Robert Boulin.
  •  : le magistrat Alain Verleene reprend le dossier Boulin.
  •  : la famille Boulin porte plainte pour « destruction de preuves »[m].
  •  : ordonnance de non-lieu rendue par la juge d’instruction, Laurence Vichnievsky, neuf jours après que le dossier lui a été confié.
  •  : confirmation du non-lieu « en l'état » par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris, présidée par Martine Anzani.
  •  : la Cour de cassation confirme le non-lieu, ouvrant un délai de dix ans avant une éventuelle prescription.
  •  : mort dans un accident de voiture du procureur général Louis-Bruno Chalret[o], qui avait été en charge de l'enquête dès la nuit du 29 au [40].
  •  : la justice rend une ordonnance de non-lieu à la suite de la plainte pour « destruction de preuves » déposée par la famille Boulin du fait de la disparition des prélèvements anatomopathologiques[m].
  •  : le magazine Golias, sous la signature de Francis Christophe, publie une contre-enquête détaillée remettant en cause la version du suicide[68].
  •  : l’émission 90 minutes sur Canal+[69] apporte de nouveaux éléments infirmant la thèse du suicide : le témoignage du colonel de gendarmerie Jean Pépin, qui a sorti le corps de l’eau, et d’une spécialiste en toxicologie, Juliette Garat, qui a analysé le sang du ministre.
  •  : la justice annonce l’audition de nouveaux témoins dans l’affaire Boulin. Cette nouvelle enquête préliminaire interrompt la prescription.
  •  : témoignage de Jacques Douté dans le journal Sud Ouest[70], expliquant avoir été prévenu de la mort de Robert Boulin dès le , à 20 h.
  •  : fin des nouvelles auditions devant un officier de police judiciaire de Nanterre. Vingt-huit personnes ont été entendues entre 2002 et 2006 mais il n'y a pas réouverture d’information judiciaire.
  •  : le procureur général de la cour d'appel de Paris, Laurent Le Mesle, rejette une nouvelle demande de réouverture du dossier effectuée par Fabienne Boulin-Burgeat.
  •  : l'ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel confie sur France Inter qu'il s'agit pour lui d'un « règlement de comptes politique »[71]. Il le réaffirme le , toujours en direct sur France Inter[72].
  •  : le procureur général de Paris refuse de rouvrir l'enquête, estimant que les éléments apportés par Fabienne Boulin-Burgeat n'offrent rien qui soit susceptible de motiver la réouverture. Cependant, une enquête interne est ouverte au sujet de la disparition d'une partie du dossier et des pièces[73].
  •  : les pièces signalées manquantes le 8 juin sont retrouvées à la suite de l'inspection des services judiciaires ordonnée par la Chancellerie[74].
  •  : le gendarme retraité Francis Deswarte, à l'époque chef à la brigade motorisée de Poissy, affirme avoir découvert le corps du ministre et exclut la thèse selon laquelle ce dernier se serait suicidé par noyade. Il indique aussi « avoir été dessaisi [avec son collègue] de l'enquête », « au bout de trente minutes ». Selon lui, des policiers auraient voulu lui faire changer sa version, lors d'une audition survenue deux ou trois mois plus tard[75]. La famille Boulin demande une nouvelle fois la réouverture de l'enquête[76].
  • et  : la chaîne de télévision France 3 consacre deux soirées à l’affaire Robert Boulin, en diffusant le documentaire Vie et Mort de Robert Boulin de Gilles Cayatte (privilégiant la thèse du suicide), suivi le lendemain de la fiction Crime d'État de Pierre Aknine (soutenant la thèse de l'assassinat), avec en deuxième partie de soirée, un débat animé par Frédéric Taddeï[77]. À cette occasion, Jean Charbonnel affirme qu'Alexandre Sanguinetti, mort en 1980 (voir supra), lui a confié les noms des deux assassins de Boulin et qu'il est prêt à les transmettre à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, si elle accepte la réouverture du dossier ; il indique en outre qu'il a placé ces deux noms dans un coffre-fort[78].
  •  : mort de Jean Charbonnel.
  •  : Fabienne Boulin sollicite l'aide de la CIA pour tenter d'élucider la mort de son père[79].
  •  : Fabienne Boulin dépose plainte contre X à Versailles pour « enlèvement et séquestration présumée » après le témoignage d'un homme ayant vu deux individus dans le véhicule du ministre le jour de sa mort.
  •  : mort de Charles Pasqua.
  •  : le parquet de Versailles ouvre une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat »[80]. Celle-ci est confiée à la doyenne des juges d'instruction de Versailles, Aude Montrieux[81].
  •  : l'homme mentionné par Fabienne Boulin déclare à la juge d'instruction Aude Montrieux avoir croisé peu avant sa mort Robert Boulin dans sa Peugeot 305, accompagné par deux personnes[25].
  •  : le médecin réanimateur envoyé sur place après la mort de Robert Boulin fait part à la juge Aude Montrieux de ses doutes quant à la thèse du suicide ; il n'avait jusqu'alors jamais été auditionné par la justice[25].
  •  : Bernard Pons, ancien secrétaire général du RPR et un des plus fidèles chiraquiens, déclare publiquement croire à la thèse de l'assassinat de Robert Boulin[82], et évoque la « quasi-certitude d'un assassinat »[83]. Fabienne Boulin rappelle que, depuis , le premier juge d'instruction nommé (Aude Montrieux) a demandé à être déchargé de l'affaire pour raisons personnelles, le deuxième s'est limité à recevoir un seul témoin et que le troisième (Denis Couhé) a 50 autres dossiers lourds à traiter[84] ; en outre ce dernier mentionne que le dossier original est pour l'instant introuvable[84].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Entre-temps ministre de la Justice de François Mitterrand depuis 1981.
  2. Pic-Paris a démenti cette rencontre[17].
  3. Charles Pasqua est alors également un conseiller influent de Jacques Chirac.
  4. « REGIS » est un acronyme qui signifie « Réseau électronique gouvernemental inter-administratif spécial ».
  5. Présidente de la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris, dans son ordonnance de non-lieu en 1992.
  6. Alors Garde des Sceaux.
  7. Pierre Pascal, ancien conseiller spécial de Jacques Chaban-Delmas précise que la lettre est arrivée le mardi à h 30 du matin[52].
  8. L’ami franc-maçon de Robert Boulin, explique que le jour de la découverte du corps, « le procureur ou le commissaire de Versailles » l’appelle « le matin » pour lui dire qu’il va « recevoir au courrier du soir une lettre de Boulin. »[53].
  9. Comme l'indique la déposition elle-même.
  10. Voie de circulation principalement empruntée par les poids lourds.
  11. Le même qui a géré la découverte du corps de Robert Boulin, cinq mois plus tôt.
  12. Le scellé contenant le sang de Robert Boulin est volé sans effraction dans les locaux mêmes de l'institut médico-légal de Paris. L'enquête effectuée après dépôt de plainte par l’expert responsable de l’institut médico-légal n’est pas versée au dossier pénal et n’a pas abouti.
  13. a, b et c Le préfet de police de Paris, M. Jean Daubigny, ordonne la destruction de la série bis des prélèvements. La destruction est exécutée par Michelle Rudler, directrice de l’institut médico-légal, sans que la famille ni le magistrat instructeur n’en soient avertis alors que seule l'autorité judiciaire est habilitée à prendre cette décision. Un courrier de l’expert de l'institut médico-légal dépositaire des scellés, le professeur Roger Le Breton, avait pourtant averti le préfet Jean Daubigny de toutes ces modalités et insisté sur la nécessité de conserver ces prélèvements. La partie civile porte alors plainte pour « destruction de preuves ». La justice reconnaîtra l’élément de fait (les preuves ont bien été détruites) et la demande fondée en droit (les pièces ne devaient pas être détruites), mais la partie civile sera déboutée, « l’intention de nuire » n’étant pas reconnue.
  14. Toutes les enveloppes retrouvées des lettres dites posthumes font le même poids, alors que, selon la déposition du postier de Montfort-l'Amaury où Robert Boulin aurait déposé ces lettres, certaines faisaient moins de 20 g et d’autres plus.
  15. Il se serait endormi au volant.

Références[modifier | modifier le code]

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  8. Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, « Réaction de fils de Robert Boulin, Bertrand à l'annonce de la mort de son père », sur Ina.fr, (consulté le 10 janvier 2018)
  9. Danielle Thiéry et Alain Tourre, Police judiciaire : 100 ans avec la crim' de Versailles, Éd. Jacob-Duvernet, , 438 p..
  10. « Le suicide impossible », tribune publiée par Le matin de Paris le .
  11. « Affaire Boulin : dossier toujours « classifié » pour la CIA », sur franceinter.fr, (consulté le 19 mai 2014). Les propos de Raymond Barre ne sont pas reproduits correctement dans le dossier de Benoît Collombat qui note : « Nous ne savions pas que le RPR allait assassiner Boulin. ».
  12. « Liste des anomalies réalisée par Fabienne Boulin », .
  13. « Corps et visage tuméfiés de Robert Boulin »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur leruisseau.iguane.org, archivé au lien suivant : Benoît Collombat, « Robert Boulin, un homme à abattre (à écouter en mp3) », France Inter, (consulté le 14 janvier 2018).
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Presse écrite ou radiodiffusée[modifier | modifier le code]

Filmographie et télévision[modifier | modifier le code]

  • Michel Despratx et Bernard Nicolas, Robert Boulin : le suicide était un crime, Canal +, , vidéo (lire en ligne).
  • Crime d'État, téléfilm de Pierre Aknine diffusé sur France 3 le .
  • Marie-Pierre Farkas, Jean-Marie Lequertier et Ghislain Delaval, Affaire Boulin : une si longue attente, France 2, , documentaire.
  • Révélations sur un crime d'État, documentaire de Benoît Collombat, Bernard Nicolas, Arnaud Mansir, Envoyé spécial, diffusé sur France 2 le .

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]