Bar gay

Un bar gay ou bar homosexuel est un bar dont la clientèle est exclusivement ou de manière prépondérante gay et qui est souvent un centre de la culture LGBT. Par métonymie, l'expression englobe parfois aussi les bars lesbiens.
Histoire
[modifier | modifier le code]Les premiers bars gays apparaissent dans la première moitié du XVIIIe siècle, à Londres et à Paris, sous forme de tavernes fréquentées par des hommes homosexuels ; dans celles-ci, les clients pratiquent inversion des genres et travestissement en parodiant d'autres espaces de sociabilité, en particulier la cour, le couvent et la franc-maçonnerie[1]. Toutefois, ces lieux ne sont identifiables comme spécifiquement homosexuels que par bouche à oreille et les nouveaux clients doivent utiliser des codes pour signifier qu'ils sont présents sur les lieux pour rechercher spécifiquement des relations avec d'autres hommes[1].
Dans les années 1960 se crée le premier syndicat LGBT au monde, la Tavern Guild, qui regroupe des tenanciers de bars gays de San Francisco visant à faire arrêter les raids policiers dont ils sont victimes[1]. C'est l'un de ces raids qui donne lieu, en 1969 à New York, aux émeutes de Stonewall. À l'époque, malgré les nombreuses fermetures, les bars gays aux États-Unis et notamment à San Francisco sont très rentables, plus que les autres bars, et reçoivent ainsi facilement des soutiens financiers au moment de leurs ouvertures[2].
Déclin au XXIe siècle
[modifier | modifier le code]Depuis le début du XXIe siècle, de nombreux bars gays ferment : 37% des bars gays des États-Unis qui existaient en 2007 étaient fermés en 2019[3]. Les bars destinés au cruising, à la communauté cuir et aux gays racisés ferment encore plus massivement[4]. Une hypothèse avancée est qu'avec le développement des réseaux sociaux et l'acceptation croissante des homosexuels dans la société, leur importance dans la communauté gay a diminué significativement[5].
Fonction
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La première fonction du bar gay est celui de permettre les interactions sociales, c'est-à-dire de faire exister le groupe homosexuel en le définissant comme celui qui fréquente ces bars[2]. Outre la fête, certains bars gays remplissent d'autres fonctions, liées à leur statut d'institution homosexuelle, tels que, avant le développement d'internet, centrale téléphonique ou centre de réception et de transmission de messages[2]. Cela est particulièrement le cas dans les bars de quartier situés dans des zones résidentielles[2].
Les bars gays sont aussi des espaces où les relations sexuelles peuvent avoir lieu ; pour Donald Webster Cory, le bar gay offre un cadre plus respectable et moins anxiogène que le cruising, en particulier lorsque le sexe entre hommes est illégal[6].
De nombreux bars ne cherchent pas à servir l'ensemble de la communauté gay, mais uniquement une des tribus homosexuelles, comme les cuir ou les folles[2].
Le bar étant un lieu ouvert au public, il sert aussi de lieu d'observation de la vie homosexuelle par les hétérosexuels curieux, les journalistes, les universitaires ou les touristes[2].
Raids policiers
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Les bars gays, comme les autres espaces LGBT, sont nés du besoin pour les personnes gays d'échapper à un contexte hétéronormatif qui les persécutaient, en particulier de la part de la police[7],[8]. Quand ils existent dans le cadre d'une persécution policière active, les bars sont mobiles, avec la possibilité de fermer et ouvrir très rapidement[2]. Lorsque ces bars sont mobiles, le propriétaire, les barmen, et les habitués sont constants, seul le lieu géographique change au grès des fermetures[2].
Leur relative visibilité des bars gays en fait aussi des cibles privilégiées de raids policiers, et être arrêté dans ce bar signifie être publiquement identifié comme homosexuel dans la presse[9]. Des stratégies d'effacement sont mises en place, avec des devantures neutres, et des emplacements éloignés du centre-ville[2]. Le format bar rend cette discrétion encore plus facile, puisqu'il s'agit d'une forme d'établissement banal, avec suffisamment de concurrence dans les espaces urbains pour que le public hétérosexuel ait peu de change d'y aller par hasard[2]. D'autres mettent en place un système d'alarme lumineux ou sonore[2]. Une technique fréquente des policiers est de se faire passer pour homosexuel, en apprenant les codes sociaux et en faisant semblant de solliciter une relation sexuelle, avant d'incriminer le propriétaire du bar s'il n'intervient pas[2].
Dans son étude de 1967 sur les bars gays de San Francisco, période où l'homosexualité est activement réprimée aux États-Unis, Nancy Achilles remarque que le fait d'avoir survécu à des raids policier est un facteur de distinction et de prestige ; raconter ces raids prend ainsi la forme d'un rituel social permettant de garder en mémoire de bars pourtant disparus[2]. Il note aussi, deux ans avant les émeutes de Stonewall, que les raids policiers sont le plus grand facteur de cohésion de la communauté homosexuelle[2]. De plus, les bars, en luttant sur le terrain légal contre le harcèlement policier, participent activement à une réflexion plus grande sur le mouvement LGBT et plus particulièrement la lutte pour les droits LGBT[2]. Cela a notamment été le cas au Black Cat Bar (en) de San Francisco, qui a obtenu en 1954 la reconnaissance explicite du droit des homosexuels à se réunir et dont la fermeture administrative en 1963 a provoqué une mobilisation massive[2].
Enfin, Nancy Achilles remarque que les raids sur les bars homosexuels servent des buts politiques, puisqu'ils permettent aux États ou aux municipalités de signaler facilement qu'ils luttent contre la criminalité. Ainsi, il note que la police recueille des informations lors de ses raids, afin d'être prête à répondre au plus vite en cas de nouvelle sollicitation politique[2].
Fictions
[modifier | modifier le code]- Les Chroniques de San Francisco, 1978-2024
- La Chambre de Giovanni, 1956
Références
[modifier | modifier le code]- Pierre-Olivier de Busscher, « Bar », dans Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse, (ISBN 2-03-505164-9)
- Nancy Achilles (trad. Christophe Broqua et Nathalie Paulme), « Le développement du bar homosexuel comme institution [1967] » [« The Development of the Homosexual Bar as an Institution [1967] »], Genre, sexualité & société, no Hors-série n° 1, (ISSN 2104-3736, DOI 10.4000/gss.1743, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Scott E. Branton et Cristin A. Compton, « There’s No Such Thing as a Gay Bar: Co-Sexuality and the Neoliberal Branding of Queer Spaces », Management Communication Quarterly, vol. 35, no 1, , p. 69–95 (ISSN 0893-3189 et 1552-6798, DOI 10.1177/0893318920972113, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Greggor Mattson, « Are Gay Bars Closing? Using Business Listings to Infer Rates of Gay Bar Closure in the United States, 1977–2019 », Socius, vol. 5, , p. 2378023119894832 (ISSN 2378-0231, DOI 10.1177/2378023119894832, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Geoff Williams, « 10 Businesses Facing Extinction in 10 Years », Entrepreneur, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) CORY Donald Webster, The Homosexual in America:: a Subjective Approach, New York, Castle Books, 1951 [Édition française : L’homosexuel en Amérique, Paris, Pierre Horay – Éditions de Flore, 1952].
- ↑ (en) Gust A. Yep, « The Violence of Heteronormativity in Communication Studies », Journal of Homosexuality, vol. 45, nos 2-4, , p. 11–59 (ISSN 0091-8369 et 1540-3602, DOI 10.1300/j082v45n02_02, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Gilly Hartal, « Fragile subjectivities: constructing queer safe spaces », Social & Cultural Geography, vol. 19, no 8, , p. 1053–1072 (ISSN 1464-9365, DOI 10.1080/14649365.2017.1335877, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Knut Alfsvåg, « “These Things Took Place as Examples for Us”: On the Theological and Ecumenical Significance of the Lutheran Sola Scriptura », Dialog, vol. 55, no 3, , p. 202–209 (ISSN 0012-2033, DOI 10.1111/dial.12256, lire en ligne, consulté le )
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jeremy Atherton Lin et Michael Belano, Gay bar: pourquoi nous sortions le soir, Éditions Tusitala, coll. « Fumées », (ISBN 979-10-92159-34-95[à vérifier : ISBN invalide])