Awerba

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Awraba)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Les Awerba[1] (en berbère : ⵉⵡⵔⴰⴱⵏ (Iwraben)) sont une tribu berbère originaire du Maroc, faisant partie de la confédération des Branès. Ils sont principalement connu pour leur lutte contre la conquête musulmane du Maghreb au VIIe siècle puis lors de la constitution de l'État idrisside au VIIIe siècle.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le nom des Awerba est similaire à celui des Ouερβιχαι que cite le géographe grec Claude Ptolémée au iie siècle, en Maurétanie tingitane (Maroc moderne). Dans son ouvrage The Muslim conquest and settlement of North Africa and Spain, l'auteur Abd al-Ouahid Dhanoun Taha, s'appuyant sur plusieurs sources bibliographiques dont celles d'Ibn Khaldoun, précise dans son livre la présence, avant la conquête musulmane du Maghreb, de tribus Awerba dans l'actuel Maroc[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ère pré-musulmane[modifier | modifier le code]

D'après l'historien Ibn Khaldoun, les Awerba, au début du vie siècle, et pendant 73 ans, ont eu pour chef Sekerdid ibn Zoufi[3], parfois appelé Sekerdid le Roumi (le Romain), appellation qui semble traduire des rapports étroits avec les communautés romaines d’Afrique.

Koceïla (ou Kusayla) lui succède vers 675 et prend le commandement d’une confédération, ou tout au moins d’une alliance qui regroupe les principales tribus Branès, Awerba, Haouara, Sanhadja et Ketama[3]. La localisation des Awreba est très controversée. Les indices qui situent les Awerba et le groupe de tribus qui obéissaient à Koceïla entre Tlemçen et le Maroc central sont nombreux. Pendant près de trois siècles, ils ont joué un rôle prépondérant au Maghreb, d’abord avec sous la tutelle du puissant chef berbère Koceïla[5], puis avec les souverains de la dynastie idrisside.

À la suite de la défaite de Koceïla à Mamma contre les Omeyyades vers 688-690, une partie de ces tribus se seraient dispersées au Maghreb. Les Awerba se sont réfugiés et installés dans l'actuel Maroc.

Ère idrisside[modifier | modifier le code]

Carte du Maroc au début IXe siècle, montrant l'Empire Idrisside (en rouge) à son extension maximale.

En 788, convertis désormais à l’Islam, ils sont les premiers à reconnaître comme imam, Idris Ier. Entraînant le ralliement non seulement de tribus Branès, tels les Ghomara et les Ghiata, mais aussi des Botr, Zouagha, Lemmaya, Luwata, Meknassa et Sedrata, et de tribus zénètes. Par la suite, et jusqu’à la fin de la dynastie en 972, ils resteront l’un des principaux soutiens des imams idrissides, à laquelle ils étaient probablement liés par les liens du sang, puisque la mère du second idrisside, Kenza, était une Berbère.

Les Awerba se rallient tout naturellement à Idris II. Ils sont présents lors de la fondation de Fès en 806 et se voient attribuer un quartier de la ville ; mais déjà cette allégeance ne va pas sans accroc. En 807, Idris II qui s’est entouré de conseillers arabes, fait mourir le chef des Awerba dont il a découvert qu’il entretenait des intelligences avec les Aghlabides d'Ifriqiya.

A la mort d’Idris II (828-829) son fils Mohamed attribue un fief à chacun de ses dix frères, conservant, semble-t-il les Awerba sous sa coupe personnelle et lorsqu’à la suite de la révolte de l’un d’eux, il charge le troisième Omar de mettre à la raison le révolté, celui-ci se mettra en campagne avec un contingent d’Awerba, qui sont venus renforcer ses vassaux Sanhadja et Ghomara.

À la mort de Mohamed en 836, les chefs Awerba renouvellent leur serment d’allégeance à son fils Ali et c’est encore chez eux qu’un autre idrisside Ali ben Aomar se réfugie vers 882 lorsqu’il est chassé de son trône par l’usurpateur sufrite Abderrezak el Fehri.

Cependant, devant la menace fatimide qui se précise, les Awerba s’assurent des intelligences dans le camp ennemi. En 926 l’un d’entre eux, le caïd Ahmed ben Hamdan el Hemdany fait arrêter le dernier idrisside, mais refuse toutefois de le livrer a ses adversaires. Il reçoit néanmoins du lieutenant des Fatimides du Maroc, le Meknassa Moussa ben Abilafia, le commandement de la ville de Fès, mais en sera bientôt dépossédé par ses nouveaux alliés.

Avec la disparition des Idrissides, le rôle fondamental des Awerba s’achève, ainsi qu’il est arrivé souvent dans l’histoire du Maghreb où la déchéance d’une dynastie entraîne celle de la tribu qui l’a portée au pouvoir.

Dynasties médiévales[modifier | modifier le code]

Ce changement est particulièrement brutal avec l’arrivée des Almoravides. Au cours de leur progression vers le nord, ceux-ci se heurtent à une coalition de tribus berbères du nord ; entre 1065 et 1074, Youssef ben Tachfine soumet successivement les tribus de l’Ouargha, les Ghomara et les Ghiata de la région de Taza. Bien qu’ils ne soient pas mentionnés, il est vraisemblable que les Awerba subirent le même sort. À cette époque déjà, Al-Bakri constate leur décadence démographique et l’attribue aux massacres vengeurs du fils d’Oqba ibn Nafi, lors de la prise de Saggouma aux débuts du viiie siècle.

Un siècle plus tard, sous le règne de l’Almohade, Abou Yakoub Yusuf, en 1163, les Awerba se rallient à un prétendant Ghomara qui s’est insurgé et fait battre monnaie ; cette fois encore, les Awerba ont fait le mauvais choix, car le prétendant est battu et tué.

Par la suite, les Almohades et, après eux les Mérinides vont puiser à maintes reprises dans le vivier des tribus montagnardes pour alimenter la guerre sainte qu’ils mènent en Espagne. En 1196, à la bataille d’Alarcos, c’est un Awerba qui commande le corps des volontaires de l’armée almohade. En 1275, en 1277, en 1285, le sultan Abou Yusuf fait appel aux combattants de cette tribu. Il semble cependant que les effectifs, que celle-ci soit susceptible de fournir, aient singulièrement fondu, car en 1285, le contingent que sont en mesure de rassembler les huit tribus des Awerba, Ghomara, Meknassa, Lamta, Beni Ouartyn, Beni Yzgha, ne dépasse pas 18 000 hommes. Ainsi, la grande tribu des Awerba, décimée peut-être plus encore par les levées de troupes que par les soulèvements auxquels elle a pris part, en est réduite progressivement aux dimensions d’une minuscule tribu montagnarde.

Les chroniqueurs de la dynastie alaouite n’en font plus mention si ce n’est comme une composante de la confédération des Branès, réduite elle-même à peu de chose.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

En 1844, après la bataille d’Isly, alors que le sultan Abderrahmane ben Hicham l’a chassé de ses états, l’émir Abdelkader fait une incursion à la limite des tribus Tsoul et Branès, pour tenter de les gagner à sa cause, mais il échoue et fera peu après sa soumission à la France. Moulay Abderrahman place alors les Branès sous l’autorité du Pacha de Taza. Les relations sont cependant peu confiantes entre les montagnards et le Makhzen ; entre 1903 et 1909, les Awerba se rallient avec l’ensemble des Branès, au prétendant Bou Hamara. Hostiles à l’établissement du protectorat, ils ne firent leur soumission qu’en 1918. À cette époque la population adulte mâle de la tribu est estimée à 2 500 hommes.

Quelques années plus tard, ils prennent part à l’offensive rifaine sur Taza, mais à la suite de l’échec d’Abdelkrim el-Khattabi, ils sont les premiers à demander l’aman, à la fin de l’.

Après « la pacification », les Ouerba, comme on les appelle désormais sont placés sous l’autorité d’un caïd relevant du cercle de Taîneste, territoire de Taza, région militaire de Fès. On pourra constater sur la carte ci-jointe qu’ils voisinent toujours avec les Ghiata, les Meknassa, les Sanhadja et les Ghomara qui furent avec eux les fondateurs de la dynastie idrisside. De cette lointaine époque, ils ont conservé des liens religieux particuliers avec la Zaouia de Moulay Idris où ils se rendent chaque année et il y a une cinquantaine d’années, leurs traditions orales faisaient encore état du rôle qu’ils jouèrent à l’origine de la première dynastie marocaine. Depuis longtemps, ils sont comme la plupart de leurs voisins, arabophones.

Aux termes du dernier recensement (1982), la population de la commune ou jemaa de Taîneste, composée de 5 fractions originelles des Ouerba s’élève à 15 965 habitants. Mais dans le vocabulaire administratif, le nom d’Ouerba a disparu.

Référencement[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Orthographié en arabe classique Awaraba ou Awarba. Ce nom a donné lieu aux transcriptions les plus variées : Aourba (Émile Masqueray), Aouraba (Charles-André Julien), Aoureba (Henri Terrasse), Ouaraba (Baumier), Ouriba (Fagnan). La prononciation courante serait plutôt voisine de « Werba ».
  2. (en) The Muslim conquest and settlement of North Africa and Spain, Abd al-Wāḥid Dhannūn Ṭāhā
  3. a et b 'Abd al-Rahman ibn Mohammad Ibn Khaldoun (trad. William Mac Guckin de Slane), Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, Imprimerie du gouvernement, (lire en ligne), p. 286
  4. Histoire de l'Afrique du Nord: Tunisie, Algérie, Maroc: De la conquête arabe… Par Charles André Julien, page 18 version incomplète du livre en ligne
  5. Émile-Félix Gautier confirme la présence de tribus Awraba dans les troupes de Koceïla[4]

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Pierre Morizot, « Awerba », Encyclopédie berbère, no 8 « Aurès – Azrou »,‎ (ISSN 1015-7344, lire en ligne)