Kutama

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Les Kutama ou Kotama (Ikutamiyene en berbère) sont une tribu berbère Sanhaja branès peuplant la Kabylie des Babors, région située au Nord-Est de l'Algérie, ou la Petite Kabylie [Béjaia-Jijel-Nord Sétifois-Ouest de Skikda et Nord de Mila[ et classée parmi la confédération des [Bavares]]. La tribu porta le nom de Ukutamanorum sous les Romains, puis de Ucutamani sous les Byzantins.

La tribu a eu un rôle important durant l'époque médiévale (909 – 1171) au centre de l'Afrique du Nord. Ils fonderont, aux côtés de missionnaires et d'imams chiites tels que Abu Abd Allah ach-Chi'i et Ubayd Allah al-Mahdi, la dynastie des Fatimides contre les Aghlabides, émirat arabe issu de la tribu des Banu Tamim originaire du Khorassan(Perse), vassal du Califat Abbassides et contrôlant l'Ifriqya (800 à 909).

Origines[modifier | modifier le code]

Les Kutama seraient une sous-branche des Sanhaja selon Ibn Khaldûn.

De nos jours, des représentants de cette branche vivent dans les environs de l'oued Tafna à l'ouest de l'actuelle Algérie dans la wilaya d'Aïn Témouchent. Les Kutama se sont également installés dans la région Rif marocain (durant la dynastie Fatimide), c'est pour cela que l'on y retrouve des tribus s'apparentant à cette dynastie, comme à Issaguen (Ketama).

Histoire des Kutama[modifier | modifier le code]

C'est au Moyen Âge et le début de l'ère musulmane, que sa renommée deviendra la plus importante.

La région est le foyer historique de la grande tribu berbère des Kutama, qui joua un rôle considérable dans le Moyen Âge maghrébin et islamique, notamment parce qu'elle fut à l'origine de la création de l'empire fatimide au Xe siècle, l'un des plus grands empires de l'histoire islamique, qui s'étendait du Maroc actuel à l'Arabie[1].

À la différence des autres autorités musulmanes, les Fatimides admirent dans leur administration, non sur des critères d'appartenance tribale, ethnique ou même religieuse, mais principalement sur le mérite et la compétence. Les Berbères furent séduits par ce dogme et l'ont défendu jusqu'aux Nil.

Au début du Xe siècle, les Kutama ont constitué avec les Fatimides une coalition contre les Abbassides. En rivalité avec les Aghlabides qui gouvernaient l'Ifriqiya, la tribu Kotama joua un rôle déterminant dans la fondation de l'État Fatimide. Ses membres devinrent les plus farouches protecteurs du jeune État et constituèrent également les principaux effectifs de sa fidèle armée[2],[1].

Abu Abd Allah ach-Chi'i, missionnaire chiite réunit les Kutama et prépare le terrain pour son maître Ubayd Allah al-Mahdi, un imam chiite ismaélien de Syrie présenté comme le Mahdi par Abû `Abd Allâh ach-Chî'î et dont le rêve est de faire basculer le pouvoir sunnite en place à Bagdad au profit de la dynastie chiite[2].

En 903 les Kutama, dorénavant convertis au chiisme, mais aussi à l'idéologie d'al-Mahdî, commencèrent l'insurrection. Le 19 mars 909, ils détruisent définitivement les Aghlabides, dynastie installée par les Abbassides en Ifriqya, près de Laribus. Six jours après, ils entrent dans leur capitale Raqqâda puis fondent la capitale du nouveau califat Fatimide à Mahdiyah[3].

Les Fatimides, avec leurs armée Kutama conquirent l'Égypte en 969 sous le commandement du général Jawhar al-Siqilli (le sicilien) qui entra à Al-Fustât en 972, dans un pays désorganisé et en proie à la famine. Ils fondent, près de cette ville sunnite, une nouvelle capitale qu'il nommèrent al-Qâhira (Le Caire), signifiant « la Victorieuse »[2].

Les Kutamas installèrent un campement militaire près du Caire, formant une puissance militaire redoutable au service du Calife fatimide. Ils conduiront plus tard des expéditions jusqu'à Damas contre les Abbassides. Le quartier des Kotama " Hai El-Kotamiyine", au Caire, et le quartier des Maghrébins "Harat Al-Maghariba" à Damas, témoignent encore aujourd'hui de l'influence de cette tribu dont les membres ont été, au cours des différentes périodes, l'objet de répressions de la part des Abassides et de leurs alliés, notamment Saladin qui rendra l’Égypte aux Abassides en 1171. Les Siwis, berbères d'Égypte, sont des Kutama[2].

Par la suite, les Fatimides délaissèrent le Maghreb et installèrent le général Kutama Bologhin ibn Ziri gouverneur de l'Ifriqiya et fondateur de la dynastie Zirides.

Les Kotamas au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Les Kotamas sont situés dans les wilaya de Béjaïa, Jijel, Wilaya de Skikda, Wilaya de Mila et Wilaya d'Annaba. La culture Kotama est encore relativement présente, le "couscous au poisson " seksou bel'hout, très apprécié dans cette région et dans le nord de la Tunisie serait d'origine Kotama[4].

D'un point de vue culturel, les habitants de cette région gardent une trace de leur identité kutama, mais la plupart des tribus kutamas se sont arabisées (Jijel-Collo -Nord Mila et Sétif) sauf à Béjaia et dans le Nord Ouest Sétifois où les descendants des Kutamas ont réussit à sauvegarder leur langue . Au niveau linguistique, le dialecte Kutama, s'est soit arabisé (Jijel), soit dilué avec les autres dialectes berbères (Béjaia)[5]. Les Kotamas étaient redevenus sunnites après la fin de la dynastie fatimide et ont fait partie du Royaume hammadides de Béjaïa durant plus de 200 ans. La difficulté donc, de résister identitairement aux tribus dominantes, comme les Sanhadja, les almoravides ou encore les Hilaliens[6].

On retrouve aussi des descendants des Kutama chez les Siwis en Égypte dont le parlé est arabisé à 60 %[5],[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ibn Khaldoun - Histoire des berberes
  2. a, b, c et d Zidan Mohamed "État et tribus dans le monde Arabe
  3. Ibn Khaldoun
  4. 13th-century Andalusian cookbook, Kitāb al-tabǐkh fǐ al-Maghrib wa'l-Andalus (Arabic) "The cookbook of the Maghreb and Al-Andalus
  5. a et b Travaux de Salem Chaker de l'Institut National des Langues Et Civilisations orientales,de Paris
  6. Ernest Mercier - l'Origine des Berberes - 1867
  7. « Sur l’oasis de Siwa » [archive] par Madjid Allaoua, Études et Documents Berbères,1997-1998 (2000)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Laporte, « Ketama, Kutama », dans Encyclopédie berbère, vol. XXVII,‎ 2005, p. 4179-4187

Liens externes[modifier | modifier le code]