Koceïla

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Koceïla (aussi orthographié Kusayla ou Kasîla[note 1]), est un chef berbère de la fin du VIIe siècle. Il est principalement connu pour avoir résisté à la conquête musulmane du Maghreb dans la partie orientale de l’actuelle Algérie, et la Tunisie moderne, de 683 à 688.

À la tête d’une coalition de troupes berbères et byzantines, Koceïla parvint en 683, à détruire un corps expéditionnaire omeyyade mené par le général arabe Oqba ibn Nafi, à Tahouda (près de l'actuelle Sidi Okba), expulser les occupants omeyyades de l’est de l’Algérie et de la Tunisie moderne[note 2], et prendre Kairouan. Il meurt vers 688, battu lors d’une expédition punitive conduite par le général omeyyade Zuhaïr ibn Qays, à Mammès, qui reprend Kairouan[1].

Nom[modifier | modifier le code]

Selon Charles-Emmanuel Dufourcq, son nom est une déformation du gentilice latin Caecilius, très répandu en Afrique romaine, et notamment à Volubilis[2]. L’hypothèse a été souvent reprise, notamment par Gabriel Camps, qui estimait que le nom Koceila n’était, dans tous les cas, pas berbère. Pourtant, on retrouve dans cet anthroponyme une structure consonantique KSL parfaitement admissible en berbère[2]. Il existe une racine lexicale berbère KSL, « enlever, emporter, ramasser… »[3]. Des formes proches existent dans l’onomastique berbère actuelle : Aksil, Aksel, et autres, et des noms proches sont d’ailleurs attestés dans l’histoire berbère antique[note 3],[3]. L’hypothèse de Dufourcq est donc fragile[3].

Origines[modifier | modifier le code]

Les historiens Ibn Khaldoun et Ibn Idhari du xive siècle, considèrent sa ville d’origine comme étant Tlemcen. Cependant, ces récits datent de quelque 700 années après les événements. Al-Maliki, plus proche de l’époque de la conquête (ixe siècle), l’associe uniquement à la région des Aurès. Tandis que l’historien Noé Villaverde Vega, indique que Koceïla était probablement un roi du royaume d’Altava[4]. Gabriel Camps est d’avis que Koceïla régnait sur des territoires immenses, au point qu’il ne s’étonne guère de le voir, être capturé à Tlemcen, vaincre et tuer Oqba au sud de l’Aurès, puis régner à Kairouan[2].

D’après Yves Modéran, qui privilégie le contexte géopolitique de la deuxième moitié du VIIe siècle, Koceila devait être dans les années 670, une sorte d’exarque ou de préfet des Berbères de l’Aurès et des régions voisines, jusque-là investi par les byzantins. Bien connu d’eux, il a d’abord tâtonné face aux Arabes puis, devant la carence de l’empereur byzantin au pouvoir, Constantin IV, pris seul la décision de leur résister, avec ses tribus mais aussi avec l’appui des autorités byzantines locales[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Selon des sources tardives[note 4], à l’époque où Abou al-Mouhajir Dinar gouvernait la nouvelle province omeyyade d’Ifriqiya, Koceïla dirigeait la tribu des Awerba, elle-même alors à la tête de la très vaste confédération des Branès, qui détenaient la suprématie sur les Berbères. D’abord chrétien, Koceïla s’est converti à l’islam au début de la conquête musulmane.

L’émir musulman Abou al-Mouhajir Dinar invita Koceïla en 678, afin de le rencontrer dans son camp. Abou al-Mouhajir a convaincu Koceïla d’accepter l’islam et de rejoindre son armée avec une promesse d’égalité complète avec les Arabes. Abou al-Mouhajir était un diplomate talentueux et a impressionné Koceïla, avec, non seulement sa piété, mais avec son sens élevé du respect. Koceïla a incorporé ses troupes berbères Awraba et Sanhadja dans les armées arabes et a participé à leurs campagnes, uniformément réussies sous Abou al-Mouhajir. Mais pour des raisons obscures, cet émir a ensuite été remplacé par Oqba Ibn Nafi, le fondateur de Kairouan, qui a traité Koceïla et ses hommes avec dureté.

Le compte ci-dessus est contesté par certains historiens, qui préfèrent les premières sources du ixe siècle. Selon ces derniers, Koceïla n’avait aucun lien avec Abou al-Mouhajir, ni Oqba Ibn Nafi, jusqu’à la mise à mort de ces deux derniers à Tahouda. Ces sources antérieures décrivent aussi Koceïla comme un chrétien, et non un musulman converti. Ils conviennent toutefois que Koceïla a mené une armée byzantino-berbère quand il a vaincu Oqba.

En 683, Oqba l’emmena avec lui dans une grande expédition vers l’ouest, et, d’après les récits plus tardifs du syrien Ibn al-Athir (xiiie siècle) et de l’égyptien Al-Nowaïri (xive siècle), l’aurait fait couvrir de chaînes et l’aurait traîné comme un trophée vivant tout au long de sa chevauchée à travers le Maghreb. Finalement, le manque de respect d’Oqba révulsa Koceïla. L’historien Al-Maliki indique toutefois que Koceïla ne fut pas mêlé à ce raid vers l’ouest.

Au retour de cette expédition vers la base de Kairouan, Koceïla, s’échappe du corps expéditionnaire, et se joint aux forces byzantines et organise une embuscade. L’armée byzantino-berbère d’environ 5 000 hommes prend en embuscade et massacre le corps expéditionnaire arabe de 300 hommes, et tue successivement son chef, Oqba ibn Nafi, et Abou al-Mouhajir, à Tahouda, dans l’actuelle Sidi Okba, en Algérie[5]. Koceïla ayant alors la maîtrise incontestée de l’Ifriqiya, marche triomphalement sur Kairouan[5] et expulse les Arabes de la zone orientale de l’actuelle Algérie et de la Tunisie pour plus d’une décennie[5].

Selon Ibrahim ibn ar-Raqiq et nombre d’auteurs plus tardifs, Koceïla semble avoir ménagé les Arabes restés à Kairouan et décidé de faire de cette ville sa capitale, ce qui laisserait deviner la volonté de créer un État de type nouveau, ouvert aux relations avec l’Islam.

Chute et suite[modifier | modifier le code]

En 688, des renforts arabes menés par le général Zuhayr ibn Qays sont arrivés. Koceïla les rencontra dans la plaine de Mamma, dans les Aurès. Surpassée en nombre, l’armée byzantino-berbère est vaincue, et Koceïla est tué[6]. L’armée arabe victorieuse ne laisse toutefois qu’une simple garnison à Kairouan : surprise par des troupes byzantines débarquées à Barqa, cette garnison est massacrée sur le chemin du retour[7].

En 693, le calife Abd al-Malik envoie une puissante armée de 40 000 hommes commandée par Hassan ibn Numan en Cyrénaique et Tripolitaine afin d’éliminer la menace byzantine. Cette armée ne rencontre aucune opposition avant d’arriver à la Tunisie, où elle capture Carthage en 698, et défait une troupe byzantino-berbère près de Bizerte[8].

D’après l’historien irakien Khalifa ibn Khayyat, après avoir vaincu les Awraba à Sakouma lors d’une expédition méconnue en 705-709, le général aurait pris en otage des enfants de Koceïla, réfugiés chez eux. Ibn Idhari affirme que Moussa Ibn Noçaïr fit campagne dans la péninsule ibérique avec les fils de Koceïla à ses côtés[3].

Quelques années plus tard après sa mort, les Berbères résisteront à nouveau, avec cette fois-ci, une femme à leur tête : Kahina.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La forme Kasîla devrait être préféré à Koceila ou Kusayla, qui résultent d’ajouts hypothétiques à un nom berbère qui a été plus ou moins bien transcrit en arabe.
  2. Au moins jusqu’au-delà de Gabès.
  3. Deux exemples : Une inscription de Thuburbo Majus (ILT 732) mentionne un individu nommé Cuzolé. Cusina (ou Coutsina), le chef suprême des Berbères de Numidie à partir de 548.
  4. D'après les écrits d'Ibn Khaldoun et Ibn Idhari, du XIVe siècle, soit 700 ans après la conquête musulmane du Maghreb.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Modéran, « Introduction. La conquête arabe », dans Les Maures et l’Afrique romaine (IVe-VIIe siècle), Publications de l’École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome », (ISBN 9782728310036, DOI 10.4000/books.efr.1431, lire en ligne), p. 685-709
  2. a b et c Camps 1984, p. 183-218.
  3. a b c d et e Modéran 2008.
  4. (es) Noé Villaverde Vega, El Reino mauretoromano de Altava, siglo VI, Tingitana en la antigüedad tardía, siglos III–VII: autoctonía y romanidad en el extremo occidente mediterráneo, Madrid, , p. 355
  5. a b et c Conant 2012, p. 280-281.
  6. (en) Idris El Hareir et Ravane M'Baye, The Spread of Islam Throughout the World, Series: Different aspects of Islamic culture, 3, Paris, France, UNESCO Publishing, , 309 p. (ISBN 978-92-3-104153-2)
  7. Terre d'affrontements: le sud-tunisien, la ligne Mareth et son étrange destin, Nouvelles Editions Latines, , 247 p. (ISBN 9782723302746), p. 29
  8. (en) Ibn Taymiyyah, Maqdisi, Abdullah Azzam, Sayyid Qutb, Islamic books,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Camps, « Rex gentium Maurorum et Romanorum. Recherches sur les royaumes de Maurétanie des VIe et VIIe siècles », Antiquités africaines, vol. 20, no 1,‎ , p. 183-218 (DOI 10.3406/antaf.1984.1105, lire en ligne)
  • Claude Briand-Ponsart, Identités et culture dans l'Algérie antique [actes du colloque, Université de Rouen], 16 et 17 mai 2003, Publications des Universités de Rouen et du Havre, impr. 2005 (ISBN 2877753913, OCLC 492886247, lire en ligne)
  • Yves Modéran, « Koceila », Encyclopédie berbère, nos 28-29 « Kirtēsii – Lutte »,‎ (ISSN 2262-7197, lire en ligne)
  • Mohammed El Fasi, Ivan Hrbek et Comité scientifique international pour la rédaction d'une histoire générale de l'Afrique, Histoire générale de l'Afrique, vol. III : L'Afrique du VIIe au XIe siècle, Éditions UNESCO, , 948 p. (ISBN 92-3-201709-1, 2-7236-1061-6 et 9782723610612, OCLC 491457660, lire en ligne [PDF])
  • (en) Jonathan Conant, Staying Roman : conquest and identity in Africa and the Mediterranean, 439-700, Cambridge University Press, (ISBN 0521196973, OCLC 758397417, lire en ligne)