Koceïla

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Koceïla (aussi prononcé Kusayla ou Kasîla), est un chef berbère de la fin du VIIe siècle. Il est principalement connu pour avoir poursuivi une résistance militaire romano-berbère efficace contre la conquête musulmane du Maghreb dans les années 680.

Nom[modifier | modifier le code]

Les auteurs arabes ont transcrit son nom de différentes manières, ce qui a conduit les historiens modernes aussi aux lectures les plus variées : Koceïla, Kusayla, ou Kasila. Selon Charles-Emmanuel Dufourcq, son nom était déformation du gentilice latin Caecilius, très répandu en Afrique romaine, et notamment à Volubilis[1]. L’hypothèse a été souvent reprise, notamment par Gabriel Camps, qui estimait que le nom Koceila n’était, dans tous les cas, pas berbère. Pourtant, on retrouve dans cet anthroponyme une structure consonantique KSL parfaitement admissible en libyque et en berbère[1]. Il existe une racine lexicale berbère KSL, « enlever, emporter, ramasser… »[2]. Des formes proches existent dans l’onomastique berbère actuelle : Aksil, Aksel, etc, et des noms proches sont d’ailleurs attestés dans l’histoire berbère antique[2]. L’hypothèse de Dufourcq est donc fragile[2].

Origines[modifier | modifier le code]

D'après les historiens Ibn Khaldoun et Ibn Idhari du xive siècle, sa ville d'origine était Tlemcen. Cependant, ces récits datent de quelque 700 années après les événements. Al-Maliki, plus proche de son époque (ixe siècle), l'associe uniquement à la région des Aurès. Tandis que l'historien Noé Villaverde Vega, indique que Koceïla était probablement un roi du royaume d'Altava[3]. Gabriel Camps est d'avis que Koceïla régnait sur des territoires immenses, au point qu'il ne s'étonne guère de le voir, être capturé à Tlemcen, vaincre et tuer Oqba au sud de l'Aurès, puis régner à Kairouan[1].

D'après Yves Modéran, qui privilégie le contexte géopolitique de la deuxième moitié du viie siècle, Koceila devait être dans les années 670, une sorte d’exarque ou de préfet des Maures de l’Aurès et des régions voisines, jusque-là investi par les Byzantins. Bien connu d’eux, il a d’abord tâtonné face aux Arabes puis, devant la carence de l’empereur, pris seul la direction de la résistance, avec ses tribus mais aussi avec l’appui des autorités romaines locales[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Selon des sources tardives[4], à l'époque ou Abu al-Muhajir Dinar gouvernait la nouvelle province arabe d'Ifriqiya, Koceïla dirigeait la tribu des Awraba, elle-même alors à la tête de la très vaste confédération des Baranis, qui détenaient la suprématie sur les Berbères. D’abord chrétien, Koceïla s'est converti à l'islam au début de la conquête musulmane.

L'émir musulman Abu al-Muhajir Dinar, invita Koceïla en 678, afin de le rencontrer dans son camp. Abu al-Muhajir a convaincu Koceïla d'accepter l'islam et de rejoindre son armée avec une promesse d'égalité complète avec les Arabes. Abu al-Muhajir était un diplomate talentueux et a impressionné Koceïla, avec, non seulement sa piété, mais avec son sens élevé du respect. Koceïla a incorporé ses troupes berbères Awraba et Sanhadja dans les armées arabes et a participé à leurs campagnes, uniformément réussies sous Abu al-Muhajir. Mais pour des raisons obscures, cet émir a ensuite été remplacé par Oqba Ibn Nafi, le fondateur de Kairouan, qui a traité Koceïla et ses hommes avec dureté.

Le compte ci-dessus est contesté par certains historiens, qui préfèrent les premières sources du ixe siècle,. Selon ces derniers, Abu al-Muhajir n'avait aucun lien avec Koceïla, ni Oqba Ibn Nafi jusqu'à ce que celui ci soit embusqué et abattu à Vescera. Ces sources antérieures décrivent aussi Koceïla comme un chrétien, et non un musulman converti. Ils conviennent toutefois que Koceïla a mené une armée combinée byzantine et berbère quand il a vaincu Oqba.

En 683, Oqba l’emmena avec lui dans une grande expédition vers l’ouest, et, d'après les récits plus tardifs du syrien Ibn al-Athir (xiiie siècle) et de l’égyptien Al-Nowaïri (xive siècle), l'aurait fait couvrir de chaînes et l'aurait traîné comme un trophée vivant tout au long de sa chevauchée à travers le Maghreb. Finalement, le manque de respect d'Oqba enflamma Koceïla. L'historien Al-Maliki indique toutefois que Koceïla ne fut pas mêlé à ce raid vers l'ouest.

Au retour de cette expédition vers Kairouan, Koceïla, s'échappe du corps expéditionnaire, et se joint aux forces byzantines et organise une embuscade. L'armée berbère chrétienne, et byzantine, d'environ 5 000 hommes a pris en embuscade et massacré le corps expéditionnaire arabe de 3 000 hommes, et ont tué successivement son chef, Oqba ibn Nafi, et Abu al-Muhajir, à Vescera, dans l'actuelle Sidi Okba, en Algérie[5]. Koceïla avait alors la maîtrise incontestée de l'Ifriqiya, puis a marché sur Kairouan, en triomphe[5]. Les Arabes ont été en conséquence expulsés de la zone orientale de l'actuelle Algérie et de la Tunisie pendant plus d'une décennie[5].

Selon Ibrahim ibn ar-Raqiq et nombre d’auteurs plus tardifs, il semble avoir ménagé les Arabes restés à Kairouan et décidé de faire de cette ville sa capitale, ce qui laisserait deviner la volonté de créer un État de type nouveau, ouvert aux relations avec l’Islam.

Chute et suite[modifier | modifier le code]

En 688, des renforts arabes menés par le général Zuhayr ibn Qays sont arrivés. Koceïla les rencontra dans la plaine de Mamma, dans les Aurès. Surpassés en nombre, les berbères et les byzantins sont vaincus, et Koceïla est tué[6]. L'armée arabe victorieuse ne laisse toutefois qu'une simple garnison à Kairouan, celle ci, surprise par un corps byzantin débarqué à Barqa, est massacrée sur le chemin du retour[7].

En 693, le calife Abd al-Malik envoie une puissante armée de 40 000 hommes commandée par Hassan ibn Numan en Cyrénaique et Tripolitaine afin d'éliminer la menace byzantine. Ils n'ont rencontré aucun groupe rival avant d'arriver à la Tunisie, où ils ont capturé Carthage en 698, et ont défait les Byzantins et les Berbères autour de Bizerte[8].

D'après Khalifah ibn Khayyat, après avoir vaincu les Awraba à Sakuma lors d'une mystérieuse expédition en 700, le général aurait capturé des enfants de Koceïla, réfugiés chez eux. Ibn Idhari affirme que Moussa Ibn Noçaïr fit campagne dans la péninsule ibérique avec les fils de Koceïla à ses côtés[2].

Quelques années plus tard, la région s'enflamme de nouveau, avec cette fois-ci, une femme à la tête de la résistance, Kahina.

Référencement[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Camps 1984, p. 183-218.
  2. a, b, c, d et e Modéran 2008.
  3. (es) Noé Villaverde Vega, El Reino mauretoromano de Altava, siglo VI, Tingitana en la antigüedad tardía, siglos III–VII: autoctonía y romanidad en el extremo occidente mediterráneo, Madrid, , p. 355
  4. D'après les écrits d'Ibn Khaldoun et Ibn Idhari, du XIVe siècle, soit 700 ans après la conquête musulmane du Maghreb.
  5. a, b et c Conant 2012, p. 280-281.
  6. Idris El Hareir et Ravane M'Baye, The Spread of Islam Throughout the World, Series: Different aspects of Islamic culture, 3, Paris, France, UNESCO Publishing, , 309 p. (ISBN 978-92-3-104153-2)
  7. Terre d'affrontements: le sud-tunisien, la ligne Mareth et son étrange destin, Nouvelles Editions Latines, , 247 p. (ISBN 9782723302746), p. 29
  8. (en) Ibn Taymiyyah, Maqdisi, Abdullah Azzam, Sayyid Qutb, Islamic books,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Camps, « Rex gentium Maurorum et Romanorum. Recherches sur les royaumes de Maurétanie des VIe et VIIe siècles », Antiquités africaines, vol. 20, no 1,‎ , p. 183-218 (DOI 10.3406/antaf.1984.1105, lire en ligne)
  • Claude Briand-Ponsart, Identités et culture dans l'Algérie antique [actes du colloque, Université de Rouen], 16 et 17 mai 2003, Publications des Universités de Rouen et du Havre, impr. 2005 (ISBN 2877753913, OCLC 492886247, lire en ligne)
  • Yves Modéran, « Koceila », Encyclopédie berbère, nos 28-29,‎ (ISSN 2262-7197, lire en ligne)
  • (en) Jonathan Conant, Staying Roman : conquest and identity in Africa and the Mediterranean, 439-700, Cambridge University Press, (ISBN 0521196973, OCLC 758397417, lire en ligne)