Koceila

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Aksel (Caecilius)
Titre
Chef des Awraba et des Sanhadja
? –
Prédécesseur Yabdas
Successeur Dihya
Roi du royaume d'Altava
Prédécesseur Garmul
Biographie
Nom de naissance Aksel, Aksil, Agssila
Date de décès
Lieu de décès Vallée de Mamma, à Timgad, dans les Aurès.
Nature du décès Mort au combat
Religion Christianisme, puis Islam.
Résidence Aurès

Aksel (en berbère: ⴰⴽⵙⵉⵍ, Aksil, Agssila), ou Caecilius (en latin), mort en 690, à Timgad, dans les Aurès, est un chef de la tribu berbère Aouraba, de la confédération des Sanhadja, et roi du royaume d'altava au VIIe siècle. Il est connu pour avoir poursuivi une résistance militaire berbère efficace contre l'invasion musulmane du Maghreb dans les années 680.

Origines[modifier | modifier le code]

L’origine, l’identité et l’action de ce personnage ont fait l’objet de multiples controverses. On a situé son territoire initial tantôt dans l’Aurès, tantôt en Maurétanie Césarienne, et même récemment au Maroc septentrional ou central. Certains ont vu en lui un notable romain ou berbéro-romain dont l’histoire fut déformée par les Arabes ; d’autres l’ont reconnu, au contraire, comme le chef d’une résistance purement berbère, « dans la lignée de celle de Massinissa et de Jugurtha ». Tout ou presque prête à discussion dans sa carrière, avant tout en raison de difficiles problèmes heuristiques : il n’est explicitement évoqué que par les auteurs arabes, et dans des textes au minimum postérieurs de deux siècles aux événements, rédigés à une époque où les légendes déformaient déjà fortement tous les souvenirs de la marche de l’islam vers l’ouest.

Selon Ibn Khaldoun, sa ville d'origine était Tlemcen en actuelle Algérie. L'historien Noe Villaverde indique que Aksil était probablement un roi du royaume d'Altava. D'autres sources proches de l'époque de Caecilius (9ième siècle) l'associent uniquement à la région des Aurès. Caecilius a grandi dans le territoire tribal berbère à l'époque de l'exarchat byzantin

Religion[modifier | modifier le code]

On pense que Caecilius était un chrétien basé sur son nom de sonorité romaine. Selon l'historien Gabriel Camps, son nom était une traduction possible en berbère du nom latin "Caecilius", indiquant qu'il était issu d'une noble famille romano-berbère[1]. Son nom même intriguait les orientalistes; Contrairement à d'autres rois romano-berbères, comme ses prédécesseurs: Masuna, Masties, Mastinas et Garmul, Caecilius n'est pas nommé d'après un son berbère. Les chroniqueurs arabes nous ont probablement transmis - d'après Gabriel Camps - un nom d'une autre langue: Caecilius, nom commun trouvé dans les tombes de Volubilis.

Étymologie[modifier | modifier le code]

En berbère, son nom est le plus communément orthographié Aksel, qui signifie en berbère: le léopard et dont la racine berbère du mot est "KSL". En revanche son nom est orthographié de différentes façons par les auteurs arabophones : KWSYLT (Kûsîla(h)), Kosayla, Qosayla, Uksayl, Kusila. On l'a rapproché du nom latin Caecilius, cognomen très répandu en Afrique Romaine, et à Volubilis, prononcé Kaïkilyus en latin classique et évolution du ci (ki) en ci (si) en latin tardif et dans les langues romanes (en français Caecilia : Cécile) et entendu par les Arabes « Kacila » , mais son nom peut aussi provenir du berbère. Les différents dialectes berbères de l'Aurès, d'où vient le nom de Koceila, connaissent encore de nos jours une racine KSL dont dérive le mot aksel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Selon Ibn Khaldoun[modifier | modifier le code]

Selon cet historien du 14ième siècle, à l'époque ou Abû-l-Muhâdjir gouvernait la nouvelle province arabe d'Afrique, Aksel dirigeait la tribu des Awraba, elle-même alors à la tête de la très vaste confédération des Baranis, qui détenaient la suprématie sur les Berbères. D’abord chrétien, Aksel s’était converti à l'islam au début de la conquête arabe.

L'amiral musulman Dinar Abu al-Muhajir, invita Caecilius en 678, afin de le rencontrer dans son camp. Abu al-Muhajir a convaincu Aksel d'accepter l'islam et de rejoindre son armée avec une promesse d'égalité complète avec les Arabes. Abu al-Muhajir était un diplomate talentueux et a impressionné Caecilius avec non seulement sa piété, mais avec son sens élevé du respect. Caecilius a incorporé ses forces berbères Awraba et Sanhajda dans les armées arabes et a participé à leurs campagnes, uniformément réussies sous Abu al-Muhajir. Pour des raisons obscures, cet émir a ensuite été remplacé de force par Oqba ibn Nafi, qui, a traité Caecilius et ses hommes avec un grand mépris. Oqba Ibn Nafi méprisait ouvertement Aksel et son ralliement.

Le compte ci-dessus est contesté par certains historiens, qui préfèrent les premières sources du 9ième siècle[2][3]. Selon ces derniers, Abu al-Muhajir n'avait aucun lien avec Caecilius, ni Oqba Ibn Nafi jusqu'à ce qu'il soit embusqué et abattu a Tehuda. Ces sources antérieures décrivent aussi Caecilius comme un chrétien, et non un musulman converti. Ils conviennent toutefois qu'il a mené une force combinée byzantino-berbère quand il a vaincu Uqba.

En 683, Oqba l’emmena avec lui dans une grande expédition vers l’ouest, il l'aurait fait couvrir de chaînes et l'aurait traîné comme un trophée vivant tout au long de sa chevauchée à travers le Maghreb. Finalement, le manque de respect d'Oqba enflamma Caecilius.

En 683, au retour de Kairouan, Caecilius s'est joint aux forces byzantines et a organisé une embuscade. L'armée berbère chrétienne, et byzantine, d'environ 5 000 hommes, a écrasés les Arabes, et Caecilius a abattu Oqba, à Tehuda, près de l'actuelle Biskra, en Algérie[4]. Les arabes sont expulsés jusqu'en Cyrénaïque, et Aksel avait alors la maîtrise incontestée de l'ifriqyia, puis il est allé à Kairouan, triomphant[5]. Il aurait ensuite berbérisé son nom en « Taqirwant » et aurait fait de Kairouan la capitale de son nouvel état. Selon Ibn al-Raqîq et nombre d’auteurs plus tardifs, il semble avoir ménagé les Arabes ce qui laisserait deviner sa volonté de créer un État de type nouveau, ouvert aux relations avec l’Islam.

Son autorité aurait été reconnue selon l'avis même de certains auteurs musulmans, comme quelqu'un qui traitait avec justice ses sujets berbères et arabes. Il aurait laissé chacun pratiquer librement sa religion.

Chute[modifier | modifier le code]

En 688, des renforts arabes menés par Zuhair bin Qais sont arrivés. Caecilius les rencontra en 690 à la bataille de Mamma. Largement surpassé en nombre, les Awraba sont mis en déroute, et Caecilius est tué. Le général Zuhair bin Qais est mis à mort par des rameurs byzantins peu après l'affrontement.

En 693, le calife Abd al-Malik a envoyé une puissante armée de 40 000 hommes commandée par Hassan ibn Numan en Cyrénaique et Tripolitaine afin d'éliminer la menace byzantine. Ils n'ont rencontré aucun groupe rival avant d'arriver à la Tunisie où ils ont capturé Carthage en 698, et ont défait les Byzantins et les Berbères autour de Bizerte[6]. Pendant un certain temps, la confusion a régné, mais les berbères Awraba ont reconnu la faiblesse de leur position et ont finalement capitulé face à l'armée arabe nouvellement réorganisée et renforcée.

Après avoir vaincu les Awraba à Sakûmâ, le général aurait capturé des enfants de Aksel, réfugiés chez eux. Ibn cIdhârî affirme que Moussa Ibn Nocair fit campagne en Espagne avec les fils de Aksel à ses côtés.

Quelques années plus tard, la région s'enflamme de nouveau, avec cette fois-ci, une femme à la tête de la résistance, la Kahina.

Critique[modifier | modifier le code]

La très grande majorité des autres sources arabes, souvent bien antérieures à Ibn Khaldoun, donnent une tout autre image des débuts du chef berbère. N’évoquant pas les Baranis ni même les Awraba, elles font apparaître Aksel en Byzacène ou en Numidie, et situent à proximité du pays byzantin toute son action. Ainsi Ibn Abd al-Hakam, mort en 871 : dans son récit principal, le gouvernement de Abû-l-Muhâdjir semble clairement limité à la seule ifriqyia, et Aksel, cité pour la première fois vers 683, à Tehuda, au sud de l’Aurès, est donné comme le chef d’une armée de Byzantins et de Berbères, qui piégea dans ce secteur Oqba, de retour d’un long raid vers le Maroc, et lui infligea une déroute fatale[7].

Aksel prit ensuite Kairouan, avant d’être vaincu plus tard dans la même région par un autre général arabe, Zuhayr ibn Kays.

Au 11ième siècle, Al-Mâlikî, avance de quelques années l’émergence de Aksel : dans le principal et le plus long de ses récits, il apparaît, au milieu ou à la fin des années 670, comme un des chefs berbère de l'ifriqyia qui pactisèrent avec Abû-l-Muhâdjir installé dans la nouvelle Kairouan. Plus tard celui-ci entreprit un raid vers l’ouest (le « Maghreb », ici bien distingué de l'ifriqyia), auquel Aksel ne fut pas mêlé ; en revanche, quelques années encore après, le même Aksel réapparut dans la région de Tehuda, à la tête d’une coalition de Berbères et de Byzantins manifestement issue de l'ifriqyia, qui défit le successeur d’Abû-l-Muhâdjir, Oqba Ibn Nafi. Cette histoire fut plusieurs fois reprise ensuite, notamment par deux des historiens les plus prolixes de la conquête, le syrien Ibn al-Athîr au 13ième siècle et l’égyptien Al-Nuwayrî au début du 14ième siècle, qui ajoutèrent alors de nouveaux détails : Aksel aurait été, depuis Kairouan, contraint, tel un otage, à suivre dans ses pérégrinations Oqba, qui l’aurait constamment humilié avant de subir sa trahison et sa vengeance à Tehuda.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gabriel Camps, « Rex gentium Maurorum et Romanorum. Recherches sur les royaumes de Maurétanie des VIe et VIIe siècles », Antiquités africaines, vol. 20, no 1,‎ , p. 183–218 (DOI 10.3406/antaf.1984.1105, lire en ligne)
  2. Modéran, Y, Kusayla, l'Afrique et les Arabes, Université de Rouen, (ISBN 2-87775-391-3)
  3. Benabbès, A, Les premiers raids arabes en Numidie Byzantine: questions toponymiques, Université de Rouen, (ISBN 2-87775-391-3)
  4. (en) Jonathan Conant, Staying Roman : conquest and identity in Africa and the Mediterranean, 439-700, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-19697-0), p. 280–281.
  5. (en) Jonathan Conant, Staying Roman : conquest and identity in Africa and the Mediterranean, New York, Cambridge University Press, , 439-700 p. (ISBN 0521196973), p. 280-281
  6. Islamic books, par ibn Taymiyyah, Maqdisi et Abdullah Azzam. Ibn Taymiyyah et Sayyid Qutb. 2015.
  7. Y. Modéran, Encyclopédie berbère, Éditions Peeters, (ISBN 2744907074[à vérifier : ISBN invalide], lire en ligne), p. 4255–4264