Au carrefour des étoiles

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Au carrefour des étoiles
Auteur Clifford D. Simak
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Roman
Science-fiction
Version originale
Langue Anglais américain
Titre Way station
Éditeur Doubleday
Lieu de parution New York
Date de parution 1963
Version française
Traducteur Michel Deutsch
Éditeur OPTA
Collection Galaxie
Lieu de parution Paris
Date de parution 1964
Type de média Magazine papier

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Au carrefour des étoiles (titre original : (en) Way Station) est un roman de science-fiction de l'écrivain américain Clifford D. Simak paru en 1963 et publié initialement en deux parties dans les numéros de juin et d'août du magazine américain spécialisé Galaxy.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le héros du roman, Enoch Wallace, fils de fermier américain sans histoire, vit reclus dans un vieille bâtisse, au fin fond du Wisconsin. Il se lie peu avec le voisinage et n'a guère de contacts humains qu'avec le facteur Winslowe Grant et une jeune fille sourde et muette dénommée Lucy Fisher (allusion à Lucifer). Toutefois, son cas intrigue beaucoup Lewis, un agent de la CIA : d'après les registres de l'état civil, Enoch Wallace, d'apparence trentenaire, aurait en réalité 124 ans !

En fait, de retour de la Guerre de Sécession, Enoch Wallace a été recruté par un extraterrestre dénommé Ulysse pour devenir le gardien de la station stellaire récemment créée sur Terre, un des relais que la Confédération Galactique utilise pour permettre aux habitants de la Galaxie de voyager aisément et rapidement. Après avoir accepté, Enoch Wallace devient une sorte d'aiguilleur de l'espace. Enoch et la maison familiale, transformée en station-relais, se retrouvent à l'abri du temps et échappent au vieillissement.

Après s'être coupé de ses congénères, Enoch consacre son temps à écrire un journal intime, sorte de cahier de rencontres où il consigne toutes ses observations sur les différentes créatures qu'il croise dans sa station. Tout se déroule pour le mieux et dans le plus grand secret, jusqu'au jour où deux événements concomitants bouleversent sa vie : sur Terre, la CIA mène son enquête sur l'anomalie temporelle créée par le champ de la station et, dans la Galaxie, le Talisman, un artefact garant de la paix entre les peuples, est dérobé, ce qui menace de plonger la Confédération Galactique dans le chaos.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Mosaïque interstellaire[modifier | modifier le code]

Dans Au carrefour des étoiles, Clifford D. Simak décrit une grande variété d'extra-terrestres, aussi bien du point de vue de leur apparence physique que de leurs cultures et traditions. Le personnage principal du roman, Enoch Wallace, responsable d'un relais intergalactique, rencontre ainsi des thaumaturges d'Alphard XXII, des Vegiens, des naturels de Mankalinen III, des Andromédiens, des indigènes de Sirrah X, etc.

Clifford D. Simak imagine entre son personnage principal et les différentes races extra-terrestres qu'il met en scène une forme de communication qui réussit à s'affranchir de la nécessité de partager un code linguistique commun. Les relations qui s'instaurent entre le héros et ses amis aliens sont de nature émotionnelle et intuitive, et le plus souvent entretenues par des échanges d'attentions de type don et contre-don. L'auteur imagine ainsi une modalité universelle de l'amitié qui permet une véritable relation à autrui au-delà de tout échange langagier.

Voyage interstellaire[modifier | modifier le code]

La technique de voyage interstellaire imaginée par Clifford D. Simak est tout à fait originale en 1963. Les êtres qui voyagent sur d'immense distance dans l'espace ne sont ni véhiculés ni téléportés matériellement. C'est la reconstruction du génome incluant l'essence entière de l'être, identique à l'original, qui est transmise de station-relais en station-relais. Cette reproduction ou copie — qu'on appellerait aujourd'hui un clone parfait, est ensuite reproduite à chaque étape du voyage grâce à une machinerie complexe qui occupe une grande partie du sous-sol du relais. L'enveloppe charnelle précédente, abandonnée au dernier poste-relais et vidée de sa substance, est ensuite détruite par immersion dans un bain de puissants acides. Cette destruction fait partie des responsabilités de chaque gardien des relais.

Cette technique imaginée en 1963 s'apparente aux récentes recherches de la physique quantique à l'échelle microscopique. “Des particules se trouvant dans un état «intriqué», formant une sorte de paire inséparable, se comportent comme si elles restaient unies par un lien mystérieux même lorsque chaque particule «jumelle» se trouve à une grande distance de l'autre. Toute action sur l'une influe immédiatement sur l'autre. Formant un seul système, même si elles sont séparées de plusieurs milliers de kilomètres, elles semblent se défier de la vitesse limite de la lumière (300 000 km/s), la communication entre elles étant instantanée.”[1].

Menaces de guerre[modifier | modifier le code]

Le thème de la guerre insiste du début à la fin du roman à trois niveaux distincts, individuel, international et intergalactique :

  • Enoch Wallace participe à la Guerre de Sécession, à la fin de laquelle il est recruté par les extra-terrestres ;
  • au moment de l'intrigue, la Terre est de nouveau menacée par une guerre mondiale que des politiciens de tous pays essaient d'éviter en convoquant une « Conférence pour la paix » ;
  • enfin, la Confédération Galactique se délite après la disparition du Talisman, un artefact magique et sacré dont la lumière radieuse unit les peuples en faisant ressortir en chacun d'eux leurs meilleures prédispositions au bonheur et à la paix.

Si Clifford D. Simak imagine la possibilité d'une paix dans la galaxie, c'est seulement grâce à l'action bienfaisante d'un artefact magique tout droit sorti d'un univers de fantasy. En faisant de l'artefact magique la condition préalable à toute organisation politique à l'échelle galactique, l'auteur semble dénier aux êtres intelligents toute capacité naturelle à communiquer et à s'entendre, faisant ainsi de la guerre la modalité première des rapports intercommunautaires dans un roman écrit en 1963, en pleine guerre froide après deux guerres mondiales et la crise des missiles de Cuba, faisant craindre une guerre nucléaire.

Épreuve initiatique[modifier | modifier le code]

La question fondamentale posée par les extra-terrestres du roman est la suivante : les Terriens sont-ils prêts à entrer dans la Confédération galactique ? Tout le récit de Clifford D. Simak consiste alors à mettre en valeur les qualités fondamentales d'une humanité pourtant plongée dans un chaos politique qui annonce une guerre imminente et malgré la mentalité obtuse des fermiers du Wisconsin, tels qu'ils sont décrits avec un humour grinçant tout au long roman. Le héros lui-même doute jusqu'au bout de la valeur morale de sa propre culture terrienne, même s'il reste viscéralement attaché à la Terre.

L'auteur apporte finalement une réponse pleine d'espoir et d'optimisme à cette question fondamentale en faisant jouer au couple Enoch Wallace et Lucy Fisher un rôle-clé dans l'évolution du récit. Le courage, l'empathie, le respect d'autrui dont témoigne Enoch Wallace joints aux pouvoirs parapsychiques de Lucy ne laissent plus aucun doute sur la place réelle des Terriens dans l'univers. En retrouvant l'artefact magique qui rend possible la Confédération galactique, les humains ont réussi à passer l'épreuve initiatique qui leur garantira l'entrée dans la Confédération.

Prix littéraire[modifier | modifier le code]

Classique de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction dans les ouvrages de références suivants :

  • Annick Beguin, Les 100 principaux titres de la science-fiction, Cosmos 2000, 1981 ;
  • Enquête du Fanzine Carnage mondain auprès de ses lecteurs, 1989 ;
  • Lorris Murail, Les Maîtres de la science-fiction, Bordas, coll. « Compacts », 1993.

Critiques spécialisées[modifier | modifier le code]

  • Jacques Sadoul, Histoire de la science-fiction moderne. 1911-1984, Robert Laffont, Coll. « Ailleurs et Demain / Essais », 1984, p. 222 : « Ce roman, tout en demi-teintes, mais d'une qualité littéraire certaine, marque le nouveau départ d'un auteur qui va, dès cet instant, redevenir l'un des plus importants du genre. ».
  • Lorris Murail, La Science-fiction, Larousse, Coll. « Guide Totem », 1999, p. 302 : « Dans le style bucolique et tendre de l'auteur, un chef-d'œuvre de sensibilité. Le meilleur Simak. »
  • Jean-Claude De Repper, Horizons du fantastique, n°5, 1969.

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Ce roman, traduit de l'américain par Michel Deutsch, a connu plusieurs éditions[2] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Expérience réussie aux Canaries - Un pas vers la téléportation ? [1]
  2. Le site NooSFere présente les différentes couvertures de ces éditions.