Arbre têtard

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Chêne têtard sur talus, mais l'émondage est désormais incomplet. L'agriculteur coupe les branches basses les plus faciles d'accès et susceptibles de gêner le passage de son tracteur.

Un arbre têtard est un arbre dont la forme caractéristique, en « grosse tête », résulte d'un mode d'exploitation spécifique, par étêtages réguliers, en vue de l'autoproduction de bois de chauffage ou de bois de tressage. Le feuillage frais, après émondage, peut servir à l'alimentation animale et les branches séchées au fourrage d'appoint.

C'est une composante familière des haies présentes en paysage bocager.

Description[modifier | modifier le code]

La Vieille Forêt (tableau de Charles-Émile Jacque) : de vieux « têtards » abritant les moutons, propices à des cortèges d'espèces saproxyliques devenues très rares (Taupin violacé ou Pique-prune, par ex.).

Connu sous divers noms, comme truisse, chapoule, ragosse (en Bretagne, notamment dans le pays rennais), trognard (Sologne) ou trogne (Perche et Anjou)[1], l’arbre têtard (tête disproportionnée) se définit comme un arbre auquel on a coupé le tronc ou les branches maîtresses à un niveau plus ou moins élevé pour provoquer le développement de rejets (repousses végétales) périodiquement coupés aux mêmes points de coupe.

La spécificité des ragosses en Bretagne tient au fait que l’on émonde périodiquement toutes les branches, ce qui le différencie du « têtard » avec une forme plus régulière ou gracile et des arbres parfois coiffés de « tire-sèves » (sorte de jeune arbre repoussant en haut du tronc).

Pour les « têtards », le recépage en hauteur provoque le renflement sommital du tronc, met hors de portée des herbivores les repousses vouées à devenir des objets ou outils divers selon les régions, les époques et les essences d’arbres : objets de vannerie, fagots de boulange (dégageant une chaleur intense et rapide pour le four), charbon de bois, fourrage d'appoint (avec l’érussage du feuillage), manches d’outils, piquets. L’arbre lui-même servait parfois de bornes aux croisées de chemins.

Le recépage intervenant environ tous les cinq ans favorise la durée de vie de l’arbre qui se creuse naturellement au centre avec les intempéries. Peu à peu, cette étrange silhouette qui semble torturée s’impose dans la haie comme un « menhir de bois ».

À l’intérieur du tronc creusé, les reliquats de bois et des feuilles forment un terreau particulier, « le sang de la trogne », que l’on utilisait pour faire lever les semis.

Bois de chauffage[modifier | modifier le code]

Saule têtard en bordure de rivière - Photographie prise en Ariège, entre 1859 et 1910.

Cette exploitation permettait le fagotage de menues branches d'élagage pour allumer les feux de cheminées ou alimenter les fours à pain. Les bocages actuels pourraient revaloriser la fonction originelle de bois-énergie (bois-bûche pour les poêles à bois, bois en plaquette pour les chaufferies collectives)[1].

Le bois du platane, par exemple, a une combustion particulièrement propre. La vigueur de cet arbre l'a fait souvent utiliser dans le Sud-Ouest de la France comme arbre têtard. Taillé à environ 2 ou 3 m de hauteur tous les 3 ans ou tous les 6 ans. Il fournit des branches ayant le bon diamètre pour alimenter un poêle à bois. On pouvait donc voir près des maisons plusieurs de ces platanes taillés régulièrement.

Cette technique des arbres en têtard permet d'optimiser la production de bois de chauffage pour un minimum de surface. Les arbres ayant un système racinaire déjà en place, la croissance des branches est rapide après la coupe, réalisée en hiver. Les branches de faible diamètre sont aisément manipulables. Le sol n'est pas dégradé par des coupes franches.

La technique des arbres taillés en têtard peut être appliquée à d'autres espèces d'arbres. Au Pays basque par exemple, elle était surtout appliquée aux chênes et dans le nord aux saules. Ce qui permettait d'utiliser la surface de terrain entre les arbres comme pâture, particulièrement pour les porcs friands de glands, sous les chênes têtards. Cette technique répondait bien aux besoins d'une société agro-pastorale utilisant le bois comme source d'énergie, avec des moyens technologiques limités. Dans le Marais Poitevin les racines du frêne têtard consolident les berges.

Valorisation des savoirs et savoir-faire anciens[modifier | modifier le code]

Vieux têtard maintes fois exploité pour son bois de chauffe (Suisse).

Un Centre européen des trognes[2] est localisé à Boursay (Loir-et-Cher), dans les locaux de la Maison botanique. Celle-ci a érigé le « chemin des trognes » sur cette commune. Il a plusieurs objectifs :

  • Recueillir des informations en France mais aussi dans toute l’Europe sur :
    • les savoir-faire, en ce qui concerne la création, l’entretien, l’utilisation…
    • les noms locaux donnés à ces arbres : truisses, ragoles, émousses, tétiaux, queules…
    • les usages des produits de la taille : fagots de fours à pains, charbon de bois, fourrage d’appoint…
    • la physiologie de l’arbre, et l’influence des tailles répétées sur sa longévité
    • les essences concernées : saule, frêne, charme, chêne…
    • les relations avec la flore et la faune
  • Accueillir des visiteurs : leur fournir des renseignements, des conseils, des documents, organiser des animations, des conférences…
  • Promouvoir la sauvegarde et la création de trognes : sensibiliser les acteurs du monde rural à leur valeur patrimoniale, mettre en place des pratiques paysagères contemporaines en milieu rural et urbain.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bardel (Philippe), Histoire des ragosses autour de Rennes, 6 p.
  • Bardel (Philippe), Maillard (Jean-Luc) et Picard (Gilles), L'Arbre et la haie. Mémoire et avenir du bocage, Rennes, Écomusée du Pays de Rennes/Presses universitaires de Rennes, 2008, 192 p.
  • Mansion (Dominique), Les Trognes, l'arbre paysan aux mille usages, Rennes, Éditions Ouest-France, 2010

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sylvie Guillerme, Bernard Alet, Gérard Briane, Frédéric Coulon, Éric Maire, « L'arbre hors forêt en France : diversité, usages et perspectives », Revue Forestière Française, t. LXI, no 5,‎ , p. 548
  2. Site du Centre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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