Peuplier noir

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Le peuplier noir (Populus nigra), également nommé Liard[1], Liardier[1], Piboule[1], Peuplier franc[1], Peuplier suisse[1], Bouillard[1], Bioulasse[1] est un arbre (peuplier) de la famille des Salicacées.

Description[modifier | modifier le code]

Illustration du Populus nigra de l'Atlas des plantes de France de A.Masclef, 1891. La forme en losange des jeunes feuilles est caractéristique, notamment sur les rameaux sylleptiques (rameaux de l'année issus de méristèmes axillaires d'un rameau initial).

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Le Peuplier noir est un grand arbre pouvant atteindre 30 à 35 m de hauteur[1] et dont la longévité est importante (200 ans, voire jusqu'à environ 400 ans pour les spécimens les plus âgés[réf. nécessaire]. Les formes varient beaucoup selon le contexte, en particulier selon que l'arbre ait poussé seul et isolé ou dans une haie, un boisement (troncs plus longs et droits) ou une ripisylve (dans ces derniers cas, il est plus élancé, avec des branches plus longues cherchant la lumière).
Les broussins sont assez fréquents[1].

La branchaison est irrégulière, aux verticilles non marqués, avec pour les grandes branches des sujets âgés une forme d'arche et des rameaux longs de l’année nettement cylindriques à la base, parfois sub-anguleux vers l'apex mais sans côtes [1].
Taillé en têtard, le tronc peut devenir trapu[1].

Le tronc possède une écorce brune et plutôt sombre à rhytidome rugueux et profondément fissurée longitudinalement, s'épaississant avec l'âge. Sur les vieux sujets (très gros bois) l'écorce forme un réseau losangique caractéristique[1] .

Les feuilles, qui apparaissent après les fleurs, sont de forme triangulaire à losangique. Elles sont denticulées, vertes et glabres sur les deux faces, visqueuses au débourrement. Leur pétiole, parfois rougeâtre, est aplati au sommet.
Le limbe est plus court sur les rameaux de l'année, et « la feuille y présente une de forme losangique et acuminée (feuille se terminant en pointe allongée et effilée) »[1]. Le limbe des feuilles des longs rameaux est moins typique, « toujours de surface plus grande et avec une base du limbe largement arrondie ou aplatie »[1]. La surface des feuilles est toujours plus petite qu'en situation équivalente chez les peupliers hybrides.

Au niveau des tiges les bourgeons végétatifs sont petits, glabres, visqueux et souvent appliqués.

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

L'espèce est dioïque (mâles et femelles sur différents individus). La floraison a lieu de mars à avril ; la pollinisation ainsi que la dispersion du pollen se fait par le vent (anémophile).

L’arbre atteint sa maturité sexuelle vers six ans, en produisant des chatons pendants ;

  • Les chatons mâles mesurent 8 à 10 cm de long à maturité et sont rouges/pourpres[1] .
  • Les chatons femelles sont vert-jaunâtre et longs de 6 à 8 cm à maturité[1] .

Chaque fleur est supportée par un périanthe réduit, en forme de coupe et protégée par une bractée. Les fleurs mâles possèdent en général 12 étamines rouges (voir 1) ; les fleurs femelles possèdent un ovaire uniloculaire composé de deux carpelles (voir 2 et 3).

Les fleurs femelles produisent des capsules ovoïdes ou sphériques à pédicelle court, vert foncé, avec deux valves, conservant la disposition en chaton.
Les fruits sont mûrs 6 à 8 semaines après pollinisation. Ils libèrent alors une sorte de bourre de coton hydrophobe contenant les graines.

Habitat répartition[modifier | modifier le code]

C’est une espèce exigeante en sols frais et humides, eau bien oxygénée et en lumière, que l’on retrouve aussi bien à faible altitude (niveau de la mer) que sur les reliefs. Bien que ce peuplier soit typique des forêts de bois tendres, on peut le retrouver dans des forêts de bois durs, peut-être relique d’un stade pionnier passé. Il apprécie les bords de cours d'eau éventuellement à fort débits et méandres (ex : Loire[2])

Écologie[modifier | modifier le code]

Les graines de cette espèce pionnière sont pauvres en réserves et ont une durée de vie plutôt courte, ce qui peut rendre l'espèce vulnérable à l'insularisation écologique ou à la fragmentation écopaysagère.

Elles colonisent des sols riches et dénués de végétation tel que les grèves et bancs de sable humides abandonnés par l'eau durant l'été, en compagnie d'autres essences de bois tendre, comme les saules.

Dans de bonnes conditions[3] (soleil, sol riche, humidité) L'arbre pousse vite, avec de larges cernes de croissances, mais avec un houppier relativement sensible à la casse en cas de tempêtes.

Outre par fécondation croisée, le peuplier noir se reproduit et propage aussi par voie asexuée, surtout lors de perturbations soutenues, grâce à des drageons.

Comme d'autres peupliers, il est parfois parasité par le gui[1].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

C'est une espèce caractéristique des ripisylves arborescentes ourlant les berges alluvionnaires d'un certain nombre de cours d'eau (en évolution dynamique).
Il est encore présent près de la mer (notamment près de l'embouchure de la Loire) et est assez résistant aux embruns. Il semble avoir été autrefois présent très près de la mer dans le nord, par exemple avec des peupliers blancs et trembles dans les pannes dunaires de Dunkerque à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, signalé par l'Abbé Arthur Labeau dans une note sur la « flore maritime du littoral français de la mer du nord »[4].

État des populations, pressions, problèmes et menaces[modifier | modifier le code]

Bien que se montrant plus résistants à certaines maladies que de nombreux hybrides de populicultures dont Populus xeuramericana, il a fortement régressé au profit d'autres espèces.
Il semble notamment plus résistant aux maladies chancro-fongiques impliquant les champignons Alternaria alternata Neergard, Acremonium strictum w. Gams ., Fusarium roseum, var. acuminatum, F. roseum LK. Ex. Fr. emend. Snyder and Hansen, et Hendersonula toruloidea Nattrass.

Les études génétiques et d'isozymes montrent que nombreux hybrides utilisés pour la populiculture et l’ornement (Populus nigra var. Italica, peuplier pyramidal à branches toutes dressées, souvent planté au bord des routes) peuvent potentiellement polliniser les peupliers noirs sauvages, engendrant une pollution génétique (introgression génétique) et une réduction de la diversité génétique infraspécifique[5],[6].

L’extraction de granulats, pompage de l’eau, endiguement et chenalisation de cours d’eau sont des activités qui ont provoqué la disparition des sites favorables à sa régénération, mais aussi un dépérissement accéléré lié à l’enfoncement des cours d’eau et de la nappe phréatique.

Enfin, comme dans le domaine agricole, à la demande de la filière bois et pépinières, la législation européenne concernant la commercialisation des plants à usage forestier a récemment évolué vers une obligation de provenance certifiée ou au moins identifiée [7] concernant la commercialisation des Matériels Forestiers de Reproduction (MFR) est entrée en vigueur dans l'Union Européenne le 1er janvier 2003. Elle a été transposée en droit français le 10 octobre 2003. Cette législation garantie aux acheteurs la qualité génétique des plants.

Protection, restauration des populations, conservation génétique[modifier | modifier le code]

« Peuplier noir d'Italie » (variété introduite en France entre le XVIe et le XVIe siècle selon les régions semble-t-il)

Au début des années 1990, suite à la prise de conscience des différentes menaces pesant sur cette essence, l'Europe et la France ont initié quelques programmes de conservation des ressources génétiques du Peuplier noir, avec en France un « Programme National de Conservation des Ressources Génétiques du peuplier noir » piloté, dans le cadre du « Programme National de Conservation des Ressources Génétiques Forestières  » par la Direction Générale des Politiques Agricole, Agroalimentaire et des Territoires et animé par l'INRA d'Orléans[8].

Ceci a permis la mise en place des phases de conservation in-situ (Bois Chenu de Proville, Bords de Loire près de Saumur[9]...) et ex-situ.

De façon complémentaire, le peuplier noir est aussi inscrit au réseau européen EUFORGEN[10] dont l'objectif est de faciliter le transfert d’informations concernant le peuplier noir entre les différents pays membres.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Les bourgeons de peuplier noir, gorgés d'hormones de croissance végétales et huiles essentielles, sont utilisés en gemmothérapie, médecine non conventionnelle.

Le tronc du peuplier noir, quand il est droit est également très utilisé dans le bâtiment. Notamment, pour la fabrication de contreplaqué car il présente un aspect souple qui facilite le déroulage. Par la suite, il entre dans la confection de nombreux produits de l'emballage aux intérieurs de bateaux. C'est un bois qui a une durée de vie très longue et qui ne se dégrade, en l'état naturel, que s'il est exposé à l'eau.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Aide à l'identification[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • DVD : DVD / Le Peuplier noir traverse une grande partie de l’Europe et poursuit sa route jusqu’en Chine (Issu des inventaire et recherches faites par Olivier FORESTIER (Directeur-adjoint. Pôle National des Ressources Génétiques Forestières. Guémené-Penfao) et Marc VILLAR (Responsable National du programme Peuplier noir. INRA. Orléans).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Asghar Tarmian, Saeid Eshaghi et Hadi Gholamiyan, The contradictory effect of drying internal checks and moisture changes on the ultrasonic propagation in poplar wood (Populous nigra) Journal of The Indian Academy of Wood Science  ; Volume 7, Numbers 1-2, 43-48, DOI: 10.1007/s13196-011-0009-4
  • Hosseiniaei O., Faezipour M., Doust Hosseini K. “Study on the effect of strand orientation and resin content on the properties of strand board from Populous nigra”  ; Iranian Journal of Natural Resources 2006; 59(3):681-692.
  • Imbert E. & Lefevre F. (2003) Dispersal and gene flow of Populus nigra along a dynamic river system. Journal of Ecology, 91, 447–456.
  • Le Floch S., 1993. La prairie, l'oiseau et le peuplier. Réalités et représentations du peuplier à travers l'analyse d'un conflit dans les Basses Vallées angevines. École d'Architecture de Paris-La-Villette, École des hautes études en sciences sociales, CEMAGREF, 71 pp. (Mémoire de DEA "Jardins-Paysages-Territoires").
  • Le Floch S., 1994. Étude paysagère de la vallée de l'Antenne (Charente). CEMAGREF, 60 pp.
  • Le Floch S., 1996. Regards sur le peuplier, un arbre entre champs et forêts. Du rationnel au sensible. ENGREF, CEMAGREF, 298 pp. + illustrations + annexes (thèse de doctorat en Sciences Forestières).
  • Le Floch S. 1996. Le peuplier dans la peinture de paysage : esthétique et originalité d'un arbre ordinaire. Paysage et Aménagement, 35. (à paraître)
  • Villar M., Auclerc P., 2007. Le Peuplier noir. La Loire et ses Terroirs, 60 : 25-33
  • Vladyslav F., 2007. Conserver le peuplier noir sauvage, gardien des berges de la Loire. INRA Magazine,1: p.10
  • Auboiron B., Brancotte V., Carlier G., Raveneau A., 2006. Le peuplier noir, ami de la Loire. Rustica, 1930 : 43
  • L'INRA au secours du peuplier noir sauvage de la Loire. La forêt privée, 2006, 292 : 18-19
  • Häne K., Dobbertin K., 2006. Le peuplier noir. Un géant aux pieds d’argile. La forêt, 28-29
  • VILLAR, Marc; FORESTIER, Olivier ; Le Peuplier noir en France : pourquoi conserver ses ressources génétiques et comment les valoriser ? ; RFF - Numéro 5 - 2009 ; DOI : 10.4267/2042/31523 (Résumé)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Page Inra sur le Peuplier noir
  2. Léquivard L., Chantereau M., Collin, E., Villar M., 2005. La flore de Loire. Covalences, 56 : 10-11
  3. Guilloy-Froget, H., 2000. Évaluation des conditions favorables à l'établissement de Populus nigra et Salix alba en milieu riverain. Université Paul Sabatier - Toulouse III, Toulouse, p. 141.
  4. Arthur Labeau, né en 1879, était Professeur de Sciences naturelles à l' Institution Notre-Dame des dunes (Dunkerque), et il a publié en 1905 et 1907 une note sur « la flore maritime du littoral français de la mer du nord », citée par le Centre régional de phytosociologie, agréé Conservatoire botanique national de Bailleul, in « Flore de la Flandre française », 553 pp (Lien Tela botanica)
  5. Arens P, Coops H, Jansen J, Vosman B (1998) Molecular genetic analysis of black poplar ( Populus nigra L.) along Dutch rivers. Molecular Ecology , 7 , 11–18.
  6. Benetka V, Mottl J, Vacková K, Pospísková M, Dubsk y M (1999) Estimation of the introgression level in Populus nigra L. populations by means of isozyme gene markers. Silvae Genetica , 48 , 218 – 22
  7. Directive européenne (N°1999/105/CE)
  8. Communiqué : L'inra au secours du peuplier noir
  9. Réunion OCDE, 17 sept 2008
  10. EUFORGEN European Forest Genetic Resources Programme