Champignon lignivore

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Le Polypore est un champignon saprotrophe lignicole qui s'infiltre par les racines de l'arbre dans le cœur du tronc et provoque une forte pourriture brune.

Un champignon lignivore, appelé scientifiquement champignon saprotrophe lignicole, saproxylique ou lignolytique (lignivore signifiant littéralement « qui se nourrit du bois », le mode d'alimentation des champignons étant l'absorbotrophie) est un champignon qui se nourrit de bois, en causant sa décomposition. Agents de dégradation du bois, ces champignons sont responsables de la pourriture du bois avec changement de couleur et désagrégation des tissus végétaux. Ils sont presque tous saprophytes et se développent dans les arbres sur pied et sur le bois mis en œuvre.

Différents groupes[modifier | modifier le code]

Pholiote destructrice (Hemipholiota populnea)

Dans les activités forestières, les champignons sont divisés en catégories artificielles qui ne sont liées ni à la systématique ni à la morphologie des organismes, mais au type de dégâts qu'ils occasionnent. On considère généralement différentes appellations dont les plus connues comprennent[1] :

Histoire évolutive[modifier | modifier le code]

« Si les êtres microscopiques disparaissaient de notre globe, la surface de la terre serait encombrée de matière organique morte et de cadavres de tout genre, animaux et végétaux. Ce sont eux principalement qui donnent à l'oxygène ses propriétés comburantes. Sans eux, la vie deviendrait impossible, parce que l'œuvre de la mort serait incomplète. »

— Pasteur[2]

Durant le Carbonifère (– 358 à – 298 millions d'années), d'immenses forêts de prêles et de fougères géantes, ainsi que des premières gymnospermes, se fossilisent, la carbonisation de ces organismes végétaux formant une biomasse qui s'accumule sous forme de gisements de lignite et de charbon. À la fin de cette période géologique, vers 290 millions d'années, apparaissent des champignons lignivores agents de la pourriture blanche : ils sont constitués de filaments microscopiques, appelés hyphes, formant le mycélium, et équipés de ligninases, enzymes capables de décomposer la lignine (cette propriété étant la conséquence d'une mutation dans la séquence d'une peroxydase). Ce sont ces champignons saprotrophes lignicole qui, par l'intermédiaire de leurs hyphes, font « œuvre de la mort » et permettent à l'écosystème terrestre de retrouver un nouvel équilibre[3]. Les agents de la pourriture brune apparaissent par la suite à de nombreuses reprises au cours de l’évolution des champignons. Leur évolution régressive (en) se traduit par une forte diminution de l’équipement enzymatique diversifié (ligninases, cellulases) des agents de la pourriture blanche mais au moins trois ordres (Gloeophyllales, Polyporales et Boletales) ont développé un mécanisme de dépolymérisation de la cellulose, via la réaction de Fenton, en produisant des radicaux libres hydroxyles qui peuvent extraire les atomes d'hydrogène appartenant aux liaisons osidiques de la cellulose[4],[5]. Il est possible que cette machinerie non enzymatique originale ait participé à l'exploitation de nouvelles niches écologiques (développement sur de milieux riches en azote, sur des conifères)[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Clément Jacquiot, La fôret, Masson, , p. 91-93
  2. Louis Pasteur Vallery-Radot, Œuvres de Pasteur, Masson et cie, , p. 598
  3. Francis Martin, Sous la forêt. Pour survivre il faut des alliés, Humensis, , p. 87
  4. (en) D.C.Eastwood et coll, « The plant cell wall decomposing machinery underlies the functional diversity of forest fungi », Science,‎ (DOI 10.1126/science.1205411)
  5. (en) D. Floudas, M. Binder, R. Riley, K. Barry, R.A. Blanchette, B. Henrissat, A.T. Martinez, R. Otillar, J.W. Spatafora, J.S. Yadav, et al., « The Paleozoic origin of enzymatic lignin decomposition reconstructed from 31 fungal genomes », Science, vol. 336, no 6089,‎ , p. 1715-1719 (DOI 10.1126/science.1221748)
  6. (en) Simon MCragg et al, « Lignocellulose degradation mechanisms across the Tree of Life », Current Opinion in Chemical Biology, vol. 29,‎ , p. 108-119 (DOI 10.1016/j.cbpa.2015.10.018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A. D. M. Rayner, Lynne Boddy, Fungal Decomposition of Wood. Its Biology and Ecology, Wiley, , 602 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]