Architecture végétale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'architecture végétale est l'étude des formes extérieures des végétaux et de leur organisation.

Le terme « architecture végétale » est proposé par le botaniste britannique Edred John Henry Corner (1906-1995) dans les années 1940 pour définir la morphologie des structures aériennes des arbres.

À la suite des travaux de Hallé et Oldeman sur les forêts tropicales (1970[1]), l'étude de la mise en place et du développement des axes végétatifs des plantes permet aujourd'hui d'identifier une vingtaine de modèles architecturaux communs aux végétaux vasculaires terrestres.

Méthode[modifier | modifier le code]

Le modèle architectural d'une plante est défini par :

  • le mode de ramification des axes : monopodial ou sympodiale ;
  • le mode de croissance des axes : continue ou rythmique ;
  • l'orientation des axes secondaires : orthotropes ou plagiotropes ;
  • la position de la sexualité : latérale ou terminale.

Modèles architecturaux[modifier | modifier le code]

Chaque modèle architectural a été nommé en référence à un botaniste l'ayant décrit.

Ils sont au nombre de 23.

  • Holttum : c'est le modèle le plus simple, il présente un seul axe (monocaule) orthotrope, sexualité terminale qui provoque la mort de la plante. On retrouve se modèle chez le bananier et l'agave.
  • Corner : un seul axe (monocaule) orthotrope à sexualité latérale qui permet une croissance indéfinie de l'axe végétatif. Le Cycas revoluta femelle, de nombreux palmiers, le palmier à huile et le papayer font partie des nombreux représentants de ce modèle.
  • Tomlinson : répétition de modules orthotropes à partir d'une ramification basale (polycaule) à sexualité terminale ou latérale.
  • Chamberlain : tronc constitué d'une succession subapicale de modules orthotropes verticaux à floraison terminale. La plante apparaît comme monocaule mais est en fait un sympode linéaire monochasial. L'arbre corail (Jatropha multifida) et le Cycas revoluta mâle est expriment ce modèle.
  • Leeuwenberg : sympode à floraison terminale formé d'une succession de modules orthotropes à ramification subapicale. Le frangipanier blanc (Plumeria alba) suit un développement conforme à ce modèle.
  • Schoute : succession de modules dichotomiques à ramification terminale et sexualité latérale.
  • Koriba : succession de sympodes modulaires redressés, relais subterminaux, branches plagiotropes par apposition, sexualité terminale. Ailanthus altissima suit ce modèle de développement[2].
  • Prévost : tronc sympodial, modules orthotropes à développement différé, branches sympodiales plagiotropes par apposition de modules à développement immédiat, sexualité terminale.
  • Fagerlind : tronc orthotrope à ramification rythmique. Les axes secondaires sont des modules sympodiaux à sexualité terminale portée par l'extrémité orthotrope et dont la base est plagiotrope par apposition. L'implantation des feuilles (phyllotaxie) est spiralée. On retrouve ce modèle chez les magnolias.
  • Aubréville : tronc monopodial orthotrope à ramification rythmique. Les axes secondaires sont des modules sympodiaux plagiotropes par apposition (base plagiotrope et partie distale orthotrope), sexualité latérale. Ce modèle est celui du badamier.
  • Petit : tronc monopodial orthotrope, ramification continue, branches sympodiales, sexualité terminale.
  • Scarrone : tronc monopodial orthotrope à ramification rythmique. Les branches orthotropes sont des modules sympodiaux à sexualité terminale. C'est le modèle de développement du manguier et du marronnier d'Inde.
  • Stone : monopode orthotrope à ramification continue ou diffuse, branches orthotropes sympodiales à sexualité terminale.
  • Rauh : monopode à croissance rythmique, tronc et branches orthotropes et sexualité latérale. Les pins, les peupliers, le noyer commun[3] présentent une architecture conforme à ce modèle.
  • Nozeran : tronc sympodial orthotrope composé de modules à développement différé, branches monopodiales plagiotropes, sexualité latérale.
  • Roux : monopode à croissance continue ou diffuse, tronc orthotrope, branches plagiotropes, sexualité essentiellement latérale. C'est le modèle de développement du caféier d'Arabie.
  • Mangenot : superposition d'axes mixtes (orthotropes sur la partie proximale, plagiotropes sur la partie distale). C'est le modèle de développement de la myrtille américaine.
  • Bell : production au départ d'un axe horizontal souterrain dont les ramifications latérales produisent des axes secondaires orthotropes aériens. Les axes secondaires aériens peuvent prendre l'aspect de n'importe quel autre modèle.

Distribution et expression des modèles[modifier | modifier le code]

  • Les modèles de Rauh, Massart et Troll sont les plus courants aux hautes latitudes. Les zones équatoriales et inter-tropicales présentent une diversité de modèles beaucoup plus importante.
  • Les modèles les plus courants présentent une plus grande diversité d'expression des caractères que les modèles plus rares.
  • L'expression du modèle est souvent plus visible sur une jeune plantule que sur un arbre âgé.

Classement des modèles[modifier | modifier le code]

Les modèles peuvent être regroupés en 6 classes :

  • Classe I (mono-axial) : Holttum, Corner ;
  • Classe II (poly-axial) : Chamberlain, Tomlinson, Leeuwenberg, Schoute ;
  • Classe III (sympode à axes différenciés) : Koriba, Nozeran, Prévost ;
  • Classe IV (axes autodifférenciés) : Champagnat, Mangenot, Troll ;
  • Classe V (monopode à axes différenciés) : Stone, Attims, Petit, Roux, Scaronne, Faguerlind, Rauh, Aubréville, Massart ;
  • Classe VI (axe principal horizontal et axes secondaires orthotropes) : Bell.

Architecture végétale des conifères (C. Edelin, 1977-1980)[modifier | modifier le code]

Les conifères connaissent quatre modèles de croissance :

L'étude de l'architecture des conifères laisse apparaître des modulations architecturales.

Certains genres juxtaposent deux modèles sur le même arbre :

  • À la phyllotaxie spiralée de la partie proximale des branches orthotrope de sequoia sempervirens succède sur la partie distale des ramifications plagiotropes portant des limbes foliaires disposés dans le plan. Ainsi la partie apicale de l'arbre est conforme au modèle de Rauh, la partie basale à celui de Massart.

D'autres semblent développer des stratégies de croissance intermédiaires entre deux modèles :

  • Picea, Rauh (tronc et axes principaux orthotropes) et Massart (axes secondaires plagiotropes) ;
  • Chamaecyparis et Thuya, Attims (tronc et axes principaux monopodiaux orthotropes à croissance continue) et Massart (axes secondaires plagiotropes).

Enfin, d'autres changent de modèle au cours de leur croissance :

Étant donné le caractère archaïque des conifères, comparé aux angiospermes, leurs modulations architecturales pourraient traduire une restriction progressive dans l'expression des formes végétales qui aurait abouti aux modèles actuels.

Emboîtement des modèles (J. Millet, 2012)[modifier | modifier le code]

En 2012, Jeanne Millet propose qu'à côté de l'expression strictement « conforme » à un modèle défini, plusieurs modèles peuvent apparaitre au sein d'un même arbre, témoignant de différents niveaux d'organisation et de hiérarchie[5].

La plantule initiale peut apparaitre comme un module « apparenté » à un modèle dit « simple », puis en se ramifiant va s'exprimer dans un modèle plus « complexe » qui conditionne la ramification et organise les réitérations.

En identifiant plusieurs unité architecturales au sein d'un même arbre, on peut alors parler modèles emboîtés:


  • Leeuwenberg de Koriba de Rauh pour le chêne pédonculé : il passe successivement par les modèles de Holttum (unité minimal), Rauh, Koriba et Leeuwenberg, tous ces modèles étant présents à différentes échelles dans l'arbre adulte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. F. Hallé, R. Oldeman, Essai sur l'architecture et la dynamique de croissance des arbres tropicaux, 1970, 178 p.
  2. (en) Ingo Kowarik, Ina Säumel, Biological flora of Central Europe: Ailanthus altissima (2007) Lire en ligne
  3. Yves Caraglio, Claude Édelin, Le Platane, quelques aspects de son architecture Lire en ligne.
  4. Yves Caraglio, Pascal Dabadie, Le Peuplier, quelques aspects de son architecture Lire en ligne.
  5. Jeanne Millet, L'Architecture des arbres des régions tempérées, Éd. Multimonde, 2012, p. 77-81.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Édelin, « Quelques aspects de l'architecture végétative des Conifères » in Bulletin de la Société Botanique de France, Lettres Botaniques, 128:3, 177-188 Lire en ligne.
  • C. Édelin, Réflexions sur la compartimentation et l'intégration de l'architecture des arbres, 1997. Lire en ligne
  • F. Hallé, R. A. A. Oldeman et P. B. Tomlinson, Tropical trees and forest An Architectural Analysis. Springer Verlag, Berlin. 1978, 441 p. Extraits en ligne
  • F. Hallé, Plaidoyer pour l'arbre, Acte Sud, 2005.
  • J. Millet, L'Architecture des arbres des régions tempérées, Ed. Multimonde, 2012. Extrait en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]