Mohamed Ayachi Ajroudi

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Mohamed Ayachi Ajroudi
Mohamed Ayachi Ajroudi.jpg
Portrait de Mohamed Ayachi Ajroudi
Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
محمد العياشي العجروديVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Activités

Mohamed Ayachi Ajroudi, né le à Gabès, est un homme d'affaires et homme politique franco-tunisien.

Ingénieur et industriel concerné par la politique tunisienne, il préside le Mouvement du Tunisien pour la liberté et la dignité.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Il naît à Gabès, dans le Sud tunisien, au sein d'une famille de militaires actifs au sein de l'armée française en Tunisie puis de l'armée tunisienne après l'independance : son grand-père est sous-officier de l'armée française durant la Première Guerre mondiale alors que son père est commandant et son oncle chef d’état-major[1].

C'est son père qui le pousse à effectuer des études[2]. Il quitte Gabès pour Lille en France, où il décroche son baccalauréat[2]. En 1967, il entreprend des études maritimes à Saint-Malo puis navigue durant cinq ans pour terminer avec le grade de lieutenant[1]. Il rejoint ensuite l'École universitaire d'ingénieurs de Lille (actuelle Polytech Lille) dont il sort diplômé en ingénierie hydraulique en 1978[2].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

À partir de 1977, Mohamed Ayachi Ajroudi travaille pour l'entreprise ISEE, spécialisée dans les travaux pétroliers et maritimes et basée dans le Pas-de-Calais[1]. En 1980, il la rachète et fonde sa propre entreprise d’ingénierie mécanique, AMIS (Artois Maintenance Industries Services)[1] qui construit des tunneliers pour les métros de Caracas et Lille[1],[2] mais aussi pour un tunnel ferroviaire à Cosenza (Italie)[3]. Il invente par ailleurs un système d'irrigation souterraine, le « Portube », utilisé dans un dispositif récompensé par le prix LANVAR[1]. Dans la foulée, il fonde la société du même nom pour fabriquer et commercialiser le produit, notamment en Arabie saoudite (palais royal, aéroport, voies publiques et agriculture) et en France[1].

Au cours de sa carrière professionnelle, Mohamed Ayachi Ajroudi fonde diverses entreprises internationales, dont SADEG, Aquatraitements Énergies Services, Objectif Pertinence, Razin Contracting, SNCFIME, FERRARA Ltd. et SOGETRAM, basées en Arabie saoudite, en France ou en Tunisie[4]. Il est également partenaire de plusieurs grands groupes, dont Suez et Constructions industrielles de la Méditerranée (CNIM)[5].

Ses activités industrielles et technologiques s’élargissent aux pays du Golfe, principalement en Arabie saoudite, où son savoir-faire et son sens du contact l'introduisent dans le cercle restreint des décideurs économiques et politiques[2]. Selon Challenges, c’est lui qui « négocie la vente à l'Arabie saoudite de quatre usines de valorisation énergétique de déchets du groupe français CNIM, un contrat potentiel de plus de 1 milliard d'euros »[6]. Selon le site officiel de Ajroudi, Christian Prot, délégué général de Suez Environnement pour le Moyen-Orient jusqu'en 2002, affirme avoir engrangé de nombreux contrats grâce à lui, et en particulier le contrat historique par lequel SAFEGE (filiale de Suez) est désigné comme assistant à maîtrise d'ouvrage unique pour la rénovation et l'extension d'infrastructures hydrauliques de la province de La Mecque (dix milliards de dollars sur dix ans)[1].

Dans le cadre de la privatisation des années 1990 en Tunisie, il investit plusieurs millions de dinars dans le rachat, en 1995, de la SOGETRAM[7], une société de transport de fret, ainsi que dans l’acquisition de deux hôtels. Ce n’est que le qu'il signe un accord de partenariat avec l’Office national de l'assainissement en vue de constituer une société mixte, ONAS International, visant à exporter des services consultatifs, mais aussi gérer et exécuter des projets dans le domaine environnemental et les services d’assainissement[8],[9].

Affaire Veolia[modifier | modifier le code]

Le , Mohamed Ayachi Ajroudi rencontre à l'hôtel George-V diverses personnalités afin d'évoquer la création d'une filiale du groupe Veolia visant à s’implanter en Arabie saoudite et à lancer la conquête du Moyen-Orient : Henri Proglio, président de Veolia environnement, Alain Marsaud, ancien magistrat et député UMP, Emmanuel Petit, haut cadre chez Veolia, et l'homme d'affaires Alexandre Djouhri. Dès le début des négociations, raconte Pierre Péan dans son livre La République des mallettes paru en 2011, Ajroudi « propose de constituer Veolia Middle East sur la base de 49 % du capital détenu par lui et 51 % par le groupe Veolia »[10]. Djouhri lui demande alors de lui rétrocéder gratuitement 20 % des actions parce qu’il est « incontournable, que rien ne peut se faire sans lui chez Veolia »[10].

Scandalisé, Ajroudi refuse catégoriquement ce qu’il considère comme un racket. Dans l'autre camp, on dénonce des accusations mensongères pour « se venger du fait qu'on ne l'a pas pris au sérieux »[11]. Il ne renonce pas pour autant à la création de Veolia Middle East, en souhaitant se porter acquéreur des actions que Vivendi détient encore dans le capital de Veolia[12], ce qui suffit pour déclencher la colère de Djouhri et de ses réseaux. Selon Péan, « outre diverses actions clandestines d’amis d’Alexandre Djouhri pour intimider Ajroudi, celui-ci reçoit la visite d’Alain Juillet, qui a quitté la DGSE pour s’occuper d’intelligence économique au sein du Secrétariat général de la Défense nationale [et qui] lui suggère de ne prendre que 10 % du capital de Veolia, car l'Élysée [...] voit d'un mauvais œil son intérêt pour cette société »[12].

Cette histoire se termine en agression physique contre Ajroudi dans sa suite du George-V[11],[13]. Les agresseurs présumés sont Laurent Obadia, un ancien de Vivendi reconverti dans le conseil, et Djouhri[11]. À la suite de l'incident, Veolia dépose plainte contre Ajroudi pour escroquerie et abus de confiance, obtenant que les actions de Vivendi ne lui soient pas vendues[14]. Le , la plainte est classée sans suite mais Mohamed Ayachi Ajroudi n’entend pas en rester là et porte plainte contre Veolia pour dénonciation calomnieuse[15]. Le , près de quatre ans après les faits, la justice lui donne raison en condamnant les sociétés du groupe Veolia pour s’être appuyées sur des faits inexacts[15].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Le , après avoir tenté en vain d’infléchir les choix économiques et sociaux du gouvernement d'Ali Larayedh, il lance son propre parti politique, le Mouvement du Tunisien pour la liberté et la dignité, et tisse une alliance stratégique avec L'Initiative de Kamel Morjane, ministre de la Défense et des Affaires étrangères sous la présidence de Ben Ali.

Mais à la surprise générale, le et à quelques semaines des élections législatives, il annonce son retrait de la compétition électorale, déclarant qu’« il n’a jamais couru derrière les postes [...] qu’il est arrivé à la politique pour servir son pays et non pas s’en servir, que son ambition pour la Tunisie est d’ordre social, économique et énergétique, que ses motivations sont patriotiques et pas du tout mercantilistes, que malgré les 20 000 signatures collectées, sa bataille est économique et sociale, que s’il n’est pas candidat au palais de Carthage, il reste un soldat pour la Tunisie »[16].

Le , il publie un article dans lequel il dresse un bilan accablant de la troïka au pouvoir, dénonçant notamment « des politiciens généralement cupides, souvent incompétents, assoiffés de pouvoir, le tout aggravé par l'orgueil et l'absence de patriotisme » et le fait que « la Tunisie a perdu les points de force sur lesquels elle pouvait bâtir, à savoir les équilibres macroéconomiques, la capacité d’entreprendre de ses hommes d’affaires, la confiance des opérateurs nationaux et étrangers [...] la stabilité, la sécurité et la sérénité »[17].

Carrière médiatique[modifier | modifier le code]

En août 2013, Mohamed Ayachi Ajroudi rachète la télévision privée Al Janoubiya TV[18].

Le , le siège de la chaîne est fermé et ses équipements saisis à la suite d'un différend financier entre le propriétaire du local et Ayachi Ajroudi[19]. Ce dernier dénonce une falsification des documents comptables de la société dont la propriété lui a été transférée, et dépose plainte pour faire annuler le jugement et la décision de saisie[20].

À la suite de la décision de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle de suspendre la diffusion des chaînes de télévision n'ayant pas obtenu une licence et de leur infliger une amende de 50 000 dinars, Al Janoubiya TV arrête sa diffusion à partir de la Tunisie et la reprend depuis son local de Paris à partir du [21].

Récompenses[modifier | modifier le code]

En 1989, il est récompensé par un prix remis à l'Université de Gand par une fondation dont il est membre et qui lutte contre la désertification en Afrique et au Moyen-Orient[1].

En 2009, il reçoit un doctorat d'honneur de l'Université du canal de Suez. En février 2012, Il est honoré par la ville de Huntington Beach (Californie) pour ses investissements et futurs projets[4].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Résidant à Djeddah[4] en Arabie saoudite à partir de 1985[1], Mohamed Ayachi Ajroudi est marié à une Française, Josette, et père de deux enfants, Mehdi et Zakaria[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Parcours de Mohamed Ayachi Ajroudi
  2. a b c d e et f Taïeb Chadi, « Un grand seigneur », Maroc Hebdo, 27 avril 2003
  3. « Un tunnelier pour le creusement d'un tunnel en Calabre », Nord Matin, 16 mai 1986
  4. a b et c Imen Zine, « Mohamed Ayachi Ajroudi, homme d’affaires, lancera son Mouvement tunisien de la liberté et de la dignité », L'Économiste maghrébin, 20 juillet 2013
  5. Mohamed Ayachi Ajroudi est président du conseil d'administration de CNIM Saudi, filiale de Constructions industrielles de la Méditerranée en Arabie saoudite.
  6. Vincent Lamigeon, « La vérité sur... les déboires de la France en Arabie », Challenges, 17 septembre 2012
  7. « SOGETRAM (Gabès), une société au service du développement régional », La Tunisie économique, supplément spécial « Transport », n°59, novembre 1995, pp. 10-13
  8. « Mohamed Ayachi Ajroudi, ce Tunisien qui exportera les services de l'ONAS à l'étranger », Leaders, 29 mars 2010
  9. « Le Tunisien Mohamed Ayachi Ajroudi exportera l'expertise de l'ONAS à l'international », Espace Manager, 30 mars 2010
  10. a et b Pierre Péan, La République des mallettes. Enquête sur la principauté française de non-droit, éd. Fayard, Paris, 2011, p. 254
  11. a b et c Nicolas Cori et Renaud Lecadre, « Le marché de l'eau en Arabie finit en baston au George-V », Libération, 8 décembre 2004
  12. a et b Pierre Péan, op. cit., p. 264
  13. Pierre Péan, op. cit., p. 267
  14. Pierre Péan, op. cit., p. 268
  15. a et b Pierre Péan, op. cit., p. 269
  16. Karim Zmerli, « Tunisie : ma bataille n’est pas politique mais économique et sociale », Tunisie Secret, 17 septembre 2014
  17. Mohamed Ayachi Ajroudi, « Tunisie : droit d’inventaire après quatre ans d’amateurisme et d’imposture », Tunisie Secret, 12 octobre 2014
  18. « Ajroudi achète Al Janoubia », Espace Manager, 6 août 2013
  19. « Médias : le siège de la chaîne Al-Janoubia fermé et mis sous scellés », Kapitalis, 7 novembre 2013
  20. « Tunisie - Décision de saisie contre la chaîne Al Janoubia », Business News, 7 novembre 2013
  21. « Tunisie - Al Janoubiya refuse le diktat de la HAICA et décide d’émettre de Paris ! », Business News, 1er octobre 2014