Félix-Roland Moumié

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Félix Roland Moumié
Naissance
Njissé (Foumban, Cameroun français)
Décès (à 35 ans)
Genève (Suisse)
Nationalité camerounaise
Profession
Médecin
chirurgien
Autres activités

Félix Roland Moumié[Note 1], né le non loin de Foumban (département du Noun dans la région de l'Ouest au Cameroun) et mort assassiné à Genève le , est un médecin et homme politique camerounais.

Félix Moumié est une des grandes figures de la lutte pour l'indépendance du Cameroun. Il succède à Ruben Um Nyobè comme tête de file de la lutte pour l'indépendance du Cameroun. Il a été officiellement proclamé héros national par la loi du de l'Assemblée nationale du Cameroun[réf. nécessaire].

Enfance[modifier | modifier le code]

Félix Moumié est né en 1925 à l'hôpital protestant de Njissé à Foumban, de Samuel Mekou Moumié évangéliste à la mission protestante et de Suzanne Mvuh. Il commence ses études primaires à l'école de Bandjo, les poursuit à l'école protestante de Njissé, puis à l'école publique de Bafoussam (CMI), et les achève à l'école régionale de Dschang (CMII) où il obtient avec brio le certificat d’études primaires.

En 1941, il est reçu au concours d'entrée à l'École supérieure Édouard-Renard de Brazzaville. Élève très brillant, il poursuit ses études en s'orientant dans la médecine en s'inscrivant à l'école professionnelle William-Ponty à Dakar en 1945. Il retourne au Cameroun en 1947 où il entame une carrière de chirurgien.

C'est à 24 ans au terme de ses études qu'il vient de terminer à Dakar qu'il est nommé médecin colonial en poste à l’hôpital de Lolodorf au nord de Kribi.

Félix Moumié (dessin en possession de son frère Moluh Mekue Théodore).

Famille[modifier | modifier le code]

Le 22 juillet 1950, Félix Moumié épouse Marthe Ekemeyong, née le 4 septembre 1931. Ils auront deux filles : Annie Jecky Berthe Moumié née à Bibia (Lolodorf) le 26 mai 1949 (décédée le 28 janvier 1951 à Enongal - Ebolowa, à l'âge de 20 mois) et Hélène Jeanne Moumié dite Mekoué, née début janvier 1951 à Enongal.

Sa veuve est retrouvée le 7 janvier 2009, assassinée dans son domicile de Mbalmayo, ayant été violée et étranglée. Elle était âgée de 78 ans[1],[2].

Hélène, la fille de Félix Moumié.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

La rencontre avec Ruben Um Nyobè[modifier | modifier le code]

À son retour au Cameroun en 1947, le docteur Moumié est affecté à Kribi, ville côtière de la région du Sud. C'est dans cette ville qu'il va rencontrer pour la première fois Ruben Um Nyobè. En effet en 1948, Ruben Um Nyobè de retour de la conférence du RDA, avait pu obtenir de monsieur d'Arboussier, ancien professeur du docteur Moumié, une lettre de recommandation. L'objectif de Um était clair : faire de ce jeune médecin un membre de l'UPC. Les deux hommes se rencontrent et échangent longuement. Ils discutent de tous les sujets préoccupants, et Moumié adhère à l'UPC. Cette visite constituera le début d'une brillante carrière politique.

Le militant[modifier | modifier le code]

Les leaders de l'UPC. De gauche à droite, au premier plan : Osendé Afana, Abel Kingué, Ruben Um Nyobè, Félix Moumié, Ernest Ouandié

En 1948, Félix Moumié est muté à l'hôpital de Lolordof, ville du sud du pays. Il dirigera ensuite cet hôpital pendant 2 ans. En avril 1950, il sera élu vice-président de l'UPC lors du congrès de Dschang, dans la Ménoua. Plus tard la même année il devient vice-président (un des quatre vice-présidents) de la conférence des partisans pour la paix. Face à ce militantisme grandissant, l'autorité française réagit. Il sera tour à tour envoyé dans les villes de Bétaré-Oya dans la région de l'est du pays, puis Mora et Maroua dans la région de l'Extrême-Nord. Ces affectations disciplinaires, malheureusement pour les Français, n'auront pas l'effet escompté. Partout où il passe, Félix Moumié introduit l'UPC et parle de patriotisme et d'anticolonialisme. Ainsi les Baya de Bétaré-Oya et une partie de la population du nord du Cameroun rejoignent les rangs de l'UPC.

Mais tout ceci ne se fait pas sans heurt. En effet, Félix Moumié doit faire face à la méfiance et parfois même à la haine des Lamibé, les chefs traditionnels du nord Cameroun. Le lamido Yaya Dahirou ira même jusqu'à attenter à sa vie. Félix Moumié est également l'objet d'une surveillance étroite des autorités françaises locales. Guy Georgy, l'administrateur français qui dirigeait la région du Diamaré avoue qu'il contrait systématiquement toutes les actions de Félix Moumié en usant de la violation de correspondance, de perquisitions illégales, de surveillance à la jumelle du domicile de l'intéressé et de tentatives de corruption.

En 1952, à Éséka, Félix Moumié sera élu président de l'UPC lors du second congrès du parti, et ce malgré son absence lors du scrutin pour des raisons professionnelles. Il succède alors au chef coutumier bamikéké Mathias Djoumessi alors premier président de l’UPC[3].

Une brillante campagne dont le slogan était « Résolution des problèmes fonciers, l'encouragement des cultures de rente, la revitalisation de l'art bamoun », ne lui permettra pas de gagner de siège à l'Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM) contre le roi Bamoun.

En 1954, la lutte se poursuit. Ruben Um Nyobè est invité à s'exprimer à l'ONU le 24 et . Cette intervention soulève beaucoup de questions et a pour effet la création d'une mission de visite au Cameroun. La réaction française est immédiate : Roland Pré, gouverneur français d'Outre-Mer, est nommé nouveau haut-commissaire au Cameroun et il sera installé dans ses fonctions le 2 décembre 1954. L'objectif du gouvernement français est de briser l'UPC quel qu'en soit le prix. Pour mener à bien sa tâche, Pré décide de garder à l'œil tous les représentants du parti, en les regroupant tous dans la ville de Douala. C'est ainsi que le Félix Moumié est muté à Douala pour exercer à l'hôpital Laquitinie. C'est dans cette ville que sa carrière politique prendra un tournant décisif.

Les massacres de mai 1955[modifier | modifier le code]

Deux événements majeurs vont conduire le Cameroun à l'un des plus grands, si ce n'est le plus grand, massacre de tous les temps de son histoire :

  • Le 9 février 1955, Roland Pré publie un texte de loi selon lequel « droit est donné à toute autorité, de requérir la force publique pour disperser toute réunion suspecte de plus de deux personnes ».
  • Le 22 mai 1955, après avoir signé un texte exigeant la fin du régime de tutelle et demandant l’indépendance immédiate du Cameroun, l’UPC adopte l’emblème national « crabe noir sur fond rouge » au cours d'un rassemblement politique.

La population camerounaise se mobilise pratiquement sur tout l'étendue du territoire.

Mercredi , Roland Pré fait une conférence de presse pour attaquer l'UPC.

Félix Moumié contre-attaque en organisant une assemblée publique pour démentir les propos de Roland Pré. La foule est nombreuse. L'armée coloniale française décide d'intervenir et l'irréparable se produit. On ouvre le feu sur les militants alors que ceux-ci ne sont pas armés. Les conséquences seront dramatiques : on dénombre plus de 1 000 morts pour le seul quartier de New-Bell alors fief de l'UPC. Plusieurs villes sont concernées par cette répression sanglante qui se poursuivra jusqu'au 30 mai 1955 : Douala, Yaoundé, Nkongsamba, Mbanga, Loum, Manjo, Mombo, Ngambé, Edéa, Eséka, Bafoussam, Obala... Aucun bilan officiel n'a jamais été donné, mais certaines sources[Qui ?] parlent de 5 000 morts sur tout le Cameroun.

Suite à la réprobation nationale et internationale de ce massacre, le parlement français crée une commission d'enquête dont le rapport n'a jamais été rendu public. Cependant, le , l’UPC, l’Union démocratique des femmes camerounaises (UDEFEC) et la Jeunesse démocratique du Cameroun (JDC) sont interdits. Le siège de l'UPC est saccagé. On procède à de nombreuses arrestations et les principaux dirigeants s'enfuient. Ruben Um Nyobè passe dans la clandestinité, Félix Moumié rejoint le Cameroun britannique en traversant le fleuve Moungo, frontière naturelle entre les deux parties du Cameroun de l'époque qui était partagé entre la France et l'Angleterre. Il s'y installera pour deux ans.

Il ira ensuite en Égypte où il sera accueilli par le président Gamal Nasser, au Ghana et en Guinée où il sera accueilli à Conakry par le président de la République Ahmed Sékou Touré.

L'asile politique[modifier | modifier le code]

Le passage par le Cameroun britannique[modifier | modifier le code]

En 1955, après la traversée du Moungo, Félix Moumié pose ses valises au Cameroun britannique. Ses talents de militant et de meneur d'hommes sont très rapidement mis à contribution. En effet, il participe activement à la vie politique dans cette partie du Cameroun en martelant sans cesse « indépendance et réunification du Cameroun ». Plusieurs comités centraux sont créés (on en comptera 21 en 1957). Il participe également à la création avec Abel Kingué (en), Ernest Ouandié, et plusieurs autres, du « One Kamerun », mouvement à la tête duquel est placé Winston Ndeh Ntumazah.

Cependant, les Français ne relâchent pas leur étreinte. Le 14 août 1956, un commando français part de la base militaire de Koutaba située dans le département du Noun de la région de l'ouest du Cameroun, avec mission d'assassiner Félix Moumié. Pour une raison inexpliquée, cette tentative échoue. En représailles, les bureaux de l'UPC à Bamenda sont saccagés. Plusieurs coups de feu sont entendus non loin des domiciles des dirigeants du parti.

Le , l'UPC est officiellement déclarée illégale dans le Cameroun britannique. Jusqu'à aujourd'hui, on ne sait toujours pas ce qui a motivé cette décision des Britanniques. Étaient-ils contre l'UPC ? Ont-ils subi des pressions de la part des Français ? Ou alors, comme l'évoque Nde Ntumazah, voulaient-ils protéger les chefs de l'UPC ?

Quelles que soient leurs motivations réelles, ils ont arrêté les dirigeants de l'UPC et le 7 juillet 1957, les ont déportés au Soudan où ils ont été détenus pendant 10 jours.

L'assassinat à Genève[modifier | modifier le code]

En 1960, en Suisse, Félix Moumié rentre en contact avec des diplomates de la République Populaire de Chine, achète des armes, fait imprimer des brochures mais il mène aussi un train de vie dispendieux révélé par les archives et accorde sa confiance sans grande méfiance. William Bechtel[4], réserviste du SDECE, les services de renseignement extérieurs français, est envoyé à Genève pour assassiner Félix Moumié sur ordre du Premier ministre Michel Debré conseillé par Jacques Foccart et à la demande. Il se fait passer pour un journaliste et l'invite au restaurant du Plat-d'Argent dans la vieille-ville où il l'empoisonne avec du thallium (autrefois utilisé comme « mort aux rats ») versé dans son apéritif[5],[6]. Il boit un verre de Ricard empoisonné une première fois, et alors qu'il était prévu qu'il meure plusieurs jours après à Conakry, il se ressert en avalant une trop forte dose de poison. Les douleurs stomacales commencent à l'aube le lendemain. Transporté d'urgence à l'hôpital cantonal de Genève, il y est déclaré mort le 3 novembre 1960 à 19h10. L'autopsie permit à la police suisse de remonter rapidement la piste et de perquisitionner chez William Bechtel le 17 novembre 1960, celui-ci s’était inscrit à l’hôtel sous son vrai nom et dans ses mémoires, Paul Aussaresses déclare qu'il était accompagné d'une jolie femme blonde qui devait retenir l’attention de Moumié[7]. Bechtel est arrêté en 1974. Défendu par Maitre Marc Bonnant, il est relâché, sous la pression du gouvernement français[8], après avoir versé une caution de 100 000 francs suisses. Son avocat déclare que « l’État français n’a pas payé, j’ai fait la tournée des popotes, il avait des amis ». La procédure traîne en longueur et débouche sur un non-lieu le 27 octobre 1980[9].

La seconde mort de Félix Moumié[modifier | modifier le code]

(en cours d'écriture)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour Marthe Ekemeyong, veuve du Docteur Moumié, dans son ouvrage « Victime du colonialisme français – Mon mari Félix Moumié » (Editions Duboiris, Paris, 2006) son mari se prénomme Félix (qui est son premier prénom) et non Félix-Roland... Le second prénom de son mari est effectivement Roland comme indiqué dans l’acte de décès du Docteur Moumié dressé à Genève. La loi n°91/022 du 16 décembre 1991 portant réhabilitation de certaines figures de l'histoire du Cameroun ne fait pas état du second prénom et le dénomme "Félix Moumié".

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Pierre Seh, « L'assassinat de Mme Marthe Moumié », sur fulele.unblog.fr, (consulté le 19 février 2017)
  2. « Marthe Moumié, la veuve de Félix, retrouvée étranglée au Cameroun », sur www.peuplesawa.com, (consulté le 19 février 2017)
  3. Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben Mon témoignage sur les maquis camerounais (1953-1970) (ISBN 2-86537-807-1), P.6
  4. « William Bechtel - chef de bataillon », sur plan-sussex-1944.net (consulté le 10 août 2017).
  5. Roger Faligot (dir.) et Jean Guisnel (dir.), Histoire secrète de la Ve République, Éditions La Découverte, , « La vraie fausse indépendance des colonies françaises d'Afrique subsaharienne », p. 113
  6. Vincent Nouzille, Les tueurs de la République, Fayard, , p. 49
  7. « Comment Félix Moumié a été empoisonné », sur Jeune Afrique, (consulté le 6 janvier 2016).
  8. P. Kropp, les Secrets de l'espionnage français, Lattes, , p. 509-510
  9. « William Bechtel, l'agent français qui a tué Félix Moumié », sur Le Journal du Cameroum, (consulté le 6 janvier 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, éd. La Découverte, Paris, 2011.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]