Ylang-ylang

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L’ylang-ylang (Cananga odorata), ou ilang-ilang, est un arbre de la famille des Annonacées, originaire d'Asie du Sud-Est. On le cultive pour ses fleurs dont on extrait par distillation une huile essentielle très utilisée en parfumerie.

Le terme de Cananga vient du nom malais de l'arbre, kenonga ou kananga. Le nom vernaculaire Ylang-ylang vient du nom de l'arbre en tagalog (langue des Philippines)[1].

Description[2][modifier | modifier le code]

L’ylang-ylang est un arbre, au feuillage persistant, taillé à 2-3 m de haut en culture mais pouvant atteindre 25-30 m dans son milieu naturel d’origine. Il possède une couronne largement étalée. Sa croissance est très rapide les premières années puisqu’elle peut atteindre les 2 à 5 mètres par an.

Les feuilles alternes, entières, coriaces, de 8-20 × 4-8 cm, d’un vert vif à la face supérieure, sont disposées très régulièrement le long de longs rameaux. Les nervures sont très marquées.

Les fleurs axillaires, solitaires ou en grappes, portées par un pédoncule de 2,5-5 cm, sont composées d’un calice à 3 lobes de 6 mm réfléchis, de 6 longs pétales en lanières, pendants, disposés sur deux cercles et de nombreuses étamines disposées en spirale ainsi que de nombreux carpelles libres. Les pétales dégagent une odeur pénétrante, épicée rappelant les œillets, les narcisses et le jasmin. Les pétales d’abord blancs, prennent ensuite une teinte verdâtre puis virent au jaune tandis que leur base se colore en rouge. La floraison s’étale sur toute l’année mais elle est plus abondante durant la période chaude et humide.

Les fruits, de 25 mm de long, sont formés par une juxtaposition de plusieurs méricarpes, pendants, ovoïdes, verdâtres puis noirâtres à maturité, dans lesquels les baies individuelles, soudées sur un axe floral forment une masse charnue. Ils renferment 6 à 12 graines aplaties, brun pâle.

Écologie[modifier | modifier le code]

L’ylang-ylang est originaire des zones tropicales humides d’Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines. Il croît dans les forêts humides à fortes pluviosité, au bords des chemins, dans les jachères et dans les systèmes agroforestiers.

Il a été introduit dans pratiquement toutes les îles tropicales du Pacifique (Polynésie, Mélanésie, Micronésie, Nouvelle-Calédonie, Hawaï…) au nord de l’Australie, en Thaïlande, au Vietnam, dans l’océan Indien (Madagascar, Comores, Mayotte, Réunion, Maurice), dans les Caraïbes et au Costa Rica.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Utilisations[modifier | modifier le code]

La distillation des fleurs d’ylang-ylang a été lancée à Manille aux Philippines vers 1860, par un marin du nom d'Albert Schwenger qui, séduit par l’odeur des fleurs, aurait parcouru la campagne avec un alambic pour récolter et distiller de petites quantités de fleurs. Peu de temps après, la culture de l'ylang-ylang sera entreprise à grande échelle par les planteurs des possessions françaises de l’océan Indien pour le compte des parfumeurs français. En 1909, on rapporte[3] qu’il y avait 200 000 arbres à ylang-ylang cultivés à la Réunion mais leur culture fut ensuite abandonnée en raison de la fréquence des cyclones. Une production commerciale à grande échelle s’est par la suite développée à Nosy-Bé (Madagascar) et dans les îles des Comores. Actuellement la production se fait pour l’essentiel dans les Comores, à Anjouan et Mayotte.

Avec 50 à 70 tonnes d’essence, les Comores tiennent le rang de premier producteur mondial[réf. nécessaire]. La production malgache se situe dans une fourchette de 15 à 20 t. par an[4].

L'ylang-ylang constitue la principale culture de rente de Mayotte, dont il représente 84 % du total des exportations. Celles-ci se sont élevées à environ 14,3 tonnes d’essence en 1997 sur une production mondiale de 100 tonnes d’essence. La production d’ylang-ylang est réalisée par 380 producteurs sur une superficie de 500 hectares environ (204 000 pieds). Chaque arbre peut produire 3 à 4 kg de fleurs par récolte[5].

La distillation de la fleur fraîche d'ylang ylang se fait à l’eau dans des alambics qui permettent d'extraire une huile essentielle en plusieurs fractions. La distillation dure de 12 à 20 heures, les meilleures fractions étant recueillies dans les deux premières heures. Le distillateur rajoute des fleurs au fur et à mesure de la chauffe, toutes les 3 heures environ. Le produit des différentes distillations se distingue suivant la densité de l'essence : Extra S, Extra, Première, Deuxième et Troisième. Les fractions Extra supérieure et Extra normale ainsi que la Première sont destinées à la parfumerie de luxe, les Deuxième et Troisième étant destinées aux cosmétiques, aux savons et aux détergents. Il faut compter environ 100 kg de fleurs pour faire 2 kg d'essence.

Cette huile essentielle est un liquide jaune, d'odeur suave, formé de sesquiterpènes, d'alcools, d'esters, de phénols et d'aldéhydes. Elle contient pour un tiers du benzoate de méthyle[6], un liquide à odeur puissante, aux arômes d'œillet, et que l'on retrouve sans surprise aussi dans les huiles extraites de cette dernière fleur.

Composition chimique de la fraction seconde
d’huile d’Ylang-ylang d'après Hongratanaworakit[6] 2004
Constituants Pourcentage
Benzoate de méthyle 34,00
4-méthylanisole 19,82
Benzoate de benzyle 18,97
isocaryophyllène 9,28
Germacrène D 8,15
α-farnésène 2,73
Acétate de linalyle 2,11
α-caryophyllène 2,04

L'essence d'ylang-ylang, encore appelée huile de Cananga, dégage un parfum tout à la fois floral, épicé, exotique, puissant, camphré, médicamenteux et légèrement fruité.

Alambics en cuivre servant à produire de l'huile essentielle d'ylang-ylang à Nosy Be (Madagascar)

L’essence d’ylang-ylang est destinée à la préparation des certains parfums de luxe, de produits cosmétiques et de produits destinés à l’aromathérapie.

Cet arôme est rendu célèbre en 1926 par Coco Chanel avec le parfum Bois des Îles puis en 1938 par Jean Patou avec Joy. Il entre aujourd'hui dans les notes de base de nombreux parfums.

En aromathérapie, il est considéré comme sédatif, antiseptique, hypotensif et aphrodisiaque[7].

En Asie du sud est, l'huile d'ylang-ylang sert à aromatiser les bonbons, les glaces, les boissons et le chewing-gum. Comme additif alimentaire, elle ne présente pas de risque pour la santé aux doses recommandées[3].

Culture[modifier | modifier le code]

En Indonésie, des fleurs d'ylang-ylang sont répandues sur la couche des jeunes mariés. Aux Philippines, ces mêmes fleurs tressées avec des fleurs de sampaguita servent à confectionner des colliers portés par les femmes ou disposés autour d'images saintes.

Les armoiries de Mayotte, adoptées en 1982, comprennent deux fleurs d'ylang-ylang sur l'écu central.

Le romancier belge Henri Vernes a baptisé Miss Ylang-Ylang l'un de ses personnages féminins, adversaire de Bob Morane dans plusieurs des romans de la série.

Faux ylang-ylang[modifier | modifier le code]

Il était autrefois commercialisé sous le nom d'ylang-ylang ou, plus justement, de faux ylang-ylang, une l'huile essentielle extraite d'Artabotrys odoratissimus, une autre plante de la famille des Annonacées[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Burkill Isaac H., A dictionary of the economic products of the Malay Peninsula, London, The Crown agents for the colonies,‎ 1966 (réimpr. Reprint Kuala Lumpur, Min. Agric.), 2 vol. 2444 p.
  2. Jacques Fournet, Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, Gondwana editions, Cirad,‎ 2002 (ISBN 2-87614-489-1 (Cirad, Tome 1). - 2-87614-492-1 (Cirad, Tome 2).)
  3. a et b (en) George A. Burdock, Ioana G. Carabin, « Safety assessment of Ylang–Ylang (Cananga spp.) as a food ingredient », Food and Chemical Toxicology, vol. 46,‎ 2008, p. 433-445 (ISSN 0278-6915)
  4. Comores
  5. Portail des Dom-Tom
  6. a et b (en) Hongratanaworakit, T., Buchbauer, G., « Evaluation of the harmonizing effect of ylang–ylang oil on humans after inhalation », Planta Medica, vol. 70,‎ 2004, p. 632-636
  7. NMCD, 2004. Ylang ylang oil. Natural Medicines Comprehensive Database
  8. Les matières premières usuelles du règne végétal, Emile Perrot et al, Paris, 1935

Liens externes[modifier | modifier le code]

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