Vassili Polenov

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Portrait par Ilya Repine.

Vassili (ou Vassily) Dmitrievitch Polenov (en russe : Поленов Василий Дмитриевич) né le à Saint-Pétersbourg, – mort le à Polenovo, près de Taroussa) est un peintre russe ayant appartenu au mouvement réaliste des Ambulants. Il a reçu en 1926 le titre honorifique d'artiste du peuple.

Enfance et famille[modifier | modifier le code]

Vassily Polenov naît en 1844 dans une famille humaniste et éprise d'art. Son arrière-grand-père déjà, Alexei Polenov (1738-1816), penseur et juriste, prônait l'abolition du servage et l'alphabétisation du peuple. Son père, Dmitri Polenov (1806-1872) est archéologue, bibliographe et grand amateur d'art. Il a fréquenté des artistes de son temps, tels le peintre Karl Brioullov et l'architecte Roman Kouzmine. Sa mère, Maria Polenova, née Voeïkova (1816-1895), est l'auteur d'un livre pour enfants à succès. Elle est également peintre-portraitiste, et suit notamment les cours d'un disciple de Brioullov. Son enfance se déroule en grande partie dans la propriété familiale d'Imotchentsy, en Carélie. Vassily est l'aîné, avec sa sœur jumelle Vera (1844-1881), d'une fratrie de cinq enfants (Alexei, 1845-1918 ; Konstantin, 1848-1917; Elena, 1850-1898).

Formation et rencontres[modifier | modifier le code]

En 1860, Dmitri Polenov, son père, entreprend un grand voyage avec ses trois fils dans les villes historiques du nord de la Russie. Ils visitent notamment Moscou, Novgorod, Vladimir et Souzdal. Durant ce voyage, Vassily, âgé de 16 ans, est encouragé par son père à faire des esquisses des antiquités qu'ils voient, et à développer son talent artistique. Vassily suit les cours de Pavel Tchistiakov, puis, entre 1863 et 1871, étudie à l'Académie impériale des beaux-arts, où il rencontre Ilya Repine, qui fait partie de la même promotion que lui.

Parallèlement à son cursus artistique, Vassily, pour répondre à des exigences sociales et suivre le modèle de ses aïeuls, entreprend une formation juridique à l'université de Saint-Pétersbourg, où il obtiendra un doctorat en droit.

Figurant parmi les meilleurs élèves de l'Académie des beaux-Arts, il en devient pensionnaire (boursier) et a la possibilité de voyager six ans à l'étranger. Il voyagera finalement quatre ans, d'abord en Italie, à Rome, puis en France, à Paris, où il a son atelier à Montmartre, et en Normandie. Durant ces années, il peint des scènes historiques (L'Arrestation de la huguenote, grâce auquel il obtiendra le titre d'académicien), des natures mortes, des portraits et de nombreux paysages normands. À son retour de voyage, il fait un constat décisif pour sa carrière : "Là-bas, je me suis essayé à tous les genres de peinture […], et j'en suis arrivé à la conclusion que j'ai surtout du talent pour les paysages et les scènes de la vie quotidienne, que je vais exploiter à l'avenir." En France, il séjourne avec son ami Repine, également pensionnaire de l'Académie, à Veules-les-Roses (Normandie), où s'est installé un groupe d'artistes russes sous l'impulsion d'Alexeï Bogolioubov, élève d'Eugène Isabey. Influencé par l'École de Barbizon, le groupe de Veules, dont Polenov et Repine, s'adonne à la peinture de plein air.

En 1876, Vassily s'engage dans l'armée pour soutenir des Serbes insurgés contre le joug ottoman, expérience qui lui inspire Cimetière musulman (1876) , et, en 1877, il est envoyé au front de la guerre russo-turque en qualité de peintre.

Les Ambulants et Abramtsevo[modifier | modifier le code]

Au retour du front, Polenov s'installe à Moscou, où il peint, libéré de ses obligations envers l'Académie, de nombreuses scènes de vie quotidienne dans lesquelles s'exprime la joie d'être rentré au pays : Courette moscovite (1878), Le Jardin de grand-mère (1879).

C'est à cette période également qu'il adhère à la Société des expositions ambulantes (les Ambulants), mouvement qui promeut une plus grande accessibilité de l'art auprès du peuple en organisant des expositions itinérantes et qui, par sa peinture réaliste, cherche à dénoncer les conditions de vie de la population russe.

Parallèlement, il se met à fréquenter le cercle d'Abramtsevo, qui doit son nom au village où Savva Mamontov, riche industriel mécène et grand amateur d'art qu'il avait rencontré à Rome, a acheté une propriété. Mamontov y fait venir des artistes de toutes disciplines, dont le point commun est l'aspiration à créer en toute liberté, en s'affranchissant des canons professionnels et esthétiques. On y pratique la peinture, l'architecture, la musique, le théâtre, mais aussi des arts décoratifs et populaires comme l'ébénisterie et la céramique. Le cercle réunissait, outre Polenov, Repine, Viktor Vasnetsov, Konstantin Korovine, Mikhaïl Vroubel, Elena Polenova (la jeune sœur de Polenov, brillante aquarelliste), Mikhaïl Nesterov, Maria Iakountchikova (future belle-sœur de l'artiste)…

Nombre de peintures "sur le motif" sont créées à Abramtsevo, ce qui lui vaut le surnom de "Barbizon russe". Polenov y peint entre autres Abramtsevo, L'Allée de bouleaux dans le parc, En barque (1880), La Voria (1881) et L'Étang du haut à Abramtsevo (1882). C'est là aussi qu'il fait la connaissance de sa future femme, Natalya, sœur de Maria Iakountchikova.

En 1881, Polenov entreprend un voyage au Moyen-Orient et en Égypte en vue de travailler sur le thème biblique. Il peindra de nombreuses scènes de la vie du Christ, dont le plus célèbre est Le Christ et la pécheresse.

De 1883 à 1895, Polenov enseigne à l'École de peinture, de sculpture et d'architecture de Moscou. Ses élèves sont notamment : Abram Arkhipov, Isaac Levitan, Konstantin Korovine and Alexandre Golovine. En 1893, il devient membre de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg.

Polenovo[modifier | modifier le code]

Le musée de Polenovo

À la fin des années 1880 se prend à rêver d'une maison-musée à la campagne, dans laquelle il pourrait exposer les collections archéologiques et artistiques réunies par sa famille. En 1889, il effectue un séjour dans les environs de Taroussa, à 130 km au sud de Moscou, avec son ami et disciple Korovine. Il décide que ce sera là, sur les rives de l'Oka, que se réalisera son rêve. Grâce à l'achat par le tsar Alexandre III de sa toile Le Christ et la pécheresse (1884) pour la somme, faramineuse à l'époque, de 30000 roubles, il fait l'acquisition d'une colline sableuse surplombant l'Oka, non loin du petit village de Bekhovo.

La maison, construite suivant le modèle de la maison de son enfance à Imotchentsy, est achevée en 1892. C'est un grand bâtiment en bois de trois étages. Le rez-de-chaussée est occupé par les salles communes (bibliothèque, galerie de peinture). Dans les étages supérieurs se trouvent les pièces de vie, l'atelier de Polenov et le bureau de sa femme. De grandes ouvertures sont ménagées pour pouvoir admirer la vue sur l'Oka et sur Taroussa. Petit à petit sont construites des annexes : une remise à charrette, des écuries, une maison pour les ouvriers, l'"amirauté", destinée à abriter les bateaux, aujourd'hui salle du diorama, une petite isba pour les enfants, et enfin l'atelier définitif de Polenov, l'"abbaye", une grande bâtisse en brique servant aussi pour les représentations théâtrales. La parcelle sera plantée de pins, qui donneront son nom à la propriété : Borok.

Suivant la tradition humaniste familiale, les Polenov entreprennent d'améliorer le sort des populations alentour. Frappés par l'état pitoyable des écoles et les conditions de vie difficiles des instituteurs, ils font construire deux écoles, ainsi qu'une église, et organisent des sorties culturelles à Moscou pour les enseignants. Les enfants des villages voisins sont régulièrement invités à des représentations théâtrales à Borok. En 1918, après la Révolution, la maison-musée devient le premier musée national. Le domaine est rebaptisé Polenovo à la mort de l'artiste, en 1927. Son nom officiel est aujourd'hui Musée-mémorial des arts et d'histoire et réserve naturelle Vassily Dmitrievitch Polenov.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les principales oeuvres de Polenov sont :

Le Cheval blanc (1874, musée Polenov, Polenovo), L'Arrestation de la huguenote (1875, Musée russe, Saint-Petersbourg), Courette moscovite (1878, galerie Tretiakov, Moscou), L'Étang envahi (1880, galerie Tretiakov, Moscou), Automne à Abramtsevo (1890, musée Polenov, Polenovo), Le Christ et la pécheresse (1884, Musée russe, Saint-Petersbourg), Première neige (1891, galerie Tretiakov, Moscou), L'Automne d'or (1893, musée Polenov, Polenovo).

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