Peinture sur le motif

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L'aquarelliste peignant le Simplon par John Singer Sargent.

On dit d'une peinture qu'elle est réalisée « sur le motif » lorsqu'elle est peinte sans l'intermédiaire d'un dessin préalable, qui aurait été reporté ensuite sur la toile. Certains historiens d'art sont persuadés que Caravage peignait ainsi ses figures, qui posaient en atelier et en un grand nombre de séances de pose.

Une peinture « de plein air » est, le plus souvent, peinte « sur le motif » : une œuvre peinte à l'extérieur, dans la nature, devant le sujet (souvent un paysage) comme l'ont fait les pré-impressionnistes et les Impressionnistes, avec leur matériel (châssis entoilé et chevalet). Tout peintre peut donc « peindre sur le motif » ou avoir l'attitude inverse : peindre dans l'atelier après avoir rapporté des croquis du sujet (ou des photographies) ou peindre d'après un modèle placé dans l'atelier (nature morte, nu) ; on parle cette fois de « peinture de chevalet » ou de « peinture d'atelier » (car des assistants peuvent y participer). Le sujet et le modèle ne devront donc pas être confondus : le paysage peut être peint en atelier et une scène avec personnages peinte à l'extérieur. L'aquarelliste, s'il veut saisir les bonnes couleurs, «  les lumières » de son sujet naturel (paysage, coucher de soleil, mer...) utilise cette pratique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Autoportrait de Manet peignant sur son bateau-atelier à Argenteuil (1874).

C’est dès le XVIIIe siècle que l’on commence réellement à parler de peinture « en plein air ». De nombreux artistes d’Europe se retrouvent à Rome et vont peindre en plein air. Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819) exécute des esquisses de paysage, à l’huile, à Rome et dans ses environs (œuvres exposées au Musée du Louvre). Également théoricien et pédagogue, il écrit dès 1799 ses « Conseils à un Élève sur la peinture et particulièrement sur le genre du Paysage[1] ».

Parmi les œuvres de peinture sur le motif les plus anciennes, citons celles dAlexandre-François Desportes (1661-1743), esquisses peintes à l’huile sur papier. Les sujets sont des paysages avec représentation de la flore, de la faune, en préparation de tableaux, scènes de chasse notamment, réalisées pour Louis XIV et Louis XV. Certaines de ces œuvres figurent en bonne place au Musée du Louvre ou au Musée de la chasse et de la nature à Paris. En 1817, Achille Etna Michallon (1796-1822) est le premier lauréat du « Prix de Rome pour le paysage historique ». Il eut entre autres élève, Corot, qui a réalisé de 1825 à 1828, une suite de paysage en Italie notamment ! Corot continuera durant toute sa carrière à peindre en plein air, sur le motif ; il est un des précurseurs de l’École de Barbizon, en allant peindre à Fontainebleau.

Tubes de peinture.

C’est à la fin du XIXe et au début du XXe siècle que la peinture de plein air connaît un véritable essor avec l'apparition des couleurs en tubes (1841). Celles-ci permettent aux artistes de se déplacer facilement, même si la plupart du temps, ils achèvent leur tableau en atelier. Leur souci devient alors de peindre la nature telle qu'elle leur apparaît, dans la lumière du moment présent. Les impressionnistes peignent des paysages non pour leur côté pittoresque mais pour les effets d'atmosphère, rendant compte des aspects différents que peut prendre un motif suivant les conditions de la lumière et donc des heures du jour, d'où l'apparitions des séries (Cathédrales et Meules de Monet). Dans un ouvrage intitulé « Histoire des peintres impressionnistes » (Paris, parution 1939), Théodore Duret écrira notamment « la grande innovation des impressionnistes : la peinture de plein air »[2].

À l'intérieur du mouvement impressionniste, les attitudes sont toutefois partagées : ainsi Degas se refuse à « peindre en plein air » par manque de temps, contrairement à Renoir, qui, selon lui, « peut faire tout ce qu'il veut ».

Autoportrait d'Eugen Dücker, sur la mer du nord (vers 1900.

Après les impressionnistes, au XXe siècle, de nombreux artistes à travers le monde ont peint en plein air ; parmi eux citons quelques Français, André Derain, Albert Marquet, Charles Camoin, Henri Manguin… Toutes proportions gardées, les peintres de plein air de la fin du XXe et de ce début de XXIe siècle partagent avec les impressionnistes la même approche picturale, « à savoir le rendu du plein air et l’effet que produisent les variations constantes et imperceptibles de la lumière sur les éléments. […] Ces artistes travaillent à une nouvelle manière de peindre, liée à une nouvelle manière de voir. […] Il s’agit pour eux de retranscrire une sensation immédiate, de rendre les effets lumineux du ciel et de l’eau, la vibration colorée de leurs effets changeants. » (Théodore Duret, ouvrage cité.)

Aujourd’hui, la peinture de paysage est présente dans l’art contemporain. Ce mouvement, qu’on nomme parfois indifféremment « peinture de paysage, peinture sur le motif, peinture de plein air, art nomade » est représenté par des artistes comme David Hockney, Per Kirkeby, Peter Doig, Antonio Lopez Garcia, Klauss Fussman, Vincent Bioulès, Alexandre Hollan… Il est particulièrement dynamique sur la côte Ouest des États-Unis avec le California Plein-Air Revival (en).

Lieux[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]