Tréma en français
Le tréma est un des diacritiques utilisés en français. Il peut se placer :
- au-dessus d'un e, d'un i ou d'un u dans les mots français
- au-dessus d'un y dans quelques noms propres (toponymes et patronymes) : Aÿ, Moÿ-de-l'Aisne, Faÿ-lès-Nemours, L'Haÿ-les-Roses, etc.
- au-dessus d'un u et d'un o dans des emprunts à des langues étrangères (souvent, l'allemand) dont on a gardé l'orthographe.
Il possède plusieurs fonctions :
- il indique qu'il faut prononcer séparément deux graphèmes au lieu de les considérer comme un digramme (diérèse) ;
- il rend une voyelle muette ;
- il représente un signe d'umlaut germanique.
Assez rare en français, le tréma se rencontre par exemple dans les mots suivants :
- aiguë*, ambiguë*, ambiguïté*, béguë*, bisaiguë*, ciguë*, contiguë*, exiguë*, boësse, boëte, canoë, foëne, maërl, moëre, Azraël, Gaël, Gwenaël, Ismaël, Israël, Joël, Judicaël, Michaël, Nathanaël, Noël, Raphaël, Staël, Maëline. Les mots goëland et poëme de graphie archaïque peuvent exister dans le langage poétique ;
- aïeul, amuïssement, stoïle, naïf, païen, pagaïe (variante de pagaille), baïonnette, coïncider, stoïque, archaïque, haïr, ouïe, ouïr, astéroïde, maïs, paranoïa, voltaïque, laïc, Loïc, Maïlys, etc. ;
- capharnaüm, Ésaü, Emmaüs, Saül.
(*) Pour montrer que le u dans -gu se prononce, les rectifications orthographiques du français en 1990 recommandent, pour les mots marqués d'un astérisque, le tréma sur le u et non plus sur la voyelle le suivant. Toujours dans la même optique, elles recommandent également les graphies à tréma crapaüter, argüer, gageüre, mangeüre, rongeüre, vergeüre au lieu de crapahuter, arguer, gageure, mangeure, rongeure, vergeure.
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[modifier] Histoire
L'utilisation de ce diacritique remonte au XVIe siècle, époque à laquelle on a copié les usages grecs (cf. Diacritiques de l'alphabet grec). Il semble que ce soit John Palsgrave qui, le premier, l'ait introduit en français en 1530. Il a ensuite été imité par les imprimeurs de son temps. Cependant, les premiers usages ont été assez fluctuants concernant et son utilité et son placement : ainsi, on trouve dans l'édition de 1548 de l'Art pöétique François de Thomas Sébillet pöéte, poéte, Möise, Moïse, Déiphobé, Déïphobé, etc.
[modifier] Diérèse
Quand des voyelles constituant habituellement un digramme doivent être prononcées séparément, l'orthographe l'indique habituellement par l'usage du tréma. Celui-ci est toujours porté par la seconde voyelle du digramme.
Par exemple, dans le mot mais, le digramme ai représente la voyelle unique /ɛ/ (comme dans père). L'adjonction du tréma permet d'obtenir la diérèse : maïs devient /mais/, en deux syllabes. D'une manière semblable, pour éviter que le u soit considéré comme une lettre diacritique dans le groupe gu servant à noter le phonème /g/ (de gare) devant e, on utilise le tréma, comme dans aiguë.
Un accent circonflexe, dans l'unique mot piqûre, tient une fonction similaire : il indique ici que q est suivi directement de /y/ et qu'on ne doit pas lire /pikr/[réf. nécessaire] (les rectifications orthographiques du français en 1990, qui prônent l'abandon, sauf en cas d'homonymie et de conjugaison, de l'accent circonflexe sur le u et le i, orthographient donc piqure).
[modifier] Signe d'effacement
Le tréma sur une voyelle sert aussi à indiquer que celle-ci est muette. Cette orthographe est ancienne et est bien attestée, surtout dans des groupes eu qu'on lisait /y/, le e étant devenu muet. L'orthographe ayant hésité entre une graphie ëu ou eü et û s'est fixée sur û à la fin du XVIIIe siècle. Ainsi, le mot mûr pouvait être écrit mëur (ou, plus simplement meur). Consulter Accent circonflexe en français pour d'autres détails.
Un patronyme comme de Staël /stal/ (cf. Madame de Staël) porte la trace de cet archaïsme. Il en est de même pour Saint-Saëns (/sɛ̃sɑ̃s/) (cf. Camille Saint-Saëns).
[modifier] Umlaut
Certaines langues germaniques (allemand, suédois, etc.) marquent la métaphonie (ou umlaut, modification du timbre d'une voyelle) par un signe proche du tréma. Dans des emprunts, le tréma a pu être utilisé pour garder le signe germanique, principalement sur une voyelle o, qui devient alors /ø/ : maelström /malstrøm/ (du norvégien via le néerlandais), Angström ou Ångström /angstrøm/, physicien suédois et unité de mesure.
De même, certaines langues finno-ougriennes (hongrois, finnois, estonien), fortement influencées par la graphie des langues germaniques, ont adopté le tréma dans ce but de modification de timbre de voyelles.