Jacques Dubois (médecin)

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Jacques Dubois

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Jacques Dubois (Jacobus Sylvius)

Naissance 1478
Amiens (France)
Décès 13 janvier 1555
Nationalité Drapeau de France Français
Champs médecine, anatomie, linguistique
Institutions Collège de France

Jacques Dubois, très souvent appelé de son nom latin Jacobus Sylvius, né en 1478[1],[2] à Lœuilly[3], près d'Amiens[4], mort le 13 janvier 1555[5], est un médecin et anatomiste français, aussi auteur de la première grammaire française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Dubois est le fils d'un ouvrier pauvre[6].

Son frère aîné François[7] le fait venir à Paris et se charge de son éducation. En plus du latin, dont il acquiert une maîtrise remarquable, Sylvius apprend l'hébreu[8] et le grec. Parmi ses maîtres, Guillaume Budé et Lazare de Baïf[9]. Il s'oriente ensuite vers la médecine[6] ; il étudie l'anatomie avec Jean Tagault[10].

Dubois se met à enseigner la médecine sans être docteur ; cela lui attire les foudres de la faculté de médecine. À part ce fait, les sources divergent beaucoup sur les études de médecine faites par Dubois. Jean Astruc, qui a fouillé la question, est d'avis qu'il est immatriculé à la faculté de médecine de Montpellier le 21 novembre 1529 (à 51 ans)[11] ; l'année suivante, selon lui, il devient docteur de Montpellier. De retour à Paris, il obtient un baccalauréat de la faculté de médecine de cette ville en 1531[12]. En 1535, lui et Fernel (qui, au collège de Cornouailles, enseignait également hors faculté) reçoivent la licence d'enseigner la médecine[13].

Sylvius est l'un des médecins les plus réputés de son époque. Il a beaucoup plus d'étudiants (400 ou 500) que, par exemple, Jean Fernel ; « cette différence venait de ce que Sylvius faisait des dissections, enseignait la préparation des remèdes, et démontrait les plantes ; ce que Fernel ne faisait pas[14] ». Il enseigne au collège de Tréguier et succède à Guido Guidi (Vidus Vidius) au Collège royal en 1553[15].

Dubois ne s'est jamais marié. Personne ne soutient la façon dont il a attaqué Vésale. On dit qu'il était avare ; les étudiants dont il exigeait un paiement strict ont aussi pu noircir sa réputation et le diminuer par des légendes qui — longue vengeance — nous rendent difficile d'obtenir des certitudes sur quelques points de sa biographie.

À sa mort, Jacques Goupil lui succède à la chaire royale en médecine[16],[17].

Contributions[modifier | modifier le code]

Médecine[modifier | modifier le code]

Dans son siècle, qui en est un de grand changement, Dubois occupe la place de défenseur de la vieille école. Il est à la fois un farouche partisan du galénisme et le plus farouche adversaire de son propre élève André Vésale.

Sylvius est le premier à donner aux muscles des noms véritables[18],[19].

Il distingue muscle volontaire et muscle involontaire[19].

Il croit que l'astrologie est inutile pour les médecins[20].

Linguistique[modifier | modifier le code]

Dubois est l'auteur de la « première grammaire du français écrite en France par un Français[21] ». C'est en latin qu'il l'écrit toutefois, « pour que, dit-il, ces principes de notre langue puissent servir à la fois aux Anglais, aux Allemands, aux Italiens, aux Espagnols, à tous les étrangers enfin[22]. » Ce texte serait une incursion isolée hors de la médecine si Dubois n'avait aussi composé quelques vers latins.

« Sylvius est l'initiateur de l'utilisation de l'apostrophe, du tréma et de l'accent circonflexe (qu'il place l'un et l'autre à cheval sur deux voyelles) et il propose un certain nombre de diacritiques[23],[24] qu'il a pris soin d'appliquer à l'ensemble de son livre[21]. »

Œuvres (sélection)[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Sylvius sont en latin.

Linguistique[modifier | modifier le code]

Médecine[modifier | modifier le code]

Listes d'œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) « Sylvius (James) » dans Historical, genealogical, and classical dictionary, vol. 2, 1743
  • (la) Ludovico Arrivabene, « Sylvius ocreatus »[27], dans Opera, page PP47 de la pagination de Google. Pour cet écrit, les numéros de page sont ceux de la pagination de Google (« PPxx »).
    • (la) Réimpression, nettement plus lisible, dans la Revue des bibliothèques, 1905, p. 284
    • « Dubois botté », dans Arthur Heulhard (trad.), Rabelais, ses voyages en Italie, son exil à Metz, Librairie de l'art, 1891, p. 356
  • Jean Astruc, « Jacobus Sylvius », dans Mémoires pour servir à l'histoire de la faculté de médecine de Montpellier, 1767, p. 335
  • (en) Frank Baker, The two Sylviuses. An historical study…, Baltimore, 1909
  • Antoine Drizenko, « Jacques Dubois, dit Sylvius, traducteur et commentateur de Galien », dans Véronique Boudon-Millot et Guy Cobolet (dir.), Lire les médecins grecs à la Renaissance. Aux origines de l'édition médicale : actes du colloque international de Paris (19-20 septembre 2003), avec la collab. d'H. Ferreira-Lopes et A. Guardasole, Paris, Bibliothèque interuniversitaire de médecine, De Boccard Ed.-Diff., 2004 (ISBN 2-915634-00-9), p. 199–208
  • (en) Roger French, William Harvey's natural philosophy, Cambridge University Press, 2006 (ISBN 0521031087 et 9780521031080)
  • Michel Glatigny, « À l'aube de la grammaire française : Sylvius et Meigret », dans Histoire, épistémologie et langage, 1987, vol. 9, no 9-1, p. 135-155
  • Claude-Pierre Goujet, « Jacques du Bois, dit Sylvius, professeur en médecine », dans Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France, 1758, p. 4

Annexes[modifier | modifier le code]

Sylvius dans la fiction[modifier | modifier le code]

Ludovico Arrivabene[28], ancien élève de Dubois, a écrit un dialogue facétieux, Sylvius ocreatus (Dubois botté[29]), paru en 1555, qui met en scène Charon, passeur des morts dans la mythologie, Sylvius (Jacques Dubois), Giovanni Battista Montano[30], connu pour son enseignement de la médecine à Padoue, et François Rabelais, que Dubois a rencontré[31].

Les bottes dont il est question sont celles que Dubois réclama sur son lit de mort. Comme Dubois avait une solide réputation de pingrerie, Arrivabene imagine qu'il se les est fait mettre pour traverser le Styx et ainsi éviter de verser son obole à Charon.

Le texte comporte un palmarès des médecins de l'époque[32].

Éponymie[modifier | modifier le code]

  • Muscle carré plantaire (caro quadrata Sylvii, littéralement chair carrée de Sylvius) aussi appelé muscle fléchisseur accessoire des orteils[33],[34].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Vita, p. PP27.
  2. Quelques sources, par exemple la fiche du Corpus de textes linguistiques fondamentaux, ont 1489. Parlant de Dubois, Niceron (p. 104) est catégorique : on « s'est trompé en le faisant mourir âgé seulement de 73 ans ». Cela exclut aussi sa naissance en 1489.
  3. Astruc, p. 335 ; Mémoires de la Société des antiquaires, 1888, p. 371.
  4. D'où l'adjectif « Ambianus » (« d'Amiens ») ajouté à son nom : « Jacobus Sylvius Ambianus » : Opera, p. PP45.
  5. Opera, p. PP45.
  6. a et b Biographie universelle.
  7. Sur François Dubois, frère de Jacques (ne pas confondre avec le peintre François Dubois (Amiens, 1529–Lausanne, 1584), ni avec Franciscus Sylvius, né en Allemagne), voir (en) Sheila M. Porrer (dir.), Jacques Lefèvre D'Étaples and the three Maries debates, Travaux de la Renaissance et de l'humanisme, vol. 451, 2009, p. 33, note 70 (ISBN 2600012486 et 9782600012485).
  8. Il fut un ami de François Vatable : Vita, p. PP29.
  9. Vita, p. PP29.
  10. Vita, p. PP38.
  11. Astruc, p. 336.
  12. Vita, p. PP32.
  13. Astruc, p. 337.
  14. Niceron, p. 93.
  15. Lafaist et Danjou (Archives curieuses de l'histoire de France…) ont 1550 : p. 146, note 1. De même la Biographie universelle.
  16. Goujet, « Jacques Goupyl ».
  17. Lafaist et Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France…, p. 146.
  18. Auguste Chauveau et Saturnin Arloing, Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques, 2e  éd., 1871, p. 191.
  19. a et b (en) Albert Chauncey Eycleshymer, Anatomical names, especially the Basle nomina anatomica ("BNA"), 1917, p. 239.
  20. Arrivabene, p. 373 : « bien que pour ma part je n'aie jamais cru l'astrologie nécessaire au médecin ». Voir aussi p. 375.
  21. a et b Fiche du Corpus de textes linguistiques fondamentaux.
  22. Livet, p. 3.
  23. Page 11 de la Grammaire.
  24. Charles Louis Livet, La grammaire française et les grammairiens du XVIe siècle, p. 5.
  25. Richard S. Westfall, « Dubois, Jacques », projet Galileo.
  26. « Liber », non « Libri », comme on voit souvent.
  27. Jean Dupèbe, « Rabelais, médecin astrologue du Pantagruel au Tiers Livre » dans Le tiers livre : actes du colloque international de Rome (5 mars 1996), dans Études rabelaisiennes, t. XXXVII, p. 71–97.
  28. On attribue assez souvent ce dialogue à Henri Estienne ; c'est ce que fait Jean Astruc (Mémoires pour servir à l'histoire de la faculté de médecine de Montpellier, 1767, p. 343) ; de même la Biographie universelle.
  29. C'est ainsi que traduit Heulhard.
  30. Ou « di Monti » (1498–1551), selon Arthur Heulhard. Ne pas confondre avec it:Giovan Battista Montano (1534–1621), architecte.
  31. Il reconnaît sa voix : « nisi me vox hominis fallit, ipsus est », p. PP49.
  32. P. 372 et suivantes. Parmi eux : Fuschius, Gemma Frisius, Jean Fernel, Flesselle, Brassavola, Trincavelli, Frigimelica, Giulio Delfino (Delphino) (maître d'Arrivabene).
    Sur Delphino : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9206128/f300.image.
    Sur Remaclus Fuschius, ou Fuchs, voir la fiche du SUDOC.
    Sur Francesco Frigimelica, voir l'article de Dagmar Von Wille dans le Dizionario Biografico degli Italiani.
  33. http://dictionnaire.doctissimo.fr/definition-chair-carree-de-sylvius.htm.
  34. Il faut prendre garde : la plupart des structures anatomiques « de Sylvius » honorent Franciscus Sylvius ; il y a beaucoup de confusion sur ce point. 2014. On suit ici http://ttntojr.100dic.ru/Medical_dictionary/page/Sylvius.41372/.