Santorre di Santa Rosa

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Santorre de Santa Rosa
Image illustrative de l'article Santorre di Santa Rosa
Fonctions
ministre de la guerre
Élection
Président Gouvernement provisoire
Gouvernement Charles-Félix de Savoie
Biographie
Nom de naissance Santorre Annibale Derossi, comte de Pomerolo, seigneur de Santarosa
Date de naissance
Lieu de naissance Savigliano (Piémont méridional),
Date de décès (à 41 ans)
Lieu de décès Sphactérie (Grèce)
Nationalité piémontaise

Santorre di Santa Rosa

Santorre de Santa Rosa, de son vrai nom Santorre Filippo Derossi, comte de Pomerolo, seigneur de Santarosa, né le à Savigliano, dans l'actuelle province de Coni, au Piémont, mort le sur l'île de Sphactérie, près de Navarin, est un militaire, homme politique, révolutionnaire et aventurier italien. Il fut maire et ministre de la guerre au gouvernement provisoire de Charles-Félix de Savoie, sous le royaume de Sardaigne au XIXe siècle.

Famille[modifier | modifier le code]

Le père de Santorre, Michele Derossi di Santa Rosa, comte de Pomerolo, est un colonel et aide de camp du roi. Accusé d'être jacobin, trainé devant les tribunaux, il est démis de ses fonctions. Sa mère Pauline de Regard de Ballon, noble famille savoyarde, met au monde Santorre, seul enfant issu de ce mariage.

Santorre épouse en 1806 Carlotta, fille du comte Giulio Corsi, avec qui, il aura un fils Teodoro (Savigliano 1812 - Turin ), inspecteur général, conseiller d'État et membre du Parlement de la quatrième législature[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Santorre, à peine âgé d'une dizaine d'années, suit son père sur les champs de bataille, afin d'en faire un bon soldat. La carrière de Santorre est alors toute tracée. Le colonel de Santa-Rosa, tué en 1796 à la tête de son régiment royal de Sardaigne lors de la bataille de Mondovi, les victoires des troupes révolutionnaires françaises, et l'occupation du Piémont mettent fin à la carrière militaire du jeune Santorre. Il se retire dans sa maison familiale de Savigliano, et poursuit ses études à l'université de Turin, où il suit une formation classique, entouré de professeurs de lettres de renom comme le célèbre abbé Tommaso Valperga di Caluso. Il est élu maire conservateur dans le canton de La Spezia à l'âge de vingt-quatre ans. Cette fonction lui permet d'acquérir des compétences dans les affaires civiles, et forge son caractère, et un goût pour la politique[2].

Malgré son antipathie pour l'administration française, qui gouverne le Piémont, il accepte le poste de sous-préfet de La Spezia, dans le département des Apennins. Il occupe cette fonction pendant trois ans, 1812, 1813 et 1814, jusqu'à la restauration. Les fonctionnaires qui refusent la collaboration sont expulsés de Turin, ce qui provoque l'indignation et la colère du peuple qui manifeste dans les rues. Après vingt-trois ans d’occupation française et la défaite de Napoléon, Santa Rosa en appelle au retour de la maison de Savoie. Au cours des Cent-Jours, et, craignant que le retour de Napoléon à Paris entraine une nouvelle guerre, il quitte le service civil pour s'engager dans l'armée avec le grade de capitaine au sien du 1er bataillon de grenadiers de la garde royale.

Après la défaite définitive de Napoléon, il quitte l'armée pour entrer au ministère de la guerre. Il épouse Carolina Corsi di Viano, sans fortune, avec qui il aura cinq enfants, trois garçons et deux filles[réf. nécessaire]. L'occupation napoléonienne, qui avait promis la liberté au peuple italien, encourage l'idée dune construction d'un royaume italien, et renforce les idées révolutionnaires.

Insurrection[modifier | modifier le code]

Le , Santorre avec la complicité d'autres généraux se réunissent, en compagnie de Charles-Albert de Sardaigne, afin de préciser un précédent accord engagé au mois de février. Certains membres radicaux, présents à cette réunion, proposent une déclaration de guerre contre l'Autriche[réf. nécessaire]. Charles-Albert de Sardaigne manifeste son embarras tandis que Santorre émet des doutes sur les véritables intentions du prince. Le rôle de Charles-Albert de Sardaigne étant de première importance, le prince promet son soutien, ce qui permet à Santorre et à ses compagnons d'envoyer un message adressé aux unités militaires basées à Alexandrie. Le , dans le Piémont, la garnison d'Alexandrie, sous l'influence des carbonari, se soulève.

L'insurrection éclate contre l'occupant à Milan, suivie des villes de Verceil et de Turin[réf. nécessaire]. Une proclamation est adressée au peuple, déclarant l'adoption d'une constitution, établie sur le modèle de la constitution espagnole de 1812 élaborée à Cadix. Cette constitution prévoit davantage de droits et de liberté pour le peuple et des pouvoirs limités pour le souverain. Charles-Albert, en l'absence du roi, institue une gouvernement provisoire, accorde la constitution et nomme Santorre ministre de la guerre en remplacement du major-général Emanuele Pes di Villamarina ()[3].

L'Autriche réprime violemment l’insurrection. L'émeute de l'Université du Piémont s'achève dans un bain de sang. La révolution avortée provoque le départ d'un millier de révoltés vers Gênes, et l'exil de deux cents autres en France et dans les cantons de la Suisse. Des officiers supérieurs tels que le marquis Antoine Marie Philippe Asinari de Saint-Marsan, le commandant de la cavalerie légère Guglielmo Moffa comte de Lisio et Giacinto di Collegno sont contraints de briser leur épée devant les troupes ennemies autrichiennes. En avril 1821, Santa Rosa, ayant été un des premiers à avoir rejoint l'insurrection, est contraint de s'exiler vers Barcelone. Santorre, nostalgique de son pays et ayant peu de sympathie pour les terres ibériques, se réfugie en Suisse où il écrit ses mémoires en italien et en français et sur l'histoire de la révolution, intitulé De la révolution piémontaise avec une épitaphe d'Alfieri « Sta la forza per lui, per me sta il vero ».

L'exil en France[modifier | modifier le code]

Victor Cousin.
Portrait par François Séraphin Delpech
(v. 1820).

Santa Rosa, banni de sa terre piémontaise, se rend à Paris sous le faux nom de Paul Conty. Le gouvernement français craignant un complot, fait surveiller le chef de la révolution piémontaise par Franchet d'Esperey, directeur général de la police, et Guy de Delavau, préfet de police de Paris. Il se réfugie à Auteuil, dans la maison prêtée par son ami Auguste Viguier, directeur des études à l'École normale de Paris. La police le persécute et l'emprisonne. Les tribunaux le jugent, et l'acquittent. Le philosophe Victor Cousin (il écrira 49 pages éditées sur son ami Santa-Rosa en 1840) se prend d'amitié pour son esprit libre. Stendhal, admirateur des penseurs indépendants, s'entoure de réfugiés italiens comme Vincenzo Monti, Silvio Pellico, Pietro Borsieri, Melchiorre Gioia, Ermete Visconti, et Federico Confalonieri, tous amis de Santa Rosa[4]. Santorre de Santa Rosa décide de se réfugier en Angleterre. Il obtient avec difficulté une autorisation de sortie du territoire français[5].

L'exil en Angleterre[modifier | modifier le code]

Santa Rosa quitte une France inhospitalière, et ses amis français[6]. En octobre 1822, il se rend à Londres, pour rejoindre ses amis piémontais, le comte Luigi Porro Lambertenghi, Ugo Foscolo et Giovanni Berchet de Milan, ainsi que d'autres exilés italiens victimes de la répression autrichienne.

Grèce libre[modifier | modifier le code]

Le 1er novembre 1824, Santa-Rosa, oisif, se sentant inutile à la cause qu'il défend, quitte Nottingham, et demande aux trois émissaires du gouvernement grec postés à Londres, l'autorisation de défendre l'indépendance grecque. Deux d'entre eux favorisent son voyage, lui promettant un poste dans l'armée ou au gouvernement. Il dit à son ami Giacinto di Collegno « Je me sens, pour la Grèce, un amour qui a quelque chose de solennel. C'est le berceau de Socrate! Le peuple grec est brave et bon, des siècles d'esclavage n'ont pas détruit sa bonne moralité. Je considère que la Grèce est une nation sœur [7] ».

Le 10 décembre, il arrive à Nauplie en Grèce, et deux semaines plus tard, il se présente au secrétariat général, en présentant les lettres de recommandation des députés grecs ; le gouvernement le traite avec froideur et ne lui propose pas de poste. Le 2 janvier 1825, il visite le sanctuaire d'Épidaure, l'île d'Égine et son temple, puis débarque au Pirée le 5 janvier, pour arriver enfin à Athènes le lendemain.

N'ayant aucune réponse des autorités grecques, il insiste pour participer à une expédition prévue contre Patras. Sous prétexte que son nom, trop connu, compromettrait le gouvernement grec vis-à-vis de la Sainte-Alliance, on lui conseille de prendre un autre nom s'il souhaite rester en Grèce. Santa-Rosa part donc de Nauplie le , habillé et armé comme un soldat grec, sous le nom de « Derossi ». Il rejoint le quartier-général de Tripoli, pour s'enrôler dans l'armée destinée au siège de Patras, qui se dirige finalement vers Navarin menacée par Ibrahim pacha. Santa-Rosa demande à accompagner le prince Alexandre Maurocordato, parti reconnaître les positions militaires égyptiennes. Le , Santa-Rosa participe aux engagements contre les troupes d'Ibrahim Pacha, et entre avec les troupes grecques dans la ville de Navarin le .

Bataille de Sphactérie et mort[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Sphactérie (1825).

Le 7 mai, la flotte grecque se déplace vers le nord et les Égyptiens menacent l'île de Sphactérie, seule protection du port, occupée par un millier d'hommes et quinze canons ; une centaine de volontaires sont envoyés sur l'île, dont Santa-Rosa. Le , à neuf heures du matin, il écrit à son ami Giacinto di Collegno : « Uno sbarco non mi pare impraticabile sul punto alle difesa del quale io mi trovo ». À onze heures, l'île est attaquée et capturée par les Égyptiens ; Santa-Rosa trouve la mort au cours des combats.


Décorations[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aimé Constantin, Académie florimontane, Revue savoisienne, Volumes 128 à 130, (Annecy, France), Charles Marteanx,‎ 1988 (lire en ligne), p. 52
  2. Victor Cousin, Œuvres, Annales, p. 115-117
  3. Emanuele Pes di Villamarina, La révolution Piémontaise, Turin, Centro Studi Piemontesi,‎ 1972 (lire en ligne), p. 269
  4. Renaudet Augustin, Un groupe milanais ami de Stendhal : le Conciliatore, Annales,‎ 1954 (lire en ligne), p. 289-295
  5. Froment, La police dévoilée depuis la Restauration: et notamment sous messieurs Francet et Delavau, Volume 1, Lemonnier,‎ 1829 (lire en ligne), p. 278
  6. Felice Daneo, Piccolo panteon subalpino ossia Vite scelte di piemontesi ..., Volumes 1 à 2 (lire en ligne), p. 131-135
  7. Victor Cousin, Œuvres vol.4 p 131 Lire en ligne