Sławomir Rawicz

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Sławomir Rawicz, né en 1915 à Pinsk (alors en Russie, avant d'être en territoire polonais entre les deux guerres mondiales et désormais en Biélorussie), mort en Grande-Bretagne le 5 avril 2004, est officier de la cavalerie polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est l'auteur d'un ouvrage unique publié en 1956, À marche forcée (titre originel en anglais : The Long Walk), récit, controversé, de son évasion d'un camp du goulag. Le livre se vendra à plus de 500 000 exemplaires et sera traduit dans 25 langues. Il sera porté à l'écran par Peter Weir sous le titre The Way Back (Les Chemins de la liberté pour la version française) en 2010.

Selon ce récit, Sławomir Rawicz est capturé par les Soviétiques lors du partage de la Pologne en 1939 puis déporté dans un camp du goulag en Sibérie. Il ne tarde pas à organiser une évasion avec sept autres détenus. La suite est un périple de survie depuis le camp du Goulag jusqu'à l'Inde, en traversant le lac Baïkal, la Bouriatie, la Mongolie, le désert de Gobi, le Tibet et l'Himalaya.

Dès sa parution en 1956, des critiques sont venues remettre en question l'authenticité du récit, criant au faux voire à l'imposture littéraire[1].

En 2006, des journalistes de la BBC établirent que Rawicz n'avait pas pu accomplir le périple car il était sorti du goulag en 1942 à la faveur d'une amnistie générale des soldats polonais. Le casier militaire de Rawicz indique qu'il rejoignit alors l'armée polonaise en Russie du général Anders[2].

Rawicz se serait inspiré en fait du récit d'un compatriote nommé Witold Glinski, qu'il aurait trouvé pendant la guerre dans des documents de l'ambassade de Pologne à Londres[3].

== Résumé du livre À marche forcée ==http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=S%C5%82awomir_Rawicz&action=edit&section=1 Sławomir et ses compagnons se sont évadés avec l'aide de la femme du chef de camp 303. Elle a donné des idées à Rawicz pour l'évasion, lui a procuré une lame de hache et aussi des sacs pour l'ensemble de ses compagnons d'évasion. Il y a, parmi l'équipe, soigneusement choisie par le jeune Rawicz, trois Polonais, un Lituanien, un Letton, un Yougoslave et un Américain. Rawicz est le plus jeune. Ils ne tardent pas dès les premiers jours de leur fuite à rencontrer une très jeune femme de dix-sept ans, qui vient de fuir le kolkhoze où elle était employée. Sur sa supplication, ils décident de l'intégrer à leur groupe, le meilleur gage en étant qu'elle apporte du bien-être à « l'expédition ». Ils la considèrent alors comme un porte-bonheur.

Après avoir rejoint la rive orientale du lac Baïkal, ils traversent le reste de la Bouriatie en longeant le lac pour parvenir à la frontière qu'ils passent sans encombre, l'Américain en tête, offrant en « cadeau » des pommes de terre dérobées aux Russes.

La deuxième partie de l'ouvrage est la plus émouvante mais aussi la plus ouverte à la critique car elle comprend de nombreux trous, inexactitudes et erreurs, sur lesquels Rawicz ne donnera pas de réponse, refusant de se défendre face aux attaques de ses détracteurs. Les fugitifs abordent le désert de Gobi, où deux d'entre eux meurent, dont la jeune Polonaise. Affaiblis, ils atteignent le Tibet. Sans cesse affamés durant leur parcours, ils ne se déplacent que le jour car incapables de se repérer aux étoiles. Ils sont tributaires de la généreuse hospitalité des Tibétains. L'un des membres du groupe meurt une nuit avant d'affronter le dernier obstacle, le rempart de l'ouest de l'Himalaya. Ils réussissent à le franchir mais en perdant de nouveau un compagnon. Les survivants seront secourus par une patrouille indienne.

Sommaire

Critiques dès parution [modifier]

À marche forcée fait figure d'avant-garde dans les témoignages d'évasion du goulag. Le récit effroyable n'en est pas moins extraordinaire. Toutefois, dès sa parution, des critiques sont venues en remettre en question l'authenticité, criant au faux voire à l'imposture littéraire[1].

Dans une critique qu'il fit pour le Himalayan Club Journal, Hugh Richardson, ancien diplomate britannique en poste à Lhassa, fait état de plusieurs douzaines d'erreurs et se demande si le récit n'est pas une reconstitution confuse et vague d'événements ayant vraiment existé ou ne relève pas de l'imagination pure et simple[4].

Pour écrire son récit, Rawicz s'est fait aider par un nègre, un journaliste du nom de Ronald Downing[5],[6], auquel il exprime sa reconnaissance au début du livre[7]. Il aurait insisté auprès de lui pour que toute son expression apparaisse et s'impose devant d'éventuels développements littéraires qu'aurait pu ajouter le journaliste. Mais rien, pourtant, ne permet de dire que ce dernier n'ait pas pris de liberté avec le récit. Cette mise en garde concernant ce point sera sans cesse mise en exergue dans les critiques sur l'ouvrage mais aussi dans l'introduction du livre.

De plus, on relève certaines situations irréalistes :

  • L'oasis de palmiers au milieu des dunes qu'ils auraient rencontrée dans le désert de Gobi semble des plus improbables.
  • Rawicz dit avoir survécu douze jours sans boire dans le désert du Gobi[8].
  • Il cite dans la traversée de l'Himalaya, la rencontre de deux créatures qu'il ne peut s'empêcher de décrire en donnant à entendre qu'il pourrait s'agir des « abominables hommes des neiges »[9].
  • Ils traversent affamés, décharnés, une partie de ce même Himalaya, sans équipements et en plein hiver.
  • Les Mongols décrits par Rawicz ne montent pas à cheval, ils marchent ; ils portent un chapeau conique et remontent les méandres des rivières en poussant leurs embarcations avec une perche, on se croirait plutôt au Viêt Nam[10].

Contactés par Patrick Symmes, les éditeurs britanniques comme américains de Rawicz lui ont déclaré ne pas croire que chaque page mérite le qualificatif d'« histoire vraie » qu'affiche la couverture du livre[11]. Le fait est que Rawicz a toujours refusé non seulement de donner les coordonnées des autres survivants du périple mais aussi de livrer pièces, photographies, noms des témoins[12].

Remise en cause par des journalistes de la BBC en 2006 [modifier]

Des journalistes de la BBC ont établi, en 2006, que Rawicz n'avait pas pu accomplir le périple car il était sorti du goulag en 1942 (récit de la main de Rawicz décrivant sa libération du goulag en 1942 dans le cadre d'une amnistie générale des soldats polonais, corroboré par une lettre d'amnistie et la permission de rejoindre l'armée polonaise en Russie). Le casier militaire de Rawicz indique qu'il rejoignit alors l'armée polonaise en Russie du général Anders. Au vu de ces documents, il est quasiment impossible de croire que Rawicz se soit évadé, à moins d'une erreur d’identité mais le nom, le lieu et la date coïncident. Il apparaît en outre que Rawicz avait été envoyé au goulag pour avoir tué un officier du NKVD, la police secrète soviétique[13].

Un récit « emprunté » à Witold Glinski (2009) [modifier]

Rawicz se serait inspiré en fait du récit d'un compatriote nommé Witold Glinski, qu'il aurait trouvé pendant la guerre dans des documents de l'ambassade de Pologne à Londres. Bien que conscient du fait qu'on lui avait volé son récit, Glinkski n'aurait jamais protesté car il voulait oublier la guerre et refaire sa vie[14]. C'est en 2009 que Witold Glinski se manifesta[15],[16].

« Reconstitutions » [modifier]

En 2003, l'aventurier Sylvain Tesson a reproduit le périple de Rawicz, qu'il relate dans son livre L'Axe du loup (Lafont, 2004)[17].

Un autre aventurier, Cyril Delafosse-Guiramand, a refait l'itinéraire, en utilisant deux récits : celui de Rawicz et celui de Joseph Martin Bauer. Parti de Magadan en Russie en 2006, il atteignit Vientiane au Laos en 2007. Les propos de Rawicz, selon lui, cristallisent l'importance du sujet et le manque de communication sur le thème des goulags[18].

Éditions françaises du livre [modifier]

  • A marche forcée : The long walk, Éd. A. Michel, 1957, 314 p.
  • A marche forcée (The long walk), Éd. A. Michel, 1966, 314 p.
  • Éditions « J'ai lu leur aventure », n° A13/14
  • Éditions Phébus, collection Libretto, 2011

Notes et références [modifier]

  1. a et b (en) Patrick Symmes, To Tell the Truth. Is it fact or is it fiction? The perplexing story behind The Long Walk, in Outside magazine, Mariah Media Inc., January 2003 : « But ever since the book's first release, doubters have charged that The Long Walk is literally unbelievable, even a fraud and a hoax. »
  2. (en) Hugh Levinson, "Walking the talk", BBC News, 30 octobre 2006 : « The missing link came through documents discovered by an American researcher, Linda Willis, in Polish and Russian archives. One, in Rawicz's own hand described how he was released from the gulag in 1942, apparently as part of a general amnesty for Polish soldiers. »
  3. (en) Voir l'article sur Witold Glinski.
  4. Patrick Symmes, op. cit. : « Hugh Richardson, Britain's longtime diplomat in Lhasa, cited dozens of errors in a 1957 review for the Himalayan Club Journal, and wondered "whether the story is a muddled and hazy reconstruction of an actual occurrence, or mere fiction." »
  5. (en) David E. Anderson, The Long Walk: A True Story of a Trek to Freedom ? : « The book was written by a ghost writer Ronald Downing. »
  6. Patrick Symmes, op. cit. : « Rawicz dictated his story to a Fleet Street ghostwriter in a direct, understated voice that puts his hardships in staggering relief. »
  7. Cf. À marche forcée, Éditions J'ai Lu, 1962, page 4.
  8. Patrick Symmes, op. cit. : « Rawicz describes going 12 days in the Gobi without water; I recall choking on dust there myself after just a few hours. »
  9. Patrick Symmes, op. cit. : « British climber and expedition leader Eric Shipton reputedly hooted at the book's description of abominable snowmen. »
  10. Patrick Symmes, op. cit. : « In retrospect, it does seem odd that Rawicz's Mongolians walk everywhere rather than ride horses, and dress in conical hats and pole their boats up meandering rivers; that sounds more like Vietnam. »
  11. Patrick Symmes, op. cit. : « Rawicz, now 85 and living in England, stands by his story. But his London and American publishers both tell me they don't believe that every page of the book is strictly what the cover calls a "True Story." »
  12. Patrick Symmes, op. cit. : « Rawicz has declined to produce records, photographs, witnesses, or the full identity and whereabouts of the other survivors. »
  13. Hugh Levinson, op. cit. : « The missing link came through documents discovered by an American researcher, Linda Willis, in Polish and Russian archives. One, in Rawicz's own hand described how he was released from the gulag in 1942, apparently as part of a general amnesty for Polish soldiers. These are backed up by his amnesty document and a permit to travel to rejoin the Polish Army. These papers make it almost impossible to believe that Rawicz escaped, unless there is a case of mistaken identity. However, the name and place and date of birth all match. The documents also show that rather than being imprisoned on trumped-up charges as he claimed, Rawicz was actually sent to the gulag for killing an officer with the NKVD, the forerunner of the Soviet secret police, the KGB. »
  14. (en) Voir l'article sur Witold Glinski : « The likeliest explanation is that Rawicz read Witold’s genuine account of the escape, in official papers that he found in the Polish Embassy in London during the war. Witold knew his story had been stolen. But he never protested because he wanted to forget the war and concentrate on his new life. »
  15. L'affaire des évadés du goulag, Le Point, 27 janvier 2011
  16. Une ombre sur la plus grande évasion, Le Temps, 22 janvier 2011.
  17. «Les Chemins de la liberté» La plus grande des évasions
  18. Fabric Aubert, Il a refait le périple des « Chemins de la liberté », 24 janvier 2011.

Voir aussi [modifier]